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PURCHASED FOR THE
UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY
FROM THE
CANADA COUNCIL SPECIAL GRANT
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in 2010 with funding from
HER , University of Ottawa
Jhmww.archive.org/details/corpsdobservatio02soci
3
CORPS
D'OBSERVATIONS
AE LA SOCIÉTÉ
RAGRAC U L'F URE,
de Commerce & des Arts,
ÉTABLIE
PAR LES ÉTATS DE BRETAGNE,
Annees 17$9 & 1760.
| CP ge 2° 4 M ET A4
Chez la Veuve de B. BRUNET, Imprimeur de
l'Académie Françoïfe, Grand’Salle du
Palais, & rue bafle des Urfins.
Mm'DCC. LXXIT
AVEC PRIVILÈGE DU ROL.
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# L PULT AE
A Délibération des Etats,
qui a chargé MM. les Dé-
putés Ÿ Procureur général Syn-
dic à la Cour, de [olliciter des
Lettres patentes pour la Société,
droit l'encouragement le plus flat-
teur quelle put recevoir. Elle
trouve dans ces Lettres paten-
tes, que [es travaux ont mérité
les fuffrages de Sa Majefté,
ceux de la Province Ÿ de tout
le Royaume. C'eft la plus glo-
riéufe de routes les récompenfes
pour une Compagnie quina Jp: pire
qu'a Je rendre utile, & à qui
11 n'appartient pas d'apprécier
elle-même [es fuccès. Elle a cru
ne pouvoir publier trop tot un
titre qui l'attache de plus en plus
a 2
1v
Ainfi elle [e devoir a elle-même
de profiter de la première occa-
fon de le mettre [ous les yeux du
Public.
LETTRES PATENTES,
Qui confirment l'établiffement de la
Société d'Agriculture, de Commerce
des Arts en Bretagne.
Es
LL OUIS, par là grace de Dieu,
Roi de France & de Navarre :
À tous préfens & à venir, SALUT.
L’Apriculture, le Commerce & les
. Arts étant les véritables fources de
la puiffance & de la fplendeur des
Etats, c’eft avec la plus grande fatif-
faction que nous ayons vu notre Pro-
vince de Bretagne s'occuper de ces
objets importans. L’Etabliflement
d'une Société , chargéé de travailler
à Les y étendre & à les y perfection-
aux devoirs de fon inftitution.
LETTRES PATENTES. v
ner, fixa l’attention des Etats aflem-
blés au commencement de l’année
1757 ; & voulant encourager cet
Etablifèment, Nous l’approuvâmes
ar un Brevet du 20 Mars de La même
année. L'événement a répondu aux
vœux des Etats & à notre attente ; les
travaux des Aflociés ont mérité nos
fuffrages, ceux de la Province, &
ceux de tout notre Royaume, & il
s’eft déjà formé à l’envi plufieurs So-
ciétés femblables en différentes Gé-
néralités. Nous ne pouvons donc que
déférer à la prière que nous ont fait
faire les Gens defdits trois Etats,
d’affermir de plus en plus par notre
autorité un Etablifflement que nous
avons déjà honoré de notre approba-
tion, & que les fuccès en ont mon-
tré digne. Nous nous portons d'au-
tant plus volontiers à accorder à no-
tredite Province ce témoignage de
notre protection & de notre bien-
veillance, qu'elle ne cefle de nous
K: LETTRES
donner des marques de fon zèle &
de fon attachement pour Nous &
pour notre fervice. À CES CAUSES,
de l'avis de notre Confeil, & de no-
tre certaine fcience, pleine puiflance
& autorité Royale, Nous avons, par
ces Préfentes fignées de notre main,
approuvé & autorilé, approuvons &
autorifons ladite Société d'Agricul-
ure, de Commerce & des Arts, éta-
lie en notredite Province de Breta-
gne, conformément aux Délibéra-
tions priles par les Gens des trois
Etats les 28 Janvier, 2 & 15 Février
1757, approuvées par notredit Bre-
vet du 20 Mars de la même année, &
autres fubféquentes.. Et cependant
comme l'expérience. peut avoir fait
fentir la néceflité de faire quelques
changemens dans les difpofitions du
Réglement propofé auxdits Etats le
2 Février 1757, pour ladite Société,
Nous avons autorilé & autorifons les
Membres qui la compofent, à pro-
, PATENTES. vij
pofer auxdits Etats tels changemens
ou additions qu’ils jugercnt conve-
nables, & lefquels, après avoir été
approuvés par lefaits Etats, forme-
ront un Réglement nouveau, que
nous entendons être exécuté à l’ave-
nir. Voulons au furplus que ceux qui
compoferont ladite Société jouiflent
des mêmes honneurs, priviléges &
franchifes dont jouiflent les Mem-
Dres des Académies établies en notre
ville de Paris, à l’excepticn néan-
moins du droit de Commuttimus. Si
donnons en mandement à nos amés
& féaux Confeillers Les Gens tenant
notre Cour de Parlement à Rennes,
que ces Préfentes ils ayent à enregif-
trer, & le contenu en icelles faire
garder &obferver felon leur forme &
teneur , ceflant & faifant cefler tou-
tes chofes à cé contraires : CAR TEL
EST NOTRE PLAISIR. Et afin que ce
foit chofe ferme & ftable à toujours,
Nous y ayons fait mettre notre {cel,
viij LETTRES PATENTES.
Doxxé à Verfailles au mois de Jan-
vier, lan de grace mil fept cens {oi-
xante-deux, & de notre Règne le
quarante-feptième. Signé LOUIS.
Er plus bas, Par le Roi, PHELYPEAUXx.
Enrepifiré au Greffe Civil de la Cour ,
aux fins d Arrér d'icelle du trois Mars
-1702. Signé LE CLAVIER
CORPS
EORPS
D'OBSERVATIONS.
PR ECEOLTURE.,
‘AGRICULTURE eff le pre-
mier & le plus important de
tous les Arts , puifque la fub-
Es] liftance eft le premier & le
plus indifpenfable de tous les befoins,
Ainfi le principe d'Adminiftration Île
ee généralement utile, eft de diriger
e travail des hommes vers la culture
des Terres. Ce principe n’a fouffert
d'exception qu'à l'égard de quelques
Nations refferrées dans un petit terri-
toire , & furchargées de population,
L'Induftrie leur a fourni ce qu’elles ne
2 AGRICULTURE.
pouvoient attendre de la terre la plus fé-
conde. Un Ouvrier ingénieux & adroit,
abforbe par le travail de quelques heu-
res, le produit de dix Journées d’un La-
boureur. Ainfi un Peuple que fa pofi-
tion force à fe tourner du côté de l’In-
duftrie & du Commerce, peut vivre
dans l'abondance fans Agriculture. Les
Nations agricoles sèmeént & recueillent
our lui. | ;
Mais une fociété d'hommes qui em-
prunte toujours de fes voifins les moyens
de fubfiftance, n’a qu'une confiftance
précaire, forcée, & qui par conféquent
ne peut être durable. Les efforts de Art
d'un côté, & les productions de la Na-
ture de l’autre, peuvent pendant un cer-
tain temps fe trouver en équilibre. Les
reflorts du Commerce font aflez puif-
fans pour retenir les Nations dans cet
état contraint. Mais l’expérience a fait
voir que les vraies richefles reprenoient
enfin l’afcendant qui leur appartient.
L'Induftrie fe naturalife infenfiblement
dans les pays qui lavoient négligée.
Alors l'étendue & la fécondité du fol
fecondant l’adreffle & laétivité des Ha-
bitans , tout rentre dans fa place , &
les Nations ne deviennent peuplées &
« AGRICULTURE, 3
opulentes, qu'en raifon des avantages
fournis par la Nature, & vivifiés par
une fage Adminiftration.
On a vu au midi & au nord de l’Eu-
rope l’Induftrie & le Commerce con-
centrer dans de petits territoires les ri-
cheffes de toutes les Nations. C’eft l’ef-
fet ordinaire des fuccès brillans, que de
caufer un éblouifflement général. On a
cherché par tout à introduire l'efprit de
Commerce & de Fabrique, parce aw'il
fembloit que la puiffance étoit fondée
fur ces forces artificielles. Mais la con-
currence , après avoir affoibli les Na-
tions purement induftrieufes , a privé
les autres des avantages qu’elles s’étoient
romis de leur Induftrie naiffante. Il a
Élu par tout redoubler de travail, &
fe contenter de moindres profits.
Ce défavantage apparent a ramené les
hommes à la culture, fource des feuls
biens qui foient à l’abri des coups de
la concurrence & des efforts de l’Induf-
trie. L’Agriculture abandonnée par né-
ceflité , plutôt que par adrefle, par les
Etats trop peuplés, relativement à leur
étendue , eft devenue la reffource des
grands Etats, quoiqu'ils euflent tro
généralement favorifé lInduftrie aux
A i)
4 AGRICULTURE.
dépens de la culture. Cette révolution
dont lhiftoire ne fournit aucun exem-
ple, doit faire regarder comme un
axiome en politique , qu’il n’y a que les
Etats vaftes & cultivés qui puiffent en-
tretenir perfévéramment une popula-
tion nombreufe & riche. Les exemples
contraires ne font que des preftiges que
le temps & la cupidité font difparoitre.
Aiïnfi les grands Etats ont appris cette
vérité fondamentale , qu'après que les
Arts induftrieux & le Commerce s’y font
établis, il fufñt de favorifer perfévé-
ramment la culture , pour atteindre le
plus haut dégré poflible de population,
de richeffes & de puiflance. À l'égard
des Etats qui n'ont qu’un petit terri-
toire, ou qui négligent de cultiver un
territoire étendu, ils ont appris que Îa
Nature les a mis dans une dépendance
néceffaire , parce qu’ils ne peuvent faire
fubfifter qu'un petit nombre d'habitans.
Plus l'Induftrie a été concentrée , plus
elle a eu de Tributaires. Aujourd'hui
qu’elle eft plus répandue , & qu’elle tend
à devenir univerfelle, les peuples qui
n'ont pas d'autres reffources , devien-
dront Tributaires à leur tour. Plus leur
population fera grande, plus ils feronc
« AGRICULTURE, s
dépendans des Etats où PAgriculture
fera floriflante , & où l'Induftrie aura
pénétré. DE
Tout annonce dans l'Europe que la
puifance des Souverains ne dépendra
bientôt que des richefles propres des
pays foumis à leur Domination. Cette
ve Let ne doit pas feulement occu-
per les perfonnes qui gouvernent, mais
encore chaque particulier affez eftima-
ble pour ne pas féparer fes intérêts de
ceux de fa Patrie. L’opulence nationale
n'eft que la fomme de laifance particu<
liere , partagée entre le plus de mains
qu'il eft poflible. Ainfi le devoir de tout
citoyen eft de contribuer à augmenter;
ou le produit de fes terres, ou l'aétivité
de quelque branche d’Induftrie ou de
Commerce. Ce devoir regarde plus par-
ticulièrement encore les Provinces qui,
comme la Bretagne, ont une Adminif-
tration municipale. Elles font compta-
bles à la Nation du bien qui peut en
réfulter. C’eft une des plus grandes Pro-
vinces du Royaume, & fa pofition lui.
donne des avantages marqués pour le
Commerce de fes denrées & de fes ma-
nufaétures. Elle devroit donc être &
plus riche & plus peuplée ” la plupart
11}
a
é AGRICULTURE,
des äutres Provinces. Mais on cherches
roit vainement les richefles & la popu-
lation dans un pays où l'Agriculture eft
négligée , fans que lInduftrie fafle des
progrès. Aufñli la Bretagne manque-
t-elle de bras pour la culture & pour les
moiffons , quoiqu'on n'y cultive au plus
que le tiers des terres qui pourroient
être mifes en valeur. Ii n’eft donc que
trop vrai qu'en déterminant fon éten-
due par la portion cultivée, elle ne fe-
roit pas comptée parmi les grandes Pro-
vinces de France. Elle ne conferve fur
un territoire plus petit & bien cultivé,
que l’efpérance de reprendre fes avan-
tages naturels en étendant fa culture,
Les Etats de Bretagne ont vu que le
rétabliflement de FAgriculture devoit
être la bafe de l’Adminiftration muni-
cipale que Sa Majefté confie à leur zèle,
& qu'ils fe devoient à eux - mêmes de
prendre les devants dans une carrière où
toutes les Nations cherchent à s’élan-
cer. Le plan qu'ils fe font tracé, ne
-permet pas de douter que la Bretagne
ne parvienne infenfiblement au point
d'amélioration dont elle eft fufceptible.
Une entreprife fi digne de la fageile des
Etats , a été entamée dans les momens
AGRICULTURE. 7
les moîns favorables ; cependant elle a
été fuivie de quelques fuccès. Que ne
doit-on pes attendre de l'influence de la
Paix, fur un projet qui intérefle les
hommes de tout ordre ; de tout état,
& dont le fuccès doit être leur ou-
vrage !
Le dépériffement de l'Agriculture ef
une fuite inévitable de la Guerre , &
c'eft un de fes plus funeftes effets. Les
revenus des particuliers diminuent : Le
payement qui en eft retardé, oblige
les riches même à retrancher de leurs
confommations : les Manufaûures & le
Commerce, qui ne confomment quen
proportion de leur activité , font ralen-
tis & fouvent arrêtés dans toutes leurs
opérations : ainfi le Laboureur placé au
centre des confonimateurs , tombe lui-
même dans lindigence, ou par linuti-
lité des récoltes abondantes, OU par
linfuffifance des travaux auxquels fa
auvreté le force à fe réduire.
C'eft dans ces temps de perte & de
langueur (1756) que É Etats ont fenti
la néceflité preffante de-veiller fur PA-
griculture , de la protéger , de l'encou-
rager. Un efprit borné eût attendu des
momens plus propices. Le un Corps
iv
8 AGRICULTURE,
accoutumé à s'élever au-deflus des vues
ordinaires, a faifi fans balancer l’inftanc
de l’épuifement comme celui qui de-+
mandoit le plus d'attention & de fe-
cours. Les Etats ont traité les claffes
laborieufes de la Nation , comme
ces malades languiffans , pour qui la
confiance & le courage font les remé-
des les plus falutaires , & FPon a vu
naître l’'émulation dans des circonftan-
ces où l’on avoit tout à craindre du dé
couragement,
C'étoit un devoir facré pour la So-
ciere chargée de faire profpérer ces vues,
que d'animer par des exemples ceux que
la Province excitoit par fa vigilance &
ar fes bienfaits. Les mauvaifes prati-
ques d'Agriculture moins dangereufes
que la nonchalance du cultivateur, &
la nonchalance moins deftruétive que la
pauvreté, ont d'abord préfenté, & pré
fenteront fans doute pendant long:
temps des obftacles difficiles à vaincre,
On les regarderoit même comme in-
vincibles , fi la cupidité, fentiment fi
utile au Public, lorfqu’il fe renferme
dans le cercle des chofes honnêtes, ne
fubfiftoit pas dans les hommes ordinai+
res long-temps après que tous les autres
AGRICULTURE. 9
D
Tont éteints. Mais l'exemple fubjuguera
toujours en éclairant, lorfqu’il fera don-
né avec amour, avec perfévérance. C’eft
donc par des exemples que la Société a
cherché à fortifier ceux à qui la Pro-
vince-vouloit ouvrir les veux fur:leurs
intérêts.
La Société a regardé les Prairies ar-
tificielles comme un agent eflentiel &
même unique pour l'amélioration de
notre Agriculture. Les fourages man-
quent dans toute la Province. Le bé-
tail y eft communément maigre, foi-
ble, & le Laboureur eft hors d'état de
former des élèves. A peine ces élèves
ont-ils atteint l’âge où leur travail peut
donner des profits , qu’il eft forcé de les
vendre aux habitans des Provinces voi-
fines. Plus induftrieux que nous, ils
ont fu depuis long-temps fe procurer
d'excellentes Prairies, de vaftes patura-
ges. Ce feroit fe faire illufion , que de
fuppofer dans le commerce du jeune
bétail , la compenfation des pertes que
ée commerce caufe à l'Agriculture. Il
n'y a que la pauvreté qui force à ven-
dre le néceffaire, L’aifance ne livre au
Commerce que le fuperflu. C’eft cer-
tainement le défaur de fourages qui
PRAIRIES
ARTIFI-
CIELLES.
10 AGRICULTURE.
oblige les Laboureurs de Bretagne à
vendre des élèves d’un an ou de dix-
huit mois, qu'ils auroient tant d'inté-
rêt à conferver. .Il eft donc très-impor-
tant d'employer tous les moyens pofli-
bles pour multiplier les Prairies.
Cette efpèce d'amélioration eft la
feule qui foit à la portée d'un peuple
pauvre , parce ms n’exige d'abord
que de modiques avances. C’eft le fe-
cours que les Propriétaires peuvent ac-
corder le plus aifément à leurs Fermiers,
& qu'ils ont le plus d'intérêt à leur pro-
curer, puifqu'il fert à développer le ger-
me des autres produétions de la Terre.
Des motifs de toute efpèce devoient
donc engager la Société à donner par-
ticulièrement des exemples fur les Prai-
ries.artificielles.
Le grand Trèfle des prés à fleurs rou-
ges, eft la première plante à laquelle on
fe foit attaché. Elle eft indigène ; ainfi
on n'avoit point à craindre que le fol
de la Province lui füt contraire, ou mê-
me peu favorable. À peine avons-nous
des Prairies naturelles où l’on n’en trou-
ve. Elle croit d'elle-même dans les ave-
nues, dans. les allées des jardins, & juf-
que dans les grands chemins. Moins
AGRICULTURE. 1Ï
. .
éetre plante étoit nouvelle pour les gens
de la campagne, plus on avoit lieu de
préfumer qu'ils la cultiveroient fans ré-
pugnance. D'ailleurs fa graine eft à
meilleur marché que celle de Luzerne.
Les Laboureurs accourumés à voir du
Trèfle fans culture , l'ont à peine re-
connu lorfqu’ils en ont vu des Prairies
entières. Des tiges longues, fortes,
des feuilles larges, charnues , un fou-
rage abondant & ferré, leur donnoient
un fpeétacle nouveau & bien propre à
exciter leurs défirs.
Ce fpectacle à fait l’impreffion qu'on
en devoit attendre, Les Laboureurs des
environs de Rennes, éclairés par le-
xemple de M. de la Chalotais, Procu-
reur Général, & de M. le Préfident de
Montluc , ont cherché à fe procurer de
la graine d’une plante fi féconde. Plu-
fieurs Affociés en ont donné gratuite-
ment aux perfonnes qui avoient befoin
de ce foulagement ; celles qui étoient
plus à leur aife, ou pour parler plus
exaétement, qui étoient moins. pau-
vres, en ont acheté. Il s'eft établi à
Rennes un Commerce de ces graines,
& c'étoit un Commerce jufqu'alors in-
commu, Le fieur Dunis en a vendu en-
12 AGRICULTURE.
viron 150 livres, depuis les Etats de
1758. La Demoifelle Moreau , Mar-
chande Grénetière , qui l’avoit préve-
nu, en a vendu un peu plus de 700
livres. Le fieur Rozaire 200 livres. La
veuve Goujeon 400 liv. La même ému-
lation s’eft fait fentir dans l’'Evêché de
Nantes. M. de Montaudouin a diftribué
900 liv. de graine de Trèfle, & il af-
fure que plufieurs perfonnes en ont fait
venir de Normandie , & même de Hol-
lande.
On n’emploie point dans cette énumé-
ration les graines que différens particu-
liers ont tirées directement, & qu’ils ont
femées dans leurs terres , parce qu'ilétoit
impoflible d'en avoir une note exaéte.
Mais voilà une diftribution bien connue
de 2350 liv. pefant de graine de T rèfle. Si
l’on fuppofe qu’elles ont été difpenfées
fur le pied de 8 livres par journal, on,
voit que la Province fe trouve enrichie
de 294 journaux d’exceillentes Prairies
dans les feuls Evêchés de Rennes & de
Nantes , fans compter celles de Luzer-
ne & de Fromental, dont on parlera dans
la fuite. Aïinfi en évaluant les fourages
verts qu'elles ont produit fur le pied
de cinq milliers de fourage fec, & en
AGRICULTURE, 13
les eftimant une piftole le millier, ces
294 journaux donnent chaque année
14700 liv. de valeurs nouvelles, qui n’e-
xifteroient point fi cette culture ne s'é-
toit pas introduite.
On prendroit une fauffe idée de cette
amélioration dans l'Agriculture, fi l’on
imaginoit que les graines vendues ont
été femées dans des terrains étendus ,
& par conféquent par un petit nombre
de Propriétaires ou de Laboureurs. Plus
de la moitié de ceux qui ont voulu fe
procurer du Trèfle, en ont femé de très-
petites quantités. D'autres n'ont femé
que deux ou trois livres. Les Labou-
reurs en achetoient rarement plus de
quatre. On fait à quel point ils font ti-
mides , & même défians fur les prati-
ques qu'ils n'ont pas éprouvées eux-
mêmes, & que leurs pères ne leur ont
pas tranfmifes. D'ailleurs la pauvreté, en
augmentant leur timidité , la juftifie.
Des gens à qui l’étroit néceflaire man-
que fouvent , qui #08 prennent
fur leur fubfftance le prix de graines
qu’ils n’ont pas l'habitude de manier,
qui font d’avance le facrifice du terrain
qu'occuperont ces graines, montrent
plus de courage que des perfonnes aï-
14 AGRICULTURE.
fées, qui sèment des terrains de plu=
fieurs journaux.
Les Prairies de Trèfle qui ont été
femées, & les petits effais qu'ont fait
les gens de la campagne, produiront né-
ceflairement deux bons effets ; l’un , de
fournir de la graine à ceux qui cultivent
cette plante; l’autre, de la rendre bien-
tôt moins chère, ce qui contribuera
beaucoup à multiplier ces Prairies. La
Société en a déja une preuve remarqua-
ble,
La veuve Goujeon, cette femme mé-
rite d’être nommée, eft fermière de la
métairie de Blofne, à trois quarts de
lieue de Rennes, fur le chemin de Nan-
tes. Elle à commencé l'exploitation de
cette ferme, fans s’écarter des prati-
ques des Laboureurs ordinaires. Mais
elle à fenti d'elle-même les changemens
qu'elle devoit apporter aux méthodes
du pays. Elle a fait & retourné diffé-
rentes expériences, qui l’ont conduite
du bien au mieux , parce qu’elle étoit
guidée par ce bon efprit, qui feul peut
apprendre à obferver & à deviner la na-
ture. Le défaut de fuccès ne l’a jamais
rebutée , lorfqu’elle en a pu faifir ou
même entrevoir les caufes. Ses enfans, :
AGRICULTURE. 1$
LU
qui furent fes premiers contradiéteurs ,
recueillent avec elle aujourd’hui le fruit
de fa perfévérance. Elle a non-feule-
ment de bonnes récoltes dans les champs
où les fermiers qui l'ont précédée, fa-
voient à peine en obtenir de médiocres;
mais elle a porté la fécondité dans des
terrains autrefois incultes. Les frais &
les foins des défrichemens ne l'ont pas
effrayée.
Son Agriculture ne pouvoit fe per-
fe&tionner fans lui faire fentir la nécef-
fité d’avoir beaucoup de bétail, & par
conféquent beaucoup de Prairies. L'art
des Prairies artificielles ne pouvoit tom-
ber en meilleures mains. Elle n’a point
commencé par des effais. Elle a débuté
par couvrir de Trèfle des champs de
quatre , cinq journaux. Aufli entretient-
elle trente-fix pièces de gros bétail ,
qui par les engrais qu’elles donnent,
augmentent la fomme de fes récoltes.
Enfin elle eft en état de vendre de Îa
graine. Elle en a retiré deux cent francs
cette année ( 1760, ) récompenfe bien
méritée de fon intelligence & de fon
travail. Ne doit-on pas attendre que
ceux qui ont femé les graines qu'elle
Jeur a vendues, ou qu'ils ont achetées
16 AGRICULTUR FE)
ailleurs , fauront ménager celle que
leurs Trèfles leur donneront , & en pro-
fiter, d’abord en la femant, enfuite en
vendant celle qu’ils ne pourront em-
ployer ? |
Pour accélérer des progrès fi défira-
bles, M. de la Chalotais s’eft informé
des moyens qu'on emploie en Norman-
die pour dégager la graine de Trèfle
de la capfule dans laquelle elle eft con-
tenue, & comme attachée. C’eft fervir
à la fois les grands & les petits Culti-
vateurs , que de les publier.
Manière On doit toujours réferver pour la
de “BE graine le fourage de la feconde coupe.
Trèfle des C’eft ordinairement au mois de Septem-
caplules. Dre qu’elle peut être recueillie. Ceux
qui attendent jufqu’au mois d'Oë&tobre
ou jufqu'’à la T'ouffaint , ont plus de dif-
ficulté à la détacher des capfules , à
caufe des pluies ou de lhumidité de
cette faifon. D'ailleurs la graine eft ra-
rement aufli belle que celle qu'on re-
cueille de meilleure heure.
On juge que la graine eft en parfaite
maturité, lorfque la capfule qui la con-
tient, étant ffoiflée dans la main, laiffe
échapper de la graine de couleur vio-
| lette. Alors on fauche le TFrèfle. Dès
qu'il
AGRICULTURE: 17
œu'il eft engrangé, on fépare avec le fléau
les têtes de leur tige. C’eft ce quon ap=
pelle en Normandie Æ/ouper. Cette {6-
paration faite, on conferve les Aoupes,
têtes, ou épis, dans des facs ou dans des
endroits très-fecs, jufqu’au temps de la
femence. Alors on les expofe au foleil.
On les bat enfuite avec le Aéau fur une
aire bien unie, d’une confiftance ferme
& fans pouflière. Enfin on paffe la graine
plufieurs fois par le van; & cette opéra
tion, qui doit être faite avec exattitude,
fe répète jufqu'à ce que la graine foit
bien nette, bien purgée de tout corps
étranger.
La Société, qui n’envifage & qui ne
doit envifager que le bien public, ne dif
fimulera point qu’elle a pu induire quel-
ques Cultivateurs en erreur, en leur indi-
quant huit livres de graine de Trèfle coms
me la quantité qu’on doit le plus ordi-
nairement employer pour enfemencer un
journal de Terre. Elle avoit preffenti (a)
qu'on devoit l’augmenter felon la nature
des terrains. En effet, les expériences en
grand s'étant multipliées ,-on croit pou-
voir affurer que huit livres’ de graine ne
(a) Voyez le Corps d’obfervations de 1757 & 1758, PAZ:
69 & Ju.
| B
18. AGRICULTURE.
fufifent que dans les Terres légères, fraî«
ches fans être humides, bien labourées,
bien nétoyées. Par tout ailleurs, & fur-
tout dans les Terres fortes & vifqueufes,
on gagne beaucoup à femer quinze, dix-
huit, & même vingt livres de graine.
Les Cultivateurs d'Angleterre ont aufii
éprouvé qu'il eft impoffible de donner à
cet égard une règle abfolument géné-
rale (a).
(a) William Ellis, dans
un Ouvrage trés-utile, qui
a pourtitre, The practice of
Farming and Hufbandry ,
€-c. avoue qu’on a quelque-
fois de bonnes récoltes de
Trèfle, en ne femant que
cina ou fix livres de graine
par acre de Terre. ( L’acre
eft, à quelque chofe près,
d’un huitième plus petit que
notre journal ). Mais il dit
u’il faut une très-bonne
Terre , bien préparée, &
une faifon très-favorable. Il
confeille d'en femer dix à
douze livres, quinze jours
ou trois femaines après avoir
femé le grain; parce que fi
les pluies étoient fréquen-
tes pendant l'Eté, le Trèfle
poufleroit fi vigoureufe-
sent, qu’il nuiroit à la ré-
colte du grain.
Voici les termes d’un au-
tre Auteur Anglois trés-efti-
mé. » Je foutiens que le Trè<
» fle doit être femé dru. Les
» tigesen feront moins grof.
» fes, & par conféquent s’il
» tomboit de la pluie après
» qu’on l’a fauche, il féche-
» roit promptement ; & s’il
» n’en tomboit point, le foin
» feroit fait quatre ou cinq
» jours plutôt que lorfque le
» Trefle eft clair femé.
» Lorfque la Terre eft d’u-
» ne qualité froide , les her-
» bes ou le Trefle qui y croif-
» fentfontaigres. Alors, fiau
» lieu de douze ou quatorze
» livres de graine de Trefle,
» on en {ème vinot livres par
» acre, le Trefle fera moins
» groffier & d’un goût plus
» doux.
» Piufeurs Fermiers très-
»inftruits recommandent
» fortement de feimer toutes
» Les graines de Prairies ar-
ptificielles en plus grande
« AGRICULTURE, 19
Ce n'eft même pas affez d’obferver la
hature des terrains ; on doit faire une dif-
tinétion entre les graines. Celles qu’on
sème dans l'Evêché de Rennes & dans ce-
lui de Dol, font tirées de Normandie.
Elles font inférieures à celles de Hollan-
de, & c’eft par cette raifon qu’elles doi-
vent être femées plus abondamment. Voi-
ci quelques expériences qui n’ont pu être
faites qu'en petit, parce qu'on n'a pas recu
d’affez bonne heure les graines de Trèfle
qu'on crut devoir tirer de Hollande mé-
me. Si ces expériences ne fufhfent pas
pour décider la queftion, elles condui-
fent du moins à faire foupçonner qu’on
doit régler la quantité de la femence fur
fa qualité. |
On a mefuré avec tout le fcrupule pof.
fible, des volumes égaux de graines de
Hollande & de graines de Normandie.
» quantité qu’on ne pratique
» ordinairement. Oëferva-
» tions in Hufbandry by Ed-
»ward lifle Efg. Lond.
D17$7 «.
M. Pattullo, dont les prin-
cipes font fondés fur l’Aori-
culture Angloife, dit dans
la première Fdition de fon
Ouvrage donnée en 1758,
qu'il faut vingt livres de
graine par arpent. L’Edition
qui fut faite l’année fuivante
porte, qu'il faut communé-
ment quinze livres de graine
par arpent; mais que fi la
Terre étoit rrês-bonne , dix
à douze livres pourroient fuf-
fire. Voyez l'Effai fur l’amé-
lioration des Terres, de
l'une & de l’autre Edition
PET MR
Bi)
r-—
20 AGRICULTURE:
La première pefoit beaucoup plusq ué
l'autre.
On Îles à mifes dans de l’eau, & on a
rejetté tous les grains qui furnageoient.
Elles ont été féchées & pefées enfuite.
Il s’eft trouvé que celle de Normandie
avoit perdu fenfiblement de fon pre-
mier poids , & qu’à très-peu de chofe près
celle de Hollande avoit confervé le fien.
Il eft reconnu par les Cultivateurs,
que les grains ou graines qui furnagent
font prefque tous ftériles. Mais il y en a
qui vont au fond, & qui par différentes
caufes peuvent ne pas germer. Pour com-
parer les graines de Hollande & de Nor-
mandie par ce nouveau côté, on a comp-
té un nombre égal de grains de chaque
efpèce. Ils ont été femés le même jour,
dans la même Terre, à la même expofi-
tion, On les a couverts d’un filet pour les
garantir des oifeaux. Ceux de Hollande
ont prefque tous levé, & il en a manqué
un douzième fur ceux de Normandie.
La conféquence naturelle de ces épreu-
ves, eft que huit livres de graine de Hol-
lande doivent donner beaucoup plus de
plantes, que huit livres de graine de Nor-
mandie. Ainfi, dans l’ufage, la quantité
qu'on sème paroit devoir varier felon la
* AGRICULTURE: D?
qualité. Cette obfervation peut fervir à
expliquer la différence qui fe trouve en-
tre les expériences qui ont été faites,
pour déterminer la quantité de graine de
Trèfle qu’on doit femer dans un journal
de Terre. Les perfonnes à qui huit livres
ont mieux réufli, avoient fans doute fe-
mé, fans le favoir, de la graine de Hol-
lande. A l'égard de ceux dont les Prairies
ont été formées avec quinze, dix-huit &
vingt livres par journal, on eft très-für
qu'ils n’ont employé que des graines de
Normandie ou de Bretagne.
Cet éclairciflement étoit néceffaire
pour la plupart des Cultivateurs. Il peut
fervir à les diriger dans l'emploi de Îa
femence dont ils feront ufage. Mais ce
n’eft pas aflez pour le petit nombre de
Cultivateurs qui obfervent dans le deffein
de perfeétionner. Ils doivent s'attacher à
découvrir la caufe de la différence mar-
quée qui fe trouve entre les graines dont
on vient de parler. La fupériorité de celles
de Hollande tient peut-être à leur extrè-
me maturité, à l’attention de faire la pre-
mière coupe de très-bonne heure, afin
d'empêcher la plante d’être épuifée par fa
fleur & par fa graine. La fleur, & la graine
lors même qu’elle n’eft qu’en lait, épuifene
B ii]
|
|
|
43 AGRICULTURE.
extrêmement les plantes. Avec ces atten-
tions, la feconde coupe qui doit toujours
être réfervée pour la graine, peut devenir
plus vigoureufe, & donner des femences
mieux nourries, plus pefantes, & en gé-
néral mieux difpofées à la germination.
Peut-être aufli la nature des Terres in-
flue-t-elle beaucoup fur la perfection ou
| la médiocrité de ces graines.
Plus on peut foupconner de compli-
cation dans les caufes d’où dépendent la
perfeétion ou la médiocrité, plus il eft
néceffaire que le nombre d'Obfervateurs
fe multiplie. Les uns dirigent leur atten-
tion vers des circonftances qui échappent
à d’autres. Le concours d’obfervations eft
donc le feul moyen de hâter la découverte
du procédé qu'on doit fuivre pour re-
cueillir d'excellente graine. Cette occu-
pation ne doit pas être regardée comme
minutieufe. Tout ce qui peut perfettion-
ner nos Prairies & augmenter la fomme
des fourages, eft digne des regards les
plus attentifs. La graine de Hollande
coûte plus cher que celle de Normandie.
Nous avons donc un double objet à rem-
plir : l’un, de recueillir des graines de la
première qualité ; l’autre, d'en rappro-
cher le prix des facultés du Laboureur le
, AGRICULTURE. LE
plus pauvre. D'ailleurs il importe alE-
tat de repoufler les importations de tout
ce que peut fournir la France, & fur-
tout de priver l'Etranger du bénéfice qu’il
trouve à nous vendre fes denrées, & à
nous fournir les matières premières de
notre Agriculture.
La Société ne fe laffera point de ré=
péter que le Trèfle eft de toutes les plan-
tes la plus néceffaire aux Laboureurs. La
plupart des Terres de la Province ont be-
foin de repos, & ce repos dure quelque-
fois plufieurs années de fuite. Le Fermier
en paye le même prix au Propriétaire que
dans les années où elles lui rapportent
des grains. Il obtiendroit, en les .cou-
vrant de Trèfle pendant le temps-qu'on
les laiffe repofer, des fourages qui paye-
roient, & au-delà, ce qui eft dû au Pro-
priétaire. Ces Terres feroient mieux dif
pofées au labourage à la fin de la troifiè.
me année du Trèfñle ,.& le bétail s'étant
multiplié mettroit en état d'y porter plus
d'engrais. Par-là toutesles Terres feroient
continuelëment en rapport, & donne-
roient chaque année un revenu beaucoup
plus grand ;-fur-rout dans les cerrains
un peu frais. Il n’eft peur-être pas inutile
d ajouter, en faveur de ceux as des
iy
5£ AGRICULTURE:
Terres aflez fécondes pour être toujours
chargées de grains, qu’ils devroient ef-
fayer de les convertir de temps en temps
en Prairies artificielles 5 » Car depuis
+ qu'on eft plus habile. en Agriculture,
» aucun fon Fernier en Angleterre ne
> fait fur le même champ plus de trois
» récoltes de grains confécutives (a) «.
La Société a publié qu’on peut femer
en même temps que le Trèfle, & dans le
même terrain, de l’Avoine, de l’'Orge,
du Blé noir, du Lin (4). Elle croit devoir
ajouter des obfervations de détail à cette
(a) Voyez lEffai fur l’a-
mélioration des Terres, p.
#4, Voyez le cotps d’ob-
fervations, années 1757 &
2758, pag. 66. note b,
L'expérience de M. le Ba-
ton de Pontual eût fuf pour
autotifer la Société à con-
feiller de femer du Trèfle &
du Lin dans la même Terre.
41 en avoit fait l'épreuve
plufieurs fois, & toujours
avec fuccès. D'ailleurs, la
Société de Dublin recom-
mande expreflément cette
pratique. » Quand on à def
»fcin de faire repofer fa
» Terre, en peut femer du
» Trèfle RATE jours après
» le Lin. Ces herbages ne lui
p font point nuifibles ; onre-
» marque même qu'ils lui
» font beaucoup de bien. Il
» eft probable que c’eft en
» confervant la rofée & la
» pluie autourde fes racines,
» & en garantiffant la Terre
» de la chaleur du Soleil.
» Mais quelle qu'en foit la
» raifon ; une longue expé-
» rience a démontré que ces
» graines viennent très-bien
» enfemble. Le Trèfle four.
» nit une bonne récolte peu
» de temps après la cueillette
».du Lin. On fuit toujours
» çette méthodeen Flandres
» & en Hollande avec beau-
»coup de fuccès. Je puis
» donc la recommander avec
» confiance à mes Compa-
» triotes «. Ef]. de la Société
de Dublin, pag. GG,
EE
“ AGRICULTURE. 2
_ règle générale. M. Armez, Relteur de
Saint-Gilles-le- Vicomte, près Painpol,
a remarqué qu il n y avoit que les Terres
fortes qui puflent produire à la fois de
beau Lin & de beau Trèfle. Dans les
Terres médiocres ou légères, le Trèfle
prend trop de fubftance & nuit au Lin.
Il ne réuflit avec le Blé noir, que lorfque
ce grain eft femé clair, & que le terrain
eft bien engraiflé. Il eft plus avantageux
de l'affocier avec l'Orge. Ces obfervations
s'accordent avec celles qui ont été faites
dans l'Evêché de Rennes.
C'eft principalement pour inviter les
Laboureurs pauvres à fe procurer des
Prairies fi fécondes, qu’on a indiqué le
Lin, l'Avoine, l'Orge, le Blé noir, com-
me des plantes qui ne nuifoient point au
Trèfle. Ceux qui font en état de labou-
rer un terrain uniquement pour le Trèfle,
trouveront certainement du profit à le
femer feul, puifqu’il dédommage dès la
première année des frais de culture & du
prix de la graine. Mais la Société n’igno-
re pas que les gens riches ou aifés, font les
feuls qui retirent de l'Agriculture tous les
profits qu’elle peut donner. C’eft un mal
inhérent à la pauvreté, que de ne pouvoir
Être vaincue que par degrés & lentement,
|
26 AGRICULTURE.
Dans prefque toutes les clafles de l'Etat;
il faut être riche pour pouvoir devenir
opulent en peu d'années.
Au refte, de quelque façon qu’on sème
le Trèfle, il eft effentiel de ne le placer
que dans des lieux frais. Lorfque la Prai-
rie artificielle eft formée, il faut être at-
tentif à la faucher, dès que les premières
fleurs paroïiffent, & même avant qu’elles
foient colorées. C’eft le moyen d'obtenir
une coupe de plus. Il en réfuite un incon-
vénient pour les perfonnes qui en ont une
très-grande quantité, en ce que le Trèfle
entrant en fleurs tout à la fois, il eft im-
poflible de le faire confommer dans l’ef-
pace de quelques jours. Mais on peut af
furer d'avance au Public, que cette difi-
culté fera levée. Des Membres de ia So-
ciété cherchent à déterminer le moment
précis de la première coupe du Trèfle fur
une étendue de terrain, & pour une quan-
tité de bétail donnée. Ils efpèrent qu'ils
pourront donner un plan économique fur
eette partie, d'après lequel il ne fera pas
difhcile de régler les coupes, de façon que
le bétail ne manque jamais de fourage ;que
{a quantité qu’on lui en donnera foit fuf-
fante ; & que le T'rèfle foit toujours coupé
avant que la fleur en foit trop avancée.
* AGRICULTURE. 27
La culture de la Luzerne a bien des Luzerxe.
avantages fur celle du Trèfle. Elle pro-
cure plus de fourage verd , cette plante
fe fane plus aifément, ainfi on peut en
faire de grandes provifions ; enfin elle
peut durer douze, quinze & dix-huit ans,
Mais il n'y a que les Propriétaires qui
puiflent entreprendre aujourd'hui cette
culture fur les terrains dont ils jouif-
fent. Elle demande ou des préparations
pour les Terres, ou une attention dans la
première , & fouvent dans la feconde
année , dont les Fermiers ordinaires ne fe
rendront capables que par degrés. D'ail-
leurs, quel eft le Fermier d’un bail, dont
la durée ordinaire eft de trois, fix, ou
neuf ans, qui voulût faire les frais d'une
Prairie artificielle, qui peut en durer dix-
huit ? Prendroit-il fur iui l’achat de la
graine, qui eft plus chère que celle du
Trèfle , les frais & les foins du farclage
de la première année , fans autre efpé-
rance que celle de retirer Le quart ou le
tiers du fruit de fes avances & de fon
travail ? I] pourroit , dira-t-on, profiter
pendant trois ou quatre années de tout
le produit de fes Luzernières , & les
détruire deux ou trois ans avant la fin
de fon bail, pour y fubftituer des grains,
28 AGRICULTURE.
Ilauroit pendant ce temps tout lebénéficé
de la fupériorité du produit dela Luzerne
fur le ‘Frèfle. Ce confeil eft fage ; mais
un Fermier n’eft capable ni de fe le don-
ner à lui-même, ni d'en profiter. Il ne
verra que fa dépenfe & fon travail. Pour-
roit-il fe réfoudre à détruire , après cinq
ou fix années, une Luzernière qui feroit
alors dans fa plus grande force ? Sa répu-
gnance à porter le foc dans la plus riche
de fes Prairies, feroit invincible, Elle ne
ferviroit peut-être qu’à lui faire envifa-
ger avec plus de dépit & de jaloufie les
profits qu'il auroit préparés à fon fuc-
ceffeur.
Il femble donc qu’on ne doit fe flatter
de voir les Laboureurs former des Lu-
zernières , que lorfque PAgriculture fera
aflez perfettionnée, & le bétail affez mul-
tiplié, pour que l'intérêt d'avoir beau-
coup de fourages l'emporte fur toute
autre confidération dans Fefprit des Fer-
miers. Un changement fi confidérable ne
peut être produit que par l'exemple. C'eft
aux Propriétaires de tout ordre à le don-
ner.
La plupart des T'erres cultivées de Bre:
tagne , font celles du Royaume qui pro-
duifent le plus de mauvaifes herbes: fuite
y AGRICULTURE: 26
néceffaire du défaut prefqu’univerfel d’en-
grais. Les fumiers auxquels on ne donne
jamais le temps de fe bien confommer,
portent dans les champs une multitude
incroyable de mauvaifes graines, dont les
germes fe font confervés malgré la digef-
tion des animaux. Ces germes fe déve-
loppent avec d'autant plus d’abondance
& de force, qu'ils fe trouvent placés dans
l'engrais même. Voila le plus grand obfta-
cle que puiffe rencontrer la Luzerne. Il
fufhroit pour la faire périr en affez peu de
temps. Il paroïît donc indifpenfable de la
farcler fréquemment & exattement pen-
dant la première année & même pendant
la feconde, fi les herbes étoient encore
abondantes. Après ce temps on a deux rai-
fons pour fuppofer qu’elles fe détrui-
roient ; l’une, que la Luzerne étant plus
forte & croiffant plus promptement, con-
tribueroit à les écouffer ; l’autre, qu'étant
fauchée trois & quatre fois l'an, les mau-
vaifes herbes n’auroient pas le temps de ré-
pandre leurs graines, & ne pourroient
réfifter à de fi fréquentes coupes. Cette
méthode feroit certainement la meilleu-
re, fon pouvoit regarder comme 7eil/eur
en fait d'Agriculture , ce qui ne peut
s'exécuter qu’en petit,
|
|
Te AGRICULTURE,
Cette théorie eft fort ancienne & ne
paroit pas avoir trouvé de contradic-
teurs (a). Cependant la Société ne croit
as qu'on doive l’adopter. Elle en appelle
à l'expérience de tous les Agriculteurs.
Peut-on fe flatter, fans des frais énormes,
fans une vigilance infatigable, de faire far-
cler fréquemment & exactement plufeurs
arpens de Luzerne pendant deux ans, ou
même pendant une année? A peine oferoit-
on fe le promettre dans un terrain d’un de-
miarpent. Il faut d’ailleurs s’attendreàune
extrême négligence de la part des Journa-
liers. Ils font fans intérêt. Ne voit-on pas
par-tout, que le Propriétaire ainfi que le
(a) Opus eft denfitate femi-
nis omnia OCCupari, interna-
fcentefque herbas excludi...
Si fit humidum folum, her-
bofumve, vincitur & defci{-
fit in pratum. Ided protinus
altitudine unciali herbis om-
nibus liberanda eft manu po-
tius, quèm farculo. Phn. lib.
I8.cap.r$.
Poft paucos dies, cum
fruéticare cæperit, ( Medica)
omnes alias herbas runcato.
Pallad. lib. $. rit. x.
Curieufement conviendra
ésherber la Luzernière, en ar-
rachant toutes les malignes
herbes & plantes qui y fe-
ront fourées quand & les
bonnes, & ce à toutes heures
qu’elles paroïtront , de peur
que par le temps devenues
grofles, l’on n’en puifle pas
après défengeancer le lieu,
au détriment de la Luzerne,
qui fe es & s’abâtardit par
le voifinage d'autre herbage.
Théâtre d'Agriculture d O-
livier de Serres, liy. 4. ch. 4.
pag. 24$.
Il ne faut point du tout
fouffrir d’autres herbes par-
mi la Luzerne; c’eft pour-
quoi on doit la farcier foi-
gneufement de temps en
temps. Maifon Pa tOM, I
pag. 766, de l'Édirion de
1755: |
AGRICULTURE. 31
Fermier, quoique foutenus par leur inté-
rêt , ne peuvent ni tout faire, ni tout
furveiller. La Société va expofer les prin-
cipaux détails dont on doit être inftruit
pour avoir de bonnes Luzernières. Elle
n’afhrmera rien qui ne foit fondé fur l’ex-
périence de M. Baudouin, Affocié du Bu-
reau de Dol , qui cultive cette plante
avec le plus grand fuccès depuis quinze
ans. Quelques Membres de la Société qui
ont imité fon exemple , s’en font très-
bien trouvés, & celui qu’ils ont donné
a l'avantage au-deffus des théories im-
primées , de pouvoir être fuivi par les
gens de la campagne. T ous les procédés
compliqués , difpendieux , ou aflujettif-
fans, ne conviennent qu'a des Amateurs.
Rien n’eft trop fimple, ni à trop bon mar-
ché, pour cette clafle d'hommes defti-
nés à remplir prefque machinalement la
fonétion importante de Pourvoyeurs de
toutes les autres claffes.
Les Terres médiocres fuffifent à la Lur-
zerne , pourvu qu'elles ayent du fond.
On doit être attentif à les bien nétoyer
de racines & de mauvaifes herbes. En gé-
néral les terrains argilleux & humides
ne lui font pas favorables. On a cepen-
dant quelques exemples de Luzernières
32 AGRICULTURE.
qui ont bien réuili dans des terrains où
l'argile domine. Mais quelque bon que
püt être celui qu'on auroit choiïfi, il eft
néceflaire d'être averti que la Luzerne
périt lorfque fes racines atteignent des
veines de Terre inférieures, qui font
abreuvées par des eaux flagnantes,
Si le champ qu’on deftine à cette plan-
te eft chargé de grains, on doit le labou-
rer immédiatement après la récolte. Ii
feroit très-avantageux de faire bécher le
fond des raies des fillons, & de rejetter
la Terre fur les fillons mêmes. On laiffe
le terrain dans cet état pendant l'Hiver.
A la mi-Février il faut répandre du fu-
mier bien confommé fur le terrain, après
quoi on le laboure pour la feconde fois,
On ne devroit pas épargner la dépenfe
de faire creufer les raies à la bèche, &
de rejetter la Terre fur les fillons com-
me au premier labour. Par ce moyen
la Terre fe trouveroit plus profondé-
ment & plus univerfellement ameublie.
On feroit plus que dédommagé dans la
fuite par la beauté & l'abondance des
fourages.
Lorfque les fortes gelées font pañlées,
ce qui répond ordinairement à la fin de
Mars, ou au commencement d'Avril > On
TT *
Là
AGRICULTURE. 3%
rofite d'un jour de beau temps pour la-
Bases de nouveau, & pour femer la grai-
ne. Après le labour , il faut brifer foi-
sneufement les mottes, en forte quetoute
{a furface foit bien ameublie. Si leterrain
a une pente fufhfante pour l'écoulement
des eaux, on peut en laifler la furface
unie. S'il eft trop plat, on doit en le la-
bourant le partager en planches de douze,
quinze ou dix-huit pieds de largeur, &
qui foient un peu bombées, afin qu'elles
fe dégagent des eaux qui pourroient y
féjourner. On ne peut trop répéter que
l'humidité eft extrêmement contraire à
la Luzerne.
En Bretagne, où les Hivers font com:
munément doux , on gagneroit peut-être
à femer au mois d'Août. Dans ce cas, il
faudroit tranfporter dans cette faifon le
libour du mois d'Avril.
Il faut au moins vingt livres de bonne
graine pour enfemencer un Journal, Elle
ne doit être enterrée qu’à un pouce de
profondeur tout au plus, ce qui s’exé-
cute très-bien dans des terrains peu éten-
dus, en brifant les petites mottes avec
an inftrument femblable à un rateau qui
a'auroit point de dents, On peut ailleurs
_ #efervird'une botte d'épines, ou de brouf.
34 AGRICULTURE.
failles., pour herfer tout le terrain. Quef-
que moyen qu'on emploie , il faut être
fort attentif à ne pas trop enfoncer la
graine ; elle ne léveroit pas. On doit
faire garder les champs de Luzerne juf-
qu'à ce que la graine ait germé , parce
que les oifeaux en font avides, & qu'ils
en mangent une grande partie.
Lorfqu’on sème de l'Orge ou de l'A-
voine, avec la Luzerne , ce doit être en
petite quantité ; non-feulement parce
que ces grains font un obftacle à fon ac-
croiflement , mais encore parce que fi
l'Orge ou l’Avoine venoient à verfer,
tous les pieds de Luzerne qui en feroient
couverts périroient. On a l'expérience
qu'en Bretagne elle réuflit très-bien lorf-
qu'elle eft femée feule. On pourroit mê-
me aflurer qu'elle réuflit mieux, pourvu
que la graine ne foit pas épargnée ; les
mauvaifes herbes trouvent alors moins de
laces à occuper. On doit être attentif
a ce que la Luzernière foit bien clofe,
afin qu’en aucun temps le bétail ne puiffe
y entrer. Sans cette précaution, on cour-
roit rifque de perdre & fon bétail & fa.
Luzernière.
Ceux qui sèment au mois d'Avril, font
deux coupes dès la première année. Dans
à AGRICULTURE, 35
les añnées fuivantes on en fait trois,
quatre, & même jufqu'à cinq. On doit
faucher la Luzerne dès qu’on commence
à appercevoir les boutons des fleurs , à
moins qu'on ne veuille en conferver la
graine. Dans ce cas, on laifle mürir les
plantes. Si le mois de Juin eft fec &
chaud, on prend la graine de la feconde
herbe. Si ce mois eft pluvieux, on fauche
la Luzerne pour la feconde fois, & c’eft
{ur la troifième herbe que la graine eft
recueillies | |
M. Baudouin , qui cultive cette plante
depuis long-temps & avec tant de fuccès;
fait mettre en javelles , à peu près com-
me le Blé noir, la Luzerne dont il veut
avoir la graine. Dès qu'elle eft sèche, on
l'enlève & on la bat. Quoique cétre
méthode foit plus expéditive que celle
qui eft indiquée par les Auteurs d’Agri=
culture, elle n’eft peut-être pas préférable,
Les goulfles qui renferment la graine,
s'ouvrent très-aifément lorfqu'elles font
mûres & sèches. M. Baudouin s'expofe à
en perdre beaucoup. Il femble donc qu’il
feroit plus avantageux de fuivre l’ufage
qui paroit le plus général.
- Cerufage eft de laiffer parvenir la Luü-
zerne à fa maturité, & de facrifer par con:
Ci
36 AGRICULTURE:
féquent une récolte de fourage. Quand
la graine eft bien müre , on coupe avec
des faucilles bien tranchantes le haut des
plantes où font les goufles, & dans cette
opération on les fecoue le moins qu'il
eft poffible. On les met dans des draps,
& on les laiffe fécher à l'ombre quelque
temps. Enfuite on les bat, & on nétoie
la graine (24). On doit enlever de la Lu-
zernière, le plutôt qu’il eft poffible, l'her-
be qui a rapporté la graine, parce qu’elle
empêcheroit les fouches de repouffer.
Lorfqu'une Luzernière eft en bon rap-
ort, c'eft-à-dire la troifième année &
Le fuivantes, un journal produit plus de
fourage en verd & en fec, que trois jour-
naux d'excellentes Prairies ordinaires.
M. Baudouin s'accorde avec tous les
Auteurs, fur la néceflité de donner la
Luzerne aux bœufs & aux chevaux avec
économie , & de la mêler avec du Foin
ou de la Paille, lorfqu’on ne les fait pas
travailler, Cette nourriture leur devien-
droit funefte, Mais comme ils diflipent
beaucoup en travaillant , on peut leur
en donner davantage. Ils s'entretiennent
(a) Voyez le Traité dela tique, Edir. de 175$, tom
culture des Terres, t0M. I. ZI, pag. 767.
pag. 279. & la Maifon Ruf-
AGRICULTURE. 37
fains & vigoureux. On peut réduire les
chevaux à la moitié, & même autiers de
lAvoine qu’on leur donne ordinairement.
Il y a des perfonnes qui ceffent même de
leur en donner, & qui n'en tirent pas
moins de fervice,
La méthode qu'on vient d’expofer eft
celle qui peut être fuivie le plus géné-
ralement. Elle ne renferme rien qui écarte
un Fermier intelligent de fes pratiques.
Elle eft certainement préférable à toute
autre. C'eft l'Agriculture des Fermiers
qu il eft important de perfectionner, puif
que c’eft à leur travail que la Nation
entière doit fa fubfiftance. Cependant il
eft à fouhaiter que des perfonnes plus
attentives les invitent par leur exemple à
s'élever à une méthode plus lucrative en-
core.
Quelques Membres de la Société, &
en particulier M.le Préfident de Montluc,
ont femé de la Luzerne & en plein & en
rayons. Le produit des rayons eft plus
confidérable, On trouve alors beaucoup
de facilité à farcler , parce qu’il y a de
grands intervalles entre chaque rangée de
Luzerne, & qu’au lieu de farcleufes on fe
fert d'inftrumens , comme d’une pelle,
d'une bèche, & même d’une petite char<
| Ciir
33 AGRICULTURE.
rue affez généralement connue fous le
nom de Cultivateur. Cette pratique a de
plus l'avantage d'entretenir la Terre
meuble , au lieu qu’elle fe raffermit & fe
refferre toujours de plus en plus lorfqu’un
champ eft femé en plein. Mais l’affujet-
tiffement qu'elle exige pourroit, quoique
léger, importuner bien des Agriculteurs.
On croit cependant devoir avertir que
M. le Préfident de Montluc, qui a des
Euzernières femées en plein , d’autres
femées en rayons éloignés d'environ quin-
ze pouces, & enfin d’autres dont les rayons
font à deux pieds & demi de diftance l'un
de l'autre, a obfervé que ces dernières
donnent plus de fourage à chaque coupe
fur une égale étendue de terrain.
On prend, pour bécher, ou fi Fon veut
our labourer les intervalles , le temps où
a Luzerne vient d’être coupée. M. de
Montluc s’eft convaincu par fon expé-
rience, que cetravail eft infiniment moins
confidérable dans la pratique, qu'ilne la-
voit cru d'abord. Dir
Au refte, la culture en rayons ne l’em-
porte fur l’autre que pour la quantité.
A lécard de la qualité, le fourage eft
plus dur ; inconvénient qu’ont toutes les
Liste dont la végétation eft fortifiée
ne D og Le nn
AGRICULTURE. 39-
par une fibre circulation de l'air. La Eu-
zerne femée en plein eft plus tendre, plus
fucculente, & par conféquent plus agréa-
ble au bétail.
M. de la Chalotais fit femer au mois
d'Avril 1759, de la graine qui lui avoit
été envoyée fous le nom de Kay-ora/] ;
il la mêla avec une petite quantité d'A-
voine. Les riges de ce prétendu Ray-grafl
étoient fi déliées, & enapparencefirares,
qu'on avoit lieu de craindre qu'il ne réufsit
pas bien en Bretagne. On le faucha lorf-
ue l’Avoine fut en maturité.
Dès le Printemps de cette année (1760)
cette Plante a pouffé une multitude de
tiges vigoureufes. On auroit pu les cou-
er au commencement de Mai ; mais on
préféra de les laiffer monter à toute la
hauteur qu’elles pouvoient acquérir, afin
de pouvoir juger de la force de cette
Plante , & d'en déterminer lefpèce par
Pinfpeétion , ou plutôt par l'examen de
Fépi. Les tiges s’élevèrent jufqu’à cinq
pieds & demi de hauteur,
Lorfque les épis furent développés &
mûrs , on reconnut aifément le Gramer
avenaceum elatius , jub& longä fplen-
dente de Ray. Son nom vulgaire le plus
connu Eft Fromental, Pour A reconnoÏ-
1V
FRoMrxa
TAL.
40 AGRICULTURE.
tre , ilne faut pas fe borner à l'examen
de latige, des feuiiles , de Fépi. Il feroit
très-diicile, & peut-être impoflible de le
diftinguer du Grarzen nodofum,avenaceaæ
panicula. Yci c'eft la racine qui décide.
Celle du Fromental eft fibreufe ; celle
du Gramen nodofum &c. eft chargée de
nœuds de la sroffeur du doigt.
Quelque différente que foit cette
Plante, du Ray-graf] cultivé en Angle-
terre , il n’eft pas fort étonnant qu’en
France on lui en ait donné ie nom. Les
Anglois n'ont pas été à l'abri de fembla-
bles méprifes fur le Ray-graff même. On
trouve abondamment chez eux parmi
les Prairies de Ray-graf, un Gramen de
très-mauvaife qualité (4). Edward Lifle
dit (2), que les François sèment ce Gra-
men fous le nom de Fromental, Cet Au-
teur a évidemment confondu deux plan-
tes qui n'ont de commun que le genre.
Ef-il furprenant qu’en France, où l’oneft
infiniment moins inftruit fur l’article des
Prairies artificielles , on ait pris deux
Plantes l’une pour l’autre, le Fromental
pour le Ray-oraff ? Ces méprifes n'arri-
(a) C’eft le Feftuca avena- . (b) Obfervations in Huf.
cea hirfuta, paniculis minus bandry, pag. 260.
Jparfis. De Ray, Synop. 2714
AGRICULTURE: at
veroient cependant point , fi ceux qui
écrivent fur l'Agriculture étoient atten-
tifs à donner, outre les noms vulgaires,
les phrafes botaniques qui carattérifent
les Plantes dont ils parlent (a).
La Plante qui a été cultivée d’abord
par M. de la Chalotais, enfuite par quel-
* ques autres Membres de la Société, &
par plufieurs Amateurs d'Agriculture, eft
exactement le Fromental. M. Miroudot
de S. Ferjeux , Subdélégué à Vézoul ,
à qui la Société a l'obligation de con-
noitre cette Plante, & de favoir la cul-
tiver , la nomme toujours Ray-craf],
ou Fromental.
Cet Amateur envoya au mois de Dé-
cembre 1758 quelqueslivres de la graine
qu'il avoit recueillie dans fes Prairies ar-
tificielles ; & pour faire juger par le
regain , de la fécondité du Fromental, 1}
en envoya une touffe avec fa motte. Elle
même du Trifolium arvenfe
humile fpicatum, five lago-
(a) Loan Ja Société a
exhorté à femer du Trefle,
elle a eu foin de défigner le
grand Trefle des Prés à fleurs
rouges, Trifolium pratenfe
purpureum , C. B. Si elle fe
fût contentée d'indiquer fim-
plement du Tréfle, on au-
xoit pu femer du Trifolium
pratenfe album ;, on peut-être
pus. Cette Plante n’eût for
mé qu’un médiocre pâtura-
ge, & dont l’herbe n'eût pu
être coupée à la faux. Il eft
donc très-eflentiel d’indi-
quer chaque Piante par fog
caractère fpécifique.
42 AGRICULTURE.
avoit été levée le 8 Décembre ; l'herbe
avoit neuf pouces de hauteur. Au mois
d'Avril1759, il adreffa à la Société deux
nouvelles touffes de Fromental avec leurs
mottes. On coupa l’une & l’autre à trois
pouces au-deffus de la terre , afin de ne
imefurer précifément que ce qui fut tom-
bé fous la faux dans la Prairie. L’herbe
d'une des touffes avoit un peu plus de
dix-neuf pouces. Celle de l'autre n’avoit
qu'un pied, mais c'étoit la feconde herbe
de l’année. La Prairie avoit été fauchée
le 26 Mars précédent. La lettre de M.
Miroudot étoit datée du 8 Avril ; ainfi
il avoit dès-lors du fourage verd haut
de près de vingt pouces, & de fecondes
herbes qui dans l’efpace de treize à qua-
torze Jours, avoient acquis un pied de
hauteur. La Société ne connoïît aucune
efpèce de fourages qui, le 26 Mars &
le 8 Avril, foient à beaucoup près aufli
avancés , pas même dans les Prairies ar.
tiñicielles les mieux entretenues.
Voici quelques expreflions de M. Mi-
roudot, qu’il ne fera pas inutile de rap-
porter, » Je ne connois rien de plus pro-
» pre , ni de moins coûteux que le Kay<
» graff (c'eft-à-dire que le Fromental)
* pour multiplier les fourages, & con<
AGRICUETURE. 43
» féquemment les beftiaux. J'en fais fau-
+ cher depuis le 26 Mars dernier tous
>» les jours ce qu'il en faut pour nourrir
» deux bœufs. Je mêle cette herbe avec
» de la paille ; & quoique ces animaux
> ie journellement à labourer,
>» le conduéteur leur trouve plus de force
» & de vigueur que s'ils étoient nourris
>» avec du foin ordinaire.
Comme les Membres de la Société qui
ont femé du Fromental fe font confor-
més aux inftruétions données par M.
Miroudot, on croit devoir les rapporter
ici en faveur des perfonnes qui voudront
en cultiver.
Tout terrain eft propre à cette Plante.
Les Terres argilleufes ou fablonneufes,
celles qui font sèches ou humides, celles
même qui font fi pierreufes qué le Sain-
foin n'y réufroit pas , produifent d’ex-
cellentes récoltes. Elle croit un peu plus
. abondamment dans les bonnes Terres,
mais la différence n’eft pas fort confidé-
rable,
Un feul labour & un peu d'engrais
fuffifent avant la femence. Après le la-
bour , on doit unir le terrain, afin de fa-
ciliter la fauche, On n’a befoin dans la
fuite ni d'engrais ni de farcleufes. La feule
4% AGRICULTURE.
attention qu’on recommande , c’eft de
faire femer avec le Fromental trois ou
quatre livres de graine, foit de Luzerne,
foit de Trèfle , ou environ cent livres
pefant d'Avoine. Le Fromental qui eft
foible & clair-femé la première année,
a befoin de ce fecours pour taler & fe for-
tifier. Il faut un quintal de graine pour
enfemencer un Journal de Bretagne. C’eft
au Printemps qu’elle doit être femée.
ependant M. Miroudot en a femé avec
fuccès au mois de Juillet, d'Août & de
Septembre.
Le Fromental foutient trois coupes
par an. Il doit être fauché dès qu'il eft
parvenu à la hauteur du Foin des bon-
nes Prairies naturelles, & le produit
en eft prefqu’incroyable. On en jugera
par un fait que rapporte M. Miroudot. Il
fit couper le 1° Mai 1758 une étendue
{crupuleufement mefurée, d’un terrain
qu’il avoit fait femer le 11 Avril 1756.
L'’herbe fut pefée par un temps fort fec.
Enréduifant la mefure ufitée en Franche-
Comté, au journal de Bretagne, on trou-
ve qu’un journal eût porté un peu plus de
trente milliers de fourage verd. Ce fou-
rage en féchant perdit près des quatre
cinquièmes de fon poids. Le 30 Juin &
. AGRICULTURE. - 45,
le 31 Août fuivans, la même Prairie
donna à chaque coupe une égale quantité
de fourage que le 1° Mai ; en forte qu’on
retira fur l'étendue d'un journal près
de vingt milliers de Foin fec.
On eft bien éloigné de taxer d'exagé-
ration des faits obfervés avec tant de
foin. Mais on croit pouvoir foupçonner .
que le terrain des environs de Vézoul
a des propriétés pour le Fromental , que
la nature peut n'avoir pas accordées in-
diftinétement à tous les autres terrains.
L'effai que fit M. de la Chalotais en
1759, ne permet pasencore d'apprécier le
produit de ces Prairies en Bretagne. Mais
on ne tardera pas à en juger. On a femé
cette année 900 livres de graine qu’on
a tirée de Turin. M. de la Chalotais en
a femé 300 livres qui couvrent trois jour-
naux. M. de Montluc, M. de Sécillon ,
M. de Langle, ont aufli donné l'exemple
en grand de cette culture dans leurs
Terres , & on ne doute pas qu’il ne foit
fuivi.
Les Plantes, comme l’annonce M. Mi.
roudot, & comme on l’a éprouvéen 1759,
font déliées, excepté cependant celles de
M. de Sécillon. Son Fromental a réuñli
au-delà de fes efpérances ; fuccès d'au
46 AGRICULTURE,
tant plus heureux, que le canton de Guer:
rande , où eft fa Terre , manque abfolu-
ment de fourage , & qu’il eft beaucoup
plus difficile d'y en faire venir que par-
tout ailleurs. Mais quand même le Fro-
mental ne s’y feroit pas trouvé fupérieur
dès la première année à celui qui a été
femé aux environs de Rennes, ce n’eût
pas été un fujet de découragement. L’ex-
périence a appris qu'en fe fortifiant il
donne des Prairies de la plus grande fé-
condité. Quand elles ne produiroient que
la moitié de celles de Vézoul , un journal
de Fromental vaudroit cinq journaux de
Prairies ordinaires. L'achat de la graine
eft une dépenfe inévitable , mais qu’on
n’eft jamais dans le cas de répéter, parce
que dès la feconde année un Journal
fournit de quoi en femer dix. Cette ef.
pèce de Prairie artificielle feroit d'autant
plus précieufe, que les Laboureurs les
moins intelligens pourroient en établir;
& c’eft particulièrement aux Laboureurs
que le bien de l'Etat demande qu'on pro-
cure un grand nombre de Prairies.
La Société a cru rendre un fervice aux
Agriculteurs, en faifant connoître le Fro-
mental fous le nom & la phrafe qui
lui font propres. La confufion dans les
AGRICULTURE. 47
noms (a) n'en occafionne que trop fou-
vent dans les chofes. Les mêmes motifs
la déterminent à difliper quelques nua-
ges qui pourroient faire méconnoitre
une Plante qu'il paroît que les Agricul-
teurs défirent deflayer en France , le
Ray-graj].
Cette efpèce de Gramen n’a pas à
beaucoup près une égale réputation dans
tous les Comtés d'Angleterre. Quelques
Auteurs Anglois le recommandent com-
me une Plante excellente. Tels font Ray,
Morifon, Hale (3). D’autres paroiïffent
en faire affez peu de cas. William Ellis
(a) Elle a été portéefi loin,
que le mot Fromental ne fe
Lit pas une feule fois dans
une Brochure imprimée à
Nancy cette année ( 1760),
& qui n’a pour objet que les
Prairies formées de Fromen-
tal. Elle eft intitulée, Mé-
more fur le Ray -Graff, ou
faux Seigle.
(b) Gramen loliaceum an-
gufhore folio & fpica. C. B...
Ad vias & {emitas inque paf-
cuis pinguioribus frequen-
tiffimum eft hoc genus. Lo-
cis, nonnuilis jumentorum
pabulo feritur , eft enim pin-
ue & ponderofum adeoque
jumentis faginandis apriffi-
mum. Ray , Hiff. Plant. tom:
2. pag. 1263.
Ad vias & femitas grami-
nofas, in pafcuis, etiam in-
ter alia genera frequenter
occurrit. Semina colleéta &
in terra rigente, pafcuifque
humidioribus & ob fegetum
inopiam & intermiffum, ad
cefpitem gramineum conci-
liandum, feminantur. Gra-
men ipfum nomine Ray-
graff rufticis notum, in o-
vium aliorumque anima-
lium pabulum infgnis eft
ufus. Morifon, Plant. Hiff.
Oxonienfis , pars 3.p.182.
Hale compleat Body of
Hufbancry ; Liv. 7. ch.25.
Rav=
GRASS.
438 AGRICULTURE:
& M. Pattullo font de ce nombre (2):
Voilà une diverfité d'opinions bien mar-
quée. Ne peut-on pas foupconner qu’elle
eft caufée par la diverfité d'objet ?
L'rompée par latraduétion du nom Ray-
graff, par celui de Faux-feigle (B), la
Société a cru d’abord que cette Plante
pouvoit être le Gramen fecalinum ma-
ximurr & minus de Bradley. M. Pat-
tullo écartoit cette conjeéture, en di-
fant que le nom Latin du Ray-graff étoit
Loliurm. Mais la multitude des Plantes
loliacées empêchoit de profiter de cette
indication. De nouvelles recherches en
diffipant ces ténèbres, en ont fait décou-
yrir la caufe.
Il y a des perfonnes en Angleterre qui
écrivent Raye-graf], d'autres Rey-oraf].
On a prononcé ce mot en Anglois com-
me s'il y avoit eu Rye, & fuivant cette
prononciation quelques-uns ont écrit
Rye-graf]. Or ce dernier mot eft le nom
Anglois d’un Gramen de l’efpèce la plus
mauvaife & la plus inutile. Il croît le
long des chemins ; fon. épi eft barbu
(a) William Ellis The mélioration des Terres ; pag.
Praétice of Farming in Huf- 59.
bandry , pag. 229. (b) Voyez les Elémens du
M. Pattullo. Effai fur l'a Commerce ; tom. 1. p. 229.
comme
AGRICULTURE. 43
tomme celui de l'Orge. Ceux qui orto-
graphient Àye-graf], {emblent donc con-
feiller de cultiver cette mauvaife Plante.
_ M. Hale, qui donne cet éclairciffe-
ment (2) utile, fe contente, pour défi-
gner le Ray-grafi proprement dit , de
faire obferver que fon nom en Latin eft
Lolium. L'eftampe qu’il a fait graver
écarte tous les doutes fur le genre de
cette Plante ; c'eften effetun Lolum(b).
Il ajoute qu'on en diftingue deux efpèces;
l'une qui a les nœuds rouges, l’autre qui
a les nœuds blancs. Nouvelle-fource de
méprifes qu'il étoit aifé de prévenir, en
donnant les phrafes propres de ces deux
efpèces. Mais c'étoit beaucoup pour la
Société , que d'être avertie qu’on écri-
voit quelquefois en Angleterre , Rye-
gra] (c), parce que la traduétion lit-
térale de ces deux mots eft Seig/e-herbe.
Voila certainement ce qui a donné lieu
(a) Voyez À compleat Bo- Voyez The Praëtice of Far<
dy of Hufbandry, &c. Liv. 7.
ch. 25. |
(b) Voyez la planche qui
a pour titre : Pulfes and ar-
tificial graffes , qui fe trouve
dans l’'Ouvrage cité, pag.
#52: 1" 70
_ (c) William Ellis ortogra-
phic toujours, Rye-graf].
ming and Hujbandr} , impris
m< à Dublin, pag. 228.
On à füuivi la même-ofto-
graphe dans le The modern
Hufbandry ; or the Prattice
of Farming , du même Au-
teur , imprimé à Londres en
1757. Voyez la pag, 284. du
TOM 8e
D
so AGRICULTURE,
à traduire Ray-oraf], par faux-Seigle:
Il ne reftoit donc plus qu'a démêler dans
la multitude des Loliurm, les deux efpè-
ces qu'on devoit cultiver, fuppofé mé-
me qu'il y ait deux efpèces, & que la
différence entre les nœuds rouges & les
nœuds blancs ne foit pas une fimple
variété de la même Plante. (4)
On ne peut douter aujourd'hui que
le Ray-graff ne foit le Grarmen lolia-
Ceuim anguftiore folio & fpicé. C. B. P.
Morifon, célèbre Botanifte Anglois, dit
expreflément (2), que ce Gramen eft
connu des Fermiers fous le nom de Ray-
graf], & qu'il eft d'un ufage admirable
pour la nourriture des moutons & des
autres animaux. Voila le Ray-graff exac-
tement connu. L'expérience apprendra
s’il fournit des Prairies aufli fupérieures
ouaufli médiocres que le prétendent les
Auteurs Anglois.
_ M. Thébault, Affocié du Bureau de
Rennes , a recueilli une certaine quan-
tité de graine de ce Gramen ; il compte
(a) On ne prétend pas qui fignifie que le Ray-graff
donner trop de poidsaä cette a nœuds rouges réfifte plus
conjeéture , parce que M. aïfément aux’ intempéries
Hale dit pofitivement : Le des faifons. |
blanc eff le plus grand , & le (b) Mor. Plan. Hif,
rouge efi le moins délicar, Ce Oxon. pars 2. pag. 182.
AGRICULTURE. $1
en faire l'efai. La difcuflion dans laquelle
on vient de s'engager, met les Agricul-
teurs à portée de prévenir les obferva-
tions que la Société pourra faire fur
cette efpèce de fourage. Il eft aïfé de
recueillir par-tout de la sraine de vrai
Ray-eraff, & la culture en eft facile. M.
Hale prétend qu'il saccommode de toute
efpèce de fol ; qu’il croit dans les plus
mauvaifes Terres; qu'on en tire même un
produit avantageux dans celles qui font
froides, mouillées , aigres. Il fe sème aw
Printemps ou au moïs d'Oftobre, Deux
boiffleaux de graine par acre fufifent (a)i
On peut le femer feul ; mais il réuffie
mieux lorfqu’il eft mêlé avec uün quart
de graine de Trèfle (4).
(a) Le boiffeau eft plus ou
moins grand en Angleterre,
comme par tout ailleurs. Ce-
pendant on entend commu-
nément par boifleau une me-
fure qui contient cinquante-
trois ou cinquante- quatre
livres de Froment, poids de
marc.
(b) Depuis que cet Ou-
vrage a été préfenté aux E-
tats, M. Genet, Affocié li-
bre , eft allé en Anoleterre.
£a Le,
La Société a profité de cette
occafion pour s’affurer du ca-
\ .
taciere propre des diféren-
tes plantes qui pouvoient
avoir reçu le nom de Ray-
graff. M. Genet lui a envoyé
les phrafes des quatre efpe,
ces fuivantes.
Talil meadon Rie-sraff.
Gramen fecalinum. Ger.
Emac.
Red Darnel-graff, or Rey-
graff. Gramen FU an-
gufliore folio & fpicé. C.
B. P
Wild Rie, or Rie-graff.
Gramen fecalinum & fecale
fylveftre. Ger. Fmac.
Great- wood Rie -srsff
Di
Nouvet-
LES PRAI-
RIES ARTI-
FICIELLES.
$2 AGRICULTURE.
Si l'on avoit une grande quañtité de
fourage, toutes les parties de l’Agricul-
ture profpéreroient avec rapidité. C’eft
fur ce principe que la Société Place les
Prairies artificielles à la tête des en-
treprifes à former en faveur de l'Apgri-
culture. Ces Prairies font fans comparai-
fon plus fécondes que les autres ; on doit
donc faire tous fes efforts pour les aug-
menter. Les Plantes vivaces les plus con-
nues par l'excès du produit qu'elles don-
nent forfqu'on les cultive feules & fans
mélange , font le Trèfle , la Luzerne,
le Sainfoin, le Ray-graff, le Fromental.
C'eft en les féparant des autres Plantes
qu'on s’eft apperçu qu’elles perdoient à
être confondues. Mais cette obfervation
ne paroît pas avoir été appliquée à un
aflez grand nombre de Plantes.
Gramen fecalinum majus fyl- Société fût embarraffée pour
vaticum. Hift. Oxon.
Il eft bien remarquable
que dans ces différentes
phrafes, le mot Ray-graff
ne foit pas ortographié une
feule fois comme l'écrit Mo-
rifon, & comme M. Hale af
fure aw’il doit l'être. La di-
verfité des plantes qui por-
tent à peu près le même nom
en Anglois, fait voir com-
bien ü étoit naturel que la
déterminer précifément ce
ue c’étoit que le Ray-graff,
me la culture étoit fi re-
commandée par les Agricul-
teurs d'Angleterre, & par .
uelques Auteurs François.
On croit être für que la
vraie phrafe du Ray-graff,
que les Anglois vantent dans
leurs Ouvrages, eft, Gra-
men loliaceum , angufhicre
folio & Jpicé.
* AGRICULTURE. s3
Lorfque le Trèfle qui croit dans nos
Prés eft comparé au T'rèfle d’une Prairie
artificielle, on feroit tenté de croire que
le premier eft venu dans la Terre la plus
ingrate, & que le fecond a été cultivé
dans un Jardin. La différence eft plus
frappante encore à l'égard de la Luzerne.
Celle qui partage les fucs de la Terre
avec d'autres herbes, eft courte, maigre ,
languifflante. On n'oferoit s'attendre à
la voir aufli vigoureufe , aufli fournie
qu'elle le devient dans les terrains qui
ne travaillent que pour elle.
Ces faits connus de tous les Agricul-
teurs, doivent faire foupçonner que fi
l'on recueilloit féparément les graines
des bonnes Plantes, chacune en particu-
lier pourroit donner plus de fourage. Le
Trèfle naturel n’eft coupé qu’une fois,
parce qu'il fleurit & que fa graine muürit
dans les Prairies avant la fenaifon ; au
lieu qu’on Le coupe trois & même quatre
fois dans une Prairie artificielle. Peut-être
y at-il beaucoup de Plantes à quiil ne
manque que d'être féparées & coupées
avant la maturité de leurs graines, pour
foutenir deux & trois coupes chaque an-
née. Ces végétaux , dont la vigueurn’a
pas encore été éprouvée , ne pourroient
D'ii]
$s4 ÆGRICULTURE.
qu'augmenter en fubftance & en hauteur
dans des ‘Terres qu'on auroit ameublies
pour la culture des grains avant de les
convertir en Prairies, Le fuccès de cette
épreuve, fe bornät-il à cinq ou fix plantes,
ce feroit gagner beaucoup, que de rendre
par-là nos fourages plus abondans & meil-
leurs. On multiplieroit en même temps
les moyens de tirer parti de la diverfité
des terrains, puifqu'on pourroitchoïifir fur
un plus grand nombre de végétaux, ceux
qui peuvent le mieux s’aflortir a la na-
ture & à l’expofition de ces terrains. Les
Agriculteurs connoifflent la fupériorité
des Prairies artificielles fur les autres.
C’eft avec regret qu’ils ont obfervé l'inu-
tilité de les porter dans quelques efpèces
de Terre : il faut donc chercher, pour cha-
que fol en particulier, la Plante qui doit
y réuflir. La nature révèle prefque tou-
jours fon fecret, lorfqu’elle eft interrogée
perfévéramment & avec intelligence.
M. le Marquis de Langle, & plus parti-
culièrement M. de Livoys, l’un & l’autre
Affociés du Bureau de Rennes, ont faifi
cet objet avec l'intérêt qu'il demande. Ils
ont fuivi, quoique féparément, un plan
commun, dont on va donner le réfultat.
Leur premier foin a été de s'aflurer
|
k
|
AGRICULTURE. s$
exatteniènt du nombre & de la qualité
des Plantes qui croiffent dans les Praï-
ries des environs de Rennes. Après ce
dénombrement, ils ont partagé ces Prai-
ries en trois clafles ; les Prairies hautes,
les Prairies baffes , & les moyennes. Ils
ont trouvé dans les unes des Plantes qui
ne fe trouvent jamais , ou prefque jamais
dans les autres. Ainfi la nature nous
avertit que pour avoir de fécondes Prai-
ries , il feroit effentiel de placer les Plan-
tes dans la poñition qu’elle leur rend
favorable , ou plutôt néceflaire. Ils ont
auffi mefuré la hauteur de celles qui croif-
fent dans les trois claffes de Prairies,
& ils en ont trouvé qui étoient perfé-
véramment plus hautes dans une de ces
claffes que dans les autres. Nouveau té-
moignage fourni par la nature, que cha-
que Plante doit être mife à fa vraie place,
& qu’on perd fur le volume, & peut-être
fur la qualité des fourages, en laiffant
fubffter ce mélange fortuit de végétaux
qui compofent nos Prés ordinaires.
” On verra par le tableau qu'a dreffé
M. de Livoys, que de quarante-deux
efpèces de Plantes qui forment les Prai-
ries des environs de Rennes, il y en a
peu qui parviennent à trois pieds de
Div
v6 AGRICULTURE:
hauteur ; qu'on n'en compte que dix-
fept qui fournifflent une bonne nourri-
ture au bétail ; qu’il y en a vingt-cinq
qui font ou inutiles, ou dangereufes.
Si chaque efpèce croifloit en nombre
égal, il s'enfuivroit qu’on perd trois cin-
quièmes de fourage à ne pas cultiver
dans chaque clafle de Prairies les feules
Plantes utiles, & en particulier celles
qui conviennent à leur pofition. Comme
la proportion que Îe hazard à mis entre
ces différentes Plantes ne peut être dé-
terminée, l'évaluation de la perte devient
impofñlible ; mais il paroît évident qu'elle
ne va pas aux trois cinquièmes. Cepen-
dant elle eft très-réelle & très-confidéra-
ble. Les mauvaifes Plantes dérobent la
nourriture des bonnes; elles empêchent
celles-ci & de taler & de parvenir à toute
l2 hauteur qu’elles pourroient atteindre,
En un mot, le terrain qu’elles occupent
eft perdu pour le Propriétaire.
On croit devoir ajouter un fait dont
la vérification eft aifée à tout le monde.
Les animaux qui mangent au ratelier,
& qui attirent avec le bon Foin un feul
brin d’une Plante dont le goût leur dé-
plait, abandonnent Île Foin avec la mau-
vaife Plante, en forte qu’il ne fert que
« AGRICULTURE. $7
de litière. Cetce perte va beaucoup plus
loin qu’on ne penfe.
Pour prévenir ces pertes, il n'eft pas
indifférent de femer les bonnes Plantes à
toutes fortes d’expolitions. Les végétaux
qui demandent des lieux frais, languiffent
dans les Prairies hautes, à moins que les
années ne foienttrès-pluvieufes, ce qui eft
affez rare. Ceux qui demandent des lieux
fecs , feront toujours foibles dans des
Prairies bafles, malgré la féchereffe de
certaines années. Le feul moyen de re-
tirer des fourages abondans de toutes les
Prairies à la fois pendant les années de
température moyenne , c’eft d'affortir la
nature des Plantes à la qualité des terrains.
Les Cultivateurs inftruits placent tou-
jours le Sainfoin dans un fol fec, &
le grand Trèfie dans des lieux un peu
humides. Il n'y a peut-être pas une feule
Plante dans nos Prairies qui ne demandait
la même attention.
On peutconjetturer que le Public trou-
veroit un autre avantage à former des Prai-
ries artificielles de chacune des Plantes
qui fe diftinguent dans les Prairies par
leur vigueur. T'ant quele Trèfle s’eft trou-
vé mêlé avec les autres végétaux, on
n'a pas foupconné qu'il pôc influer fur
s5 AGRICULTURE.
Ja qualité du beurre. Désqu'onena formé
des Prairies artificielles , on a remarqué
que les vaches qui n'avoient pas d'autre
e e A pes © r
nourriture donnoient , à la vérité, beau-
coup de lait, mais que le beurre écoit
affez ordinairement inférieur à celui des
vaches nourries de fouragcs communs.
Peut-être y a-t-il dans nos Prairies plu-
fieurs Plantes qui ont le même défaut,
& qui formant une partie confidérable
de nos fourages , empêchent les beurres
d'être aufli parfaits qu'ils pourroient l'é-
tre. Si on s’en étoit affuré par des expé-
riences, il faudroit fuppofer dans d'au-
tres Plantes la propriété de donner au
beurre un dégré de fineffe & de perfec-
tion que nous ne lui connoiffons point.
Ces Plantes compenferoient par la fupé-
riorité de leurs fucs, le mauvais effet de
celles qui auroient les qualités du T'rèfle.
On peut penfer aufhi que l'excellence du
beurre dépend de la réunion de fucs qui,
ris féparément , contribueroient peut-
être à l'altérer. Mais l'utilité de cette réu-
nion n’eftqu'une conjeéture;ainfi l'intérêt
ublic demande qu’on cherche la vérité
dans des faits bien obfervés. Il eft évident
qu’elle ne fera jamais connue , tandis que
nos fourages ne feront qu’un mélange de
SE ——— r.
* AGRICULTURE, s9
Plantes dont les propriétés n'auront pas
été examinées féparément.
Pourtravailleracette vérification, ona
recueilli une certaine quantité de graine
des Plantes qui ont une hauteur marquée
& conftante dans chaque claffe de Prairies.
Elles feront femées dans des terrains ordi-
naires , placés comme ce que l’on nomme
Prairies hautes, moyennes & baffes. Cha-
cun de ces terrains fera divifé en autant
de parties qu’on a recueilli d’efpèces de
graines. Par ce moyen onreconnoitra, 1°.
{1 chaque efpèce févarée réuflit mieux
que Fire étoit mêlée avec toutes
les autres ; 2°. fi elles confervent entr’el-
les la même proportion de hauteur que
dans les Prairies naturelles. Le réfultat
de ces expériences fera d’afligner à peu
de chofe près le bénéfice qu’on trouve-
roit, 1°. à ne femer qu'une feule Plante
dans chaque terrain; 2°. à ne placer dansun
terrain quelconque que la Plante qui lui
convient. D'ailleurs, pourquoi ne pas ef
pérer qu'il s’en rencontrera qui foutien-
dront deux & trois coupes par an, en pré-
venant le temps de la graine , & même ce-
lui de la fleuraifon ? L'exemple du Trè-
fle, qui ne fe coupe qu'une fois lorfqu’il
eft confondu avec d'autres Plantes, &
ASSET
6o AGRICULTURE.
qui fe coupe trois fois lorfqu'’il eft feul ;
doit foitifier ces efpérances.
Ce réfultat ne fera concluant que pour
la partie de l'Evêché de Rennes, où les
obfervations ont été faites, & où les grai-
nes feront femées. Ce n’eft qu'en multi-
pliant les mêmes obfervations, les mêmes
expériences dans différens cantons de la
Province, qu'on peut obtenir un réfultat
général. La Société ne doute pas que des
Citoyens pénétrés comme elle, du zèle
qu'infpire l'amour du bien public, ne
fuivent la même route que M. de Langle
& M. de Livoys. On dit la même route,
parce qu'à préfent on n’en voit pas de
meilleure. Les perfonnes qui croiront
devoir en tenir une autre , n'ont qu'à
faire part de leurs vues & des moyens
qu’elles comptent employer ; la Société
trouvera dans plufieurs de fes Membres
des Cultivateurs tout prêts à fuivre le
plan qu’on leur aura tracé. Leur vœu eft
que tout concoure à ne rien laiffer à défi-
rer fur un objet aufli important que la
perfettion des Prairies. Il eft impoflible,
& on ne croit pas cette expreflion trop
forte, que ces épreuves ne foient fuivies
d'aucun fruit , fi elles fe multiplient en-
tre les mains de perfonnes intelligentes
PU NM Et nt eine à AP. ©. NE NES
AGRICULTURE. Gr
8 attentives. Peut-être conduiront-elles
à découvrir des Plantes qui, cultivées
fans mélange, donneroient des fourages
verds depuis le mois d'Oétobre jufqu'à
la fin d'Avril , temps où s'épuifent &
renaiflent les Prairies artificielles con-
nues. Ce feroit une découverte très-im-
ortante pour l'Agriculture en géné-
ral (a). Car fi on pouvoit avoir des
fourages verds pendant toute l’année, le
bétail qui forme une partie confidérable
|
|.
|
de nos richefles , s’augmenteroit prodi-
gieufement , & les engrais ( moyens de
plus grandes richeffes encore) devien-
droient fuffifans pour porter la fécondité
dans toutes les branches de l'Agriculture.
Le tableau qu’on joint ici donnera
une idée plus développée de ce qu'on a
rapporté des recherches qui ont été faites
fur les Prairies naturelles. On s’en eft
occupé avec grande attention, mais on
_(a) On cultive l’Ajonc,
(Genifta fpartium majus ,
longioribus € brevioribus
aculeis , Tourn. Inft. ) dans
plufeurs cantons de la Pro-
vince. Il fournitune nourri-
ture très-faine au bétail.
L’eft pendant l'hiver, ou
plurôt ce n’eft que pendant
Yhiver qu'on en peux faire
ufage. Le Bureau de Ren-
nes, qui s’eft afluré du goût
qu'ont les beftiaux pour cet
aliment, n’a pu examiner la
culture & l'emploi de P'A-
jonc, (qu’on nomme en Bre-
tagne Jan ou Jannier, &
ailleurs Jonc - marin), avec
aflez de détail, pour en ren
dre compte au public.
C2 AGRICULTURE:
n’a pu les faire que dans un affez petit
nombre de Prairies. Il feroit à fouhaiter
qu'on en examinat beaucoup avec le mé-
me foin. Ce travail ne peut s’exécuter
que dans plufieurs années, à moins que les
Obfervateurs ne fe multiplient. C’eft dans
le temps de la pleine fleuraifon que fe doit
faire cet examen. Les Prairies ne reftent
pas long-temps dans cet état; plufieurs
font même fauchées auparavant , & il fe-
roit à fouhaiter qu’elles le fuffent toutes.
Ainfi, quelque diligence qu’'apportent
deux perfonnes qui préférent l'exactitude
à la célérité, il leur eft impoflible de por-
ter leurs recherches dans beaucoup de
Prairies. On a joint autant qu’on l’a pu, à
la phrafe botanique qui caraëtérife cha-
que Plante, le nom vulgaire qu’on leur
donne dans quelques pays. Ces noms vul-
gaires varient non-feulement d’une Pro-
vince à l’autre, mais fouvent dans chaque
Paroiffe, & beaucoup de Plantes n’en ont
point. Le moyen le plus sûr eft de s’en te-
nir aux phrafes botaniques, parce qu'elles
font intelligibles jufques dans les pluspe- |
tits lieux, où l’on trouve des Chirurgiens
ou des Droguiftes à qui prefque toutes
ces Plantes font connues, ;
Comme les Prairies ne font précieufes:
A AGRICULTURE . 63
que par la nourriture qu’elles fourniflent
au bétail, on nomme ici Plantes zrwri-
les, 1°. celles dontles tiges font ficourtes,
qu'elles tombent à peine fous la faux;
2°. celles dont les feuilles rampent fur la
terre, & qui ont un fi petit nombre de ti-
ges, qu'elles ne donnent prefque pas de
foin ; 3°. celles dont les tiges font fi sè-
ches & fi ligneufes , que le bétail n’en
mange Jamais, ou prefque jamais (u).
Des perfonnes très-éclairées ont fait
une objeétion contre le projet d'extraire
de nos Prairies les feules Plantes qui pa-
roifflent convenir à la nourriture du bétail.
Parmi celles qu’on voudroit rejetter, il y
en a, dit-on, qui font utiles auxanimaux,
parce qu’elles les purgent, ou qu’elles les
entretiennent dans un état de fraîcheur,
comme lOfeille, (acetofa pratenfis).
_ Ce que la Société propofe, & ce qu’on
Jui objeéte , ne fort point de la claffe des
conjectures. L'expérience peut feule juf-
(a) Ce qu’on dit ici n’eft
applicable qu'aux Prairies.
Une Plante, qu'on y regar-
de comme inutile, ne le {e-
roit pas toujours dans une
Pâätrure. Par exemple , le
Hieracium a des tiges dures
_& ligneufes qui feroiént un
mauvais foin. Ses feuilles
colées, pour ainfidire ,-à la
terre, échapperoient à la
faux. Mais ces mêmes feuil-
les font grafles & fucculen-
tes, & fourniroient dans les
pâturages un aliment fain &
abondant,
64 AGRICULTURE,
tifier l’une ou l'autre opinion. Il paroîït
feulement que les faits connus fe décla-
rent 1ci en faveur de la Société. 1°. Avant
qu'on eüt fongé à écarter des Prairies
les Plantes qu’on regarde comme nuifi-
bles , beaucoup de perfonnes avoient re-
marqué que les animaux les rejettoient en
mangeant, 2°. L'exemple du Trèfle, de
la Luzerne, du Sainfoin, du Fromen-
tal, forme un préjugé en faveur de la
féparation des Plantes qui nourriffent les
beftiaux. Peut-être pourroit-on ajouter
que, quelque utile que foit un médica-
ment , ilne doit pas être regardé comme
un aliment. Les hommes qui, par raifon,
pourroient vaincre la répugnance de fe
médicamenter en mangeant, envifage-
roient ce régime comme dangereux, s’il
étoit habituel. Aufli, comme on l’a déja
répété, les animaux rejettent-ils le fou-
rage dans lequel ils rencontrent un feul
brin d’une Plante qui leur eft nuifible,
ou qui leur déplait. |
Le tableau des Prairies des environs de
Rennes eft en fept colonnes. La première
eft deftinée à marquer le nombre des
Plantes qui y croiflent. La feconde con-
tient les phrafes botaniques, & autant
qu'on l'a pu, les noms vulgaires de ces
… Plantes.
+
eS- : LL +:
AGRICULTURE. CÉs
Plantes." Les trois fuivantes marquent y
1°. fi ces Plantes fe trouvent , ou ne fe
trouvent pas dans les Prairies hautes, ow
moyennes , Ou bafles. 2°, Le dégré de
hauteur auquel elles parviennent le plus
communément dans chacune de ces trois
expofitions. La fixième marque à peu
près à quél point les Plantes font rares
ou communes dans chaque efpèce de Prai-
ries. On fentira aifément limpoflbilité
d'employer d'autres cermés que commun,
très-comimun , rare, très-rare, & d'atta-
chér à ces termes une idée aufli précife
qu'on le défireroit. La feptième colonne
porte les qualifications qu'on a cru de-
voir donner à chaque Plante. Il ne feroie
pas étonnant qu'il fe fût gliffé quelques
méprifes dans les jugemens qu’on en a
porté. La Société recevra avec recon-
noiflance les avis qu’on lui donnera pour
rectifier ces qualifications. L’efpèce de
décompolition des Prairies naturelles
qu’elle a cru devoir entreprendre , eft un
ouvrage à peine entamé. Elle le publie
comme un effai , dans l’efpérance que fon
à aura des imitateurs, & que par-
là les Prairies naturelles mieux connues,
feront plus aifément & plus générale-
ment appréciées. LÉ
66 AGRICULTURE.
P'R AIR LE SORPRRRN" : |
$| PHRASES BOTANIQUES,.
£ ET |
Zz Noms VULGAIRES DES PLANTES.
1
Gramen pratenfe paniculatum majus anguftiore fo-
1. gs le tn Len | | (, {SES
Capillatum paniculis rubentibus. . .....e
——— Spicatum glumis criftatis. . . . . . . ....
Pratenfe paniculatum molle. . ....... ;
—— Spicatum folio afpero. . ...........
— Tiphoïdes maximum fpica longiffimè SE a
Loliaceum radice repente. (Chiendent). . ..
Paniculatum majus latiore folio.. . . ....
—— Authoxanthon fpicatum. . .. ........
Tremulum minus paniculà parvä.. . . ....
Acetofa arvenfis lanceolata. ( Ofeiile). ........
Bellis fylveftris minor. ( Paquerette, ou petite Mar-
gébentti): LIOUETERNICE RE RAI TAS ET,
Betonica purpurea. ( Bétoine). . . .. ........
Buphtalmum vulgare. ( @il de bœuf, ou grande Mar-
Uribe). 24. RAGE SEA TOTE APN Se Dh a
Cufènta.: { Cum": 7 PS LÉRA CNE |
Equifetum minus terreftre. (Préle).........,
Euphrafia officinarum. ( Euphraife ).. .. ......
Gallium luteum. ( Caillelait ). . .... Eat Re
Hieracium quod pilofella major repens minus hirfu-
ta. ( Herbe à l'épervier ). Pin. 265... .......
Hypericum minus ereétum. ( Millepertuis). . . ...
Jacea nigra pratenfis. ( Jacée)....,....... ‘
Jacobea fenecionis folio. ( Jacobée). ........4
AGRICULTURE. 67
<e EZNVIRONS DE RENNES,
SI PRAïREIS.S RARES Qualités
2
£ .|moyennes:| baffes. ou des
S s :
Z Communes. Plantes,
|; EN l PR 4....|ltrés-comm. n°. 1. 3.ftrés-bon,
commun, n°.
DZ. 3-02 - do:l2. . 6. { Sn 3 bon.
| très-com. n in
312. 6.|2 2. 2.lrare. .[bon.
42. 9.12. 2.13... commun, n°. 2. . .|trés-bon,
20 = [
512: 6.11: 9.l2. 6. Fa . : -[bon.
| EAU Li,
613. 2.1... ..13 2F ; E bon.
à SERA Fay
712 3.12 6:|2 commun, n° 1....[très-bon.
Dia: ds , cfa. £ trés-com. n°. 1. 2. 3.|très-bon,
CPR + :f2-ss.rare. 4... .. bon.
fo!1. 9.]2, . . .|r. o.!rare .[bon.
TI 3 3 6. Er D» EL EL." 5 0 . inutile,
12). 4... ..+6.'tate, n°, 3... , , .|inutile,
7 1 . .
13 |: I, 6:]1. 8.lrare .[inutile.
4]f+ 9:12 9.2 ...| Comm. n°. 1.2.3. .|inutile,
auifible à
la végéta-
15h le: +. .!. , . .Itrès-rare. . . . . .& [tion des
auttes
plantes,
FOR s + s .|1....|très-rare. . . . , . .|inutile,
17|. - ssl»... 6.1.,...]commune. . .|inutile.
r8!. . 2]. DR PRIE. 0, . , À. inutile,
T9}1, 9:12 3.12, 6.ltrès-commun... . .|inutile.
2 + e,,.12..,,|trés-trare. . . . . . inutile,
21/2. 3.12. ....12. 6.|trés-commune. . . .|inutile,
Der 12 OR ue, , _.,. .Jinutile,
Ei
68 AGRICULTURE.
©
>
Nr
E
©
Z
PHRASE S BOT ASSURÉS,
ET
Noms VULGAIRES DES PLANTES.
23 | Juncus lævis paniculà non fparfà. ( Jonc}).. . ....
24 | Lathirus fylveftris luteus , foliis viciæ. ( Gefe : ARS
25 | Lapathum folio acuto rubente. ( Patience , Parelle). .
26!| Linuk fjiveftre.. (fin) ARS
27 | Lotus pentaphyllos flore majore luteo fplendente.
(Liptier VS OR RE SET PRE Mic
28 | Millefolium vulgare album. ( Millefeuille).. . . ..
29:1 (Ænanthé aan 7 D = 2 ÉEe < + ‘
30 | Pedicularis pratenfis lutea, vel crifta galli. ( Pédicu-
lairei}s L'errE da NE SAS al: 9 RON
31 | Polygala minor vulgaris flore cœruleo. . . . . .. k
32 | Ptarmica vulgaris folio longo ferrato. ( Prarmique ).
33 | Ranunculus pratenfis ereêtus acris. ( Renoncule ,
Bouton d'or fimple , Griffe de lion, Pied de coÿ )..
34 | Rapunculus fpicatus. ( Raïponce). . . . . . . . .-
35 |Scabiofa pratenfis hyrfuta quæ officinarum. ( Sca-
bieufe}r ie RSR ARRETE Le
36 | Sphondilium vulgare hirfutum. ( Berce)... . ....
37 | Tormentilla fylveftris. ( Tormentille ).. . . . . . ..
38 | Tragofelinum majus, umbellà candidä. ( Boucage ).
39 | Trifolium pratenfe purpureum. ( Tréfle à fleur rouge,
où 'Lrémeine Mere Cr "RE L .
40 | Trifolium luteum capitulo lupuli, vel agrarium.
(CTriblet)... ; LR. OR - . LE
41 | Vicia fylveftris flore purpureo. ( Vefce ). . . . . ..
42 | Vicia vulgaris acutiore folio, femine parvo nigro.
(Pefce }43:% 4 00880 OT 4
. AGRICULTURE. 69
PuIAïLRTE.S RARES Qualités
hautes.|moyennes.| baffes. ou des
| Nombre.
NP: IN. Communes. Plantes.
en NÉ PO: à. Se
. inutile.
HE commun, n°. 3.
24 -[commune. . . . . .|bonne.
25 Mani 5 2e, soute
26 commune. . . . - .|inutile.
27 -Icommun. . . . . . .|bon.
28|. .[commune... ... .|mauvaife,
excefrar.n°.1.2.9 |. .
29|. { N: k inutile,
LAN Le à 0e
30 .|très-commune. .... inutile.
31 .[commun. . . . . . .|bon.
32 3 came mauvaife;
très-com. n°. 3..
33 commune. . . . . .|mauvaife,
7 set pe PO D Haye”
34 \ o à inutile.
très-rare , n°. 3.
35 .[commune , n°. 1. 2.|inutile.
36 commune , n°. 1. 2. inutile.
. 371. tare n°. 1. :-. : + [inutile
38|. DE 2. que ps : MOHGIES
cominun. . . . . . .|bon.
.[commun. . . . . . .Ibon.
commune. . . . . .|bonne.
commune. . .« « . .|bponne,.
#0 AGRICULTURE,
On peut fe convaincre par le tableau
précédent, que des quarante-deux Plantes
dont ies Prairies font ordinairement com-
pofées, il y en a vingt & une inutiles.
Une Plante parafite (la cufcute), qui
nuit par conféquent à la végétation des
autres. |
Trois qui font nuifibles au bétail.
Dix-fept qui fourniflent une bonne
nourriture. 1
Parmi celles-ci, on compte dix efpè-
ces de Gramen; & de ces dix efpèces, il
y en a cinq dont les unes donnent fi peu
de pampe avec une tige fi courte , & les
autres un Foin fi dur, que la culture en
feroit peut-être inutile. Ce font les
N°.3, 5: 6, 9 & 10. Ainfi des dix-fept
Plantes utiles, il paroït qu’il n'y en a que
douze qui puiffent être employées en
Prairies artificielles. De ces douze, trois
ont été cultivées avec fuccès tant en
France qu'ailleurs. Ce font les deux ef-
pèces de Trèfle (N°.39, 40), & lavefceà
fleurs rouges (N°.41).1I n’y en a donc que
neuf dont la culture refte à effayer. Cinq
efpèces de Gramen(N°.1,2,4,7, 8), trois
Plantes à fleurs légumineufes (N°. 24,27,
42), & le Polygala vulgaris (N°.31).
On croit pouvoir préfumer que les
, AGRICULTURE. 74
cinq efpèces de Gramen , dont on vient
de parler , étant cultivées féparément,
feroient fufceptibles de plufieurs coupes,
& fourniroient à chaque coupe un fou-
rage prefqu'aufli abondant que les Plan-
tes dont-on fait aujourd'hui des Prairies
artificielles. Celles des N°. 1,4, 7,8;
acquerroient vraifemblablement par une
culture dirigée avec intelligence, & par
des coupes faites à propos, une fécon-
dité égale à celle du Ray-graff & du Fro-
mental. Elles croiffent prefqu'également
danstoutes les pofitions des terrains. L’ef
pèce N°. 2, eft en général un peu moins
vigoureufe -que les autres; mais elle eft
lus tendre, plus fucculente, plus propre à
L nourriture des chevaux. Il femble donc
qu'on peut fans répugnance faire l'effai
en grand de ces cinq efpèces de Gramen.
À l'égard des trois Plantes à fleurs lé-
gumineufes, on ne peut douter qu'elles
ne fuflent un aliment très-falutaire au
bétail de toute efpèce, comme prefque
toutes les Plantes de cette clafle. Mais
ces trois efpèces ont la tige fi foiblie,
qu'elles feroient fujettes à verfer , & par
conféquent à pourrir dans les temps plu-
vieux ; inconvénient qui arrive quelque-
fois aux Trèfles & aux Luzernes mêmes,
E iv
#2 AGRICULTURE:
quoique leurs tiges foient plus droites &
plus fermes.
_ Le Polygala vulgaris mérite auf
d'être obfervé, pour favoir s’il peut de-
venir propre à former une nouvelle efpè:
ce de Prairies artificielles. Cette Plante
croifflant parmi les autres, paroît foiblé
& rampante ; peut-être la culture lui
donneroit-elle affez de force pour réfif>
ter au vent & à la pluie. Au refte, elle
eft vivace , elle tale, & on prétendqu’elle
donne beaucoup de lait aux vaches; c’eft
fans doute ce qui l’a fait nommer Poly:
gala, beaucoup de lait.
Peut-être paroîtrat:il étrange que la
Société ait fongé à mettre en comparai-
fon les Prairies artificielles, avec ce qu’on
nomme en Bretagne des Pärures. Ces Pa-
tures ne font compofées que de Plantes
maigres & foibles qui croifient fur les ter-
rains en jachère pendant la durée du temps
de repos, c’eft-à-dire, lorfque ces terrains
ont été épuifés par plufieurs récoltes fuc-
ceflives. Mais on à trouvé un fi grand
nombre de perfonnes qui convenoient de
la fupériorité des Prairies artificielles, &
qui cependant ne pouvoient fe réfoudre
à leur facrifier les Pâtures, que M. de Li:
voys a cru devoir y porter fes recherches,
“ AGRICULTURE. 73
& dreffer un tableau des Plantes qu’elles
produifent le plus communément aux
environs de Rennes. -
PATURES - HAUTES.
5 NOMS RARES | Qualités
_—
a des ou des
Z PLANTES. Communes.| Plantes.
1 |Acetofa pratenfis. ( Ofeille). .|rare. inutile,
2} —— Arvenfis lanceolata. ( J/1-
RE RD. commune. inutile.
3|Anonis fpinofa, flore purpu-
reo. ( Arrête-bœuf ). . . .|rare. inutile.
4|Bellis fylveftris minor. ( Pa-
guerette). . . . .: .|rare. inutile.
S|Brunella major, folio non
diffeéto. ( Brunelle ). . . .|rare. inutile.
6|Buphtalmum vulgare. ( Gil
Hu ) z': commun. |inutile.
> 7|Centaurium minus. ( Petite
tr © commune. |inutile,
8|Carduus capite rotundo to-lexceflivem.
mentofo. ( Chardon }. . . .|commune. f|funefte.
9 |Chamæmelum fœditum. ( Wa-
route ). . . . . . . . . . .\très-comm. |inutile.
10|Cicuta minor petrofelino fimi-
lis. ( Petite Cigüe). : . .. icommune. |funefte.
11|Convolvulus minor arvenfis.
UT ECRNAPRET RER très-comm. |inutile.
32 |Daucus vulgaris. ( Carotte ). .|commune. |bonne.
13 | Densleonislatiore folio. ( Pif
SERRE commune. |inutile:
14 Echium vulgare. ( Wipérine )./commune. inutile.
15 |Elatine folio acuminato, in
bafi auriculato , flore luteo.
(Véroe).. 2e; itrès-comm. {inutile.
4 AGRICULTURE.
ÿ NOMS RARES | Qualités
| È des ou des
| _ PLranTes. . | Communes.| Plantes.
DEVENANT CERPNNERE ER. CEE
| 16|Filago feu impia. ( Herbe à
cotaie JA. RS Bet te .Ilcommune. inutile.
| i7|Filix fœmina. ( Fougère )...|commune. inutile.
18 | Galeopfisalrera cauliculis acu-
leatis flore flavefcente, five
urtica aculeata foliis ferratis
CURE AMC TE ETES DR Pia
19|Genifta fcoparia. ( Genét)...commun. (bon.
20|Hieracium minus ereétum. . .commune. {bonne.
21|Hypericum minus erectum.
(Millepertuis). . . . .....
22 | Jacea nigra pratenfis, hirfuta.
(ilalée). Lot... 2e
23 | Jacobæa fenecionis folio, pe-
rennis. ( Jacobée ). . .. ....
24|Linaria vulgaris, lutea, flore
majore. ( Linaire ). ... ..
25 | Lotus pentaphillos , flore ma-
jore luteo fplendente. ( Lo
commune. inutile.
commune. inutile.
commune. inutile.
très-comm. |inutile.
tiet Li) ES COMITE rare. bonne.
26|Lychnis fylveftris quæ behen-| . ..
album vulgo.. . ...... commune. inutile.
27|Millefolium vulgare album.
( Millefeuille)....... .[trèscomm. |mauvaife.
28 |Pentaphylloïdes fupinum.
(Quintefeuille). . . . . .. trés-comm. |inutile.
29|Plantago quinquenervia.
(Pldntain).. -. 111420 rare. inutile.
30|Ranunculus ereétus, acris,|. .
maculatus. ( Renoncule ). .|commune.: |mauvaife.
31/Rubus vulgaris, five Rubus
fruétu nigro. (Ronce ). . .| commune. inutile.
32|Scabiofa pratenfis hirfuta quæ
officinarum. ( Scabieufe ). .|rare. inutile.
33|Sonchus afper non laciniatus
dipfaci, vel laétucæ foliis.
* AGRICULTURE. 7S
ES NOMS RARES | Qualités
É des ou des
_ PLANTES. Communes.| Plantes.
CE. Lise rare. bonne.
34|Tithymalus annuus exiguus. |
( Tithymale ) M. <Irére. mauvaife,
35|Trifolium pratenfe vulgare,
flore albo. ( Trefle)... . .|rare bonne.
36]— Pratenfe purpureum.
h CTrémeine ). ic . 5 très-rare. bonne,
37|— Luteum capitulo lupuli,
vel agrarium. ( Triolet ).|rare. bonne.
38]—— Arvenfe humile, fpica-
tum, five lagopus. ( Pied
bye): Liicof a très-comm. |bonne.
PATURES BASSES.
1| Acetofa pratenfis. ( Ofeille. ). .\rare. inutile.
2| Anonis non fpinofa, flore
purpureo. ( Arréte-bœuf ). .
3|Anthitrinum arvenfe , flore
commune, |bonne.
parvo. ( Mufle de veau). . .\rare. inutile.
4|Bellis fylveftris minor. ( Pa-
RE onniL : … - . . commune, |inutile.
s|Carduus capite rotundo to-
mentofo. { Chardon ). . . .|très-comm. |inutile.
6 Chamæmelum fœtidum. (WMa-
PRE RE D très-comm. {inutile.
7|Cicura minor petrofelino funi-
Poulis. ( Petite Cigüe). . . ..
8|/Convolvulus minor arvenfis.
(Lizeron, ou Liorne ). ...
| 9|Cyanus fegetum flore cœru-
leo. ( Bluer , ou Barbeau )..
10|Daucus annuus, minor, flori-
| bus albis. ( Carotte ). . . . .\rare. bonne.
EME Echium vulgare. ( Vinérine ).|commune. {inutile.
commune. |mauvaife.
très-comm. linutile.
commune. inutile.
I
6 AGRICULTURE.
Ÿ NOMS Rares | Qualités
Q
= des ou des
_ PLANTES. Communes.| Plantes.
12|Elatine folio acuminato, in
bafi auriculato , flore luteo.
( Faroe JE MEME SEA commune. inutile.
13 |Filago feu impia. ( Herbe à
Éob }s" ee RCI rare. inutile.
14|Filix fœmina. ( Fougére). .|commune. [inutile.
15|Linaria vulgaris, lutea, flore
majore. ( Linaire)... ... commune. inutile.
16|Lychnis fylveftris quæ behen-
album vulgo. . . . . . .|rare. inutile,
17|Mercurialis tefticulata , five
mas Diofcoridis & Plinii.
( Mercuriale, ou Rember-
PA SSSR Led ie commune. |inutile.
18|Mercurialis fpicata, five fæ-
minea Diofcoridis & Plinii.
(Mércurale his. 2.478
19 Millefolium vulgare album.
( Millefeuille ). . . . . .. commune. |mauvaife
20|Papaver erraticum majus
hœas Diofcoridi, Theo-
phrafto, Plinio. { Cogueli- Es
Col. Vis UE. D AN ERE. inutile.
21 Pedicularis pratenfis lutea, vel |
crifta galli. (Pédiculaire)..|commune. |inutile.
22 |Pentaphylloïdes fupinum. NS
( Oéintefeunle"} 7 commune. inutile.
23 |Polygonum latifolium , flore
rubente. ( Renouée). . .
24|Ranunculus ereétus acris ma-
culatus. ( Renoncule ). . ..
25|Rubus vulgaris, five Rubus
fruétu nigro. ( Ronce)....
26|Scabiofa pratenfis hirfuta quæ
officinarum. ( Scabieufe ).
27 |Sonçhus afper laçiniaçus folio
.|comimune.
coimmune.
commune.
-[rate.
inutile.
mauvaife.
inutile.
inutile.
. AGRICULTURE. 7
ÿ NOMS RARES | Qualités
É des ou des
nu PLANTES. Communes.| Plantes.
dentis leonis. { Laitron). ..|commune. [bonne.
28|Tithymalus annuus exiguus.
( Tithymale). . .. . .[rare. mauvaife.
29 | Trifolium arvenfe humile fpi-
catum, five lagopus. ( Pied|exceflivem.
de lièvre). . . . . . . . .\commun. {bonne
Ce tableau, qu’il feroit bon de perfec-
tionner en le rendant général pour tou-
tes les pâtures de la Province, ne peut
que contribuer à ouvrir les yeux aux Cul-
tivateurs. On fe plaint par tout, & avec
raifon , de manquer d'engrais ; c’eft en
diminuer la fomme , que de laïffer vaguer
les beftiaux dans des landes & dans des
patures. Ils y dépériffent faute de fubfif-
tance; & c’eft entretenir l’obftacle qu’on
voudroit vaincre, que de ne pas fubfti-
tuer à ces pâtures, ces Plantes faines &
abondantes dont une feule coupe donne
plus de fourage , que n’en fourniroit en
quatre années des jachères de même éten-
aue. |
Les pâtures hautes , fur trente-huit
Plantes, n’en contiennent que huit qui
contribuent à la nourriture du bétail. Les
autres font inutiles ou dangereufes. Il
oo
78 AGRICULTURE.
n'yena que quatre d’utiles fur les vinet-
neuf qui compofñfent les pâtures bafies.
Il eff vrai qu'on n’a pas employé dans ces
dénombremens quelques Plantes grami-
nées qui font affez communes dans les
patures. Elles font ordinairement fi cour-
tes, fi peu nourriffantes, qu’on n’a pas
cru devoir en faire mention. C’eft un
aliment prefque nul pour le bétail. Il
eft aifé de juger par ce développement
de la comparaifon qu'on en peut faire
avec les Prairies artificielles, qu’il eft fi
aifé d'y fubftituer.
Le beurre de la Prévalaye eft le meil-
leur de la Province. Peut-être eft-ce le
meilleur du Royaume. Cette fupériorité
peut dépendre de beaucoup de caufes
qu'il feroittrès-difficile de pénétrer. Mais
il eft naturel de fuppofer que lefpèce
des Plantes doit avoir ici beaucoup d’in-
fluence. C’eft ce qui a déterminé M. de
Livoys à décompofer une des meilleures
Prairies de la Prévalaye. En comparant
le tableau fuivant avec ceux des autres
Prairies des environs de Rennes, on fera
porté de plus en plus à fuppofer que la
qualité des fourages & des herbages
contribue beaucoup à donner de la fineffe
au beurre.
—
à AGRICULTURE.
79
PRAIRIE HAUTE DE LA PRÉVALAYE.
g NOMS RARES
E des ou
_ PLANTES. Communes.
1|Gramen paniculatum majus
anguftiore folio.. ..... très-comm.
2|— Capillatum paniculis ru-
DENCIDES. "1... . . .lrare.
3|— Spicatum glumis criftatis.|rare.
4|— Pratenfe paniculatum
a D rare.
s|— Spicatum, folio afpero.. .|commun.
6|— Tiphoïdes maximum fpi-
cà longiffimä. . . . .. très-rare.
7|— Loliaceum radice repente.
(Chiendent ). . . .. .|très-comm.
8|— Paniculatum majus latio-|très-comm.
1. LUN PE FOPRRE
o|— ÂAuthoxanton fpicatum...|rare.
10[— Tremulum minus panicu-
PPS 23. . . . .[fré.
11 | Anonis non fpinofa flore pur-
pureo. ( Arréte-bœuf }. .. .jrare.
12 | Betonica purpurea. ( Bétoine).rare.
13|Buphralmum vulgare. ( Gil
LL 2. commune.
14|Daucus vulgaris. ( Carotte ). .rare.
15 |Densleonislatiore folio. ( Pif
Jenlit). ::. . . . . . . .|commune.
16|Gallium luteum ( Caillelait ).|très-rare.
17|Jacea nisra pratenfis, hirfuta.
DL SEL : : .. commune.
18|Lathyrus fylveftris luteus fo-
is viciæ. (Geffe). . . . .'très-comm.
19 Linum fylveftre. ( Lin cham-
pétre}; Sas ssl . . .|commun.
20|Lotus pentaphyllos flore Pate
jore luteo fplendente. ( Lo-
Qualités
des
Plantes.
bon.
bon.
bon.
bon.
bon.
mauvais.
inutile.
inutile.
bonne.
inutile.
inutile,
inutile.
très-bonn.
inutile,
80 AGRICULTURE.
ÿ NOMS RARES | Qualités
E des ou des
©
_ PŒAaînNdE S. Communes.| Plantes.
. \ \
rs drao *......{très-comm. {trésbon.
21 Millefolium vulgare album.
( Millefeuiile). . ...... commune. f|mauvaife.
22|Plantago quinquenervia.
COMBAT CT ROUTE rare. inutile,
23 |Poligala minor vulgaris, flore
cœruleo. . . . . .|commun. très-bon.
24|Ranunculus prateufis ereétus
acris. ( Renoncule , Griffe
de lion , ou Pied de cog.)..[commune. {nuifible.
25 |Scabiofa pratenfis hirfuta quæ
oficinarum. ( Scabieufe ). .|rare. inutile.
26|Trifolium pratenfe purpu-
reum. ( Trèfle , ou Trémei-
1 PRE EE commun. {trés-bon.
27|Vicia fylveftris flore pupureo.
CÉBICE.). 14 72: SRE EEE très-comm. |tres-bonn.
De vingt-fept Plantes qui forment cette
Prairie, il y ena dix graminées ; cing à
fleurs légumineufes qui fourniflent un
pâturage abondant & falutaire au bétail,
avec le Daucus & le Polyagalz, qu'on
doit mettre au nombre des bonnes Plan-
tes ; huit qu’on regarde comme inuti-
les; & deux feulement qui ayent des
qualités nuifibles. Peut-être n’eft-il pas
inutile de faire remarquer qu'il n'y a
point d'Ofeille dans cette excellente Prai-
rie, & que ce font les Plantes légumi-
neufes qui y dominent,
H
AGRICULTURE, 8t
Il ne faut qu'ouvrir les yeux pour ap-
ercevoir l'étroite néceflité de multiplier
Le Prairies. Sans elles , point d'engrais,
&par conféquent point de récoltes. Tout
dépérit en proportion de la diminution
du bétail, & tout fe vivifie en raifon
de fon augmentation. L'évidence de ce
principe femble devoir faire regretter
que le fonds de 3000 livres, deftiné par
les Etats, à une diftribution gratuite de
graine de Trefle dans les Paroiffes de la
Province où cette culture n’eft pas en ufa-
ge, n'ait pas eu d'exécution (a). Tout
le monde convient que l'exemple eft le
moyen le plus propre à faire adopter les
bonnes pratiques d'Agriculture. Mais
l'exemple ne peut être porté par-tout.
Il ne peut être donné que par ceux qui
font riches, ou du moins aifés ; qui
demeurent dans leurs Terres , ou qui y
paflent une partie de l’année ; qui ont
du zèle, des lumières , de la perfévé-
rance, de famour pour le bien public.
Ces conditions ne fe trouvent réunies
(a) Sur Particle 4, au {u-
jet des Prairies artificielles,
ordonnent les Etats, qu'il
{era fait fonds de La fomme
de 3000 livres pour huit li-
res de graine de Trèfle par
Paroiïfle dans les Evêchés
ou cette culture n’eft pas en
uface ..... ( Délibération
Le) 1
des Etats du 17 Fév. 1759,
fur le rapport de MM. de
la Commif. du Commerce },
82 AGRICULTURE.
que dans un très-petit nombre de
erfonnes. Il femble donc que la meil-
Lo voie pour fuppléer l'exemple, fe-
roit d'accorder dans les commencemens
des diftributions gratuites de graines. Le
Cultivateur à qui elles font données, ne
craint pas de faire un eflai, dès qu’il ne
court point les rifques de perdre fes avan-
ces. Son fuccès devient un exemple &
une invitation pour fon voifin ; l’'ému-
lation eft excitée de proche en proche,
& c’eft le moyen le plus sûr d'améliorer
l'Agriculture.
La Société ne doit point diffimuler les
objections qu’on peut faire contre ce
qu'elle propofe. Son devoir eft, ou de
les prévenir lorfqu’elle peut, & les pré-
voir & y répondre ; ou de fe rétracter
lorfqu’elle ne les a point prévues, &
qu’elles font folides. Eile va donc ren-
dre compte des difficultés inféparabies
des diftributions gratuites.
Ces diftributions regardent exclufive-
ment, non pas les pauvres , mais ceux
qui font réduits au fimple néceflaire,
à qui par conféquent il eft impoflible
de vaincre leur impuiffance par les ten-
tatives les moins difpendieufes. Car il
faut être au-deflus du néceffaire, pour
mt Ts : hr dh-a st — PR
. AGRICULTURE. 83
empêcher la décadence de l'Agriculture
la plus triviale ; & il faut être riche,
ou tout au moins aifé, pour l'améliorer.
Mais les gens à qui les fecours font def-
tinés, n’en obtiennent jamais qu'une par-
tie. Le refte eft dévoré par les follicita-
tions, par la faveur , & fouvent par Pai-
fance , qui, n'étant pas accoutumée à
fhumiliation d’un refus, croitne devoir
jamais le craindre. Il eft donc vraifem-
blable qu'une partie des fonds que con-
facreroient les Etats en diftributions, ne
feroient pas appliqués à leur véritable
objet. Mais on ne ceffe pas de faire l’au-
mône , quoiqu’on fache qu’elle ne tour-
ne pas toujours au foulagement des pau-
vres. Ainfi l’écueil dont on vient de par-
ler, ne devroit peut-être pas déterminer
à priver d’afliftance ceux qui en ont réel-
lement befoin. Il eft fi jufte de fecourir
une claffe d'hommes de qui l’'Etattiretant
de fecours&c de tant d’efpèces ! On peut
ajouter que la néceffité de pourvoir au
rétablifflement de l'Agriculture , eft un
motif fi fupérieur, qu'il devroit peut-
être fermer les yeux fur les inconvéniens
d'un moyen, qui d'ailleurs feroit bien
choïfi. TRÈS
Mais il fe préfente un inconvénient
Fi
84 AGRICULTURE.
beaucoup plus dangereux: La claffe
d'hommes qui devroit profiter du don des
Etats, eft indolente & inepte. L’imita-
tion du procédé le plus fimple fufht pour
l'embarrafler. Comment fe flatter qu'une
culture inconnue puifle réuflir dans de fi
mauvaifes mains ? Le rerrain malchoïifi,
la graine mal difpenfée, des coupes trop
fréquentes ou trop rares, le Trèfle donné
entrop grande quantité au bétail, enfin
des méprifes de toute efpèce pourroient
contribuer à décrier les Prairies artifi-
cielles. Car on ne manque jamais de re-
jetter fur la chofe même, tout ce que
produit le mal-adreffe des Cultivateurs. Il
arriveroit donc que dans beaucoup de
Paroiffes dont le terrain pourroïit être
favorablè au Trèfle , il s’établiroit en
très-peu de temps une multitude de pré-
jugés qui banniroient cette Plante peut-
être pour un fiècle.
On ena un exemple pour le Trèfle
même, aux environs de Bécherel. Il y a
environ quinze ans qu'on y en fema une
aflez petite quantité. Il ne s’agifloit que
d'un effai. Une vache entra dans le terrain
mis en expérience ; elle mangea-une fi
grande quantité de Trefle, qu’elle mou-
sut le lendemain, Il n'y a pas une feule
* AGRICULTURE. ss
perfonne dans le canton qui ignore cet
accident, & quin'en rapporte les circonf-
tances avec un ton de capacité, dès qu'on
parle de femer du Trèfle. Enfin le pré-
jugé eft fi général, fi fortement enraciné,
que M. de Îa Chalotais n’a pu qu'avec
une peine extrême engager un de fes
Fermiers à en femer , & felon toute ap-
parence les avantages qu’en retire ce
Fermier, ne détromperont fes voifins
qu'après plufieurs années d'expérience.
Si par malheur une de fes vaches franchit
la haie qui garde fa Prairie artificielle ,
& meurt de réplétion , le canton pourroit
bien être privé pour Jamais de cet excel-
lent fourage.
Ce qui eft arrivé à Bécherel peut ar-
river par-tout, & mille autres accidens
NES à porter le découragement dans
es Paroïffes où fe feroient les diftribu-
tions gratuites. La Société ne voit au-
cun remède à cet inconvénient ; & il
eft fi grand, puifqu’il s'oppofe direëte-
ment au but qu’on voudroit atteindre,
qu'il vaudroit mieux ne jamais fonger
a donner un fecours dont les fuites de-
viendroient fi nuifibles au bien public.
Mais fi le danger des diftributions gra-
tuites paroît l'emporter fur gr avantages
ii
86 AGRICULTURE.
qu'onenpourroit retirer, ileft très-effen-
tiel de prévenir un danger plus grand
encore , celui du dépériffement de l’A-
griculture. Il fe fait fentir prefque par-
tout , & les maux de cette nature peu-
vent Saigrir en très-peu de temps au
point de devenir irrémédiables. Il n'y a
perfonne qui ne foit en état d'indiquer,
pour les petits Cultivateurs, des moyens
de foulagement qui tourneroient au pro-
fit de l'Agriculture. La difficulté eft de
ne propoier que ceux qui peuvent fe con-
cilier avec les autres refforts que l'Agri-
culture fait agir. La Société eft perfua-
dée que fi les Prairies artificielles fe mul-
tiplioient, la culture fe rétabliroit peu
à peu, fans qu’il füt néceffaire de recou-
rir brufquement & tout à la fois à ces
encouragemens que tout le monde pro-
pofe. Il eft notoire que par-tout où l’Agri-
culture languit, on manque d'engrais. Il
eft inconteftable que de tous les moyens
de s’en procurer, celui qui eft le plus à
la portée des Propriétaires & de leurs
Fermiers, eft de former des Prairies arti-
ficielles dans les Terres qu’on laifle re-
pofer. C'eft donc fur cet article que les
Cultivateurs devroient être fecourus. Ce
plan économique eft fi important par fes
. AGRICULTURE. 87
conféquences, qu'il eft digne de la plus
grande attention. C’eft un fait bien conf
taté, que la culture des grains n'eft un
objet de profit que pour ceux qui y Joi-
gnent l'éducation, ou du moins la nour-
riture du bétail. Quand on fépare le bé-
tail de la culture, le Laboureur perd né-
ceffairement dans les années communes.
S'il ouvroit les yeux fur cette vérité qui,
on le répète, a été conftatée avec le plus
grand foin , il eft aifé de fentir les fu-
neftes conféquences qui en réfulteroient.
Heureufement le Laboureur calcule peu,
ou même ne calcule point. Accoutumé à
compter fon propre travail pourrien(z),
à n'apprécier fes pertes ou fes bénéfices
que par le réfultat total des différentes
cultures , & des petites induftries aux-
(a) C’eft une erreur géné-
rale parmi les gens de la
campagne, que 3 ne jamais
faire entrer leur travail en
qu'on doive compter pou#
rien le travail d’un homme
qui s’exténue, pour arracher
à la terre des produétions
ligne de compte dans le prix
des denrées qu'ils recueil-
lent. Cette erreur eft fl grof-
fière, qu’elle n’auroit pas dû
pénétrer dans d’autres têtes
que les leurs. Les principa-
les richefles d’un État con-
fiftent dans les valeurs qu’en-
tretiennent ou que créent fes
habitans. Il eft donc faux
de moindre valeur que les
journées qu’elles ont exigé.
Ainfi le: travail que le La-
boureur compte pour rien,
doit être compté par l'Etat
pour quelque chofe, parce
qu’il eût produit de nouvel
les valeurs , s’il eût été em
ployé avec plus d’intellis
gence,
F iv
88 AGRICULTURE:
quelles il s’adonne, il ne voit point qu’il
auroit à gagner en s’attachant à certaines
arties , & en abandonnant les autres.
De quelle importance n’eft-il pas de pré-
venir l'examen qu'il pourroit faire, fi
l'efprit de calcul pafloit jufques dans les
campagnes ? Qu'on leur donne des Prai-
ries , & qu’enfuite on les laiffe calculer.
Ils feront invités à cultiver des grains par
le profit qu'ils fe démontreront à eux-
À
mêmes.
Tout ce qu'on vient de dire fur les
Prairies artificielles, prouve à quel point
la Société eft convaincue que cette efpè.-
ce de biens l'emporte par fa nature fur
tous les autres. Ce n’eft pas feulement
par rapport à la valeur du bétail, mais par
rapport au produit des Terres labourées.
Ces Terres ne peuvent ni fuppléer les
Prairies, ni fubfifter fans elles. C’eft donc
aux Prairies que le bien public veut qu'on
s'attache. L’Agriculture des Payfans ,
quoique défettueufe en bien des endroits,
n'eft pas fi blâmable qu'impuiffante. Les
meilleures méthodes entre les mains d’un
Laboureur fans bétail, & par conféquent
fans engrais, ne vaincront pas la ftérilité
de Terres, pour ainfi dire, abandonnées.
_ Plus les Laboureurs s’apperçoivent de
AGRICULTURE. 8a
la difette de fourage , plusils doivent être
attentifs à le ménager. Un ufage qu'on :
croit être généralement répandu dans la
Province , en fait perdre une très-grande
quantité. Le bétail eft couché lorfqw’il
mange dans les étables ; ainfi le foin
qu’on lui donne eft étendu fur la litière.
D'où il arrive que celui que les animaux
laiflent ou par fatiété, ou par dégoût,
eft abfolument perdu, & cette perte va
plus loin qu’on ne penfe.
Dans bien des Provinces, & fur-tout
dans celles où lon nourrit beaucoup de
bétail, il mange toujours auratelier. Les
rateliers des étables font proportionnés
à la hauteur des bœufs & des vaches, &
par conféquent moins élevés que ceux
des écuries. On aflure qu’en Flandre il
eft d'ufage de placer au-deffous du ratelier
une auge , ou créneau, qui recoit le foin
que lesanimaux laiffenttomber, aufli bien
que les fleurs & les graines du foin qui
leur échappent. Par ce moyen tout eft
confervé ; parce qu’en leur donnant dans
l'auge même, de gros navets, du fon &
de l’eau, &c. ils mangent tout ce qui
eft tombé du. ratelier. Cette méthode
dont M. de la Chalotais va faire l’expé-
rience , donnera lieu à d’autres obferva-
90 AGRICULTURE,
tions dont la Société ne manquera pas de
rendre compte ; mais comme elle eff
toute éprouvée, les Propriétaires & les
Fermiers ne peuvent mieux faire que de
la fuivre dès à préfent. \
L'établiffement de ces étables n’eft
qu'une partie d’un plan d'Agriculture
formé par M. de la Chalotais. L’exécu-
tion en eft déja fort avancée, & ce fera
un modèle qui aura le double avantage
d'exciter & de diriger l’émulation. Ce
Magiftrat n’a pas voulu fe borner à don-
ner des exemples en petit; il a fenti
qu'il réveilleroit plus sûrement & les
Fermiers & les Propriétaires , en mettant
fous leurs yeux le fpettacle & les fruits
d'une adminiftration dont toutes les par-
ties tendent au même but. Son intention
eft de porter à la plus grande valeur pofli-
ble 150 journaux de Terre. Ce terrain
eft compofé de Champs en labour, de Pä-
tures , de Prairies ordinaires , de Champs
abandonnés depuis très-long-temps, &
couverts de vieux ajoncs. La direétion
économique de ces 1ÿ0 journaux n'a
rien d'étranger à la culture la plus com-
mune, fi on en excepte les Prairies arti-
ficielles , les gros Navets & les Patates.
On n’a voulu fe fervir d'aucune méthode
y AGRICULTURE, 91
nouvelle, afin que les Payfans n’euffent
fous les yeux que leurs pratiques ordi-
naires , mais fuivies avec intelligence.
Les récoltes de M. de la Chalotais les
convaincront que leurs pratiques peu-
vent devenir infiniment plus profitables,
fans autre changement que coli de la dif-
tribution proportionnelle de chaqueobjet
de culture. Ce plan fera d'autant mieux
fuivi , que M.'Thébault, Aflocié de Ren-
nes, donne à fon exécution tout le temps
que lui laiffent les lecons de mathémati-
ques que les Etats l’ont chargé de donner.
Le premier foin a été de former vingt
journaux de Prairies artificielles en Trè-
fle & en Luzerne. Les pièces de Terre qui
ontrapporté de l'Orge cette année (1760),
étoient couvertes après la moiffon de T re-
flerenaiffant. Vingt autres journaux rece-
vront un labour d'Automne, pour les dif-
pofer par un nouveau labour au Prin-
temps prochain, à être convertis en Prai-
ries de Plantes convenables à leur expo-
fition. Les Terres labourées n’iront point
au-delà des deux tiers de tout le terrain.
Elles feront entretenues par les engrais
d'un bétail proportionné à cinquante jour-
naux de Prairies. Il y a déja quatre-vingt-
quatre bêtes à cornes fur ce terrain, On
92 AGRICULTURE,
en augmentera le nombre jufqu’à ce qu’il
foit futhfant pour une bonne exploita-
tion. Ce ne fera point par des achats dans
des Foires, mais en élevant tous lesveaux
qui paroïtront devoir réuflir. C’eft peut-
être pour le Public l’article le plus utile
du projet qu’a formé M. de la Chalotais.
Lerétabliffement del’Agriculture deman-
de que les gens de la campagne appren-
nent à former des élèves, afin de s’aflurer
des engrais, & qu’ils voyent qu'il eft aifé
d’avoir des engrais, lorfqu'on a beaucoup
de Prairies artificielles.
En attendant que la Société foit en
état de publier les réfultats de cette ex-
ploitation , elle croit devoir donner une
idée générale des principes fur lefquels
on l’a fondée. Ils font le fruit de recher-
ches & de calculs faits avec attention,
&t même avec fcrupule, fur la diftribution
économique des Terres. Peut-être ne
manque-t-il à des citoyens riches & zélés,
que de bien connoitre ces principes pour
les mettre en pratique. C'eft la voie la
plus sûre & la plus prompte pour ranimer
l'Agriculture , & le titre le plus jufte
pour être regardé comme le bienfaiteur
de fa Patrie.
On croit qu'en général le tiers du ter-
AGRICULTURE, 93
rain qu'ôn veut cultiver, doit être em-
ployé en Prairies. On fuppofe même que
les quatre cinquièmes de ce tiers font
-compofés de Prairies artificielles, & le
refte de Prairies naturelles, Si toutes les
Prairies étoient de cette dernière efpèce,
il faudroit y confacrer plus de la moitié
du terrain. |
Les deux autres tiers de l'exploitation
doivent: être partagés en trois portions ;
Fune pour le Froment; l’autre pour Îles
menus grains ; la troifième pour les gros
Navets, les Panais, les Patates. C'eft aufli
dans cette portion que feront femés les
Lins, & fur-tout les Chanvres, qui font
‘ d’une qualité fupérieure dans la Paroiffe
de Vern. La première portion demande
beaucoup d'engrais. Il n’en faut point dans
la feconde, parce que les menus grains
profitent de ce qui en refte après la ré-
colte dés Fromens , auxquels ils fucce-
dent. Il n’en faut qu'une médiocre quan-
tité dans la troifième portion; & enfin
on doit en répandre un peu fur les Prai-
ries naturelles & artificielles.
Le bétail deftiné à fournir des engrais,
n'eft pas tout de même efpèce; d’ailleurs
il en fournit moins lorfqu'il eft jeune,
que lorfqu'il à fait toute fa çrue, Les
!
94 AGRICULTURE.
Anglois qui calculent tout, ont trouvé
une règle de compenfation entre les ani-
maux de différens ages & de différente
efpèce (a). Ils ne comptent point le bé-
tail par pieces, mais par séres. Un cheval
ou une vache font ce qu'ils nomment
une tête. Ils évaluent pour une tête trois
veaux d'un an, & pour deux têtes trois
veaux de deux ans. À trois ans chaque
veau eft une tête. Ils ne comptent que
pour une tête fix brebis ou fix mou-
tons (2). Ainfi un Fermier qui auroit
fix chevaux, quatre bœufs, douze va-
ches, douze veaux d’un an, douze veaux
de deux ans, &trente-fix brebis, poflé-
deroit quatre-vingt-deux piéces de bétail,
qui ne feroient comptées que pour qua-
rante séres. Cette évaluation, quoiqu'auffi
exaéte qu’il eft poflible, n'eft & ne pou-
voit être qu’une aproximation. Mais c’eft
beaucoup fur des matières de cetteefpèce,
que d’avoir une règle qui ne s’éloigne que
(a) C’eft de M. Blanchet,
excellent Agriculteur théo-
rique & pratique, que l’on
SL une ele a com-
penfation. Il a demeuré
pendant plufieurs années en
Irlande & en Angleterre. I]
a obfervé avec de très-
Pal yeux fout ce qui à rap-
ort à l’économie ruftique.
(b) M. Pattullo, relative-
ment à la confommation des
fourages , compte quatre à
cing moutons pour un bœuf
ou une vache. Voyez PEffat
fur l'amélioration des Ter-
Tes , pag. 64.
AGRICULTURE. 9$
foiblement d'une exatirude rigoureufe.
Voici un élément qui n'eft pas moins
néceffaire. Il faut à peu près deux rétes
de bétail pour fournir une quantité
fuifante d'engrais à un Journal de terre.
Ainfi, pour entretenir en bonne cul-
ture les cent cinquante journaux de
M. de la Chalotais , il faudra chaque
année ; 1°. le fumier de foixante-fix têtes
pour les trente-trois journaux emblavés
en Froment ; 2°. celui de trente-trois
têtes pour les trente-trois Journaux occu-
pés par les Navets, les Panais, les Pata-
tes, &c. qui n'ont befoin tout au plus
que de la moitié du fumier néceffaire au
Froment ; 3°. celui de trente-trois autres
têtes pour les cinquante journaux en
Prairies naturelles & artificielles, parce
qu'un tiers des fumiers qu'exigent les
Terres labourées, porté chaque année fur
des Prairies , fufht pour les entretenir
dans le meilleur état. C'eft en tout cent
trente-deux têtes de bétail.
On ne peut douter que dix journaux
de Prairies naturelles, & quarante de
Prairies artificielles , ne fourniffent affez
de fourage pour la nourriture de ces bef-
tiaux. Un journal de Prairies ordinaires
produit, année commune, deux milliers
96 AGRICULTURE.
de Foïn. Un journal de Trèfle en bon
rapport , donne un peu plus de cinquante
milliers de fourage verd, dans fes diffé
rentes coupes réunies. Il s’en confomme
beaucoup plus que de fourage fec ; mais
on peut compter que la confommation ne
va pas à cinq fois autant de T'rèfle que
de Foin. Il en réfulte qu'on retirera des
cinquante Journaux de Prairies l’équi.
valent de deux cent vingt milliers de
Foin. C’eft dix-fept cent cinquante li-
vres de Foin pour chaque tête de bérail.
Qu'on ajoute à ce fourage , qui donnera
en effet une nourriture pour le moins
équivalente à deux milliers de Foin
fec, parce qu'il y en aura une grande
partie confommée en verd; qu’on ajoute,
dis-Je, le pâturage des dix journaux de
Prairies naturelles, depuis le mois de
Juin où elles font fauchées, jufqu’au
mois de Février; celui des champs de
Trèfle pendant une partie de l'Hiver ; les
récoltes de Panais & de gros Navets ; on
fera convaincu que le bétail fera très-bien
nourri, & qu'on joindra au profit inapré-
ciable des engrais, celui d’une plus gran-
de abondance de laitage & de beurre.
Ceux qui agiflent ou qui jouiffent
fans obferver, & ceux qui obfervent fans
| calculer ;
|
|
|
f
AGRICULTURE. 97
calculer, (c’eft le plus grand nombre) re-
garderont la diftribution qu’on vient de
faire , comme exagérée. Accoutumés à
voir une multitude incroyable de petites
Fermes ,.où vingt journaux de Terre
fucceflivement labourés & en pâture,
font à peine améliorés par quatre ou cinq
journaux de mauvaifes Prairies, & par
l’engrais de cinq ou fix têtes de bétail,
ils’ regarderont comme une perte d'em-
ployer près de la moitié des Terres cui-
tivées à nourrir des beftiaux. Leur éton:
nement ne fervira qu'à prouver l’état de
dépériflement de notre Agriculture, -&
la diffance où nous fommes des princi-
pes fans lefquels ik eft impoflible de la
rétablir. |
Les-Fermiers ordinaires, on pourroit
refque dire tous les Fermiers, sèment
à peu-près deux cens livres de Froment
par journal. Ils recueillent cinq, fix, &
tout au plus fept cens livres pefant. C’ef
deux & demi, trois, ou toutau plus trois
& demi pour un , femence comprife.
S'ils convertiffoient leurs patures en Prai-
ries artificielles , ils. récolteroient trois
& demi pour un dans Îes années les moins
favorables, & année commune, quatre
& même jufqu’à cinq pour un CR
98 AGRICULTURE.
déduites. (az). Ils feroient en état de
faire des élèves, & leur bétail en aus-
mentant, multiplieroit les moyens de fub-
fiftance domeftique, & ces petits profits
qui font toute l'aifance du Fermier. Ainfi
ce feroit pour eux & pour l'Ecat un bé-
néfice confidérable , que de Haibourer
moins de ‘Terre, mais d’en doubler ou
tripler la fécondité, Au refte, les Proprié-
taires perdent infiniment plus que les Fer-
miérs dans une mauvaife culture ; ainfi
les premiers ont un intérêt marqué à
faciliter aux autres les moyéns d'amé-
Horation. Le produit de toute Terre bien
adminiftrée, qui n'excède pas cent cin-
auante Journaux, & qui n'eft pas au-
deffous de cent, doit être partagé à peu
près en trois portions ; un tiers au Pro-
priétaire , deux tiers au Fermier pour fa
fubfiftance, fes avances, & fes frais d’ex-
ploitation (2). Comme la fubfiftance du
(a) Ce qu’on dit ici furle
ge de produit des Terres en
retagne, ne regarde point
celles des côtes. Le fel, les
vales & les fables de ja mer,
Jes Plantes marines fournif-
fent des engrais immenfes,
& qui ne coûtent que la pei-
ne de les voiturer. Mais dans
lintérieur des Terres où ces
fecours manquent, on ne
4 e :
peutentrer dans le détail des
frais & des récoltes des Fer-
miers , fans être effrave.
(b) Voyez le développe-
ment de cette répartition
dans les Notes de M. l'Abbé
de Gua fur le Déclin du Comi-
imerce du Chevalier Deker,
tom. J. pag. 194. Quoique
CO TT ET RE TE | NP.
AGRICULTURE. 99
Fermier & de fa famille , les frais & les
avances d'exploitation font de la plus
indifpenfable néceflité, il eft évidentique
c'eft toujours fur la portion du Proprié-
taire que tombe la diminution des pro-
duits. H:eft vrai qu’'infenfiblement le
Fermier confomme moins; qu'il eft plus
mal nourri ; qu'il épargne fur les frais de
culture ; mais ce font autant de coups
portés aux intérêts du Propriétaire, le
fonds de fes revenuss’anéantit par degrés,
parce qui reçoit fon capital en reve=
nus (a). C'eft donc pour eux-mêmes
que travailieroient les re , en
donnant des facilités, & même des fe-
cours aux Fermiers pour améliorer leur
culture.
L'exemple de M. de la Chalotais ren-
dra cette vérité plus frappante aux per-
fonnes à qui les raifonnemens & les cal-
culs ne fufäifent pas pour les déterminer.
M. de Langle à commencé un établiffe-
ment à peu près femblable fur la Terre
de la Couyère, dont M. le Préfident de
fes fubdivifions ne puiffeit approximation. Voyez aufl
convenir par tout, & fur- lEfiai fur la nature du Com
tout en Breragne, on peut merce de M. Canulion,
en tirer pour ne. paysen pag. 62. A$®
particulier des élémens fuf- (a) Voyez les Elémens du
flans pour un réfulsat par Commerce, ‘0%. 1. p. 192,
Gi]
100 AGRICULTURE.
Langle fon père eft Seigneur. Plufieurs
autres Membres de la Société ; M. le
Préfident de Montluc, M. le Baron de
Pontual, M. Baudouin, excitent l’ému:
lation dans leurs ‘Ferres par les mêmes
moyens: ceux-ci en particulier ont don-
né des exemples dont limitation feroit de
la plus grande utilité au Royaume, celui
des défrichemens & des plantations de
bois en grand. Ces entreprifes ne peu-
vent manquer de produire d'heureux ef-
fets pour le rétabliffement de l’Agricul-
ture , parce qu'elles ne font pas bornées à
l'inftruétion muette du fuccès ; elles font
accompagnées d'inftruétions données de
vive voix , & ce qui eft plus efficace
encore, de graines données gratuitement !
à ceux qui ne peuvent en acheter.
On cite ces exemples avec d'autant
plus de plaifir, qu’ils peuvent porter les
perfonnes riches à en donner de fembla-
bles dans leurs Terres. C'eft, fans com-
paraifon , le plus grand bien qu'on puifle
faire à fes vaflaux & au public.
Torres En expofant ce qui a été fair chez
&NAavETS. A4, de la Chalotais pour fournir des
nourritures fufhfantes au bétail, on a
parlé de la culture des gros Navets. On
n'a point voulu défigner par-là les Tur-
* AGRICULTURE. rot!
neps d'Angleterre. L'expérience a jufti-
fié les conjeétures (z) de la Sociétéen
faveur des Navets de l'Evêché de Léon:
On en a femé dans deux journaux de
Terre préparés avec prefqu'autant de
foin que fi lon eût dû y femer du Fro-
ment. Ils n'ont point été mis enrayons;
mais quoiqu’on en eût répandu la graine
fort clair , on en arracha une grande
quantité, afin que ceux dont on vouloit
profiter , fuflent au moins à neuf ou dix
pouces les uns des autres. Il y avoit à
peu près autant de Turneps que de gros
Navets de Léon. Ces derniers l’empor-
tent fenfiblement par leur diamètre &
par leur volume. Les Turneps ont la
figure d'un fphéroïde applati, ou d'un
fromage de Hollande. Les gros Navets
ont la figure d’un cône, ou d'un pain
de fucre. Ainfi il eft aifé de concevoir
qu'à diamètre égal, ceux-ci ont beau-
coup plus de volume. Cette culture eft
extrêmement lucrative. Les deux jour-
naux dont on vient de parier, ont été
pillés par des voifins accoutumés à arra-
cher fans contradiction de petits Navets
(a) Voyez le Corps d’obfervations pour les années 1757
& 1758, pag. 84. sd à |
G ii]
PaTATES.
102 AGRICULTURE.
qui fe trouvent ordinairement dans les
champs qui ont rapporté du Blé noir ; il y
eft entré des beftiaux qui y ont pañlé des
nuits entières ; cependant ce qu'on en a
retiré a furpañlé en valeur le double d’une
excellente récolte de Froment. On comp-
te prendre les mefures néceffaires pour
donner un réfultat exa@ fur cet article. Il
fera d'autant plus intéreffant , que les Na-
vets fuppléent les fourages pendant l'Hi-
ver, & que le bétail ne peut avoir de
meilleure nourriture. D'ailleurs les do-
meftiques & les journaliers en font une
grande confommation, & c’eft l'objet
d'une épargne confidérable fur les fubff.
tances ordinaires,
Oa épargneroit encore plus, fi Fon
cultivoit les Patates en grand. Il y en
a de plufieurs efpèces. Celles de F'Tfle
S. Domingue font du genre des Conso.
yulus. Celles qu'on a cultivées chez
M. de la Chalotais, chez M. Blanchet,
& chez le fieur Rozaire, font d’un genre
différent. C'eft le /o/anum tuberofum ,
efculentum. Pin, En François Patates,
ou Trufes rouges.
Le fieur Rozaire eft le premier qui en
ait eu aux environs de Rennes. Il les
plante en rayons éloignés d'environ deux
AGRICULTURE. 103
pieds les uns des autres, dans un bon
terrain où il met un peu de fumier. Il
n'a pas cru devoir tenir regitre de la
quantité qu'il met en Terre, & de celle
qu'il recueille; mais l’'ufage de calcu-
ler ce que lui coûte la nourriture de fes
domeftiques & de fes ouvriers, lui a
fait remarquer que fa dépenfe étoit fen-
fiblement diminuée depuis qu’il leur
donne des Parates , & ils préférent au-
jourd'hui cet aliment à tout autre,
M. Blanchet a placé les fiennes dans
un jardin dont la Terre n'eft qu'a/ez
Bonne & d'une nature argileufe. Ce font
fes termes, Ilena mis un feizième de boif
feau dans trois cordes de Terre (4). Elles
ont été plantées à trois pieds de diftance
en tous fens les uns des autres , & à
quatre pouces de profondeur. Chaque
Patate fut placée fur une quantité de
fumier, à peu près égale à ce quen
contiendroit un chapeau. Il leur donna
avec cet inftrument quon nomme un
Bident , deux labours depuis la fin de
Février qu'elles furent plantées, jufqu’au
(a) Leboïffeau dontils’a- Terre de quatre toifes en
git pefe foixantelivres,lorf- carré, ou un carré qui a qua-
qu’il eft rempli de Froment. tre roifes de racine.
La corde eft une étendue de
G iv
104 AGRICULTURE.
temps où il en fit la récolte. Au premier
labour il rabaiïffa les tiges , en les arran-
geant horifontalement en éventail, & il
recouvrit ces tiges de terre, ne laiffant
au dehors que leur fommet. Lorfqu'il
eut donné le fecond labour, le terrain
étoit couvert de trois pieds en trois pieds
de petits meulons femblables à de très-
groffes taupinières. Le feizième de boif-
feau de Patates qu’il avoit employé, lui
a produit dix-huit bciffeaux.
L'épreuve faite à Vern, chez M. de la
Chalotais, n’a pas tant produit. On la
fit dans un terrain de deux cordes &
demie, préparé comme pour recevoir du
Froment. Il fut divifé en rayons éloignés
de quatre pieds. On y placa des mor-
ceaux de la groffeur d’une chîtaigne,
de Patates partagées, de facon que cha-
que morceau portoit au moins un œil.
Ils étoient éloignés d'un pied les uns des
autres. On en employa un quart de boif-
feau (z), & chaque morceau fut mis en
terre à deux ou trois pouces de profon-
deur. On ne leur donna aucune efpèce
de culture. A la récolte on eut dix boif-
feau de Patates.
(a) Le boiffeau de Rennes pefe environ quarante-cinq
rempli de bon Froment, livres. |
, AGRICULTURE. 10$
: L’ufage qu'on en fait communément,
eft de les manger bouillies, ou cuites fous
la cendre, comme on mange des châtai-
gnes dans quelques Provinces de France,
& dans quelques cantons de Bretagne.
Lorfqu'’on les cultive en grand, on en
donne aux vaches , aux cochons & aux
bœufs qu'on veut engraifler. On croit
devoir dire à cette occafion, que lorf-
qu'on donne aux animaux pour la pre-
mière fois, des T'urneps, des Navets,
des Panais, des Patates, ils ne jugent
de cés racines que par l’odorat, & il
arrive fouvent qu'ils n’en veulent pas
manger. Il faut alors les priver de toute
autre nourriture, jufqu’à ce que la faim
les force à fe contenter de celle qu’ils ont
d'abord refufée. Ils en jugent alors par le
goût , & dans la fuite il n’eft plus né-
ceflaire de les fevrer d’autres alimens.
On en a vu qui s’y étoient accoutumés
au point de préférer ces racines cuites
ou crues aux fourages ordinaires.
M. Faiguet de Villeneuve , Affocié
libre, à imaginé que les Patates pour-
roient fervir direétement à diminuer la
confommation annuelle des grains, &
devenir une reffource dans les années de
difette. Après différentes épreuves , il
106 AGRICULTURE.
eft parvenu à aflocier ces racines (a) à la
farine de Seigle, à celle de Froment, &
à trouver la proportion qu'exigeoient
ces mélanges pour en faire de bon pain.
Ce pain , dont M. de la Bourdonnaye,
Procureur Général Syndic des Etats,
plufieurs Affociés & d’autres perfonnes
ont mangé, n'a qu'un feul défaut. C'eft
de reffembler à ce qu'on nomme du pain
gras-cuit; mais ce défaut n'eft fenfible
qu'aux mains & aux yeux. C'eft un päin
agréable au goût , & les fubftances dont
il eft compofé , ne permettent pas de
douter qu'il ne foit fort fain. |
Pour difpofer les Patates à fe mêler
avec de la farine de Froment, de Seigle,
& même de Blé noir, on les met tremper
dans l’eau froide pendant un demi-Jour, &
on les remue avec un bâton pour enlever
la terre qui peut y être attachée. On exa-
mine enfuite chaque racine, pour rejetter
celles qui ont des taches de pourriture. |
On les donne au bétail. Après ce triage,
LL JL
(a) Les Patates ne font
point des racines propre-
ment dites. Ce font des tu-
bercules attachés aux ra-
cines propres de la Plante.
Mais on a mieux aimé fe
{ervx d’un terme court &
qxe tout le monde pouvoit
entendre, que de s’aftrein-
dre à une précifion inutile
dans cette occafion, &c 2
n’eût fervi qu'à embarraîler
l'expofition des faits.
AGRICULTURE, 107
on met les Parates dans de nouvelle eau,
où elles font bien lavées, afin de les dé-
gager de la terre & du fable qui auroient
rélifté à la première lotion.
On fait cuire les Patates dans de l’eau
bien nette, Quelques bouillons fufhfent
pour la cuiffon. On les pile dans une auge
de bois, & on les délaye enfuite avec beau-
coup d’eau froide ou chaude, On pañle le
tout d'abord par une efpèce de crible, &
enfuite par un ou deux couloirs plus fins,
Le marc qui n’a pu pafler, ou par le cri-
ble, ou par les couloirs, fe pile & fe pafle
une feconde fois. Enfin on donne le der-
nier marc au bétail ou aux volailles.
Ce qui a pañlé par les couloirs, eft mis
a repofer dans un ou dans plufieurs va-
fes. Comme la quantité d’eau eft abon-
dante, l’efpèce de farine de Patates fe
précipite en aflez peu de temps. On
verfe l’eau par inclination, & on la con-
ferve , parce qu’étant chargée de parties
farineufes , elle peut fervir pour pétrir
le pain, pour faire de la foupe, pour
préparer les poffors (a) du bétail, &c.
(a) On nomme Püofflon fraîchir ou pour engraiffer
dans quelquescantons, l’eau le bétail. On en a foumé Le
chargée de fon , de navets, verbe Pofjonner.
&c. dont on fe fert pour ra-
ExGRAIS.
108$ AGRICULTURE.
La fubftance des Patates qui demeure aw
fond du vafe, fe met dans des tamis plus
ou moins ferrés, pour s'y égoutter pen-
dant vingt-quatre heures. On fubftitue
enfuite au tamis un fac de toile forte,
qu’on charge d’un poids pour achever
d'égoutter l'eau.
Après ces préparations, il refte une ef-
pèce de pâte. On fair le levain à l'ordinai-
re avec la farine de Froment ou de Seigle.
On ajoute la portion de Patates qu'on
veut mélanger, on laifle fermenter ou le-
ver le tout, & on fuit pour le refte, l’ufa-
ge accoutumé pour faire du pain.
On peut mettre Jufqu'a parties éga-
les, de Patates avec le Froment & le
Seigle ; mais le pain eft meilleur lorf-
qu'on n'employe qu'une partie de Pata-
tes fur deux parties de farine de Seiïgle,
& fur-tout de Froment.
M. Faiguet de Villeneuve, qui na
perdu de vue aucune des épargnes qu'on
peut faire en cultivant ces racines, a
éprouvé que la pâte dont on vient de
parler, étoit une efpèce de purée qu'on
pouvoit employer dans la foupe. Elle
eft certainement beaucoup moins chère
que la purée de Pois ou de Féves.
À quelque partie de l'Agriculture
AGRICULTURE. 109
és .* " . .
qu'on s'applique , foit en grand, foit en
petit, il eft impoflible de réuflir fans
engrais. On ne peut donc trop s'occuper
des moyens de s’en procurer. On l'a déja
dit, mais on ne peut trop le redire, le
défaut d'engrais eft fenfible dans prefque
route la Province. Quand la Société au-
roit pu en douter, elle en eût été con-
vaincue par la multitude de perfonnes
qui lui ont adreffé des queftions fur la
façon de les augmenter, ou de les fup-
pléer par des équivaiens. À peine étoit-
elle inftituée, qu’elle a répandu le mé-
moire de M. le Baron de Pontual fur
la culture du Trèfle; elle n’a point ceflé
d'inviter à former des Prairies artificielles.
Elle voit avec plaifir, que bien des Cui-
tivateurs en connoiflent le prix par leur
expérience ; que beaucoup d'autres,
éclairés par l'exemple , fe difpofent à
fuivre une fi bonne route. C'eft certai-
nement la meilleure , la plus prompte,
la plus lucrative, puifqu’en fe procurant
beaucoup d'engrais, on s’aflure de grands
ue fur le bétail que nourriflent ces
rairies. Mais comme il eft jufte de pro-
ficer de tous les avantages de fa poñtion
pour améliorer fes Terres, la Société
croit devoir raffembler ici les réponfes
110 AGRICULTURE.
qu’elle a eu occafion de faire aux quef-
tions qui lui ont été adreflées fur la na-
ture & l’ufage des engrais, & fur les
moyens de fortifier ou de fuppléer les
fumiers. |
Il feroit à fouhaiter que ces queftions
fuffent réfolues pour chaque canton de la
Province en particulier. Mais c’eftun but
qu'on ne peut atteindre , qu'après que des
obfervateurs aufli exaëêts que zélés auront
déterminé d’après des expériences, la qua-
lité & la quantité d'engrais qui donnent
le plus de fécondité aux Terres qu’ils
cultivent. Rien n’eft plus diverfifié que la
nature des terrains. C’eft encore une véri-
té qu'on ne peut trop répéter. Ce feroit
donc induire le public en erreur, que
de lui donner fur cette matière des rè-
gles univerfelles. Il n'y a point d'autre
rèole que d’obferver la nature , & de
lui affujettir les opérations qu'on veut
faire. |
La Société n’a jamais prétendu réfou-
dre que des queftions générales. A l'é-
gard des queftions particulières, chacun
doit en chercher la folution, foit dans
fa propre expérience, foit dans celle des
perfonnes intelligentes , qui ont cultivé
D \ ,
des Terres femblables à celles qu'on veut
AGRICULTURE. 1If
améliorer. L’Agriculture eft peut-être de
tous les arts celui donc les principes
généraux fouffrent le plus d’exceptions
dans les applications particulières qu’on
en veut faire.
L'argile répandue fur un champ, peur
laméliorer pendant un certain temps
fans le fecours du fumier , lorfque ce
champ eft chargé d'une trop grande quan-
tité de parties fablonneufes. Mais il faut
que l'argile qu'on y apporte, foit incor-
porée dans la Terre par de bons labours.
Le fable, fi néceffaire pour divifer les
folécules de la Terre, devient une caufe
de ftérilité, lorfqu’il eft trop abondant.
C'éft dans cette circonftance, qu'une
äddition de parties argileufes rétablit la
proportion néceffaire, pour que d’un côté
les molécules de la Terre ne foient pas
rapprochées au point de former un corps
trop compaéte , & que d’un autrecôté les.
parties de fable ne foient pas affez nom-
bréufes pour tenir les molécules à une
trop grande diftance les unes des autres. Il
faut que les’ parties terreufes foiïent en-
treténues dans un état d’ameubliffement,
qui permette aux parties fécondantes,
dont l’air & les météores font chargés,
de s’yinfitrer, & aux racines & radicules
é
112 AGRICULTURE.
des Plantes, de fe multiplier & de s’éten-
dre. Les grains de fable, qu’on peut con-
fidérer comme autant de petits coins
qui s'infinuent entre les parties terreufes,
font très-propres à aider les agens em-
ployés par la nature pour la nourriture
des végétaux: Il eft donc important de
tenir un milieu qui n’exclue ni la quan-
tité de parties terreufes néceflaires à une
forte végétation, ni la quantité de par-
ties fablonneufes propre à empêcher la
Terre de fe rapprocher jufqu’à la cohéfion.
Il réfulte de-là , qu’il eft poffible d'em-
ployer trop de parties argileufes; qu’on
peut en employer trop peu. L'une & Fau-
tre extrémité feroit nuifible aux récol-
tes. C’eft aux Cultivateurs à chercher un
milieu convenable. La confiftance du
terrain peut varier d'un champ à l’au-
tre, & quelquefois dans le même champ.
__ À légard de la manière de faire ufage
de l'argile dans les terrains qui en ont
befoin, la meilleure méthode eft de la
mettre en petits tas, & de la laiffer expo-
fée à toutes les impreffions de l'air pen-
dant un an. On l’étend enfuite fur les
terrains qui font trop graveleux, comme
on étendroit tout autre engrais, & elle
produit de très-bons effets. 6
fn
nn 7
AGRICULTURE: 11:
On a demandé à la Société, quelle
pouvoit être la durée de cette efpèce
d'engrais; ce qui rappelle une queftion
très-importante fur laquelle les Culti-
vateurs les plus éclairés fe font parta-
gés. Les engrais peuvent-ils être fupplees
par de frèquens labours ? Ceux qui le
nient, s’appuyent fur l’ufage univerfel
d'employer des fumiers, ou des engrais
fofliles pour entretenir la fécondité des
Terres. Les autres citent des expériences
qu'ils ont faites pendant quelques années.
S'ilétoit néceffaire de prononcer fur cette
queftion, on pourroit dire, qu’indépen-
damment de l'autorité que doit avoir un
ufage aufliancien, aufli général que celui
de fumer les Terres , il eft aifé d'apper-
cevoir que le fyftème des nouveaux Cul-
tivateurs rentre, plus qu'on ne penfe
peut-être , dans celui de leurs adverfai-
res. De fréquens labours procurent à Îa
Terre une plus grande abondance des
{els qu'apportent l'air , les pluies, les
rofées , la gelée, la neige, &c. & ce
font autant d'engrais. Mais quoique luti-
lité de ces fecours foit connue, ileft fage
d'attendre que l'expérience ait décidé
jufqu'à quel point ils influent fur la vé-
gétation, & s'ils peuvent fufñre. Il y a
D
114 AGRICULTURE.
trop peu d'années qu'on cherche à fou-
tenir la fécondité des Terres, par des
lbours profonds & réitérés, pour qu’on
puiffe affurer qu'il n’y a pas un terme où
l’on s’appercevra de fon épuifement. I
eft certain que les matières connues fous
le nom d'engrais, entretiennent la fer-
tilité des Terres depuis des fiècles. On
n’a donc rien à rifauer en fuivant lan-
cienne méthode, jufqu’'a ce qu'on ait
obfervé précifément le nombre d'années,
pendant lequel on peut fe borner à des
lbours (a).
Ce qu’on vient de dire par rapport à
l'argile, s’applique naturellement au fa-
ble commun. Il n’y a de différence dans
l’'ufage, qu’en ce que le fable peut fe
répandre dès qu’on veut ouvrir la Terre
à la charrue ; au lieu que largile doit
être mifeen tas pendant un an avant de
l'employer comme engrais. On peut
auffi employer fur le champ le fable de |
(a) L’utilité des labours fré-
quensétoit en grande recom-
mandation parmi les An-
ciens, fmais ils y joignoient
les engrais. Quid eft agrum
benécolere? Benéarare.Quid
fecundum ? Arare. Tertid
ftercorare, Cat. $.61.Pline,
qui fait mention de ces pré=
ceptes de Caton, ne les rap-
porte pas avec exactitude. Il
dit : kr arando magnoperè
fervandum eft Catonis ora-
culum : quid eft primum?
Agrum bené colere. Quid fe-
cundum ? Benë arare. Quid
tertium ? Stercorare. Voyez
Pline, liv. 18. chap. 19.
_—
AGRICULTURE, 116
er. Mais on croit devoir ajouter, par
rapport à cette dernière efpèce de fable,
une obfervation qui peut être de quelque
conféquence pour le bien de certains
cantons de Bretagne.
Il faut confidérer deux chofes très-
diftinétes dans le fable de mer. L'une eft
le fable proprement dit. Il ne contri-
bue à la fécondité des Terres , qu'en
divifant leurs molécules. Ileft ftérile par
lui-même , comme les fables fofliles qui
feroient bien purgés de parties terreufes.
L'autre eft le fel marin dontileft char-
gé, & les parties bitumineufes que la
mer y a dépofées. Ce fel & ce bitume
font de très-bons engrais. Mais il ne faut
pas perdre de vue, que ces engrais s’épui-
fent, & qu'après avoir été éemportés par
les végétaux qui en ont été nourris, par
les pluies, &c. le fable proprement dit
refte dans la terre, & y refte feul. Il
doit donc arriver, qu’en répétant pendant
long-temps l’ufage du fable de mer, le
terrain fe trouve enfin furchargé d’une
trop grandequantité de parties fablonneu-
fes. Si l’on étoit parvenu à ce terme, il
deviendroit indifpenfable d’apporter de
l'argile dans les champs qu’on a cultivés
uniquement & trop long-temps avec
H iï
116 AGRICULTURE.
de fable de mer. Sans cette attention, il
arriveroit néceffairement que les ter- :
rains qui font aujourd’hui dans un état
de proportion parfaite entre la fomme
des parties terreufes & la fomme des par-
ties fablonneufes, feroient frappés de fté-
rilité par la furabondance de fable qu’y
auroitapporté annuellement cette efpèce
d'engrais. I feroit donc prudent d’éloi-
gner le plus qu’il feroit poflible ce terme
prefqu'inévitable, en fubftituant quel-
quefois des fumiers, des gouefmons, ou
d'autres végétaux pourris & volumineux,
au fable de mer. Le mieux feroit d’appor-
ter de temps en temps fur les terrains qui
fe trouveroient dans cet état, quelques
tombereaux d'argile ou de glaife, afin
d'empêcher le fable de prédominer.
Il n’eft peut-être pas inutile de faire
obferver qu'il y a des fables tirés de la
mer, auxquels fe font mêlés des débris
de coquillages. Ces fables font fans com-
paraifon les meiileurs , parce que ces dé:-
bris s’attenuent toujours de plus en plus,
& fe convertiffent en parties terreufes.
C’eft une marne imparfaite. Quoique ce
mélange fe foit formé dans la mer, on
ne doit pas le confondre avec le fable de
uier proprement dit.
* AGRICULTURE. 117
La Société fuppofe qu’en général cinq
quintaux de fel marin doivent fufire
pour engraiffer un Journal, parce qu’elle
croit que M. Pattullo (a) n’a donné
cette règle que comme un réfultat d’ex-
périences bien fuivies, bien obfervées.
Mais on doit fentir que plufieurs cir-
conftances peuvent exiger qu'on ajoute
aux cinq quintaux , OU qu on en retran-
che-quelque chofe , & qu'elles doivent
engager les Cultivateurs à fe fervir de
cet engrais plus ou moins fouvent. Le
fel fe conferve plus long-temps dans un
terrain fec que dans un terrain humide.
S'il étoit fort en pente & dans un canton
pluvieux, il feroit emporté plus prompte-
ment. On doit donc confulter l’expé-
rience, & obferver attentivement ce que
la nature du fol & fon expofition doivent
porter à faire ou à fupprimer.
C'eft ici l’occafion d'attaquer le pré-
jugé de beaucoup de perfonnes qui dé-
crient l’ufage du fel marin, fous prétexte,
dit-on , qu'il amaigrir les Terres. La
preuve qu'onen donne communément eft
que, quand on a commencé à les fumer
avec du fel, il faut continuer ce même
(2) Voyez Efai fur l'amélioration des Terres, p. 19.
H ii
118 AÆGRTCLVLTABE
engrais, fans quoi les Terres deviennent
ftériles. Mais on ne fonge point que cette
objeétion s’étendroit à tous les engrais ;
on n’en connoît aucun qui foit éternel.
Il faut en porter continuellement de
nouveaux, pour empêcher Îa ftérilité de
la plupart des Terres. Il feroit d'autant
plus dangereux que ce préjugé s'étendie,
u’on feroit privé d’un engrais très-bon,
qu'il eft aifé de fe procurer en Bretagne,
& qui eft fans comparaifon à meilleur
marché que les fumiers.
Le fel a d’ailleurs une propriété admi-
rable , lorfqu’on en met dans les fumiers
ordinaires ; il fait périr les germes des
mauvaifes herbes qui font ou dans les
excrémens des animaux, ou dans les Plan:
tes qu'on a employées en litières.
L'eau de mer feroit certainement un
très-bon engrais, & on ne doit pas dou-
ter qu'elle ne contribuât à fertilifer les
Terres, foit par des arrofemens , (fup-
pofé qu'onvoulût en faire la dépenfe) foit
en pénétrant des fumiers ou des monceaux
de terre, du fel, & fur-tout des parties
bitumineufes qu’elle tient en diffolution.
La quantité qui feroit néceffaire ne peut
être fixée que d’après des expériences.
IL faudroit plus ou moins d’eau de mer
. AGRICULTURE. 119
felon la différence des terrains. On croit
devoir ajouter que les leflives de fel ma-
rin étant un remède contre la maladie
des blés, qu’on nomme Welle, Charbon,
ou Cürie, il y a beaucoup d'apparence
que le fel & l’eau de mer employés com-
me engrais, contribueroient à diminuer
le nombre des épis corrompus. À l'égard
des vafes tirées de la mer, elles ne con-
viennent que dans des Terres légères. On
prétend même qu’elles demandent quel-
ques précautions. Il s’en trouve qui font
nuifibles aux végétaux.
- Les vafes d'étang ou de rivières peu-
vent auffi fuppléer les fumiers. Mais on
n’en doit pas faire ufage indiftinétement
dans toutes forces de terrains. Elies aug-
menterdient, parexemple, la tenacité des
Terres vifqueufes , & par conféquent
nuiroient aux récoltes.
La chaux eft très-propre à améliorer
les Terres. Il faut l'employer fans létein-
dre. On doit fe contenter de l’expofer à
l'air pendant quelques jours, par petits
tas, & de la recouvrir d’un peu de terre.
C’eft cequ’onappelle eéseirdre la chaux &
Z'air. Il eft impoffible de fixer en quelle
quantité elle doit être employée. Cela dé-
pend de deux obfervations préliminaires
À iv
120 AGRICULTURE.
qui varient à l’infini: l’une, furlanature de
la Terre à laquelle on veut appliquer cet
engrais; l’autre, fur la qualité de la chaux
qu'on employe. La chaux eft plus ou
moins forte, plus ou moins aétive, felon
Fefpèce des pierres ou des matières qu’on
a caicinées. Il eft donc néceflaire d’en
employer plus ou moins, & par confé-
quent de l’éprouver. Cet engrais bien
difpenfé peut durer fept ou huit années.
On fait ufage de cendres leflivées pour
engraifler les Terres dans quelques en-
droits de l'Evêché de Rennes. Ces T'erres
font d'abord chargées en Blé noir, enfuite
en Froment ou en Seigle, & enfin en Orge
ou en Avoine. Ainfi on ne peut douter
que cet engrais ne foit favorable à toutes
ces efpèces de grains. A l’égard de la quan-
tité, elle dépend, comme pour tous les
autres engrais, de la qualité des terrains.
Voilà les réponfes les plus précifes que
la Société püt faire aux queftions qui lui
ont été adreflées fur les moyens de fup-
pléer les fumiers. Elle a toujours ajouté,
& elle ne peut trop en avertir, qu'il eft
effentiel d'examiner avec beaucoup d’at-
tention & d’exaétitude la nature du ter-
rain qu'on veut cultiver. Sans ce prélimi-
naire , les changemens qu'on voudrait
* AGRICULTURE. 121
faire aux ufages, ou fi l’on veut aux
routines des Laboureurs, fe réduiroient
à des épreuves continuelles, & prefque
fans fruit. Mais lorfque le terrain eft bien
connu, on peut avec une théorie éclairée
juger fans méprife des changemens qu'on
doit faire aux méthodes ufitées dans un
canton. Il ne faut alors qu'un petit nom-
bre d’effais pour déterminer en quelle
quantité on doit employer lefpèce d’en-
grais dont on croit devoir faire ufage
dans tel ou tel cas. Ce feroit une grande
erreur que de croire que tout ce qui fert
d'engrais convient à toute efpèce de T'er-
re, ou que dans toute Terre on doit ré-
pandre une égale quantité d'engrais.
Tout le monde fait que la fiente des
pigeons & des volailles fertilifent plus
les Terres que les fumiers des écuries
& des étables. On fait aufli que les os,
les cornes, les poils, les rognures des
étoffes de laine font très-favorables aux
végétaux. Mais perfonne n’ignore qu'il
feroit impoffible d'en rafflembler une affez
grande quantité pour améliorer la plus
petite Ferme. Ce font donc les engrais
qui peuvent s'appliquer en grand, qu'on
doit principalement chercher à procurer
aux Agriculteurs, Tous ceux dont on
122 AGRICULTURE.
vient de parler font utiles, & peuvene
devenir néceflaires aux perfonnes à qui
les autres manquent abfolument. Mais la
Société cft perfuadée qu’on doit toujours
donner la préférence aux engrais volu-
mineux , c'eft-à-dire aux fumiers des
écuries & des étables (a). |
On a éprouvé que le fumier des che-
vaux & des moutons eft le meilleur pour
les Terres où l'argile domine; celui des
bœufs & des vaches convient mieux
dans les Terres fablonneufes. Ce ne font
pas ces qualités qu’on envifage ici. On
confidère les Terres & les engrais d’une
manière plus générale.
Quoiqu'onignore la caufe qui rendles
engrais fécondans , & que l'effet qu'ils
produifent paroiïffe dépendre de la réu-
(a) L’Ajonc & la Bruyère
mis en tas dans les bafles-
cours, dans les chemins
creux, &c. fervent d’engrais
dans plufieurs cantons de la
Province. Cet engrais, qui
devient cher par le grand
nombre de journées d'Ou-
vriers & par les frais de tranf
port, eft très-foible. Le plus
rand effet qu’il produit eft
“R foulever les Terres lour-
des. Dans d’autres endroits
on met en tas des feuilles
qu'on ramafle à la fin de
lJAutomne dans des bois
taillis. Cet engrais eft préfé-
rable à celui dont on vient
de parler; mais on croit de-
voir avertir que par-là on
fait un tort confidérable aux
bois, qui , ne pouvant être nt
Jabourés, ni fumés, ont be-
foin, pour profpérer, de l'en
grais que la nature leur a
ménagé par la chute de leurs
feuilles.
cie
'
F
Nr.
* AGRICULTURE. 123
nion de plufieurs caufes, on fait du moins
que les végétaux profpèrent par le fe-
cours de certains agens. Or on trouve
dans les engrais volumineux plufieurs
propriétés qui doivent les faire préférer
dans les cas qui fe rencontrent le plus
fréquemment. :
Leur volume feul eft un amendement
pour les Terres. Ils foulèvent & divifent
celles qui font trop vifqueufes. C’eft aider
à leur fécondité,que d’en féparer les molé-
cules qui fe font rapprochées & durcies,
puifque ce rapprochement & cette dure-
té empêcheroient les racines des Plantes
de s'étendre, & de porter aux tiges une
aflez grande quantité de fubftance. Ces
mêmes engrais, en fe plaçant entre les
corpufcules roides & défunis qui abon-
dent dans les Terres trop légères, y font
la fontion des parties terreufes, & par
conféquent donnent plus de confifiance
au terrain.
Ces engrais, compofés d’un amas de vé-
gétaux & d'excrémens d'animaux, con-
tiennent plufieurs moyens de fermenta-
tion, & excitent par-là, dans le fein même
de la Terre, de petits éboulemens qu’on
eut regarder comme autant de petits la-
tre intérieurs, qui s’opérant fucceffi-
124 AGRICULTURE.
vement & par parties, entretiénnènt la
Terre dans cet état d'ameubliffement qui
eft fi favorable à la végétation. |
D'ailleurs, on doit confidérer que les
végétaux qui ne font ni entiers, ni tota-
lement décompofés, fe chargent d’une
aflez grande quantité d'eau, & la confer-
vent aflez long-temps. Les fumiers font
remplis de parties végétales, non-feule-
ment à caufe des Pailles, des Ajoncs, des
Genêts, &c. qui font employés en litiè=
res, mais encore parce que l’organifation
des fourages verds ou fecs qui nourrif-
fent le bétail, n’eft pas à beaucoup près
détruite par la digeftion. On retrouve
une multitude de parties fibreufes jufque
dans les fumiers bien confommés. Ces
parties fibreufes, aidées par les fels des
Plantes qu'a développés la putréfattion,
{ont autant de fiphons propres à attirer
l’humidité & à la conferver dans la Terre.
On n’a pas befoin de grandes connoïffan-
ces en Phyfique, pour fentir que cette
portion d'humidité, également éloignée
& de la fécherefle & de l'abreuvement,
eft à la fois une fource de fécondité pour
les Terres, & un véhicule propre à por-
ter la nourriture dans les végétaux.
Dans le nombre des engrais volumi-
. AGRICULTURE. 126
neux, il femble qu’on doit diftinguer
ceux que fournifient les animaux nour-
ris avec du Trèfle ou de la Luzerne,
parce qu'ils peuvent être répandus beau-
coup plutôt que les autres, & par con-
féquent lorfqu’ils font plus chauds. Ce
font principalement les graines des mau-
vaifes herbes dont les fumiers ordinaires
font remplis, qui obligent à les laiffer fe
confommer. On a le plus grand intérêt
à donner à ces graines Le temps de périr,
pour les empêcher de germer avec les
grains. L'opération de farcler ne détruit
pas à beaucoup près toutes ces mauvaifes
herbes ; & quand on pourroit parvenir à
les détruire, ne feroit-ce pas un grand
rofit pour les Laboureurs, que l'épargne
du falaire des Sarcleufes, ou du temps
qu'ils employent à farcler eux-mêmes
avec leur famille ? Ce profit feroit cer-
tain, fi le bétail n’étoit nourri qu'avec
des fourages artificiels.
On ne peut fe flatter que les fumiers
provenant des Trèfles & des Luzernes,
foient d’abord entièrement purgés de
toute mauvaife graine. Les Plantes inu-
tiles ou dangereufes s’introduifent par
tout fans culture, & profitent de celle
qu'on donne aux bonnes Plantes, Mais il
mnt quatres héteméééttengttieneertne
à 2 em
|
|
|
126 AGRICULTURE,
eft certain que le nombre en feroit con-
fidérablement diminué, & qu'on parvien-
droit peut-être à les détruire totalement.
On pourroit donc fans danger répandre
des fumiers nouveaux, & ce feroit un
objet d'économie, parce que les fumiers
très-chauds peuvent, ou plutôt doivent
être difpenfés en moindre quantité.
On n'ignore pas que dans les fumiers
de cette efpèce, la putréfaétion n'étant
pas fort avancée, les huiles & les fels
font beaucoup plusfixes, ou, ce qui re-
vient au même, beaucoup moins déve-
loppés, & par conféquent moins aétifs.
Mais il y a plus que de l'apparence que
la putréfaétion fe fait dans les Terres
comme elle fe feroit faite dans les baffe-
cours; c’eft peut-être même un avantage
que ce foit dans le fein de la Terre que
cette opération s'achève, parce qu’elle
eft accompagnée d'un mouvement intef-
tin dont les végétaux profitent, & que
d’ailleurs on conferve une portion coni-
dérable des huiles & des fels que la pu-
tréfaétion rend volatils, & qui par con-
féquent font perdus pour PAgriculture.
Les fumiersontunautreinconvénient,
celui d’être remplis des œufs, ou des
vers, d'où fortent une multitude d'in-
- 22
e.- D n,
AGRICULTURE. 127
fetes nuifibles. On ne connoît aucun re-
mède à ce mal. Si on pouvoit trouver des
moyens faciles de le prévenir, les engrais
formés du produit des Prairies artificielles
feroient à tous égards, & par toutes for-
tes deraifons, fupérieurs à tous lesengrais
volumineux.
La Société ne peut trop inviter Îles
perfonnes qui voudrontapprofondir cette
partie de l'Agriculture, à lui faire part du
réfultat des expériences qu’elles auront
faites. Ce n’eft que par des réfultats tirés
de différens endroits de la Province, qu’on
peut efpérer d'avoir des règles & fur la
partie des engrais, & fur les autres bran-
ches de la culture des Terres.
Ceux qui demandent des inftructions
fur PAgriculture, & ceux qui défirent
d'en donner d'utiles, éprouvent le même
embarras par rapport aux expreflions dont
ils fe fervent On ne dit point aflez, en
aflurant que les différentes natures des
Terres ne font pas fuffifamment connues ;
on doit ajouter qu’il n'y a point de termes
propres pour défigner celles qu'on con-
noit le moins mal, Ces expreflions , T'er-
res pefantes, Terres /egères , Terres me-
diocres , Terres grafles, &c. ne préfen-
tent auçune idée nette, On n'eft guère
1238 AGRICULTURE.
plus inftruit fur l’ufage qu’on doit faire
des terrains défignés par ces mots, qu’on
ne feroit inftruit de l’emploi qu’on pour-
roit faire de matières qui feroient in-
diquées fous le nom de Corps pefant,
Corps leger.
La Société, qui fent, pour ainfi dire,
à chaque inftant l’impoflibilité d’enten-
dre diftinétement ce qu'on lui écrit, &
de faire entendre, fans méprife, ce qu’elle
écrit aux perfonnes qui lui font l’hon-
neur de {a confuiter, s’eft engagée dans
des recherches fur les moyens de diftin-
guer chaque efpèce de Terre par un ca-
ractère abfolu. Son but feroit de parve-
nir, s’il eft poflible, à les indiquer d'une
façon qui écartât, au moins, une païtie
des équivoques qui obfcurcifflent cette
matière. Elle à commencé par raffembler
ce qu'ont donné fur cette matière les
Auteurs d'Agriculture , anciens & mo-
dernes. Ces préliminaires n’ont répandu
aucune lumière fur cet article. On a
pris enfuite le parti d'étudier les Terres
en elles-mêmes, de les foumettre à dif
férentes épreuves , pour tâcher de faifir
entrelles un terme de comparaifon. Ce
travail n’a conduit qu'à fentir de plus en
plus l'extrême difficulté de fixer à cet
égar
à AGRICULTURE, 129
égard des principes, on ne dirà pas in-
variables, mais à peu près certains: La
Société ne fe rebute point par l’inutilité
du travail qu’elle a fait jufqu'ici. Elle
eft perfuadée que la perfévérance fera
découvrir quelque voie qui conduira au
terme qu’elle délire. Cette découverte,
car c'en feroit une, eft fi importante
pour l'Agriculture, qu’elle mérite Pat-
tention & l'application de toutes les per
fonnés qui aiment le bien public. Plus if
y aura d'Obfervateurs occupés à chercher
les moyens de défigner fpécifiquement
chaque efpèce de 1 erre, plus lon doit
éfpérer de déchirer enfin le voile qui
nous dérobe une connoiffance fi nécef-
faire. La Société fera , fans doute, aidée
dans ce travail par les citoyens que leur
amour pour l'Agriculture, leurs connoif
fances en Phyfique, & fur-tout en Chi-
mie, mettent à portée de fe livrer à ces
recherches avec quelque efpérañce de
Tuccès. - | |
On ne s’appefantira point fur l'utilité,
ou mème fur la néceflité de ne pas per-
dre cêt objet de vue. Les Terres ne font
univerfellement les mêmes dans aucun
ays. Del cette divifion générale en
Ras légères, ou pefantes; bonnes,
130 AGRICULTURE.
mauvaifes, ou médiocres. Divifion qui
n’exprime la relation des Terres entr’el-
les que pour chaque canton en particu-
lier, fans établir, comme le bien de
FAgriculture le demanderoit, la relation
des Terres d'un canton à l’autre, ou pour
mieux dire, larelation des Terres de tous
les pays, Il eft aifé. de fencir le défavan-
tase qui en réfulte. pour une: Province
quia des befoins fi preffans fur PAgricul-
ture, & tant d'intérêt à profiter des dé-
couvertes qui ont été faites fur un art
fi néceffaire & fipeu connu. "7
_ Si l'on avoit des connciffances exac-
tes fur la nature des Terres, il y auroit
lieu d’efpérer qu'on'parviendroit à décou-
rir le principe de leur-fécondité. Le
lien qui eft entre ce principe & l’a&ion
que les engrais lui donnent ou en recoi-
vent , fe montreroit peut-être. Alors l’A-
griculture feroit dégagée de cette com-
plication qui rend aujourd'hui cet Art
fi difficile. Les anciens & les modernes
qui ont écrit fur l'Agriculture, n’ont
porté aucune lumière dans ce chaos. En
forte que le fecret de la nature eft auffi
caché (a), que fi les hommes n’avoient
(a) On peut cependant tion fur la caufe de Ja ferti-
Ure avec fruis la Differta- lité des Terres, par M: Kul-
« AGRICULTURE. 131
eu aucun intérêt à le lui arracher. Ce
ne font ni des Laboureurs, ni même des
Amateurs d'Agriculture pratique, qui
feront une découverte fi importante:
Elle demande des perfonnes verfées dans
la Phyfique, dans la Chimie, & qui
ayent l'efprit d’obfervation & d’expérien:
ce ; difpofitions infiniment plus rares
qu'on ne croit. Si leurs recherchesétoient
fuivies de fuccès, la pratique qui fufhra
toujours aux Laboureurs, découleroit
tout naturellement de la théorie favante
qui auroit développé Île principe de Ia
nature, comme l’Art du Pilote a découlé
des découvertes les plus tranfcendantes
de l’Aftronomie & de l'Algèbre appli-
quée à la Géométrie.
En attendant qu’une lumière fi pure
vienne éclairer nos campagnes, il ef
raifonnable de profiter des obfervations
qui ont été faites pour établir des divi-
fions un peu plus exaltes entre les diffé-
bel , Médecin duRoi de Po- pèce de Terre grafle, onc-
logne à la fortereffe de Ko-
nigftein. Elle à remporté le
prix à l’Académie de Bor-
deaux en 1741. M. Kuibel,
d’après des expériences &
des M à , prétend
que la vraie caufe dela fer-
tiliré de Ja Terre eft une ef-
tueufe & foiuble; & que les
Terres dans lefquelles elle
eft plus abondante, produi-
fent auffi plus d’Arbres, de
Plantes, &c. avec le fecours
du foleil , des piuies & de la
culture.
Ii
132 AGRICULTURE.
rentes natures des Terres. On s’en eft
tenu pendant trop long-temps à parler
de Terres fortes & de Terres Zegêres;
défignation inintelligible , & qui n'a ac-
quis aucun degré de clarté, en établiffant
par ces mots, Terres moyennes , un mi-
lieu aufli indéterminé que les extrémités
qu'il fépare.
M. Pattullo a préfenté fur ce fu jet des
idées plus claires; en défignant les Terres
par la proportion des parties argileufes,
& des parties fablonneufes qui les com-
ofent. Il appelle Terres fortes, celles où
Pargile domine ; Terres légères, celles
où le nombre de parties de fable lem=
porte ; enfin Terres moyennes, un mé=
lange quelconque d'argile & de fable ou
de gravier. Il indique les matières dont
le mélange eft propre à l'amélioration
de ces différentes efpèces. D’où l’on peut
tirer cette conféquence , que la Terre
qu’on rendroit le plus aifément fertile ,
feroit celle où l'argile & le fable feroient
dans la proportion la plus convenable à
la végétation. Malheureufement cette
proportion eft encore inconnue.
Seroit:ce faire un pas de plus dans
cette carrière , que de ne pas borner les
Terres primitives à l’argile & au fable ?
RD fsb” e
. AGRICULTURE, 133
Une expérience prefque générale ne con-
duit-elle pas à y joindre la Terre calcaire?
Ce font en effet les élémens qui confti-
tuent la plupart des Terres que fertilifent
les engrais & la culture ; & on peut fe
rendre compte, jufqu’à un certain point,
des bons eïfets que doit produire leur
réunion.
Ces trois corps font fenfiblement d’une
nature différente. L'’Argile eft vifqueufe,
grafle au toucher. Elle fe divife prompte-
ment dans l'eau , & en parties très-fines.
Elle côntient une humeur onétueufe qui
lui eft propre, que le feu lui enlève, &
qu'on ne peut lui rendre enfuite. Elle ne
fait point effervefcence avec les acides.
Elle devient rouge & très-dure dans
le feu. Dans cet état elle donne des
étincelles lorfqu’elle eft frappée avec
l'acier.
La Terre calcaire n’a aucune de ces
qualités, & elle en a de contraires, com-
me celle de fermenter avec les acides,
& dêtre diffoute par leur aétion. Elle
fe trouve prefque toujours mêlée avec
des parties de fable , qui ne participent
ni à la fermentation ni à la diflolution
caufées par les acides.
Le Sable eft un corps dur, vitrifiable,
Ti]
(A
154 AGRICULTURE:
ftérile par lui-même, qui rte reçoit point
d'humidité.
Ces corps féparés font incapables de
procurer le développement des germes
des végétaux. L'argile qui femble y être
plus difpofée que les autres, feroit auf
ftérile, fi elle étoit parfaitement pure.
Mais leur mélange conftitue toutes les
Terres où s’opère la végétation , fans en
excepter Île terreau , que toutes fortes
de raifons doivent empêcher de ranger
parmi les Terres primitives. Ce mélange
doit être dans une proportion qui n'eft pas
connue, mais qui foit telle que lesengrais
agiffent le plus puiffamment qu'il eft pof-
fible, foit par eux-mêmes, en recevant de
Ja terre, de l'air & de l’eau, les moyens de
nourrir les végétaux; foit comme véhi-
cules , en mettant en ation les prin-
cipes fécondans de l’air, de l’eau, de la
terre.
Quoiqu'on ignore Îa nature, & pour
ainfi dire le fiége de ces principes fécon-
dans, on peut fe rendre raifon de la né-
ceflité du mélange des Terres primitives
pour écarter la ftérilité. L’extrême vifco-
fité de l'argile ne permet pas aux racines
de s’y déployer, ou même d’y pénétrer.
Elle n'eft pas moins impénétrable aux
7, Dani
it
Ds or
AGRICULTURE. 43
eaux plüviales, aux rofées, &c. La Terre
calcaire, & plus encore le fable, laiffe-
roient un libre paflage aux racines ; mais
faute de fubftance nutritive , elles s’y
deffécheroient au lieu de s'y étendre. Le
mélange remédie affez clairement à ces
inconvéniens.
La vifcofité, la ténacité de l'argile
eft détruite par le fable qui s'interpo-
fe entre les molécules argileufes. Alors
l'argile peut recevoir l'eau par les in-
terftices qu’entretiennent les parties de
fable, D'un autre côté, elle peut la con
ferver après l'avoir reçue, ( ce que le fa-
ble ne feroit pas) parce qu'elle eft fuf-
ceptible de sonflement, & que la ténuité
de fes parties empêche l’eau de s’échap-
per. Les racines profitent des pañages que
le fable leur a ouverts, & de l’humidité
que confervent les molécules argileufes.
A l'égard de la Terre calcaire, on ne peut
aflurer que toute Terre en contienne;
mais lorfqu’elle entre dans ie mélange,
elle agit d'abord comme fable, en foule-
vant & en divifant les parties argileufes:
elle agit enfuite par un principe qui lui
eft propre , & dont l'effet eft d'attirer
l'eau répandue dans l'air, & l'acide, tant
univerfel que particulier, renfermé par
Liv
136 AGRICULTURE.
tout dans la Terre (a). Les Terres cal-
caires, comme on fa dit, ne peuvent
être attaquées par des acides , fans don-
ner lieu à une effervefcence. Quoique ce
phénomène s'exécute en petit, & loin de
nos yeux, il n’en réfulte pas moins une
divifion dans les molécules argileufes,
& par conféquent un ameublifflement qui
favorife la végétation.
Si cette théorie eft fondée, on apper-
cevra aifément de quelle importance il
feroit pour l'Agriculture de rapprocher
les Terres qu’on cultive, de ce point de
mélange inconnu, mais qui n’en eft pas
moins néceffaire pour obtenir de riches
récoltes. C’eft un préliminaire qui paroit
indifpenfable , quoiqu'il ne puiffe être
rempli qu'en tâtonnant. M. Pattullo a
donc donné un confeil très -important
aux Agriculteurs, lorfqu’il a dit qu'il fal-
loit ameublir les Terres argileufes, en y :
apportant du fable, & donner plus de
confiftance aux Terres fablonneufes, en
y apportant de l'argile. Il n’a pas propofé
cette pratique comme une découverte
qu'il eût faite. Il en a vu le fuccès en
Angleterre, & il a défiré que la France
en proftat. C'eft donc entrer dans fes
=
———————— ———,
(g) Voyez la Litogéognofie de M.Pott, part. z.p. 72.
és Éd nl SE à di 7
. AGRICULTURE. 37
vues, que de faire voir par l’ancieñneté
de cette pratique, qu'elle mérite toute
l'attention des Agriculteurs.
Elle étoit connue en France long-
temps avant que les Anglois euffent une
Agriculture aflez fupérieure pour fervir
de modèle aux autres Nations. Elle eft
recommandée dans le Tzeätre d’Agri-
culture de Deferres, qui fut imprimé
pour la première fois en 1600. Peut-être
même cet Ouvrage a-t-il fervi de guide
aux Anglois fur cet article & fur plu-
fieurs autres. Ils ont emprunté bien des
principes & des procédés , avant qu'ils
euflent acquis la réputation d’être les
plus favans Agriculteurs théoriques &
pratiques de l'Europe. Au refte, on peut
foupconner que Deferres lui-même n’é-
toit dans cette occafion qu’un Compila-
teur intelligent des Anciens; & c’eft une
raifon de plus pour regarder le mélange
des Terres comme un excellent moyen
de les améliorer.
Columelle dit expreffément, que fon
oncle, dont il parle comme d’un très-
favant & très-vigilant Agriculteur, obte-
noit d'excellentes récoltes, en répandant
de l'argile dans les rerrains trop chargés
de fable, & du fable dans les terrains
1:35
AGRICULTURE,
argileux ou trop vifqueux (a). Pline, qui
défapprouve cette méthode (4), devient
ar-là même un témoin qu’elle étoit pra-
tiquée. D'ailleurs, comme le remarque
Agricola (c), limprobation de Pline re-
rombe ici fur lui-même, puifqu'il loue
ailleurs l’'ufage dont il s’agit. On peut
donc fuivre avec une entière confiance le
confeil de M. Pattullo.
La Société croit ne pouvoir mieux
(a) Si tamen nullum ge-
nus ftercoris fuppetet, ei
multum proderit fecifle
quod M. Columellam pa-
truum meum, doétiflimum
& diligentuifimum Agrico-
lam , fæpè numero ufurpafle
memorià repeto , ut fabulo-
fis locis cretam ingereret ;
cretofis ac nimium denfis,
fabulum. Atque ita non fo-
lum fegetes Iætas excitaret,
verum etiam pulcherrimas
vineas efficeret. Colum. lib.
2. Cap. T6.
On a traduit le mot Cre-
ta par Argile, parce que les
nciens, qui n’étoient pas
Chimiftes, donnent fouvent
le même nom à des corps de
nature très - différente. En
voici un exemple pour la
craie même : Creta, quam
argillam dicimus , dit Palla-
dius, lib. I. tit. 34.
(b) Terram etiam terra
emendari ( ut aliqui pæci-
piunt) fuper tenuem pingui
injectà , aut gracili bibulà-
que fuper humidum ac præ-
pinguem , dementia operæ
eft. Quid enim poteit fpera-
re qui talem colit? Pln. lib.
T7: LEE:
(c) Agricola objete à
Pline ce quedit celui-ci dans
le fixième chapitre du dix-
feptième livre, par rapport
au bon ufage que font de la
marne les Anglois & les
François pour fertilifer les
Terres. Il lui objecte aufli
ces expreflions du huitième :
chapitre du même livre.
Utios gentium folos no-
vimus ; qui fertiliffimum
agrum colentes , quäcunque
terré infra tres pedes effof-
Ja , & pedali crafitudine in-
Jeélà lætificent. Voyez Agri-
cola, de Naturâ fofilium ;
Liv. 2.chap. 10.
AGRICULTURE, 139
terminer ce qui concerne les engrais,
qu'en confirmant ce qu'elle a publié fur
la pratique d’enterrer ie Blé noir (a). Il
eft certain qu’elle améliore confidérable-
ment les Terres, & que de tous les en-
grais c’eft le moins cher. Il eft d’ailleurs
volumineux, & il a de plus l'avantage de
ne pas multiplier les mauvaifes herbes.
Les Anciens fe fervoient d'un moyen
à peu près femblable, pour fuppléer les
fumiers proprement dits, Ils femoient des
Lupins (&), des Féves, de la Fefce, fans
(a) Voyez le Corps d’ob-
fervations pour les années
1757 & 1758,pag. 173.
e qu’on nomme Blé noir
en Bretagne, & S'arra/in dans
d’autres Provinces, eft le Fa-
gopyrum vulgare fcandens.
(b) Quæ fesetem fterco-
rent fruges. Lupinum, faba,
vicia. Cat. 4. 37.
Quædam etiam ferenda,
non tam propter præfentem
fruétum, quam in annum
profpicientem, quod ubi
fubjeéta atque reliéta terram
faciunt meliorem. Itaque
Jupinum cüm necdüm fili-
culam cepit & nonnunquam
fabalia , fi ad filiquas non
ita pervenit ut fabam legere
expediat, fi ager macrior
eft, pro ftercote inarare {o-
lent. Warr. lib. x. cap. 22.
Jam vero, & eco reor,
fi deficiatur omnibus rebus
Agricola, lupini certe expe-
ditifimum præfidium non
deeffe : quod cüm exili loco
circa idus Septembris fpar-
ferit & inaraverit, idque
tempeftive vomere vel ligo-
ne fucciderit, vim optimæ
ftercorationis exhibebit. Co-
lum. lib. 2. cap. T6.
Lupinum ftercorandi cau-
fa vertitur. Plin. lb. 18.
Cap: 27.
Lupinus & vicia pabula-
ris, fi virides fuccidantur,
& ftatim fupra fectas eo-
rum radices aretur, ftercoris
fimilitudine agros fœcun-
dant; quæ fi exaruerint an-
té, quèm profcindas, in his
terræ fuccus aufertür. Pal-
lad. lb. I. tit. G.
bferva-
tions mé-
téorolooi-
ques.
140 AGRICULTURE.
autre deflein que de les renverfer à 14
charrue. C'étoit un engrais éprouvé &
recommandé parmi eux. L’éxemple des
Irlandois, l'expérience de la Société, &
ce qui eft plus déterminant encore, le
témoignage des Anciens fur la fécondité
qu'apportent les Plantes grafles retour-
nées à la charrue dans le terrain qui les a
produites, ne permettent aucun doute
fur l'utilité de la pratique que recom-
mande la Société.
Le bon effet des méthodes connues,
de celles qui ne le font pas affez & qu’il
feroit bon d’accréditer généralement, le
fuccès des recherches qui reftent à faire
pour perfeétionner les unes & les autres,
dépendent fi étroitement de la viciflitude
des faifons, que la Société a cru devoir
fe charger de faire jour par jour des ob-
fervations météorologiques. Ces obfer-
vations, qui n’exigent que de la patience
& de lFexaétitude, ne font pas moins im-
portantes pour diriger l'Agriculture gé-
nérale , que l’Agriculture particulière.
La Terre eft la matrice des végétaux ;
mais elle doit fa fécondité à une multi-
Si quis lupinum fterco- Maio) debcbitevertere. Pal
randi agri caufà feminabit, lad. lib, 6 tit. 4.
aratro illum nunc ( menfe
Re
Ê AGRICULTURE. 144
tude d'agens, qui ne peuvent être bien
connus que par la comparaifon d’obfer-
vations diverfifiées & fuivies pendant
long-temps.
Ii ne feroit pas étonnant que deux Pro-
vinces dont les Terres feroient exaéte-
ment de même nature, exigeaffent des
pratiques de culture abfolument diffé-
rentes. L’une pourroit être arrofée par
des pluies abondantes , & l’autre en re-
cevoir trop peu. La chaleur & le froid
pourroient être exceflifs dans l’une , &
fe faire à peine fentir dans l’autre : Les
faifons pourroient ne fe reflembler que
par la dénomination, & fe faire diftin-
guer d’une manière plus fenfible par une
différence conftante dans la température.
Ces difflemblances, quoiqu'étrangères au
fol, influeroient confidérablement, &
peut-être entièrement fur les produc-
tions. On doit en conclure que s’il ef
défirable de bien connoître le rapport
ou la différence qui fe trouvent entre les
Terres de deux Provinces, il ne l’eft
pas moins de connoître ce qu’il y a de
différent entre deux pays du côté de leur
température (a ).
(a) La Livonie en.fournit Les Fromens qu’on y cul-
tn exemple bien frappang. tive fe sèment après la fonte
142 AGRICULTURE.
> Des obfervations aflidues fur la conf:
» titution de l'air; les variations & les
>» différens poids de PAtmofphère ; une
»“hiftoire fuivie & bien circonftanciée
» des vents, des pluies , des météores,
» du chaud, du froid , dans chaque an-
» née, dans chaque faifon & chaque jour;
» une comparaifon continuelle de toutes
» ces viciflitudes, avec la produétion des
» fruits de la Terre. .... Toutes ces ob-
>» fervations faites avec foin pendant plu-
> fieurs années, pendant plufieurs fiècles;
» & dans chaque pays, produiront vrai-
5» femblablement quelque jour une Aoyi-
>» culture... plus füre que tout ce qu'on
>» pourroit efpérer des fpéculations les
> plus fublimes de la Phyfique «. Ce fonc
les termes de l’Hiftorien de l’Académie
Royale des Sciences (année 1743,p. 15 ).
Il ajoute enfuite: » Il faut prendre garde
» que la féchereffe ou l'abondance d’eau
» d’une année, ne décide pas tant pour
» fa fertilité, que la diftribution qui s'en
des neiges; ce qui répond à a demeuré en.Livonie, &
peu prés au mois de Juillet. qui a donné divers éclair
La récolte s’en fait à la fin cifflemens fur le Lin & le
de Septembre, c’eft-3-dire, Chanvre, dont on parlera,
trois mois après les femail- à l’occafion de la culture &
les. On vient ce fait de des préparations du Lin.
M, Dubois de Donilac, qui
AGRICULTURE. 147
»eft faite en certains mois & dans cer-
>» taines circonftances «.
La Société fournira donc un guide de
lus aux Cultivateurs, en s’afferviffant
à obferver exactement les hauteurs du
baromètre & du thermomètre, la direc-
tion des vents, l’état du Ciel, & la quan-
tité d'eau de pluie qui tombe chaque
mois. Ce travail conduira à connoîitre
l’ordre fucceflif de la température des
mois de l’année , & à déterminer, du
moins par approximation, les inconvé-
niens qu’on peut craindre, & les reffour-
ces auxquelles on doit s'attendre dans
chaque faifon. On faura, par des réful-
tats exaéts, qu'il feroit inutile de tenter
dans la Province des cultures qui deman-
dent un degré & une durée de chaleur
quines’y rencontrent jamais: qu'il eft né-
ceffaire de retarder ou de rapprocher des
travaux qui, dans certains pays Où toutes
chofes feroient d’ailleurs égales, deman-
dent qu'on choififfe des mois de lPannée
plus ou moins avancés, plus ou moir:
chauds , plus ou moins pluvieux.
M. l'Abbé Noller, de l'Académie Roya-
le des Sciences, a bien voulu fe charger
de faire exécuter fous fes yeux les inftru-
mens néceffaires pour ces obfervations,
144 AGRICULTURE.
afin qu'ils euffent toute la précifion pof-
fible. Le zèle avec lequel cet Académi-
cien fe prête à tout ce qui peut Contri-
buer aux progrès de la Phyfique, eft auf
obligeant qu’infatigable. Il fembloit que
la Société rendoit un fervice à M. P'Abbé
Nollet, en le priant de fe donner les
foins dont il a bien voulu fe charger,
Que de motifs de reconnoiffance
_ L'utilité de ces obfervations eft fi gé-
néralement reconnue , qu’elles fe font
multipliées en France, & on pourroit
prefque dire, dans le monde entier. L’A-
cadémie Royale des Sciences, qui publie
celles qui font faites chaque année par
fes Membres, fert utilement l’'Agricul-
ture, en faifant imprimer en même temps
celles qui lui font adreflées par difiérens
Obfervateurs. |
La Société a été prévenue en Bretagne
même , par M. le Cordier, Employé en
chef de la Compagnie des Indes, réfidant
au Port-Louis. Elle voudroit l'avoir été
cans plufieurs endroits à la fois; ce feroit
une preuve que l’efprit d'obfervation s’eft
répandu dans la Province; & on ne feroit
pas dans le cas de défirer, peut-être inu-
tilement, que l'exemple de M. le Cor-
dier & celui de la Société fuflent _——
a
hs oh se à -
D LOS und __
, AGRICULTURE. 14$
La Bretagne, par fa pofition, eft plus
propre qu'aucune autre Province à four-
nir des obfervations très-intéreffantes
dans ce genre. C’eft une Peninfule. Si
elle avoit des Obfervateurs à fes extré-
mités , comme Rennes & Breft, fur fa
côte méridionale, comme le Port-Louis
& Concarneau, à fa côte feptentrionale,
comme S. Malo & Tréguier ; qu’on fit
les mêmes obfervations au centre de la
Province, comme Carhaix & Paimpont,
on auroit peut-être des différences fen-
fibles à remarquer dans la température,
à raifon de la proximité du continent ow
de la mer, de l’expofition au midi ou au
nord, au levant ou au couchant. En rap-
prochant les tables dreffées par cette chai-
ne d Obfervateurs, on obtiendroit cer-
tainement des réfultats utiles, & ce feroit
peut-être une fource de découvertes aufli
intéreflantes que difficiles à prévoir.
Comme la Société n’a reçu que fort
tard les inftrumens dont elle avoit befoin,
elle ne peut donner d’obfervarions que
depuis le mois de Mai 1760. Elles feront
continuées avec cette perfévérance dont
aucun Là CEE ne peut être capable’,
& fur laquelle les corps ne fe relèchent
jamais,
K
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146 AGRICULTURE.
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Couvert le matin. À midi, beau avec nuages.
Beau avec nuages le matin. Couvert tout le jour.
Couv.le mat. Per, pl. À mid.decouv.avec nuag. PI,
Beau avec nuages. Tonnerre à 2 heur. avec grêle.
Variable. Tonnerre à midi. Groffe pluie.
Couvert. Lourd. Tonnerre. Pluie.
Couvert le matin. Beau avec nuages.
Un peu de brouillard , enfuite beau avec nuages.
Beau avec nuages le matin. Giboulées tout le jour.
Couvert le matin. Beau & nuages tour le jour.
Couvert tout le jour.
Beau avec nuages.
Beau avec quelques nuages.
Beau & pur. Après midi, beau avec nuages.
Beau avec nuages le matin. Après midi, beau.
Brouillard le matin. Beau.
Couvert.
Couvert. Un peu de pluie fur le {oir,
Beau avec nuages. Pluie & grêle.
Couvert. Pluie.
Pluie.
Beau avec nuages.
Beau avec nuages.
Beau avec nuages.
Beau avec nuages. Tonnerre.
Beau avec nuages.
Brouillard. Beau avec nuages. Pluie.
Nuages. Pluie. Tonnerre.
Beau avec nuages. L’après-midi , un peu de pluie,
Couvert, Piuie d'orage.
Beau avec quelques nuages,
K ij
148 AGRICULTURE.
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Beau avec nuages,
Beau avec nuages,
Beau avec nuages.
Couvert. Petite pluie;
Beau avec nuages,
Couvert.
Beau.
Beau. Couvert le foir.,
Beau avec nuages. Tonnerre]
Couvert,
Beau.
Couvert. Pluie,
Couvert.
Beau avec nuages.
Couvert avec nuages.
Beau avec nuages, Couvett Le foir:
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N uages. Pluie.
Nuages. Pluie,
N uages, Pluie.
Variable, Pluie.
Grande pluie, Grêle.
Couvert. Un peu de pluie:
Nuages,
Couvert. Pluie.
Couvert, Un peu de pluie.
Couvert. Un peu de pluie.
Couvert, Nuaces.
Couvert le matin, Beau,
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3 | Couvert.
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s | Nuages,
6 | Petite pluie le matin. Variable.
7 | Nuages. Couvert.
8 | Beau avec nuages,
Couvert. À midi, ua peu de pluie:
10 | Couvert. Pluie.
11 | Couvert le matin. Beau le refte du jour,
12 | Beau avec nuages.
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13 | Beau.
14 | Beau.
15 | Beau.
16 | Couvert le matin. Beau avec nuages.
17 | Couvert le matin. Beau avec nuages.
18 | Brouillard. Enfuite couvert. Nuages,
19 | Beau avec nuages.
20 | Beau avec nuages.
21 | Beau avec nuages,
22 | Couvert & nuages.
23 | Couvert. Nuages. Vent:
24 | Beau avec nuages.
25 | Beau avec nuages.
26 | Couvert. À midi, un peu de pluie.
27 | Couvert le matin, Beau avec nuages.
28 | Beau.
29 | Beau.
30 | Couvert.
31 | Couvert. Tonnerre & orage la nuit.
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11 | Nuages.
12 | Beau avec nuages:
13 | Couvert,
34 | Nuages.
15 | Couvert le matin. Nuages.
26 | Brouillard le matin. Nuages.
17 | Beau avec nuages.
18 | Beau avec nuages.
19 | Brouillard le matin. Beau avec nuages.
‘20 | Nuages.
21 | Couvert le matin, N uages.
22 | Couvert.
23 | Couvert. Un peu de pluie,
24 | Pluie, Tonnerre,
25 | Variable,
26 | Nuages,
27 | Nuages.
28 | Beau avec nuages)
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31 | Variable,
154 AGRICULTURE.
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12 | Beau avec nuages.
13 | Beau avec nuages.
14 | Beau avec nuages.
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16 | Variable,
17 | Pluie avec tonnerre.
18 | Pluie oragcufe.
19 | Variable.
20 | Couvert & frais,
21 | Pluie orageufe.
22 | Variable,
23 | Pluié avec tonnerre:
24 | Pluie avec tonnerre.
25 | Pluie orageufe,
26 | Perite pluie.
27 | Variable. À
28 | Pluie & fraiss -
29 | Variable,
30 | Variable,
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8 | Couvert. Petite pluie.
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10 | Petite pluie continue.
11 | Variable,
12 | Pluie. Variable.
13 | Petite pluie.
14 | Perite pluie.
15 | Beau avec nuages.
16 | Variable.
17 | Variable,
18 | Couvert.
19 | Couvert.
20 | Petite pluie.
21 | Variable.
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23 | Pluie & frais.
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25 | Variable. Pluie.
26 | Pluie continue.
27 | Pluie continue,
28 | Pluie. Couvert.
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30 | Petite pluie.
31 | Beau avec nuages,
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23 | Petite pluie,
24 | Variable,
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26 | Couvert.
27 | Petite pluie,
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29 | Petite pluie.
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13 | Pluie. Variable.
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17 | Beau avec nuages.
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21 | Couvert.
22 | Couvert. Petite pluie,
23 | Beau avec nuages.
24 | Pluie. Couvert.
25 | Variable.
26 | Couvert. Pluie.
27 | Pluie. Couvert.
28 | Pluie. Couvert.
29 | Pluie continue. |
30 | Brouillard. Couvert. Pluie,
31 | Variable. Pluie,
162 AGRICULTURE.
On s’eft fervi pour les obfervations mé-
téorologiques, du thermomètre de M. de
Réaumur. Le terme de la glace eft indi-
qué par zéro. Les chiffres qui marquent
les degrés au-deffous de ce terme, font
précédés de ce figne ——. Ainfi — 3 in-
dique trois degrés au-deflous du terme
de la glace. Les obfervations ont été fai-
tes à huit heures du matin, à midi, & à
dix heures du foir.
On ne peut employer ici l’état de la
quantité d'eau de pluie qui tombe cha-
que mois à Rennes, parce que la Société
n’a pas encore reçu le baffin deftiné à re-
cevoir l’eau, & les vafes gradués propres
à la mefurer. Depuis plus de quinze mois,
l'Ouvrier chargé de les faire, s’excufe,
fous différens prétextes, de ne les avoir
pas faits. Il fait efpérer que ces inftru-
mens feront prêts à la fin de cet Autom-
ne. S'il tient parole, les obfervations
pourront être commencées le premier de
Janvier 1761, & ne feront pas difconti-
nuées.
M. de Livoys, qui a voulu fe convain-
cre de l'utilité qu’on pourroit retirer de
ces obfervations, a pris la peine de rele-
ver, année par année, mois par mois,
toutes celles qui ont été faites par l’Aca-
AGRICULTURE. 163
démie Royale des Sciences depuis 1688
jufqu’en 1754. Le réfultat de ce travail
a été de trouver la quantité moyenne
d’eau de pluie qui tombe chaque mois à
Paris. On n’a point fait entrer dans ce
réfultat l’année 1688, parce que les ob-
fervations de l’Académie ne commencè-
rent qu'au mois de Juillet. On en a écar-
té en entier les années 1697 & 1698, par-
ce que la quantité d’eau de pluie n’eft pas
marquée mois par mois, mais feulement
par un total de chacune de ces deux an-
nées (a). Comme les obfervations de
cette efpèce ne peuvent fervir à l'Agri-
culture, qu'autant qu’elles font connoi-
tre la quantité d’eau à laquelle on doit
communément s'attendre, non-feule-
ment dans chaque faifon, mais encore
dans chaque mois, M. de Livoys n'a
établi fa moyenne proportionnelle que
fur ce que les Mémoires de l’Académie
rapportent pour les mois de chaque an-
née. Voici cette moyenne proportion-
nelle (4).
(a) Voyez le tom. 2 des (b) On n’a pas cru devoir
Mém. de l'Acad. Royale des s’affujettir à une précifion ri-
Sciences fur l’année 1698, goureufe dans cette moyen-
pag. 332. Voyez auf l'Hif neproportionnelle. Ainfion
toire de la même Académie a employé en nombre rond,
de l’année 1659, pag. 22. cequines’éloignoitdelari-
Li
104 AGRICULTURE,
pou. lig. pou. lis.
Janvier... 1 ‘100. JOHN
Février... o Tr AO 7
Mars... 1 O + SéprenD A —
Av#il.,,.. 1 74 0 ORPI
Mar. La 80 NORME RENE.
Juin ss 3e "DE EMRTATSE
Quoique nous manquions d’obferva-
tions faites en Bretagne, qui puiffent
être comparées à celles de Paris, le tra-
vail de M. de Livoys préfente dès-à-pré-
fent des conféquences dont on peut pro-
fiter. Il fait fentir qu'il y a une diffé-
rence marquée entre la diftribution des
pluies qui tombent dans certains mois à
Paris & dans cette Province. A Paris,
les mois de Mai, de Juin, de Juillet &
d'Août font ceux où les pluies font le
plus abondantes; au lieu qu’en Bretagne
ces quatre mois, ou du moins Îles deux
derniers & le moiïs de Septembre, font
ordinairement les plus fecs. Il eft plus
que vraifemblable qu'on trouveroit des
différences aufli remarquables entre la
gueur, que d'une fraétionaf- 1e mois de Février cette ex-
fez petite pour pouvoir être preflion, 11 lignes +. à celle-
confidérée comme nulle. Par ci, quoique plus exaëte, 11
ä F- AT DE 2 £ . +. 149
exemple, on a préféré pour lignes >.
AGRICULTURE. 16$
quantité de pluie qui tombe dans les Pro:
vinces du Royaume, & à plus forte rai-
fon dans les pays éloignés. On voit d'un
coup d'œil combien cette feule obferva-
tion doit influer fur l'Agriculture. Il eft
déciff pour la plupart des végétaux d'é-
tre femés par un temps fec, & de rece-
voir un peu de pluie après la femence.
D'autres demandent une faifon tout-à-
fait pluvieufe. Enfin, le temps de hr réz
colte fait défirer par tout une féche-
refle qui fe foutienne pendant un certain
temps. Quel avantage ne trouveroit-on
pas à pouvoir en quelque forte le pré-
dire, par la perfévérance avec laquelle
on auroit obfervé les mois habituelle-
ment pluvieux, & les mois habituelle-
ment fecs ? Ne deviendroit-il pas beau-
coup plus aifé de tranfporter dans la
Province. des cultures étrangères. fi,
connoiffant la température du climat
d'où.elles feroient tirées, on pouvoit
trouver dans l’ordre des mois plus ou
moins fecs ou pluvieux en Bretagne,
les moyens de femer & de recueillir dans
les momens correfpondans, & par con
féquent les plus favorables ? |
Ces conféquences fe préfentent d'el-
les-mêmes, & il feroit aifé d'en tirer
Li
Éxporta-
tion des
grains.
166 ACRICOEEURE
beaucoup d’autres, Dès que le Public
doit profiter de ce travail, c’eft un de-
voir pour la Société que de l’entrepren-
dre, quoique ceux qui s'y appliqueront
les premiers, ne puiflent prefque en pro-
fiter. » Travailler pour la pofñtérité ( dit
5 l’'Hiftorien de l'Académie à lendroit
» qu'on a cité) ne fait pas une occupa-
# tion bien fatisfaifante pour le com-
» mun des hommes. Il en eft peu que la
» reconnoiflance qu'ils doivent à ceux
+ qui les ont précédés, invite à s’acquit-
+ ter envers ceux qui doivent les fuivre.
» Le plaifir attaché à l'exercice d’un tel
» devoir, ne cède que trop fouvent à l'at-
» trait des intérêts préfens & particu-
» liers. Mais les Compagnies ..... éta-
5 blies depuis près d’un fiècle, & qui ne
> meurent point, fuppléront à ce que la :
» vie trop courte des hommes pourroit
» les empêcher d'entreprendre ce, ;
Les recherches, les obfervations, les
expériences de la Société tendent prin=
cipalement à ranimer l'Agriculture, & à
la conduire par degrés à un état florif=
fant. Mais on ne peut fe diffimulér que
l'effet de ces tentatives ne foit extrème-
ment rallenti par là prohibition d’expor-
ter les grains. La première chofe qu'en-
AGRICULTURE: 167
vifage ün Manufatturier qu'on exhorte
à augmenter fa fabrique, c’eft le débou-
ché plus ou moins facile de fa marchan-
dife. On s'enrichit à vendre, on fe ruine
à enmagafiner.
Le but principal de l'Agriculture eft
la nourriture de l'homme ; c’eft à lui que
fe rapportent tous les travaux de la terre.
Si le bétail qu’il entretient lui fert d'ali-
ment, la multitude ne peut fe permettre
une nourriture fi chère. Il n’y a que les
grains qui foient d’une néceflité indif-
penfable pour toutes les conditions. La
protection du Gouvernement ne peut
donc être dirigée fur un objet plus uni-
verfel & plus intéreffant en lui-même.
Pour peu qu'on ait étudié cette ma-
tière, on fait que le Royaume, par fon
étendue & par fa fécondité, pourroit
foutenir une population beaucoup plus
nombreufe. On fait auffi qu'il produit à
peine affez de grains pour nourrir fes ha-
bitans, & que fans le fecours dés Etran-
gers, nous manquérions quelquefois de
fubfiftance. Ces deux faits univerfelle-
ment avoués, l’un, que nous pourrions
être dans l'abondance, l’autre, que nous
ne fommes pas à l'abri des difettes, mé-
ritent la plus férieufe attention. Si l’on
Liv
168 AGRICULTURE.
confidère de plus que la France vendoit
autrefois des grains à l'Angleterre, qui
lui en fournit tant aujourd'hui, on fen-
tira que nos récoltes ont diminué, & que
les caufes de cette diminution fubfiftant
toujours, & agiffant fans relâche, nous
fommes menacés de voir dépérir de plus
en plus notre Agriculture, & par confé-
quent notre population. C’eft fe faire
illufion, que de chercher le principe
d'une révolution fi effrayante dans la pa-
refle, ou dans l'ignorance des Cuitiva-
teurs. Ce ne font là que des effets. On
les feroit cefler, en détruifant la caufe
qui les produit. Qu'on obferve les La-
boureurs qui ont quelque aifance, on
verra qu'ils ne font ni parefleux, ni igno-
ans, & qu'ils fe réjouiflent d'élever une
nombreufe famille. La dépopulation ne
feroit donc fenfible que dans les villes, fi
la plupart de ceux qui les habitentavoient
autant d'intérêt à chercher les campa-
gnes, que la plupart des gens de la cam
pagne en ont à fe réfugier dans les villes.
Les vivres & le logément y font plus
chers; mais il y a plus de moyens de fe
les procurer, parce que de moindres tra:
vaux y obtiennent de plus grands falai,
res, L’Agriculture & la population agif
AGRICULTURE. 169
fent & féagiflent continuellement l’une
fur l’autre. Leur profpérité ou leur dé-
cadence font inféparables. Un pays bien
cultivé renferme néceflairement un peu-
ple nombreux & riche; & un pays pau-
vre & dépeuplé manque néceffairement
de culture.
La dépopulation des campagnes eft
une efpèce de maladie chronique pour
l'Etat. Elle a fait des progrès lents, qui
par-là font devenus infenfibles. Peut-être
ne pourra-t-on la vaincre qu'avec des re-
mèdes lents, & dont l'effet ne pourra fe
faire remarquer tout d'un coup. Mais il
n’en devient que plus preffant d'employer
ces remèdes. On en connoît un. Il eft
tout éprouvé. Il arrètera du moins les pro-
grès du mal. C’eft de laiffer une entière
liberté à l'exportation des grains. Il exci-
tera lémulation fur la partie principale
de l'Agriculture, & l’émulation proté-
gée eft de tous les remèdes celui qui at-
taque le plus vivement & le plus füre-
ment les maladies de l'Etat.
La crainte de manquer de grain eff l’ar-
gument unique des perfonnes qui croient
l'exportation périlleufe. Cette crainte eit
née dans les Villes, où fon eft plus occu-
pé de l'intérêt de fournir à la confomma-
170 AGRICULTURE:
tion quotidienne, que de porter de la for-
ce & de l’attivité dans les campagnes qui
fourniffent à cette confommation. Plus
ies Villes font étendues & peuplées, plus
fa crainte augmente. Ce fentiment au-
quel il eft fi difficile de réfifter, eft appuyé
fur des principes très-humains & très-no-
bles. L'humanité eft effrayée de la feule
idée des maux qu'entrainent les difettes.
Il éft donc jufte de refpetter les motifs
de cette crainte. Mais le bien de l'Etat
demande qu'on ne fe laffe point de tra-
vailler à la difliper.
Il y a fong-temps que les citoyens qui
ont écrit en faveur de la libre exporta-
tion, ont produit leurs preuves. Ils ont
démontré que les mefures qu’on prenoit
pour fe raflurer, devoient jetter au con-
traire dans les plus grandes allarmes,
parce que la clôture du commerce des
grains produit néceffairement la dimi-
nution de la culture, & s’oppofe au ver-
fément habituel des grains étrangers. On
a eu tout le temps de répondre, & il
étoit important de le faire, fi la prohi-
bition eft avantageufe, parce qu'il paroît
ue les principes oppofés font des progrès
continuels. Cependant la crainte de Îa
difette eft encore aujourd'hui la feule
AGRICULTURE. 171
objeétiôn qu'on fafle contre un vœu de
liberté , fondé fur des principes & fur
des faits. Et nos Ports font fermés.
La plupart des hommes n’envifagent
les Laboureurs que comme des efpèces
d'Efclaves attachés à la Terre, unique-
ment chargés d’arracher des moiffons de
fon fein. C’eft le germe de prefque toutes
les méprifes qui ont été faites par rap-
ort à la police des grains. Il eft plus
jufte & plus conforme au bien de l'Etat,
de regarder le Laboureur comme un
Fabriquant qui s'occupe à fournir aux
befoins de la multitude, & qui mefure
l'étendue de fa fabrication fur le nom-
bre des confommateurs , fur la facilité
& la promptitude de la vente, enfin fur
les profits que lui promet fa marchan-
dife. Des Tifflerands à qui il ne feroit
permis de travailler que pour îes habi-
tans de leur village, ne fabriqueroient
pas au-delà du befoin d’un feul village.
Si on leur ouvroit un champ plus vafte;
que l'exportation de leurs toiles füt per-
mife; que des Népocians s’empreffaffent
à acheter tout ce qu’ils pourroient fabri-
quer ; peut-on douter que leur travail
ne füt augmenté, & que les profits de
leur proféffion n'engagéaffent beaticoup
172 AGRICULTURE.
d'autres à l’embraffer ? Il n’y 4 aucune
différence à faire par rapport aux grains.
Le Laboureur fémera plus, lorfqu'il
fera für d’une vente illimitée. Il fémera
moins , fi on le réduit à n'être le pour-
voyeur que d’un petit nombre d'habitans.
L'intérêt eft Le mobile des actions des
hommes. C'eft un principe qu'aucune ex-
périence n'a contredit. S'il eft vrai (eh
comment pourroit-on en douter!) que la
liberté d'exporter favorife le Laboureur,
& que la prohibition lui foit préjudicia-
ble , l'Etat ne doit compter fur des moif
fons abondantes, qu'après avoir délié les
bras que les prohibitions engourdiffent.
On gouverne les hommes à fon gré, lorf-
qu'on dirige vers le bien commun les
fentimens qu'ils ont recu de la nature.
La multitude ne cherche que fonintérêt;
c’eft là qu’il faut la conduire. Elle aban-
donnera toute voie laborieufe, dont le
terme fera l’indigence & la misère.
Lorfque la guerre fait cefler les ex-=
portations de marchandifes, les Manu-
factures diminuent le nombre de leurs
métiers. Les Manufaturiers qui, dans
ces circonftances, ont des magafins trop
fournis, craignent avec raifon que leur
fortune ne foit ébranlée, Quel effet pro-
&
AGRICULTURE. 173
duiroient alors fur eux, les exhortations
les plus preffantes d'augmenter leurs fa-
briques, les inftruétions les plus lumi-
neufes fur les moyens de les perfeétion-
ner ? Les Laboureurs reçoivent fans in-
terruption des coups femblables à ceux
que porte la guerre à nos Manufaëtures.
Ils font donc intéreflés comme les Fa-
briquans, à borner leur travail. Une clo-
ture éternelle de Commerce expofe ceux
qui ont eu de riches moiflons, a être rui-
nés, comme elle expoferoit un Fabri-
quant furchargé de marchandifes , au
renverfement de fa fortune. La denrée
augmente de prix par les frais de confer-
vation, tandis qu'elle diminue de Jour
en jour de volume. Le vœu de l'Etat eft
que les récoltes foient abondantes; celui
du Laboureur eft qu’elles foient mal-
heureufes, afin que la difette aflure fa
vente, & porte fa denrée à un prix capa-
ble de le dédommager de fes avances &
de fes fueurs. Dans une pofition fi dure,
que doit-on attendre des invitations
qu'on peut lui faire d'étendre & de per-
feétionner {2 culture ? De quel œil peut-
il regarder les moyens qu'on lui préfente
pour augmenter la fomme de fés moif-
ons ? Que férions-nous de nos grains ?
174 AGRICULTURE.
nous ne trouvons pas à les vendre. Voilà
fa réponfe ordinaire.
Il eft vrai que dans Îes années d’abon-
dance , le Gouvernement accorde des
permiffions d'exporter les grains. Mais le
eu de durée de ces permifliohs ne fert
qu'à faire fortir au plus bas prix une
denrée qu'il faut #äheter des Etran-
sers, lorfqu’elle eft devenue plus chère
en France. D'ailleurs elles font accom-
pagnées de retardemens, de reftri&tions,
de gênes, qui en font perdre tout le
fruit. |
L’ufage eft de défigner deux ou trois
Ports, comme les feules iffues par où
puiffe s’'écouler un fuperflu qui ruine à
la fois le Cultivateur & le Propriétaire.
Ceux dont les biens font éloignés de
ces Ports ( & c’eft le plus grand nombre)
font privés de cette reflource ; les frais
de tranfport excéderoient le bénéfice.
Ainfi, quoiqu'il femble qu'une Provin-
ce entière jouifle de ces permiflions, elles
ne font utiles qu’à de très-petits cantons,
Eft-il étonnant qu’elles excitent des mur-
mures, & qu’elles portent le découra-
gement par-tout où lon ne peut en
rofiter ?
Elles font d’ailleurs fi tardives, que Îa
ba nada - nv
AGRICULTURE. 17$
furabondance qui les fait accorder, caufe
quelquefois une efpèce de difette l'an-
née fuivante. Le Laboureur incertain
de la vente d'une denrée dont il eft fur-
chargé , sème moins qu’à l'ordinaire, Si
la permiflion fait exporter beaucoup de
grains, & que la récolte immédiate foit
malheureufe , la difétte eft prefqu’inévi-
table.
Mais l'inconvénient le plus ordinaire
des retardemens, eft de rendre les permif-
fions inutiles. L’exportation des grains
eft de toutes les opérations du Commer-
ce, celle qui demande le plus de célérité.
L’Angleterre, la Hollande, les Peuples
du Nord, reçoivent des avis dès que les
Blés manquent en Portugal, en Efpagne
ou en Italie ; & les envois fe font fur
le champ. Les Négocians François qui,
par leur pofition, feroient en état de
prendre les devants , perdent en follici-
tations le temps que les Etrangers em-
ploient à taporrer leurs grains.
Un exemple récent prouve à quel point
les permiflions tardives font nuifibles.
On repréfenta à la dernière aflemblée
des Etats, que les Greniers de l'Evé-
ché de Quimper renfermoient prefqu’en
entier les récoltes d'Orge des quatre
176 AGRICULTURE
dernières années ; que la confommation
du pays étoit trop peu confidérable pour
quon put éviter la perte de la totalité
de ces grains, fi on n'obtenoit pas la per-
miflion de Îes exporter. IL étoit d'autant
plus preffant de profiter de ces repréfen-
tations, que les Orges avoient pris fa-
veur en Portugal, & n'étoient d'aucune
valeuren Bretagne. Les Etats députèrent
vers MM. les Commiffaires du Roi le
20 Janvier 1759. M. le Duc d’Aiguillon
écrivit le même jour pour obtenir une
permiflion. Les ordres à ce fujet ne fu-
rent expédiés que le 9 d'Avril. M. FIn-
tendant rendit une Ordonnance dès le
15. Malsré fa célérité , l'Ordonnance
qu'il fallut imprimer, ne parvint dans
les Ports défignés pour lexportation,
qu'au commencement de Mai. Il n’étoit
plus temps d’en faire ufage, l'Etranger
nous avoit prévenus.
Mais quel eût été le fruit de cette per
miflion , fi on l’eût reçue dans un temps
favorable ? Les chargemens ne pouvoient
être faits qu’en préfence de deux Com-
mis des Fermes payés à fix francs par Jour
par le Négociant. Un Subdélégué & deux
autres Commis devoient faire une nou-
velle vérification, & en drefler procès
verbal
AGRICULTURE. 173:
vérbai aux frais de celui qui eût deman-
dé à faire l'exportation. Ces précautions
n'étoient propres qu’à retarder les expé-
ditions , & à rebuter les Commercans,
Celles qu’on prend pour l’'embarquement
des marchandifes prohibées » ne font pas
portées fi loin.
. s - È 0 *
Quels frais n’a-t:l pas fallu faire pour
conferver les récoltes de cinq années
confécutives ! Quelle perte pour ceux
qui navoient pas aflez d’aifance pour
fournir aux frais de confervation ! Les
Fermiers avoient Payé cinq années de
Fermages ; & pour fruit de leur travail,
ils fe font vus forcés de prendre fur leur
néceffaire de quoi garantir de la Corrup-
tion, des grains qu’ils ne pouvoient ni
vendre ni confommer. (a) |
DES à VAR | LL
(a) Le prix aQuel de l'Orge { Juillet 1760 ) eft de Loi
xante livres le tonneau ; les frais de confervation & la
diminution de la denrée montent à treize livres quatorze
ols par an, ce qui fait plus d’un cinquième. Une perie fi
énorme eft établie fur le détail qui fuit. On l'a reçu de
aps de même. |
Le loyer d’un grenier Pour vingt tonneaux d'Orge,
LAS. ne NN éol. .
_ Deux hommes chaque femaine , à douze {ols
Par jour chacun, retournent en un jour vingt
D :
178 AGRICULTURE.
Dans des circonftances fifâcheufes, les
Laboureurs les moins intelligens com-
prennent que leur intérêt doit les porter à
quitter une culture ruineufe , & à ne re-
garder comme des moyens folides de
fubffter, que ce qui n’eft pas aflervi aux
rohibitions. Ils n'ont même pas befoin
d’éprouver les inconvéniens de l’abondan-
ce, pour ceffer de diriger leurs avances &c
leurs travaux vers les moiflons.
Les befoins des hommes, & les moyens
De Pautre part. : :.:.....122L 8
Cette efpèce de grain doit être pañlée au
harpon une fois par mois ; il faut deux hom-
mes pour cette opération. Îls ne pañfent que dix
tonneaux par jour; c’eft par an quarante-huit
journées à douze fols, à quoi il faut joindre la
dépenfe du harpon, qui peut monter à trois
livres paran, Ci... ........:.: 311, 164;
Sur vingt tonneaux d'Orge, on retire deux
boiffeaux de mauvais grain toutes les fois
w’on harponne ; ce qui fait dans l'année une
État o d’un tonneau, qui vaut aétuelle-
ment 29 225 SRE Es ed RE 60
L'Orge en vieilliffant diminue de volume ;
il s’en fait d’ailleurs une perte confidérable par
le dégât des rats, des fouris, des chats. On
croit être modéré, én portant ces diminutions
/ À . > à ;
chaque année à un tonneau fur vingt, ci... 601.
nt
Tor... , LOI: 2741. 4f.
Ce qui fait paran en frais de confervation & pertes fur
chaque tonneau d'Orge, treize livres quatorze fols deux
deniers, |
a æ
| AGRICULTURE. 179
de ‘a à ces befoins, feront tou-
jours le gouvernail irréfiftible de leur
conduite. Un Journalier voudroit bien
être Voiturier, parce que fon état feroit
meilleur; mais il n’a ni charrettes, ni che-
vaux, ni fourages. Le Métayer, qui né-
glige fon champ pour voiturer du fer;
du bois, ou des denrées, voudroit bien
avoir un bétail nombreux, des moutons,
des laïines, &c. Mais il n’eft pas en état
d'acheter du bétail: quand il pourroit
l'acheter , il n’a pas de quoi le nourrir ;
quand il pourroit l'acheter & le nourrir,
& fe procurer par conféquent d’abon-
dantes récoltes, il ne défireroit pas une
furcharge de grains qu'il ne pourroic
vendre, comme il ne défireroit pas des
voitures qui ne lui feroient pas payées;
comme le Journalier ne demanderoit
point de travail , s’il ne comptoit pas fur
le falaire de fes journées. Ainfi tout eft
comme il peut être; & pour opérer un
changement avantageux à l'Etat, il faut
couper le lien des pofitions aétuelles.
Des citoyens remplis de zèle pour le
rétablifflement de lAgriculture, ont com-
paré les frais de culture des grains de
route efpèce avec le bénéfice qu’en re-
tirent les Laboureurs, Le réfultat de leux
Mij
480 AGRICULTURE.
calcul ne préfente que des pertes, & ces
pertes font toujours plus grandes à pro-
portion que les années font plus abon-
dantes. Que pourroit - on objeéter de
plus puiflant contre les prohibitions ®
Dans les années de difette, le Blé étran-
ger fait baifler le prix de celui de nos
Cultivateurs. Dans les années que par-
tout ailleurs on nommeroit heureufes, ils
ne retirent pas leurs frais de culture, &
ils font forcés à faire de nouvelles avances
pour conferver une denrée qui dépérit
continuellement malgré leurs foins.
La Société ne doit cependant pas
diffimuler que les Laboureurs qui es
vent une grande étendue de terrain, trou-
vent du bénéfice à cultiver , fur-tout
dans les années communes. Mais les pe-
tits Cultivateurs, & ils font innombra-
bles en Bretagne, ne retirent jamais de
quoi remplacer leurs avances & payer
leurs Fermes. Vérité effrayante qu'il eft
aufli important de préfenter à un minif-
tère bienfaifant & éclairé qui calcule
tout , que de cacher au Cultivateur,
qui ne pourvoit à fa fubfiftance, que parce
qu'heureufement il ne calcule rien. Ré-
duit à ne s'occuper que de fon exiftence ;
3} envifage d’abord fes premiers befoins:
|
AGRICULTURE. 181
Il sème pour avoir du pain, fans exami-
ner fi fon champ couvert d'autres den-
rées ne le mettroit pas en état d'acheter
du pain, & de pourvoir à d’autres nécef:
fités. Mais infenfiblement fon inftinét, fi
on peut s'exprimer ainfi, l’a conduit fans
principes & fans calculs, à refferrer au-
tant qu'il a pu la culture des grains. If
y à fubftitué, ou des travaux ftériles
dont le falaire eft afluré , ou des cultures
ui lui deviennent plus utiles, parce
qu'il difpofe librement de fes récoltes.
La liberté de l'exportation lui faifane
trouver du bénéfice par la concurrence
des acheteurs, le rameneroit infaillible-
ment à cultiver des grains par préférence.
Car l'honneur de fe diftinguer par de
belles moiffons n'eft pas entièrement
étoufté dans les campagnes. Il feroit aifé
de le ranimer en affurant aux Laboureurs
un profit permanent.
Le petit peuple, qui fera toujours aveu
gle fur fes vrais intérêts, fe réjouit lorf-
que les grains font à très-bas prix. Mais
les Propriétaires & les Laboureurs, qui
font fubfifter le petit peuple en lui don-
nant du travail, s’affigent lorfque le prix
des grains n'excède pas les frais de culture
& de confervation, Forcés à faire des re«
M ii
132 AGRICULTURE,
tranchemens fur toutes leurs confomma2-
tions , & à fufpendre les travaux qui font
vivre la multitude, tout languit jufqu’à
ce que les grains deviennent plus chers;
-& lorfqu'ils renchériffent , le petit peu-
ple croit être à la veille d’une famine.
On ne doit fe flatter d'entretenir l’a-
bondance, que lorfque les grains confer-
veront habituellement une valeur pro-
ortionnée aux frais de culture, aux
Écrans & aux impots du Propriétaire
& du Cultivateur. Le milieu qui feroit
fi défirable entre les frayeurs du peuple
& le découragement du Laboureur, ne
eut fe rencontrer que dans un pays où
eee eft toujours née Si le
Blé manque en France en même temps
que chez l'Etranger, on ne doit pas crain-
dre que nos Blés fortent; le prix qu’en
donnera le Confommateur regnicole re-
tiendra la denrée ; & les peuples qui font
continuellement dans la furabondance ;
en apporteront affez promptement & en
affez grande quantité pour en faire baif-
fer le prix. Si au contraire nous fommes
dans l'abondance , les grains fortiront
jufqu'a ce qu’ils ayent pris en France le
niveau de la valeur qu’ils auront dans les
marchés de l'Europe, Ce niveau étant
:
AGRICULTURE. 153
attrapé il faudroit bien peu connoître
l'efprit du Commerce pour craindre que
les Négocians en fiffent fortir. Leur in-
térêt arrêtera leurs opérations plus füre-
ment que toutes les loix prohibitives,
Ils n’exportent que dans l’efpérance de
gagner: exporteront-ils lorfqu'’ils feront
furs de perdre ?
La liberté dont on parle ici, ne peut
avoir de bons effets, qu’autant qu'elle fera
fans reftritions & fans limites. Si elle
n’eft qu'inftantanée ; fi même on n'a pas
unegentière füureté qu'elle fera perma-
nee, le Commerce de grains ne fe fera
que par fecoufles, & pour ainfi dire par
convulfions. Au moment qu'il fera ou-
vert, tout le monde voudra acheter &
exporter. Il en réfultera un vide dans la
plupart des greniers, & un furhauffe-
ment de prix équivalant à la difette. Si
elle fe montre le plus légèrement , ou
que le peuple la fuppofe, quoiqu’elle
n’exifte pas, on aura recours à la clôtu-
re; & c’eft alors que la difette deviendra
très-réelle & très-effrayante , quoique le
Royaume foit fuflifamment approvifion-
né. C’eft un effet que la longue durée des
prohibitions rend inévitable. Elles ont
éteint toute concurrence np Vi
M iv
184 AGRICULTURE.
d’où il réfulte que, relativement à l'Etat
ceux qui ont de riches greniers, doivent
être envifagés comme les Monopoleurs.
Le monopole néceflaire caufe la cherté
auffi fürement que le monopole volon-
taire. |
Rien n'eft plus propre à donner des
idées nettes fur les événemens qui doivent
fuivre la liberté d'exporter les grains,
felon que cette liberté fera entière ou
bornée , que de connoiître la manière
dont fe fait ce Commerce en Europe.
C'eft l'Efpagne, le Portugal & une
partie de lItalie qui manquent le plus
fréquemment de grains. Alors les An-
glois , les Hollandois & les Peuples du
Nord en envoient dans ces différens pays.
Tout le monde fait que les Blés des Hol-
landois ne proviennent pas de leurs ré-
coltes ; & qu'une partie de ceux que ven-
dent les Anglois, ne font que réexpor-
tés. Prefque tous ces grains font tirés du
Nord. C’eft donc le Nord qu'on doit re-
garder comme le grenier général de l'Eu-
rope, & de la France même, lorfque les:
récoltes viennent à manquer. Les mers
du Nord ne font pas toujours libres;
en forte que files difettes fe font fentir
pendant l'Hiver, temps où les Ports de
AGRICULTURE. 185$
da mer Baltique font fermés, les Anglois
& les Hollandois profitent feuls des bé-
néfices de l'exportation. a
Les Ports de Bretagne font plus à
portée de profiter des befoins de l'Efpa-
gne, du Portugal & de l'Italie, que ceux
des Anglois & des Hollandois. Cette Pro-
vince deviendroit donc le principal en-
trepôt du Nord, fi les Etrangers avoient
une entière fureté qu'ils feront maitres
de faire fortir leurs Blés pour les expor-
ter dans les lieux où ils croiront pouvoir
les vendre avec plus d'avantage. S'il en
manquoit en France en même temps
qu'en Efpagne , ou en Portugal, les
grains étrangers y refteroient , parce
qu'ils s'y trouveroient tout portés, &
qu'ils y feroient bien vendus. On les li-
vréroit même à un prix moindre que ce-
lui qu'on pourroit fe promettre ailleurs,
parce qu'on auroit un fret de moins à
payer, & qu'on ne courroit aucun des
rifques de la mer ; rifques qui s’évaluent
toujours en argent. Mais tant que le Pro-
priétaire aura de juftes motifs de crain-
dre que fur la plus légère apparence de
difette en France, on y retiendra des
grains que les circonftances euflent per-
mis de vendre plus cher ailleurs, on doit
186 ÂAGRICULTURE.
être convaincu qu'il n'expofera pas fa
denrée à demeurer fous un féqueftre
politique.
Pourquoi préfumer , dira-t-on, que
les Ports de Bretagne deviendroient l’en-
trepot du Nord? Quand on connoit la
marche & l’efprit du Commerce, il n’eft
pas difficile de répondre à cette queftion.
La Bretagne fait un commerce confidé-
rable avec le Nord; ainfi tout eft préparé
our les fpéculations fur les grains. Les
APE du Nord venant chercher les
cafés, les fucres, l’indigo, les fyrops,
les vins, les eaux-de-vie, le miel, que
cette Province leur fournit, apporteront
des grains pour un fret moins cher que
pour tout autre pays où ils ne trouveront
pas ces marchandifes. Le bénéfice de ce
fret, quelque modique qu'il puiffe être,
les déterminera même plus fürement à
venir chercher nos denrées & celles de
nos Colonies.
La Bretagne eft donc dans la pofition
la plus favorable à cet égard. Les Négo-
cians étrangers la regarderont comme
l’entrepôt le plus avantageux de leurs
grains , lorfqu'ils feront parfaitement
fürs d'en difpofer aufli librement fur
la fortie que fur lentrée. Mais leur
AGRICULTURE. 187
fécurité ne peut être le fruit que d’une
loi authentique & perpétuelle fur la li-
berté d'exporter les grains hors du Royau-
me. Cette loi feroit d'autant plus falu-
taire, quelle feroit difparoïtre des di-
fettes dont le période eft connu en
France, parce qu'elles font füres & fré-
quentes..
L'habitude de voir les difettes fe mon-
trer malgré ces prohibitions deftinées à
entretenir l'abondance, a fait fur beau-
coup de bons efprits des impreflions pref-
qu'ineffaçables. La force de raifons fon-
dées fur les principes qu'on fuit pour
toute autre branche de Commerce que
celle des grains ; le fuccès de ces prin-
cipes par rapport aux grains mêmes, par-
tout où l'exportation eft libre, ont ébran-
lé la plupart des Partifans de la prohibi-
tion. Îls avouent que pour ranimer notre
Agricultureil faut laiffer fortirnosgrains,
ou plutôt leur ouvrir toutes les iffues
par lefquelles ils peuvent aller chercher
un profit au Propriétaire. Mais un refte
de préjugé leur fait défirer que la liberté
ait des limites. Qu'on exporte, difent-
ils, dans les années où le Blé eft à bon
marché. Mais dès qu’il s’élèvera à un cer-
tain prix, que les Ports foient fermés par
188 AGRICULTURE.
le fimple effet de la loi qui permettra
l'exportation (a).
Pour fentir l’inconvénient de cette
précaution, il ne faut pas perdre de vue
deux faits effentiels. L'un, que le Blé eft
quelquefois fort cher dans certains can-
tons, tandis qu'il eft à trop bas prix à
d'affez petites diftances. Il faudroit donc
un tarif pour chaque iflue, & changer ce
tarif à chaque récolte. L'autre, que nous
manquons en effet de grains dans cer-
taines années, & qu'alors ce font les Blés
étrangers qui nous font fubfifter. Il eft
donc très-effentiel de ne pas écarter ces
Blés du Royaume , ou pour mieux dire,
(a) L’Auteur d’une Bro-
chure qui parut en 1759,
- Tous le titre d’'Obfervations
fur la liberté du Commerce
des grains , propofe, pag.
$7, d'en défendre la fortie,
quand le Blé fera au-deflus
de vingt-quatre livres Le fe-
tier, & de mettre une taxe
fur celui qui fera vendu au-
deflus de vingt livres. Ce
feroit renverfer par principe
de police particulière, La li-
bérté qu’il défire qu’on éta-
bliffe par principe de police
générale. On trouve dans
cet Ouvrage (pag. $r.)un
fait qui démontre que le
feul mal à craindre, c’eft la
prohibition. £a difette {e-
roit un mal chimérique, fi
la prohibition ne le réalifoit
pas. » En 1740, M. Orry fit
» venir pour treize millions
» de Blés. Il n’en vendic
» point, & ces Blés germèé--
» rent, parce qu'à l'arrivée
» du fecours , les magafins
» particuliers s’ouvrirent «,
Il n'y avoit. donc pas de
difette. Cependant on en
éprouva tous les inconvé-
niens. Puifque la caufe de
ces inconvéniens eft con-
nue , c’eft à cette caufe qu’ii
eft important de remédier.
AGRICULTURE. 189
nous fommes intéreflés à les attirer par
tous les moyens poflibles. Si la liberté
de l'exportation eft défirable pour affurer
la vente de notre fuperflu dans les années
abondantes , elle l’eft encore plus pour
aflurer des approvifionnemens dans Îles
années ftériles. On eft maître en France
de permettre au Cultivateur de vendre
fa denrée, ou de le lui défendre. Mais
on n'eft pas maitre d'obliger l'Etranger
à nous apporter fes grains, & à fe fou-
mettre à notre police. Notre politique
doit donc nous conduire à nous prêter
à fes principes, puifqu'il eft impoflible
de l’aflujettir aux nôtres, & qu’il ef in-
conteftable que nous ne pouvons nous
paffer de fon fecours. Ainfi la liberté dont
la néceflité eftavouée pour ranimer notre
Agriculture, n’eft pas moins néceffaire
pour nous aflurer la reflource füre &
prompte des Blés étrangers, lorfque nos
Blés ne fuffifent pas à notre fubfiftance.
Nous aurons cette reflource entre nos
mains, dès que l'Etranger n’aura point à
craindre d’être forcé à livrer pour trois
cens livres en France, ce qu'une difette
en Portugal lui permettroit de vendre
quatre cens livres aux Portugais. C'eit
donc pour aflurer en tout temps la fubfif-
490 AGRICULTURE.
tance du Royaume, qu’il eft décifif d’ac-
corder fans reftritions, fans limites, la
liberté d'exporter. Cette liberté eft le
feul moyen d'aflurer les importations &
de les multiplier. Le verfement des Blés
étrangers en France , ne devroit être
qu'un dépôt. Il devient par notre police
une aliénation. Le droit qui conftitue
principalement la propriété , celui de
difpofer de fon bien, eft perdu pour le
Propriétaire des grains. Eft-il étonnant
qu’il s'éloigne d’un acheteur qui lui im-
pofe une loi fi onéreufe ?
Si ia France ne produifoit point dé
Blés, on fe garderoit bien d'interdire
la fortie au moment où l’on craindroit
l'infufifance desapprovifionnemens. Nos
Ports feroient toujours ouverts, & on
ne négligeroit aucun moyen pour en-
gager les Nations Agricoles à y ver-
fer leur denrée. Il y a des temps où nos
Blés ne répondent pas à notre confom-
mation; voilà des momens d’infufhfance.
Eft-ce alors que nous devons chaffer les
Etrangers, en les avertiffant qu'ils ne fe-
ront plus maîtres de leurs Blés, iorfqu'’ils
les auront introduits en France? Ou-
vrons nos Ports, au contraire, puifque
dans nos mauvaifes années nous rentrons
AGRICULTURE, 191
jufqu'a un certain point dans la pofition
d'un Royaume qui n’auroit point d'Agri-
culture. |
Les principes adoptés depuisunfiècle,
repouflent néceffairement l'abondance en
détournant l'Etranger d’entrepofer des
grains dont il craint de ne pouvoir dif-
pofer. Aufli ne vient-il profiter de nos
befoins , que lorfque le mal a jeté de pro-
fondes racines. À peine eft-on menacé
d’une difette, que les grains exiftans dif
aroiffent. L’effroi fe répand dans des
CNET où l’on pourroit attendre fans
péril les fecours étrangers. On n’éprouve-
roit jamais les fuites funeftes d’une peur
aufli redoutable dans fes effets qu’une
difette réelle, fi l'Etranger effrayé par
nos prohibitions fur la fortie, pouvoit
fervir fes intérêts & les nôtres, en dépo-
fant fes grains dans nos Ports. Le Nord
n'a point de famine à craindre ; il n’eft
occupé que du foin de placer avanta-
geufement fon fuperflu : fes Ports font
fermés pendant l'Hiver ; ainfi il perd,
faute d’avoir un entrepôt für & commo-
de, tout ce qu'il pourroit vendre dans
cette faifon. Mais l'Etranger ne veut
oint être efclave de nos prohibitions.
Ii ne veut point expofer les profits de
192 AGRICULTURE.
fon Commerce, fous prétexte que nous
nous éxpofons à manquer de fubff-
tance. On ne peut trop le redire: qu’on
ouvre nos Ports à perpétuité ; nos Blés
& ceux que l'Etranger aura entrepofés,
nous refleront dans les années ftériles,
parce que le Marchand qui gagnera à nous
les vendre, perdroit à les exporter. Dans
les années fécondes, labondance ne fera
plus un fardeau, parce que le Commerce
les verfera dans les lieux où ils pourront
être vendus plus cher qu'en France.
Peut-on fuppofer que le Commerce, à
qui nous devons l’abondance conftante
d'une multitude de denrées & de mar-
chandifes étrangères , oubliera fes prin-
cipes, lorfqu’il s'agira de nous approvi-
fionner de grains ? L’'intérér qui veille
fans relâche à l'exportation de notre fu-
erflu, parce qu'il eft à bon marché , &
à l'importation du néceflaire, parce que
la vente en eft füre & avantageule, n'a
pas befoin d’être dirigé par des loix. C'eft
l'efprit d'intérêt dont le Commerce eft
animé, à qui il taut abandonner le foin
de nous tenir dans ce milieu favorable,
qui feul peut enrichir le Cultivateur , le
Propriétaire, & l'Etat même. |
Nous ne pouvons nous paffer FHguR
Î FH
> s
per rs Eee se +
AGRICULTURE. 19£
d'hui de l'Etranger; mais fon affiftance
ne nous fera pas toujours néceffaire.
Plus nous exportons d'étoffes en tout
genre , plus nos Manufaëtures font à
l'abri de la concurrence. Plus nous expor-
terons de grains, plus notre foible Agri-
culture fe rapprochera de celle de nos
voifins. L’exportation nous rendra des
forces que la prohibition a détruites. Per«
mettre d'exporter nos Blés, c’eft répan-
dre des engrais fur toutes les Terres, &
même fur celles qui n’ont pas encore
éprouvé l’impreffion du foc.
Si des raifons fi preffantes, fi des mo-
cifs fi puiffans & fi touchans ne fufhifent
pas pour difliper les craintes, qu’il foit
permis de propofer un . dont l'effet
néceffaire doit être ou de les juftifier, ow
de les difliper fans retour. Cette matière
eft trop importante, pour fe prêter à l'in-
décifion. Il s’agit de prévenir la difette &
même la famine, en ouvrant ou en fer=
mant Île commerce des grains. Nous
fommes fürs que la prohibition ne les
prévient point. La police aûuelle n'af=
fure donc pas notre fubfftance. Ce qu’on
peut fuppofer de plus favorable, c’eft
qu’elle empêche les difettes d’être plus
fréquentes. On oppofe à cette conjeélure
| N
494 AGRICULTURE.
L'exemple des Nations chez qui lexporta-
tion eft libre. La difette ne s'y fait point
fentir ; on eft donc en droit de préfumer
que la même adminiftration en France
feroit fuivie des mêmes effets. Pourquoi
n’en feroit-on pas l'expérience en petit,
puifqu’on croit voir du danger à l'entre-
prendre en grand ? ;
. Il ya trente ans que la Province deman-
de avec les plus vives inftances la permif-
fion d'exporter fes grains, quoiqu'elle
éprouve quelquefois que fes côtes du
Nord ne font pas fufüifamment pourvues,
tandis que celles du Sud font dans la fur-
abondance. Ce n’eft point le vœu fouvene
fufpeët ou indiferet de quelques particu-
liers ; c’eft le vœu de la Nation entière
affemblée fous l'autorité du Roi. On peut
Ven croire fur des maux dont elle attefte
l’'exiftence, & furun remède qu’elle a tant
d'intérêt à bien choifir. La Bretagne eft
une peninfule. Rien n'eft plus aifé que
d'élever entr'elle & les Provinces voifines
une barrière toujours fermée pour le ver-
fement des Biés de lintérieur dans la
Province , & toujours ouverte pour lin-
troduétion des Blés de Bretagne & de
l'Etranger dans le Royaume. Cette bar-
rièreeft même déja foxmée pour d'autres
EU PO
AGRICULTURE. 195$
objets, Il ne faut qu’un ordre de plus aux
Commis des cinq groffes Fermes chargés
de la garder. Qu'on permette enfuite à la
Bretagne la libre exportation & de fes
grains & de ceux que l'Etranger y aura
entrepofés; on ne tardera pas à juger par
cette épreuve des principes les plus avan-
tageux à fuivre dans tout le Royaume
par rapport au commerce des grains.
On ne foupçonnera pas la Société d'en-
vifager dans ce projet un Privilége ex-
clufif. Elle connoit trop les maux qu’en-
traîne l’exclufif en tout genre. Mais elle
eft fi convaincue du préjudice que caufe à
l'Agriculture la prohibition d'exporter
les grains, qu'elle regarde comme un
devoir de préfenter aux Etats tous les
moyens qui peuvent conduire à obtenir
une liberté qu’ils follicitent depuis fi
long-temps. Si la Province demande cette
permiflion & qu'elle l'obtienne, les heu-
reux fuccès dont elle fera certainement
fuivie, affureront aux autres Provinces
& la même faveur & la certitude d’en
recueillir les fruits. Il ne s’agit pas de
concentrer les bénéfices de l’exportation
. dans une Province, mais d'éprouver à
quel point [a liberté d’exporter peut
être utile au Royaume.
Ni
Lin.
196 AGRICULTURE.
Une Province maritime doit raflurer
plus qu'une autre fur les dangers qu’on
cherche à prévenir par la prohibition.
11 ne lui manque aucune efpèce de fa-
cilités pour communiquer avec toutes
les parties du monde, pour recevoir &
pour donner Îles plus prompts fecours;
ainfi l'on doit préfumer que la deman=
de des Etats fera favorablement écou-
téé {z).
La défenfe d'exporter les grains doit
faire envifager la culture des Lins com-
me une des plus riches branches d'Agri-
culture de la Province. Mais cette bran-
che elle-même eft bien éloignée du point
d'accroiffement auquel elle peut parve-
nir. C’eft un bien précaire, puifque nous
tirons les femences de l'Etranger. L'Agri-
culture n’eft dans fa force ,que lorfqu’elle
peut fe pafler de tout fecours éloigné,
La guerre fuflit pour détruire par le fon«
dement la culture de nos Lins. Dans
quelles allarmes ne feroit-on pas, s’il fal-
TT +
(a) Les États, par une dé-
libération du 15 Novembre
1760, ont chargé MM. les
Députés & Procureur Géné-
ral Syndic à la Cour, de fol-
Jiciter la libre exportation
des grains de la Provime,
pour qu’on en puille faire
ufage à la Paix: & de de-
mander que dès-à-préfent le
commerce des grains foit li
bre de Province à Province
par mer, par Les rivières, &
par terre.
AGRICULTURE. 197
loit tirer de Barbarie ou du N ord, les Blés
néceflaires à nos femences ? Le péril n’eft
pas le même parrapport aux Lins, parce
que rien ne peut entrer en comparaifon
avec les grains du côté de la néceflité,
Mais comme tout eft lié dans l’Agricul-
ture, il s’en faudroit de beaucoup que le
Laboureur ne püt fournir aux frais & aux
avances qui précèdent & qui fuivent les
récoltes, fi par le défaut de graine de
Lin, il fe trouvoit privé des profits qu’ik
retire de cette Plante.
M. Dubois de Donilac, à qui la So-
ciété doit la connoïiffance de plufieurs
détails fur la culture & la préparation
des Lins & des Chanvres en Livonie,
affure que les graines de Lin dégénèrenc
dans ces climats comme dans le nôtre (u),
Le long féjour qu’il a fait en Livonie, lin-
térêtperfonnel qu'ilavoiràexamineravec
le plus grand fcrupule tout ce qui con-
_ cerne les Chanvres & les Lins, donnent
untrès-grand poids aux inftruétions qu'il
a bien voulu donner à ia Société.
(a) M. Dubois de Doni- des éclairciflemens qui ont
tac, né à Neuf-Châtel, eft été écrits fous fes yeux par
établi à Marenne. Il a don- un des Aflociés du Bureau
né de vive voix fur la cul- de Rennes.
ture & furlesapprêtsdu Lin,
N ïïÿ
r
198 AGRICULTURE.
On s’appercoi: en Livonie dès la troï-
fième année de l'afFfoibliffement de la grai-.
ne de Lin & de celle du Chanvre. On eft
forcé de la renouveler au plus tard après
la cinquième récolte. Les nouvelles grai-
nes qu'emploient les Livoniens, fe tirent
principalement de Siléfie ; mais ils en
font venir aufli de France. Ils n'emploient
celles de Bretagne que quand ils n’en
trouvent pas des quantités fufffantes dans
les autres Provinces. On leur envoie
donc les graines qui ont dégénéré ail-
leurs, & ce font leurs graines dégénérées
que nous femons. Elles fe dénaturent,
pour ainfi dire, les unes & les autres, en
changeant de terroir & de climat, puif-
que nos mauvaifes graines produifent les
beaux Lins & les beaux Chanvres de
Livonie, & que ces Plantes réufliffent
fupérieurement en Bretagne , lorfque
nous fubftituons à nos graines celles du
Nord.
Il ne devroit pas être dificile defaire dis
reétement cet échange. Peut-être feroit-
il plus fimple encore de tirer des Pro-
vinces de France, où fe cultivent le
Chanvre & le Lin, ces mêmes graines
qui fe régénèrent en Livonie, & qui
pourroient fe régénérer en Bretagne.
US TS NS
AGRICULTURE. 199
Il féroit bien digne de citoyens qui
aiment leur Patrie, de faire & de réitérer
des épreuves de ce genre. Les frais en
feroient très-modiques, & le bénéfice
en feroit très-confidérable pour le public.
Il ne faut jamais fe flatter de conftater
un fait de cette efpèce par une ou par
deux épreuves. Le défaut de réuflite dé«
pend fouvent de circonftances qu'on igno-
re, & qu'il feroit même impoflible de
découvrir. Ainfi l'on ne doit pas fe re-
buter lorfqu’une expérience n’eft pas fui-
vie d’un entier fuccès. Par exemple, il
eft poflible que la régénération des grai-
nes dépende du plus ou du moins de
difparité entre la nature des Terres où
fe fait la récolte, & de celles où on les
sème enfuite. Dans ce cas il faudroit
éprouver des graines de plufieurs en-
droits, pour pouvoir aflurer que Le chan-
gement de climat n’a rien opéré fur la
graine. M. de la Chalotais, qui a déja
fait quelques effais fur les graines dégé-
nérées , a pris des mefures pour en faire
de nouveaux, foit par rapport au Lin,
foit par rapport au Chanvre. Il feroit
à fouhaiter que fon exemple fût imité.
… Tout le monde prétend que la graine
de Lin nous eft fournie par une Com-
N iv
200 AGRICULTURE.
agnie qui s'eft rendu ce commerce ex=
clufif dans le Nord. Les Cultivateurs de
Bretagne le regardent comme un mo-
nopole,. & ce préjugé n'’eft peut-être
pas fans fondement. La Société, pour
qui l’adminiftration de cette Compagnie
& des correfpondans qu’elle entretient
en Bretagne, a été jufqu’à préfent un
myftère impénétrable, a cru que le feul
moyen d'y porter la lumière, étoit d'ob-
tenir des éclaircifflemens & des inftruc-
tions de Livonie. Elle a fenti en même
temps qu'il n’y avoit que le Secrétaire
d'Etat, ayant le département des affaires
étrangères, qui püt les procurer. Ces
recherches font toujours protégées par
ces hommes qui favent & s'élever aux
principes les plus fublimes du Gouverne-
ment, & defcendre dans les détails dont
J'enfemble conftitue la force des Monar-
chies. Aufli M. le Duc de Choifeul s’eft-il
porté à favorifer un projet dont il a vu les
conféquences. La Société, foutenue par
l'intérêt que ce Miniftre a pris au fuccès
de fes tentatives, & par la permiflion
qu’il lui a donnée de compter fur fon ap-
pui, fans aucune réferve dans toutes les
occafions où il pourroit être de quelqu'uti
lité, a cru devoir lui adrefler différens
AGRICULTURE. 201
Mémoires ; l’un , fur les préparations
ufitées en Livonie pour le Lin ; l’autre x
fur le Commerce des graines de Lin du
Nord; enfin elle l'a fupplié de lui pro-
curer de la graine de cette efpèce de Lin
dont on ne connoit en France que le
nom, de Lin vivace de Sibérie.
Ces Mémoires ont été envoyés & re-
commandés par M. le Duc de Choifeul
à l'Ambafladeur de Sa Majefté en Ruf.
fie. La Bretagne eft déja en état d’en pro-
fiter par l’inftruétion fuivante ; par des
modèles dont il fera fait mention à l’ar-
ticle des Ans; & par des éclaircifle-
mens & des faêtures fimulées qu’on trou-
vera à l’article du Commerce.
Cette inftru&tion, ou avis fur La cui
ture du Lin, ne s'accorde pas toujours
avec les pratiques qu’on fuit en Bretagne.
Elle contient des préceptes qu’il feroit
peut-être dangereux d'adopter ; écrite
d'ailleurs par une perfonne À qui notre
langue eft étrangère, il s'y trouve des
chofes exprimées d’une manière équivo-
que, d'autres avec obfcurité. Ces dé-
fauts ( & cette expreflion eft fans doute
trop forte) font pour le moins excufa-
bles dans une perfonne à qui notre langue
n'eft pas familière, Ona cru ne devoir y
202% AGRICULTURE.
faire de changement d'aucune efpèce:
Les Lins de Livonie font fi beaux, on
y en cultive une fi grande quantité, que
tous les préjugés fe réunifient en faveur
des procédés qui y ont obtenu la préfé-
rence. D'un autre côté, quoique la
Bretagne foit infiniment moins étendue
que la Livonie, on y fuit des pratiques
fi différentes par rapport aux Lins, qu’il
ne feroit pas étonnant que l'avis dont il
s'agit, ne préfentat que les ufages d’un
canton particulier, & que dans d'autres
cantons les Livoniens en fuiviffent d’au-
tres. Pour n'avoir rien à fe reprocher, la
Société tâchera d’éclaircir quelques dif-
ficultés par des notes. La diverfiré d’ufa-
ges conduit ordinairement à chercher par
des expériences ceux qu'il eft le plus
avantageux de fuivre. On ne peut trop
en faire fur une culture aufi lucrative
que celle des Lins.
AVIS SUR LA CULTURE DÜ LIN (a).
» La femence du Lin demande un ter-
(a) La plupart des notes connoiffe furie Lin; ou d’un
qu'on va lire fonttirées, ou Mémoire [ur la culture de
des Effais de la Société de cette Plante, qui a été mis
Dublin , qui renferment les au dépôt de la Société par
meilleures obfervations & MM.ies Aflociés du Bureau
ls plus complères qu'on de Vannes. Ce Mémoire a
PT
——— _
AGRICULTURE, 20%
# rain de fort bonne qualité, qui ne foit
» point fablonneux ni trop fec, un peu
>» humide plutôt. En Livonie, on n'y em-
>» ploie que des champs & des terrains dont
» la fuperficie eft noire, & le fond folide
» & gras. On y met aufli en ufage les
» champs, qui après l'engrais ont don-
» né une récolte de Blé. On sème en
» Outre quantité de Lin dans des Terres
>» défrichées , qu’on appelle ici Rocdun-
» gen, qui font des terrains à bois cou-
>» pés, qu'on défriche en biülant le bois,
» & en labourant la terre après, pour
+ que les cendres y foient mélées avec
» la terre. Ces Terres défrichées font
>» fort propres au Lin, & même préfé-
» rables à toute autre, attendu qu'on ne
# les y emploie qu'a la troifième année,
» & après en avoir retiré une année du
» Blé, & l’autre de l'Orge (4).
NN
pour objet de marquer la
différence des préparations
ufitées en Bretagne, & de
celles qu'on donne aux Lins
de Fiandres & de Picardie.
On trouvera entre ces inf-
truétions , une conformité
propre à donner de la con-
fance ; mais plus fouvent
encore une oppoftion qui
“éonduira çeux qui aiment
le bien public, à faire des
épreuves qui perfcétionne-
ront infailliblément notre
culture & nos apprêts.
(a) Voici ce qu’a dic M.
Dubois de Doniiac fur la
qualité du terrain des can-
tons de Livonie qu'il a exa-
minés.
Le haut des montagnes
fournit des pâturages excel-
204
AGRICULTURE.
» Ordinairement on laboure & on herfe
» la Terre trois fois ; favoir , deux fois
æ avant, & une fois avec la femence. Si
lens, des fapins propres aux
matures, &c. On sème des
fromens à mi-côte. Ils vien-
nent dans une terre rougea-
tre, compofée de fable &
d'argile, mais où l’argile do-
mine. Tous les terrains hu-
mides, & même aquatiques
(& ce font les plus Fa
font confacrés aux Lins &
aux Chanvres. Ces Plantes
font femées dans une efpèce
de terreau noirâtre qu’on la-
boure à la bèche & fort aife-
ment. Ces terres produifent
fans fumier, excepté quel-
que peu de fiente de tourte-
relles & de ramiers pulvéri-
fée. Pour juger de la petite
FU par qu’on en répand, il
ufft de favoir que les Livo-
niens n'ont de cette fiente
qu'autant qu’ils vont la ra-
mafler dans les bois, fous les
nids, & dans les nids.
En Hollande, ( Voyez les
ET. de Dub. pag. 44.) les
terres graveleufes , fablon-
neufes, ou légères donnent
du Lin fin, mais en petite
quantité. La graine dégéné-
re dès la première ou la fe-
conde année. Dans les terres
glaifes, profondes, fermes,
un peu humides, on recueil-
le une quantité de Lin plus
grande, dont la graine eff
excellente. Les Hofadois
ne sèment sé point de
Lin dans la Province de
Hollande, à caufe que le
terroiren eft léger & fablon-
neux. Mais ils recueilient
d’aufli beau Lin & d’auffi
bonne graine qu’il y en ait
en Europe, dans les terres
glaifes, profondes, lourdes,
fermes & un peu humides,
de la Province de Zélande.
En Bretagne, on cultive
le Lin, & dans des terres le-
géres, & dans des terres ar-
gileufes & fermes. On peur
mettre au nombre des terres
légères, celles des Evêchés
de Saint-Malo, de Tréguier
& de Léon. Celles de Béches
rel, qui font dans l’Evêché
de Saint-Malo, & qui pro-
duifent du Lin fupérieur,
font extrèmement légères.
Les terres de l’Evêché de
Rennes {ont communément
argileufes, humides , & par
conféquent fortes. Cepen-
dant le Lin qu’on y recueille
eft inférieur à celui des au-
tres Evêchés ; ce qui femble
contredire ce qu’on vient de
rapporter fur les terrains qui
font préférés en Livonie & |
en Zélande. Mais c’eft plu- |
AGRICULTURE. 20$
» le Lahoureur ou Payfan a du temps, il
» fait bien de préparer déja dans lAutom-
» ne précédent, les champs dont il veut fe
» fervir pour le Lin au Printemps, en les
» labourant & herfant une fois, vu qu'it
» gagne cette peine fur le travail de l'Eté
» qui fuit. Toutefois avant que de herfer
» la Terre, il faut toujours qu'elle foit
» bien sèche. Pour y parvenir, onlaifle
# les champs, après les avoir labourés,
» expofés à l'air fans les herfer , afin d’é-
> viter le cas de les herfer trop humides.
# Il ne faut pas négliger non plus de la+
» bourer & de herfer la Terre aufli fines
» ment qu'il eft poflible (4).
(a) Les Zélandois prépas
rent leurs terres fuivant deux
méthodes. L’une confifte à
labourer les terres en friche
trois ou quatre fois & même
davantage, & à les laiffer en
jachères pendant tout un
tôt de la culture que du
choix du terrain , que réful-
te la différence qu’on vient
de marquer. Les terres légè-
res qui rapportent du Lin
en Bretagne, font trés-bien
cultivées. Les terres lourdes
le font très-mal. Elles exige-
zoienc cependant plus de
foin, & on en feroit dédom-
magé. par l’abondance & la
| du Lin qu’elles pro-
uiroient, Mais, comme
| Fobferve la Société de Du-
blin , p.97, la patience feule
d’un Zélandois peut vaincre
la forte cohéfion des parties
d'une terre de cette nature.
Eté. L'autre eft plus com-
pliquée. Aprés les avoir bien
fumées, & les avoir labou-
rées deux fois, ou plus, on
y sème du blé. L'année fui-
vante, on y plante de la
Garance, qui y refte deux
ans, & la quatrième année
on y sème le Lin. Ainf ces
terres reçoivent deux ou
trois lebours avant la fe-
206 AGRICULTURE.
» Le temps de femence en Livonie
»eft du 20 Mai au 30 du même mois,
» quand la Terre eft bonne ; mais ce
» temps eft reculé de huit à quinze JOUIS,
» lorfqu’elle eft de moindre qualité (a).
» Pour la façon de femer, il eft bon
» de dire que les femences font fagement
» à épandre, c’eft-à-dire, qu'on n’en jette
» ni trop, nitrop peu. Car dans le pre-
» mier cas, le Lin fe couche aifément,
» & les chenevotes ou épis en devien-
» nent trop minces &t trop Feu traitables,
» & il en perd alors abfolument cette
» foupleffe & cette qualité fine qui lap-
REP UN 7e SE
femer au premier temps fa-
maille du grain , & quelque-
vorable dans le mois de
fois jufqu'’à cinq pour la Ga-
rance, outre Les façons con-
tinuelles pour recouvrir Cet-
te Piante de terre à mefure
w’elle croît, & pour l’arra-
cher. Effai de la Société de
Dublin, pag. 49-
(a) Dans les Evêchés de
Rennes & de Léon , on sème
le Lin en Mars & en Mai.
Dans celui de Tréguier, en
Mai & en Juin. En Flandres
& en Picardie, on sème aufli
en deux temps différens, de-
puis le 15 Mars jufqu’à la
mi- Avril, & depuis le 15
Juin jufqw’à la fin de Jui-
let. La Société de Dublin
dit, pag. 6$, qu’il faugroit
Mars. Sur quoi le Traduc-
teur ( M. Thébault ) ajoute
en note : » Le froid nuifant
» au Lin, il vaut mieux n3
» femer qu’au mois d'Avril.
» Mais il ne faut jamais fe-
» mer plus tard qu’au mo's
» de Mai. En général, on
» doit femer plurôt les ter-
» res légères & bien engraif-
» fées, & plus tard celles
» qui ont eu moins d’en-
» grais, OU qui {ont fort
» humides. Il eft d’obferva-
» tion que le Lin femé en
» Mai donne toujours plus
» de bois & moins de fi-
» lafie «.
AGRICULTURE. 207
+ proche à de la foie; qualité qui eft la
» plus éminente de toutes. Et dans le
» fecond cas, les tuyaux contractent trop
» de grofleur, comme le Chanvre, & fes
æ parties deviennent trop groflières; de
> manière que le plus s’en perd dans le
» triage & les apprèts, & que l’on man-
» que le profit à en tirer.
» Or la meilleure facon de femer,
seft de prendre les femences avec les
» trois doigts & le pouce, & nullement
# à pleine main; & la diftribution fe
»fera, en forte qu'un arpent à boiffeau
+ de Blé ou d'Orge de femence, fera
» enfemencé d'un tiers de la même me-
# fure de Lin(a).
# Les femences à enfemencer prépa-
(a) La Société de Dublin
( pag. 64. ) confeille de fe-
mer jufqu’a quatre boiileaux
de graine par acre d'Irlande.
Si le borfieau & lacre dont
on parle, font les mêmes
uen Angleterre, on sème
dx une étendue de terre de
1134 + toifes carrées de
France, quatre fois ce qu’il
faudroit de graine de Lin
pour remplir une mefure
contenant cinquante - trois
ou cinquante-quarre livres
de Froment poids de marc.
. Dans l’Evèché de Ren-
v .
nes, ou les terres font for-
tes, on sème dans un jour-
nal, qui eft de douze cens
quatre-vingt toifes carrées,
environ cinq boïffeaux de
graine de Lin, & Le boiffeau
contient quarante-cinq li-
vres pefant de Froment.
Ceft un peu moins que ce
qui eft prefere par la So-
ciété de Dublin, & le triple
de ce qu’on sème en Livo-
nie , fuppofe que l’emblave-
ment des terres y foit pro-
portionnel à celui qui et le
plus ordinaire en Bretagne.
208 AGRICULTURE.
» rées font communément féchées à l’air.
» Cependant on les met auparavant un
» peu dans la rotière, pour les mieux
» conferver; & c’eft aufli là qu'on les
» met à couvert de fe moifir.
» La faifon & le temps décident prin-
» cipalement du fuccès des femences. Car
>» c’eft proprement le temps qui fixe la
> bonté & la qualité du Lin.
» Le temps étant fans pluie, le Lin
» fera court; & s’il pleut affez, le Lin.
> fera long & beau. Maïs aufli, fi la pluie
>» continue & qu’elle tombe trop abon=
# damment, les femences feront oppref-
» fées, ou fe pourriffent facilement, fur-
» tout dans des terrains humides de na
» ture; & le Lin ne vaut pas alors grand
» chofe.
» Le Lin ayant gagné aux champs Îa
» longueur d'un empan ; il faut qu'il foit
» foigné, & qu'on arrache les mauvaifes
» herbes qui pourront croître avec lui.
» On prend pour cela des petits enfans
» qui vont pieds nuds arracher l'ivraie,
» fe gardant de fouler trop le Lin (a). -
(a) On doitfarclerleLin, Linle moins qu’il eft pof-
quand il a entre deux & cinq fible, eft de s’afleoir deflus.
ouces dehauteur.Lemoyen Ceux qui ne voudront pas
je plus für d'endomimagerle fuivre cette méthode, doi-
» Le
AGRICULTURE, 208
wLafigne de la maturité du Lin fe
æ manifefte aux feuilles d’en bas de la
ætige, en ce qu'elles fe jaunifilent, &
æ puis tombent. Cela étant, on en fait la
» récolte, en arrachant les chenevotes
» des mains & pas autrement, & bien
» même tant quon peut tenir dune
= main à da fois: mais avant que d’arra-
» cher cette poignée , on la lie en haut
» de quelques tuyaux de Lin, & l'ayant
» tirée de la Terre, l'homme la met au-
» près de Jui; & puis il continue de la
» même manière (4). Or le Lin arraché
‘ |
vent du moins obliger les
Sarcleufes à n’entrer dans la
Linière que nuds-pieds. On
doit choïfir des temps humi-
des pour deux raifons: l’une,
que les mauvaifes herbes
s’arrachent plus aifément :
l'autre, qu'on court moirs
de rifque de nuire au Lin,
dont les racines ne font pas
fort avant dans Ja terre.
Voyez les Effais de Dublin,
pag. 67.
(a) La méthode de cueil-
lir le Lin, eft d'en prendre
avec les deux mains autant
qu'on le peur aifément, &
de le con àterte, la tête
. tournée vers le midi. On en
À prend enfuite une autre poi-
_gnée, qu'on pofe un peu de
côté fur là première, af
que la tête du Lin foit en-
cote expofée au midi. On
continue jufqu’à ce que le
monceau s'éléve à la hau-
teur d’un pied & demi. Eff:
de Dub. pag. 71.
» La méthode des Hol!lan-
» dois de mettre Le Lin fur
» la terre fans le lier, feroît
» peut-être fuivie d’inconvé-
» niens. Je crois la mienne
» Ja meilleure, Je lie chaque
» poignée vers la tête ; j’é=
» Carte énfuite les extrémi=
» tés, pour la mettre droite
» fur la terre; j'en range
» trois Ou quatre les unes à
» côté des autres, & je di-
» vife ainfi mon Lin eñ pe-
»tits paquets. Ils sèchens
B10 AGRICULTURE.
s de cette facon-là, on lui coupe les
» épis ou les boutons, pour en recueil-
> lir les femences. Mais fi Pon ne fait
» pas beaucoup de cas des femences,
» ON COUPE feulement les extrémités ou
> pointes où font les boutons, gagnant
>» alors la perte des femences fur la lon-
sgueur du Lin. En échange , fi lon
x veut bien ramañler les femences, on
> coupe les boutons avec une partie de
>la tige, & on perd dans ce cas-la
5 quelque chofe de Îa longueur du
5 Lin (a).
Il feroit fort à recommander que
» l'on prit fes arrangemens en forte de
» pouvoir & arracher le Lin & en cou-
> per les boutons, & le mettre dans l’eau
- en un même jour, afin d'empêcher que
le Lin étant fur la Terre ne s'échauffe
» & ne prenne point de mauvaife couleur.
» Mais ne pouvant l'effettuer ce même
>» jour, il faut abfolument que cela fe
GLACE FAO ET TES
» promptement , parce que (a) Les Hollandois égru-
Dle vent a un accès libre gentle Lin. C’eft auffi l’ufa-
» aux tiges. Le Soleil sèche ge de plufieurs cantons de
» les poignées, & la pluie reragne. Dans d’autres can-
» ne peut s’amafler deflusen tons de cette Province, en
» grande quantité «. Voyez Flandres & en Picardie, on
{es Efjais de Dublin, pag. le bat poux en détacher la
273- graine.
AGRICULTURE, 21É
» fafletle lendemain, & que le Lin foit
æ trempé (x).
» On y procède ainfi : on prend les
poignées de Lin comme elles ont été
> arrachées & mifes par terre, & onles
> met fur le chariot qui doit les mener
» à l'eau. Lorfqu’on y arrive, on déchar-
»ge le chariot pour y jeter toute la
* charge de Lin. Puis on le coule dou-
» cement à fond à l’aide d’une perche:
» enfuite on jette deffus des broffailies ;
& fur celles-ci des fouches , ou de
» grofles piéces de bois affez pefantes
» pour tenir les Lins au fond.
» En retirant le Lin de l’eau , on fe
» fert d'un crochet, afin que rien n’en
> reite collé au fond; & pour plus de
œ füreté, on peut nombrer les poignées
» en les mettant dans l’eau , afin de fa-
» voir au jufte fi on les a toutes retirées
> OU non.
1 EN
(a) La Société de Dublin, Deux ou trois beaux jours
P.726 fuiv. ditqu'enéten- fufifent pour mettre le Lin
dant le Lin poignée à poi- =
en état d’être enlevé, Il y
gnée, dès qu’il a été arraché, plufieurs cantons en Breta-
gne où l’on égruge le Lin le
même jour qu’on l’a arraché.
On fe hâte de le porter dans
les routoirs. Il eft, à ce que
l'on prétend, plus blanc &
plus doux.
oi
on peut l'enlever après 12 ou
34 beaux jouts, Elle avertit
que les Hollandois ne tar-
dent point à l’'égruger, &
qu'il eft très-important de ne
point différer le roui du Lin,
212
AGRICULTURE.
On ne laiffe le Lin dans une eat
» tiède, que fept à huit Jours; au lieu
» qu'on
» l’eau
le laiffe quinze jours dans de
froide (a). Toutefois pour ne
» s’y jamais tromper; On tire le fixième
» jour trois Ou quatre chenevotes ou
2 tiges de
> doigt 5
»cesen
l’eau, qu'on roule autour du
& fi l’on s’apperçoit que l'écor-
détache ou fe caffe aifément,
» il eft temps de le retirer d’abord après.
» Au contraire, s’il fe
plie fans que lé-
» corce en faute, il faut le laiffer encore
» tremper, fans pourtant manque? d'en
» faire chaque Jour ce
coup d'effai; car
5 le laiffant au-delà de fon temps à l’eau,
» on rifque qu'il fe trempe trop; c'eft-à-
nt orties CRT
(a) I eft impofhible de
déterminer le nombre de
jours que Je Lin doit de-
meurer dans l’eau pour être
exactement roui. Les Effais
de Dublin portent trois,
quatre, dix, feize, ou dix-
huit jours. Le Mémoire de
MM. les Affociés du Bureau
de Vannes, dit que quinze
jours fufifent; qu'en lan-
dres le Lin refte environ un
mois & quelquefois plus
dans le routoir. La durée de
Jimmerfon dépend de plu-
fieurs caufes qui font quel-
quefois féparées ; mais plus
fouvent réunies ; la tempé-
rature de l’air, la qualité des
eaux, le degré de maturité
du Lin, &c. Ainf la feule
règle qu'on doive fuivre,
eft d'examiner fréquemment
l'effet du roui, qui n’eft fuf-
fant que lorfauw’en rompant |
des brins de te les fibres
fe féparent facilement de la
chenevote. Cependant il ne
faut pas attendre que le Lin
ait perdu toute adhérence
pour le retirer du routoir.
Si l’on différoit jufqu’à ce
point, il feroit foible & à
demi-pouxri.
AGRICULTURE. 21%
5 dire qu'il perde fon luftre & fa fouple
» finefle, & qu’il devienne en battant un
» tas entortillé, & inutile. IL vaut donc
» mieux le retirer de l’eau un peu trop
» tÔ0t que trop tard ; car fi même il n'a
» pas tout-à-fait bien trempé, l'humidité
» de la terre où on le met y fuppléra
» tOUJOUTS.
» Le Lin fe trempe dans des étangs
» ou des lacs morts, & point dans des
> rivières, ou dans l’eau coulante (2);
(a) Les expériences qui
ont été faites par la So-
ciété fur le roi des Chan-
vres, ( Voyez le Corps d’ob-
fervations des années 1757
& 1758, pag. I4T.)ne per-
mettent pas de regarder
comme une maxime fure,
ou du moins univerfeile,
que les eaux, foit ftagnan-
tes, foit courantes, doivent
être préférées. On va voir
d’ailleurs par des inftruc-
tions qu’on tient de M. Du-
bois de Donilac , que la ma-
nière de rouir des Livo-
niens n’eft pas uniforme.
Ils ont deux efpèces de
routoirs. Les plus fimples ne
font que des trous creufés
près du bord desrivières. Les
Chanvres & les Lins rouis
fuivant cette méthode, qui
fe rapproche beaucoup de la
nôtre, fe vendent commu-
nément vingt-cinq à trente
pour cent de moins que ceux
qu’ils rouiffent dans les rou-
roirs dont on va parler.
Lorfqu’ils veulent avoir
des Lins ou des Chanvres de
qualité fupérieure, ils profi-
tent de la chute d’une four
ce, pour conftruire en efpe-
ce d’amphithéâtre cinq, &
0 er fix baflias ou rc-
ervoirs, qui ont chacun aw
moins un pied & au plus
deux pieds de profondeur.
L’eau peut couler de l’un à
lPautre, ou être retenue 3
volonté. Les réfervoirs font
féparés par de légères chauf-
fées de terre glaife. Chaque
chauffée à une petite ouver-
ture, qu’on eft maïtre de
ferimer quand on le juge né-
ceffaire. Pour empêcher læ
O1}
214
AGRICULTURE,
» le Lin devient rouge & noir dans les
> rivières, parce que le torrent y fait glif-
» fer & s'attacher des immondices , &
fource d’inonder le premier
baflin, & fucceflivement tous
les autres, on la détourne
un peu elle-même par une
petite chauffée de glaife; &
lon rompt cette chauffée
toutes les fois qu'on veut
renouveler l’eau des réfer-
voirs.
Les Livoniens ne remplif-
fent de Lin ou de Chanvre,
que le réfervoir le plus éle-
vé. Deux, trois, ou quatre
jours aprés, ils font pañler
dans le fecond réfervoïr les
poignées qu'ils avoient mi-
fes dans le premier. Du fe-
cond réfervoir, le Lin ou le
Chanvre pañlent dans le troi-
fième , & ainf de fuite, juf-
w’à ce que ces matières
PE rendues au dernier.
À chaque changement , le
premier réfervoir eft chargé
ou rempli de Lin, ou de
Chanvre nouveau, & l’eau
eft renouvelée dans tous les
réfervoirs. Par ce moyen, le
roui n’eft achevé que quand
les Lins ou les Chanvres
font parvenus, & qu’ils ont
féjourné pendant un temps
convenable dans le réfer-
voir inférieur. On fera bien
aife d'apprendre, fans doute,
que les Anglois & les Hol-
jandois ne tirent de Chan-
vres que ceux qui font rouis
dans les routoirs qu’on vient
de décrire , & qu’une grande
partie de ceux qui viennent
en France ont été rouis dans
les eaux ftagnantes qui rem-
pliffent les trous creufés fux
le bord des rivières.
La Société de Dublin,
pag. 207 € fuiv. veut qu’on
préfère pour le roui, l’eau la
plus claire, la plus tranquille
& la plus douce. Eile con-
feille dans fes Effais de rouir
dans de grands réfervoirs,
qu’on remplit d'eau par le
moyen d’un ruifleau , & de
faire entrer l’eau de bonne
heure dans les routoirs, afin
qu’elle ait le temps de dé-
pofer les corps étrangers
dont elle peut être chargée,
& de recevoir l'influence du
Soleil & de l'air.
En Flandres, en Picardie |
dans le Maine, on rouit le
Lin dans l’herbe; ce qui fe
fait en le mettant dans l’her-
be d’un pré, où le roui s’opé-
re, tantôt par l'abondance
des rofées , tantôt par des ar-
rofemens. On y rouit auf
à fleur d’eau , en arrangeant
les paquets de Lin dans des
endroits aflez peu profonds
AGRICULTURE. 21$
» qu'il 'en rompt en outre l'écorce. Mais
» dans les étangs cela n’eft point à crain-
» dre; & dans les lacs, pour éviter tout
>» inconvénient , on les met dans un coin
» où les petites vagues ne peuvent lui
» nuire en rien. Cependant l’endroit le
» plus propre à tremper lé Lin, eft dans
> l'endroit où il y a des joncs tendres ou
» de groffes herbes dans l’eau, où une
+ profondeur médiocre permet qu’on en
» occupe une diftance fufhfante. Et pour
» les lacs morts, il ya encore une remar-
» que à faire ; c’eft qu'il ne faut jamais
+ mettre le Lin là où l’eau des marais
» peut y couler ; car ces eaux donnent
»au Lin une mauvaife couleur.
» Bien des Payfans en Livonie, qui
n'ont point de lacs à portée pour y
>» tremper leur Lin, cherchent un marais
pour que l’immerfon ne foit
pas totale. Cet ufage eft dan-
gereux , lorfqu'il furvient
des chaleurs. D’autres exé-
cutent le roui, partie dans
l'eau, partie fur le pré. En-
fin , l’ufage prefque général
eft de tenir le Lin au fond
d’une eau morte, ou fta-
gnante, & de le charger de
mottes de gazon. En Breta-
gne, on rouit dans des eaux
courantes, dans des eaux fta-
gnantes, & quelquefois fur
le pré. La méthode la plus
ordinaire eft de mettre le
Lin dans un réfervoir fait
exprès, au fond duquel om
fait un lit de paille , fur le-
quel on étend une quantité
convenable de faifceaux de
Lin, qu'onrecouvre de pail-
le, fur laquelle on met des
mottes de gazon.
O x
216 AGRICULTURE:
> qui ne fe communique point à d’aui
» tres, & y creufent une efpèce d’étang,
» auffi ample que le demande la quantité
» de leur Lin, & le trempent dans fes
» EAUX : Mais Comme. ces eaux fe cor-
+ rompent dans le cours d'une année,
+ elles ne peuvent plus fervir de rien à
+ cet ufage l’année fuivante. Ils font ré-
» duits à chercher chaque année un nou-
» vel endroit. |
» Le Lin tiré de l’eau, doit être épan-
» du fur la Terre de façon que jamais
+ plus de trois chenevotes ne fe trouvent
s les unes fur les autres; car fi l’on n’y
» prend bien garde, le Lin refte verd &
» fe pourrit; il ne faut pas aufli le mettre
» fur une Ferre humide où il fe gâte
» entièrement, mais fur une Prairie sè-
+ che, ou fur des champs long-temps en
» friche. On n’a pas befoin de le tour-
“ner, parce que Je demande qu'il foit
» d’abord larsement difperfé (a).
(a) M. Dubois de Donilac
a indiqué une autre méthode
w’il a vufuivreen Livonie,
& pour le Lin & pour le
Chanvre. La voici. Au for-
tir du dernier baflin du rou-
toir, on coupe la racine des
Chanvres, & on ne coupe
pas celle des Lins. Le Chan-
vre ou le Lin fe partagent
en poignées à peu près de la
grofleur du bas de la cuiffe.
Ces poignées font pofées de-
bout, & elles font foutenues
par un piquet fur lequel on
les appuie , en faifant croi= .
’
AGRICULTURE.
217
Lo É N
5 On effaie de battre Le Lin après qu’il
wa été une huitaine de jours hors de
» l’eau, & difperfé fur la Terre : mais l’é-
fer l’extrémite fupérieure des
tiges. On les laïffe dans cet
état pendant un jour, pour
s’égoutter. Ou les étend en-
fuite fur l’herbe pendant un
ou deux jours , après quoi on
les met en tas, & on les cou-
vre de chaume ou d’autres
chofes femblables, pour les
faire fuer. Lorfque le Chan-
vre ou le Lin ont fufifam-
ment fué , on les fait fécher
à l’ombre en les entaflant.
Mais il faut que les tas aient
peu d'épaiffeur » afin que
lair puifle un peu s’y infi-
nuer. C’eft de cette dernière
opération que dépend prin-
cipalement la bonne ou la
mauvaife qualité des Lins
ou des Chanvres. Ils peu-
vent fe conferver pendant
deux ou trois ans, & même
plus long-temps fur leur
chenevote, après avoir reçu
les préparations qu’on vient
d'expofer. Lorfqu'on veut
les faire broyer, après les
avoir gardés, on les met au
four.
Après le roui, dit la So-
ciéte de Dublin, pas. 2178,
on étend le Lin fur un ter-
raiñ fec, couvert d'herbe
gourte. On l'y laïfle jufqu’à
ce qu’il ait féche, blanchi, &
w’il foit devenu aflez fou-
ple.. Quand Pherbe eft lon-
gue, elle retient trop d’hu-
midité après la pluie & les ro-
{ées ; elle occalionne une fe-
conde fermentation dans le
Lin, l'empêche de fécher, &
le fait fouvent pourrir. La
meilleure manière eft de lé-
tendre fur des bancs de fa-
ble, ou de oravier pierreux,
qui ne foient point mélés de
terre. L’ufage affez ordinai-
re eft de retourner le Lin
fréquemment, & de le laif-
fer étendu fur lherbe pen-
dant quinze Jours ou trois
femaines.
En Flandres, le Lin for-
tant du routoir refte fur le
pré trois ou quatre femai-
nes.
Lorfque le Lin eft fuffi-
famment roui, on ne doit l’é-
tendre que pendant Le temps
néceflaire pour le fécher.
Deux ou trois jours fuff-
fent, lorfqu’il fait chaud.
On le ramaffe, fi l’on peut,
pendant qu'il eft encore
échauffé du Soleil ; il fe con-
ferve mieux, & on l’apprête
enfuité avec plus de faci-
lité, |
18 AGRICULTURE.
>» corce ne fe détachant pas aifément , on
» le laiffe encore une couple de jours, &
>» puis on en revient au fait ; mais ilne.
> faut pas attendre trop, car le manque
» d'attention & de temps ôte au Lin fes
» qualités effentielles: j'entens le luftre
>» & la foupleffe.
» Lorfqu'on ramaffe le Lin, on peut
» l’entafler un empan de la Terre. Mais
>» quand on a une bonne grange, il vaut
+ mieux l’y ferrer, parce qu’il s'y sèche
» le mieux du monde.
» Le Lin devant être battu, il eft bot
>» de le tranfporter à la rosoire que l’on
» aura fait médiocrement chauffer, &
» bien avant qu'on y mette rien, afirt
>» d'éviter que la fumée ne rende le Lin
» noir (a).
(a) Selon toute apparen-
ce, on entend ici par ro-
toire, un haloir , ou un four.
Les fours que M. Dubois de
Donilac à vus en Livonie,
font conftruits, ou avec de
l'argile, ou avec de Ia bri-
que, ou avec de la pierre de
taille. Ceux qui font conf-
truits avec de la terre glaife,
ou de largile, contiennent
jufqu’à huit cens poignées ;
les autres n’en contiennent
que deux, trois, ou quatre
cens. Ils font faits comme
les fours d'armée, c’eft-3-
dire, fort furbaiflés. On les
chauffe avec du bois mort,
ou avec ce qu'on nomme:
dans les forêts, Mort-bois.
On fe fert aufhi de fagots
d'Ajonc, de Genèt, &c. Ces
fours n’ont befoin que du de
gré de chaleur fuffifant pouf
rendre la chenevote caffan-
te, c’eft-à-dire, d’une cha-
leur foible. On y arrange
les Chanvres & les Lins de-
|
|
AGRICULTURE.
219
» Le Lin étant battu, on peut le
+ mettre où bon femblera, pourvu que
> l'endroit foit fec ; & quinze jours après
+ on le nétoie des écorces.
bout ; & en fortant du four,
ils font portés à une efpé-
ce de moulin deftine à les
broyer.
Les Hollandois fe fervent
de haloirs. Ils les conftrui-
, fent au fond des ateliers où
travaillent les Broyeurs &
les Efpadeurs. Les dimen-
fiôns ordinaires de ces ha-
loirs font de quinze pieds de
longueur, de dix de largeur,
& de cinq de hauteur. Ils font
votés. Pan en eft af-
fez grande pour qu’un hom-
me puifle y pañler facile-
ment , & on la ferme avec
une porte de bois. On ne fe
fert de bois pour chauffer le
haloir , que la première fois.
Les déchets les plus grofliers
du Lin & les balayeures de
latelier fufifent enfuite.
Les Hollandois allument le
feu dans le haloir quelques
heures avant que louvrage
du jour finifle. Les balayeu-
res du Lin s’allument facile-
ment, & le haloir eft fuf-
famment échauffé & refroi-
di avant qu’on ait ceflé de
. broyer & d’efpader. On le
templit, quand on finit de
travailler; & le lendemain,
lorfque louvrage recom-
mence , le Lin eft fec &
propre à être broyé. Le Lin
un peu chaud fe broie plus
.aifément, par confequent
a moins de frais, & plus
avantageufement à d’autres
égards. Aufli les Hollandois
ne tirent-ils jamais du haloïir
deux paquets à la fois. Ils
les prennentunäun, à me-
fure qu’ils en expédient.
Voyez les Effais de Dublin,
pag. 220 € fuir.
En Bretagne, on fait fe-
cher le Lin dans des fours
ordinaires. On les laïfle re-
froidir après la cuiflon du
pain. Comme l’impatience
de ceux qui font cette opé-
ration, eft la feule regle
qu’ils fuivent pour le refroi-
diffement des fours, ils fone
toujours de beaucoup trop
chauds, lorfqu’on y met le
Lin ; ce qui l’altère confidé-
rablement, & en ruine mé-
me une partie. Mais le plus
grand mal qui en réfuite,
c’eft de caufer des maladies
très-dangereufes & fouvent
mortelles à ceux qui entrent
dans les fours pour y arran-
ger les poignées de Lin. Plu.
220 AGRICULTURE.
Le Chanvre à toujours été pour [x
Bretagne un objet de culture & de Com-
merce. Peut-être mème cette culture ,
a-t-elle devancé celle du Lin. La multi-
tude des Ports de cette Province entraï-
ne une grande confommation en gros
cordages, en manœuvres de toute efpè-
ce, en toiles à voiles. Le Phyfique du
climat fert heureufement les intérêts de
la Nation. Les Chanvres de Bretagne
font excellens , & ils réufliffent dans
prefque tous les cantons de la Province.
Rien n’eft plus important pour le Royau-
me, que de foutenir & même d'augmen-
ter une produétion fi précieufe. Les, Efca-
dres de Sa Majefté, les Vaiffeaux de la
Marine commercçante, n’auroient qu’une
exiftence précaire, fi la France ne fufh-
foit pas à fes befoins relativement à cette
denrée. Cette branche de culture mérite
donc une proteétion particulière.
On a fuivi pendant long-temps un
CaaxvRe.
fieurs Membres delaSociété Lorfqu'ils font fecourus ; |
{ont témoins chaque année,
que le defféchement de la
peau des hommes & des fem-
mes qui ont limprudence
& le courage de foutenir ce
travail, eft tel que toute
tranfpiration eft fupprimée.
la tranfpiration fe rétablit
quelquefois. Mais par tout
où ils manquent de fecours,,:
& dans tous les cas où les
fecouts ne rappellent pas læ .
tranfpiration, la mort
prefque inévitable.
AGRICULTURE. 22E
plan d’adminiftration qui a penfé la rui-
ner fans retour. La Société a déja in-
diquè la fource des contradictions qu'a
éprouvé le Commerce des Chanvres de
Lannion, de Tréguier, de Painpol, de
la Rochederrien, &c. (a). On ne s'ap-
pefantira point fur les fuites d’un régime
qui n'exifte plus. On fe bornera à propo-
fer les remèdes qui paroïffent nécefiai-
res pour réparer les maux qu'il a caufés.
On fe perfuadera aifément que fi le
mal n’a pas augmenté, la culture des
Chanvres eft du moins reftée dans un-
état de langueur très-préjudiciable au
Royaume. Si elle fe ranimoit, elle fou
tiendroit les Cultivateurs pendant la
paix, & elle deviendroit une reffource
ineftimable pour les armemens du Port
de Breft, lorfque la France eft en guerre
avec des Puiffances maritimes. Mais on
ne peut compter fur ce double avanta-
ge, qu'autant que le Gouvernement exci-
tera le Colon, par des achats confidé-
rables & annuels.
Le feul moyen d’exciter la culture;
de quelque efpèce qu'elle foit, c’eft d’af-
(a) Voyez le Corps d’obfervations des années 1757 &
5755,pag.137.
222 AGRICULTURE.
furer la confommation de la denrée:
Rien ne feroit donc plus propre à aus-
menter les récoltes de Chanvre, que
l’efpérance qu’auroit le Cultivateur de
fournir aux befoins de la Marine du Roi
& de la Marine marchande. Il eft im-
poflible , & cette expreflion n'eft pas
trop forte, d'atteindre un but fi défira-
ble, tant que Sa Majefté tirera du Nord
la plus grande partie de fes approvifion-
nemens.
Si le Port de Breft augmentoit, d'une
manière marquée, la confommation des
Chanvres de Bretagne , la culture feroit
de rapides progrès; les récoltes fuff-
roient bientôt aux befoins d’une partie
de la navigation commerçante ; infen-
fiblement le Royaume fe délivreroit &
du tribut qu’il paye aux Etrangers qui
nous vendent cette denrée, & des in-
quiétudes que peut caufer en temps de
guerre le défaut d'une matière que rien
ne peut fuppléer. |
Quelques perfonnes prétendent que
la fupériorité des Chanvres du Nord a
plus contribué que l'infuffifance de la
Province, à faire négliger ceux de Lan-
nion & de Tréguier. Cette opinion eft
bien nouvelle, Il n’y a que très-peu d’ans
Fr PS ri mt dit
Rd OS en ms M
AGRICULTURE: 223
nées que les Chanvres de Bretagneëtoient
préférés, puifque le Commerce en étoit
interdit jufqu’à ce que les approvifion-
nemens de Breft fuffent remplis. Il eft
d'ailleurs aifé de démêler la vraie caufe
de la fupériorité apparente qu'ont au-
jourd'hui les Chanvres étrangers.
Le Nord abonde en Chanvre ; on eft
à portée de choifir. Plus la culture a di-
minué en Bretagne, plus on a été forcé
de fe montrer moins difficile fur le choix.
Le Nord perdroit bientôt tous fes avan-
tages, fi la culture y étoit découragée,
& pour ainfi dire ruinée , tandis que la
nôtre recevroit de continuels accroiffle-
mens par d'abondantes exportations.
D'ailleurs, la comparaifon a-t-elle été
faite avec fidélité ? M. Duhamel dit (a),
quon prétend avec raifon dans les Ports,
que le Chanvre de Riga pourrit plus
promptement que celui de Bretagne.
N'eft-ce pas dans nos Chanvres un carac-
tère de fupériorité ?
On objeéte encore, qu’ils ne font pas
préparés avec la même perfe&ion; que
les Payfans ne font pas affez attentifs à
les purger de leur chenevote & de tout
{a) Voyez le Traité de la Corderie, pag. 29 & 44
224 AGRICULTURE,
corps étranger : qu'enfin il y a une diffé:
rence de dix pour cent fur leurs dé-
chets.
M. Duhamel eft le feul Auteur qui
ait publié des expériences fur lefquelles
on puifle compter, par rapport à la qua-
lité des Chanvres. $es expériences fur
ceux de Riga lui ont donné foixante-une
livres, & {ur ceux de Lannion foixante-
fix livres & demie de premier brin par
quintal. Voilà une différence bien marï-
quée en faveur des Chanvres de Breta-
gne. Elle l’eft encore dans un réfultat
général, où cet Académicien fixe à neuf
a dix livres par quintal le déchet des
Chanvres de Lannion. Mais quand on
fuppoferoit des déchets égaux, il fuff-
roit, pour décider de quel côté font les
pertes de la Marine, de comparer le prix
de nos Chanvres, & de ceux du Nord.
Les derniers font payés aux Entre-
preneurs de ces fournitures, fur le pied
de trente & de vingt-cing livres le quin-
tal, pour les première & feconde qua-
lités. Le prix commun entre ces deux
qualités établit les Chanvres étrangers
à vingt-fept livres dix fols le quinral.
Ceux de Lannion ne valent, année com:
mune, que vingt livres. Il y auroit donc
AGRICULTURE. 22$
un bénéfice de trente pour cent à pré-
férer ceux-ci.
On ne peut difconvenir que Îles Chan-
vres du Nord ne foient communément
mieux préparés que ceux de Bretagne &
de prefque toutes les Provinces du Royau-
me. C'eft peut-être une raifon de plus
pour engager le Miniftère à faire acheter
ceux-ci par préférence. Un Négociant
choifiroit à prix égal, des Chanvres étran-
gers mieux préparés , parce qu'il ne con-
fulteroit que fon intérèt. Mais Sa Ma-
jefté, dont l'intérêt particulier eft infé-
parablement attaché à l'intérêt général
de fes Sujets, ne peut que chercher à
favorifer la confommation des matières
cultivées dans fes Etats. Le bien pu-
blic demande que les préparations des
denrées du Royaume fe perfetiionnent,
Comment pourroient-elles fe perfec-
tionner, tandis que le défaut de confom-
mation détruit la culture même ? Plus
on cultive, plus il y a de concurrence
entre les vendeurs. Les préparations fe
perfettionnent, parce que chacun veille
fur les moyens de s’affurer la préférence.
Mais quand la denrée ne trouve point
d'acheteurs, ou qu'ils font en petit nom-
bre , le Cultivateur craint Ké raifon
—
226 AGRICULTURE.
d'augmenter fes pertes par les frais de
préparation. Tout fe détériore au lieu
de s'améliorer.
Au refte, on ne peut s'occuper trop
tot des moyens de retenir cette branche
de Commerce. La culture du Chanvre,
& fes préparations les plus groflières,
exigent un apprentiflage. Il n’y a qu'un
temps aflez court pour le faire, & ce
neft pas une exagération que d'avancer
qu’en moins de dix ans il feroit poflible
que cette culture difparût d'une Pro-
vince. Les valets des Laboureurs devien-
nent Fermiers & Laboureurs à leur tour.
Si pendant dix années de fervice ils n’ont
vu ni préparer les Terres pour recevoir
le Chanvre, ni arracher cette Plante, ni
la rouir, ni la broyer ou la tiller, ils ne
{ongeront pas à la cultiver dans leurs
propres fermes. Ils n’oferoient s’expofer
à une entreprife dont les détails & par
conféquent les bénéfices leur feroient
inconnus. Il eft donc aifé de prévoir les
dangereufes fuites que peut avoir le ra-
lentiflement de la culture, & combien
la Marine de Sa Majefté, & celle de fes
Sujets, auroient à perdre, fi on nefe hâtoit
pas de remédier aux maux pafñlés, en ra-
aimant une branche qui dépérit fenfible-
AGRICULTURE. 227
ment. Les cordages & les manœuvres
font d'étroite néceilité pour la Naviga-
tion. Îl y a tout à perdre à dépendre à cet
égard du Commerce des Etrangers. Leurs
importations leur donnent fur nous trois
avantages trop marqués. Leur Commer-
ce augmente ; leur Marine fe fortifie ; une
des principales produétions du Royaume
s’anéantit (a).
La courte durée des fermes eft un des
plus grands obftacles aux progrès de FA-
griculture (2). La coutume de la Pro-
vince interdit les baux de plus de neuf
ans , & ce terme eft trop court pour
qu'un Fermier puifle mettre les Terres
en valeur & les y foutenir.
On a vu dans l’expofition des princi-
pes que fuir M. de la Chalotais dans fa
(a) Les Etats, par une
Délibération du 1 Sepcem-
bre 1760, .ont charge MM.
les Députés & Procureur Gé-
néral Syndic à la Cour, de
folliciter auprès du Secré-
taire d'Etat ayant le Dépar-
tment de la Marine, que
les Chanvres de Bretagne
foient pris par préférence,
fur-tout pour la fourniture
ée Breft, mais fans fixa-
tion de prix, fans prohiber
Fexportation , & fans auçu-
as sfpèce de gêne,
(b) 1 paroït que M. Pat-
tullo eft le premier qui ait
écrit fur les inconvéniens
des Loix du Royaume par
rapport à la durée des baux.
Cette obfervation impor-
tante a ouvert les yeux aux
bons Citoyens. On s’eft éle-
ve depuis, dans plufieurs Ou-
vrages, contre un abus finui-
fib'e à l'Agriculture, fi pré-
judiciabie aux Propriétaires,
Voyez VEfai [ur l'améliora-
tion des Terres, pag. 191 &
8.
NU Fu
Courte
durée des
fermes.
2238 AGRICULTURE.
Terre de Vern, qu'une bonne culture
étoit impoflible, à moins que le tiers des
Terres ne fût employé en Prairies. Pour
eu qu’on connoiffe la Province, on fait
a quel point la répartition prefqu'uni-
verfelle s'éloigne de cette proportion.
Quelle efpérance pourroit-on avoir de
la réduire en pratique, en laiffant fub-
fifter un obftacle qui s’y oppofe direëte-
ment ? La plupart des fermes ne font
que de trois & de fix ans. Qu'on les fup-
pofe toutes de neuf, il eft aifé de voir
qu'il y a près de la moitié de ces neuf
années qui font perdues pour le Culti-
vateur , & par conféquent pour les Pro-
riétaires. Le Fermier entrant trouve tout
a faire. Ses foins & fon travail ne peuvent
lui profiter qu'après deux & même trois
ans. Sa culture fe foutient pendant deux
ou troisannées. Elle languit enfuite, par-
ce qu'il cherche uniquement à jouir de
fes travaux, & qu'il ne cherche pas à en
faire jouir fon fuccefleur. Ainfi celui qui
le remplace eft dans la même pofition,
cl trouve tout à fazre.
La Société a vu un exemple remar-
quable de l'inconvénient des fermes li-
mitées à neuf ans. Un habile Cultiva-
teur qui s'étoit établi de Normandie en
AGRICULTURE. 229
Bretagne, prit une ferme pour neuf an-
nées. Elle étoit en mauvais état. I} fe
hâta d'y femer des Prairies artificielles
de Trèfle, afin d'en foutenir les récoites
par un bétail proportionné. On ne tarda
pas à lui faire entrevoir que le prix du
bail feroit augmenté en raifon du bien
qu'il avoit fait. Il prévint le Propriétaire
en prenant une autre fermé deux où
même trois ans avant que le premier bail
füt expiré. C'eft fur cette nouvelle fer-
me qu il fema d'année en année Îles Prai-
ries de Trefle qu'exigeoit fon bétail. En
forte qu'en quittant la première, il la laif-
fa ; à la vérité, mieux difpofée que lorf-
qu'il lavoit reçue, mais très-inférieure à
ce qu'elle étoit, lorfque fes améliorations
& fa vigilance tournoient à fon profit.
S'il avoit eu un bail de 18 ou de 20 ans,
il eût continué un plan d'exploitation
qui eût enrichi le fol pour trente ans;
& l'Etat qui n’eft riche que par le pro-
duit des améliorations individuelles, eût
profité de fes foins. Son fucceffleur, qui
n'auroit eu qu'a continuer, a été dans la
néceflité de jetter les fondemens d’une
culture qui ne pouvoïit lui donner de bé-
néfice que deux ans après. |
Il feroit donc plus néceflaire que jamais,
iit
230 AGRICULTURE.
que les Etats priffent des mefures pour que
la durée des baux püt librement fe prolon-
ger au-delà de neufannées. La Province
manque univerfellement de Prairies.Elles
ne fe multiplieront point entre les mains
de Fermiers fürs d’être renvoyés au bout
de neufans, ou de voiraugmenter Le prix
de leur bail à proportion des améliora-
tions dont ils ont eu toute la peine & cou-
ru tous les rifques. Il n’y a que les Etats
qui puiffent procurer un fi grand bien.
Lis le peuvent pour toutes les Terres qui
relèvent du Domaine du Roi, dont ils
font engagiftes , parce qu’ils font maitres
de renoncer aux lods & ventes qui fe-
roient dûües , aux termes de la coutume ,
pour un bail de plus de neuf ans. Ils peu-
vent d’ailleurs folliciter une loi qui s’é-
tende à tous les autres biens de la Pro-
vince. Cette loi feroit une faveur pour
ceux qui voudroient en profiter, & n'ap-
porteroitaucune contrainte à ceux qui ne
fauroient pas tirer parti d’une liberté fi
avantageufe. Permettre d’affermer pour
dix-huit & vingt ans, ce n’eft pas l’or-
donner. Les perfonnes qui entendroient
le mieux leurs intérêts, feroient de lon-
gues fermes. Les autres continueroient
à fuivre l’ufage ruineux d'affermer leur
AGRICULTURE. 234
bien pour neuf, pour fix, & même pour
trois ans. Il réfulteroit de ce changement
des avantages ineftimables, & pour l'Etat
qui doit toujours être préféré à tout, &
pour le Propriétaire dont les biens fez
roient améliorés de plus en plus, & pour
le Cultivateur qui ne craindroit pas de fe
développer, lorfqu'il feroit für de recueil-
lir pendant long-temps Le fruit de fon in-
telligence .& de fes avances. eg:
La Société, qui connoit l’afcendant de
Tintérêt particulier, dans les cas mêmé
où il fait agir contre les avantages de
ceux-qu'il dirige, croit devoir fe borner
a montrer le bien. C’eft aux Etats à
choïfir entre les différens moyens d&le ..
faire. | 199 |
Tout le monde avoue que les Terres
où-le Propriétaire demeure, cellés qu'ik
fait travailler fous fes yeux, produifent;
fans comparaifon -plus que les autres.
L'œil &-la main. du maitre portent par-
tout la vie & la fécondité. On trouve-
roit les mêmes avantages à animer le
Fermier par l’efprit de propriété. Il fe
regardera comme Propriétaire dès qu'il
fera für d’une jouiffance. de dix-huit ow
vingt ans; & fa famille élevée dans une.
efpèce d'aifance, nefongera point, com
{
1 1V
BÉTAIL.
232 AGRICULTURE.
me aujourd'hui, à quitter une profeffiort
qui ne lui préfente que l'étroit nécef-
faire , pour prix d'un travail continuel.
La Société eft perfuadée qu'il feroit
digne de la fagefle des Etats, de verfer
cette confolation dans les Campagnes,
afin que le Laboureur, dont les mains
portent dans l'Etat les feules richeffes
folides, pût envifager le bonheur de
fa poftérité dans des travaux qui trop
fouvent ne fervent qu'à conduire par les
fatigues à la misère. cs
ECONOMIE RUSTIQUE.:
- Les engrais font le premier bénéfice
qu'on doive envifager en établiffant de
raudes Prairies, & en nourriffant beau-
coup de bétail. Nous leur devons nos
plus grandes, où pour mieux dire, nos
feules richefles ; les grains, les racines
& les légumes, qui font la principale
nourriture de l’homme; les Lins, les
Chanvres & tes Prairies mêmes, fans
lefquelles te bétaib cefferoit: bientôt de
nous nourrir & devivifier toute la na-
ture. Mais on né doit pas perdre de vue
les bénéfices qu’on peut retirer de ce
même bétail, lorfqu’on s'applique à l'en:
AGRICULTURE, 233
tretenirfain & vigoureux. Un petit nom
bre d'inftruétions peuvent fuflire à ce
fujet. Nos troupeaux ne font pas aflez
nombreux pour que nous puifhions faire
ufage de préceptes plus étendus.
Le premier foin des Fermiers doit
être d'avoir des mâles & des femelles de
la plus belle efpèce. La meilleure éduca-
tion , la meilleure nourriture, n'élève-
ront pas un animal nain à une grande
taille. C'eft peut-être tout ce qu'on pour-
roit fe promettre d'une fuite de généra-
tions conduites avec autant d'application
que d'intelligence. Mais on na aucun
lieu de douter qu’il n’y ait parmi les
animaux des efpèces petites, comme
parmi les végétaux.
Les Faureaux & les Beliers que la Pro
vince a fait acheter en Poitou, éléveront
certainement les races en Bretagne, fi on
ne Les laifle point s’abâtardir. Le plus für
moyen de prévenir cet inconvénient, fe-
roit que les Etats renouvelaflent cette
dépenfe tousles deux ans, jufqu’à ce que
Le bétail fût généralement plus grand,
comme elle renouvelle le fonds confacré
à Fachat des Etalons. Cinquante:fix T'au-
reaux & cent: huit Beliers répandus dans
une grande Province , y font à peine per:
234 AGRICULTURE.
ceptibles, Les Veaux & les Agneaux qui
en naîtront fe mêlant avec ceux de pe-
tite race, feront retomber très-promp-
tement les troupeaux dans l’état de mé-
diocrité que la Province à voulu faire
ceffer. |
L'Evêché de Vannes exigeroit feul
la quantité de Beliers de belle race,
que les Etats ont fait répandre dans la
Province. M. l'Abbé de Pontual, Affo-
cié du Bureau de ce Diocèfe, en a par-
couru toutes les Paroiïffes, & s’y eft in-
formé exactement du nombre de Mou-
tons qu’on y nourrit. Il s’eft afluré qu’il
y en a très-peu dans tout l'Evêché, &
que dans la plupart des Paroifles il ny
en à point du tout. Cependant deux
motifs déterminans devroient engager à
les multiplier; lun, que le petit nom-
bre qu’on en élève réuflit très-bien; l’au-
tre, qu'il y a beaucoup de landes hau-
tes, dont le fond n'eft que du roc, & qui
ayant aflez de terre & d'herbes pour la
nourriture des Moutons, ne font pref-
que pas fufceptibles de culture pour les
rains. |
- M. l'Abbé de Pontual fait obferver à
cette accafion, que les fabriques de gros
draps, établies à Vannes même & aux
AGRICULTURE. 3$
environs, comme à Maleftroit & à Joffe-
lin, ont un befoin preffant de ce fecours.
Ces établiffemens, qui font très-anciens,
favoriferoient certainement le débit des
laines du pays; ce qui feroit également
avantageux & aux Fermiers & aux Fa-
briquans. Ces laines ne font tout au plus
que la fixième partie de ce que confom-
ment ces fabriques. On eft obligé d’en
tirer d'ailleurs, & même de l'Etranger;
ce qui augmente beaucoup le prix des
étoffes. Il feroit donc à fouhaiter que
la Province fit la dépenfe de procurer
des Beliers & des Brebis de belle race
à l'Evêché de Vannes. Cette dépenfe fe-
roit modique en elle-même, & les fui-
tes en feroient très-lucratives.
La meilleure méthode pour profiter
des élèves venus de belle race, confifte à
les bien nourrir dans leur jeuneffe. Après
huit où dix jours, on doit laifler aux
Veaux tout le lait de leurs mères, & faire
teter les mâles au moins pendant quatre
mois , & les femelles pendant trois. Ce-
pendant on doit obferver fi le lait de la
Vache eft trop abondant pour quele Veau
puifle le confommer entièrement. Dans
ce cas, il faudroit traire celui que le Veau
ne pourroit teter. La furabondance de
lait n'arrive pas aux Brebis,
236 AGRICULTURE.
_ Les T'aureaux devroient être féparés
des Vaches jufqu'à l'âge de trois ans. Les
Vaches ne devroient porter qu'au même
À / F l B bi ,\ dé
age (a), & les Brebis qua deux ans &
demi, afin qu'elles euffent trois ans
quand leur Agneau tomberoit. Un Tau-
reau fufht pour vingt ou vingt-cinq Va-
ches , & un Belier pour vingt ou vingt-
cinq Brebis.
Il feroit très-bon de ne conferver en-
tiers que les males deftinés à multiplier
l'efpèce. Tous les autres devroient fu-
bir la caftration un mois après leur naif-
fance. Cette précaution préferveroit les
belles races des mélanges qui les anéan-
tiffent en affez peu de temps ; d’ailleurs
elle épargneroit beaucoup de foins à ceux
qui ont des troupeaux. Un trop grand
nombre de mâles caufe des défordres infi-
nis ; & quelque attention qu’on ait à fépa-
rer les T'aureaux & les Beliers des Vaches
& des Brebis trop jeunes, il-eft impofli-
ble de les empêcher de multiplier avant
qu’ils ayent atteint un âge convenable.
(a) Dans les marais de les Vaches. Mais on y con-
Poitou , d’où les Taureaux vient qu'on trouveroit du
de la Province ont ététirés, bénéfice à les faire attendre
on les fait quelquefois fer- les uns & les autres jufqu'à
vir à un an, aufli-bien que deux ans. |
4
ERP
+ Rd bn anne 1m him
so
AGRICULTURE. 237
Cespratiques, quelque fimples qu’elles
foient, ne peuvent devenir générales que
peu à peu. Il n'y a que les Seigneurs, ou
les Propriétaires dé grands Domaines,
ou les Fermiers un peu aifés, (& ils font
exceflivement rares) qui puiflent dès à pré-
fent exécuter ce projet. C’eft cependant
le feul qui puifle procurer de beau bé-
tail. Mais il fe trouvera, fans doute, des
perfonnes qui, par intérêt ou par amour
pour le bien public, donneront l’exem-
ple. Et l'exemple dans les chofes lucrati-
ves trouve toujours des imitateurs.
Un des plus grands obftacles à l’'amé-
lioration du bétail parmi les petits Fer-
miers ou les petits Propriétaires, c'eft
le facrifice total du lait des Vaches qu’il
faudroit faire aux jeunes Veaux. La pau-
vreté donne toujours de faufles lecons
d'économie. IL faut être aifé pour de-
venir économe, & être économe pour
devenir riche. Il faut, dit-on, nourrir
la mère tandis que le Veau épuife tout
fon lait. Ainfi, outre le prix de la nourri-
ture, on eft privé du lait & du beurre qui
feroient fubfifter la famille du Fermier,
. ou paï leur confommation, oupar le prix
qu'on en retire, |
: . ‘
*. On peut vainçre ces répugnances en
238 AGRICULTURE.
avertiffant que les Veaux bien nourris
acquièrent un prix qui dédommage de ce
qu'on appelle /4 perte du lait. On doit
d’ailleurs fuppofer qu'un Fermier pofsè-
de plufieurs Vaches. Aïnfi il doittoujours
s’en trouver dont les Veaux font fevrés,
& dont le lait peut fuffire à la confomma-
tion domeftique. Il y a des Vaches dont
les Veaux ne promettent pas de devenir
beaux ; on peut les vendre & profiter du
lait en entier. Au refte, on peut faire
une épargne fur le lait, pourvu qu'elle
ne s’étende point aux males qu'on veut
conferver entiers.
On trait la Vache le matin, & on en-
lève la crème à midi. On fait chauffer
une partie de fon lait avec de l’eau & de
la farine, on le fait boire au Veau qu'on
veut élever, & il fe trouve fuffifamment
bien nourri , quoiqu'on le prive d’une
partie du lait de fa mère. On peut aufli
faire du beurre tous les jours, & donner
le lait de beurre aux Veaux ; mais alors
1l faut leur faire des Poflons avec des
Choux, des Navets ou des Patates. C'eft
une des méthodes qu’on fuit en Irlande,
où le bétail eft fi beau & fi nombreux.
Au refte, quand on défire férieufement
d’avoir de beau bétail, il faut fe réfou:
nn Sn ST
AGRICULTURE. 256
dre à faire des avances, & à foigner les
élèves. On auroit de mauvaifes récoltes ,
fi on ne femoit que des grains retraits, &
que la Terre ne füt pas bien labourée &
bien fumée. On n'aura jamais que de
foibles beftiaux , fi on n’a que des Tau-
reaux & des Vaches de petite efpèce, &
s'ils ne font pas nourris abondamment,
aufli bien que les élèves qu’on veut for-
mer.
Il y a cependant une diftinétion à faire
par rapport à la pofition des lieux où l’on
veut avoir des élèves, Si le canton four-
nit de bon beurre, & qu’il foit voifin de
villes où la confommation foit un peu
forte, ona intérêt à vendre les Veaux lorf
qu'ils ont cinq femaines ; Le prix qu’on en
retire, celui du lait & du beurre, furpaf-
fent la valeur de l'élève qu’on formeroit.
Mais lorfqu'on habite un canton où la
qualité du beurre eft inférieure, & qui
fe trouve éloigné des villes de grande
confommation , il eft plus avantageux
d'avoir des élèves.
- Quoique ladminiftration du bétail,
prife dans fes détails, foit une fcience
très-étendue, la Société ne manqueroit
pas de moyens pour fervir les intérêts de
es compatriotes fur cette partie de l'éco-
Bors.
240 AGRICULTURE.
nomie ruftique. Il lui fuffiroit de con=
fulter d'excellens ouvrages que les An-
glois ont publiés fur cette matière qu’ils
pofsèdent mieux qu'aucune Nation. Mais
nous fommes fi éloignés de pouvoir pro-
fiter de leurs obfervations & de leur ex-
érience , que nous devons nous borner
à des regrets fur notre fituation, & à des
vœux pour que la munificence des Etats
la rende meilleure. S'ils continuent à fai-
re diftribuer des Taureaux & des Beliers
de belle race, & qu’ils faffent venir en
même temps des Vaches & des Brebis qui
foient proportionnées, ce bienfait fera
plus utile que les meilleures inftruétions.
L’Agriculture & le Commerce fe réunif-
fent pour le folliciter.
L'utilité des Bois dans une Province
maritime eft fi frappante, que le feul in-
térêt des Propriétaires, & plus encore
l'amour paternel, parce qu'il réunit la
tendreffe & l’intérèt, devroient engager
à femer & à planter des Chênes, des Or- |
meaux, des Frênes, &c. La Société, qui
n'eft pas encore en état de publier les ma-
tériaux qu’elle a raffemblés fur ces objets,
ne croit pas devoir attendre plus long-
temps pour faire connoître les avantages
qu'on trouyeroit à multiplier les N aug
AGRICULTURE: 24%
Il vient d'Anjou, de Touraine & d’au-
tres lieux, une grande quantité de Noix,
dont les droits en entrant en Breta-
gne doivent être percus fur le pied du
poincon. Une conteftation entre les Re-
ceveurs de ces droits, & ceux qui font
ce commerce, ayant fait défirer aux
Etats de favoir exatement quelle étoit
la capacité du poinçon de Noix, M. le
Comte de Quelen, Procureur Général
Syndic, s’adreffla à la Société pour avoir
a ce fujet des inftructions précifes. Le
Bureau de Rennes s’adreffa à M. de Mon-
taudouin, Aflocié de celui de Nantes.
Les recherches qu’il fallut faire à cette
occafion, firent connoiïtre à M. de Mon-
taudouin de quelle importance étoit le
commerce des Noix pour ia Bretagne,
Il avoit regardé jufqu’alors comme une
branche de fruiterie qui ne paroifloit pas
devoir former un grand objet. Il fut dé-
trompé par une perfonne qui avoit fait
ce commerce pendant long-temps, &
qui lui affura qu’il entroit chaque année
par le feul Port de Nantes, pour huit ou
neuf cens mille francs de Noix. Qu'on re-
garde cette évaluation comme exagérée ;
qu'en conféquence on la réduife à la moi:
tié ; il reftera encore quatre cens cin-
=
Noyers.
242 AGRICULTURE.
quante mille livres que la Province paye
rous les ans. Cette même perfonne affura
que la confommation s’en faifoit pref-
qu’en entier dans les foires & dans les
marchés de baffle Bretagne, & fur-tout
a ces efpèces d’afflemblées qu’on nomme
pardons (a). Un fait fi étonnant ne pou-
voit qu'engager à en faire la vérification.
La Société a appris qu'en effet il fe
confomme dans toute la baffle Bretagne
une quantité incroyable de Noix. Il eft
bien furprenant qu’une fi grande con-
fommation n'ait pas engagé les habitans
à planter un grand nombre de Noyers.
Cet arbre comme tous les autres, ne
réuflit pas également par-tout. Mais il
n'eft pas rare d'en trouver, dans prefque
toutes les parties de la Province, qui font
très-bien venus, & du meilleur rapport:
Comme il eft poflible que ce foit le dé-
faut de connoïffance fur la culture, qui
ait empêché jufqu'a préfent de multiplier
(a) Ce font des affembiées
qui fe font à l’occafon de
certaines Fêtes de Paroiïfles
ou de Chapelles. Le peuple
s’y rend de deux & trois
Jieues à la ronde. Apres les
exercices de piété, 1l eft d’u-
fage de boire, de manger,
de danfer, & de fe faire de
petits préfens. La plupart de .
ces préfens font accompa-
gnés d’une certaine quantité
de Noix que fe donnent &
les jeunes garçons & les jeu-
nes filles qui fe rendent à
ces affembiées.-
AGRICULTURE. 243
œes arbres, la Société croit devoir l’ex-
pofer en détail, en même temps qu’elle
fait fentir combien elle eft profitable,
M. de la Chalotais en a fait femer fix
mille dans fa Terre de Vern, où lon
trouvoita peine fix Noyers. Ils font d’une
beauté & d’une force qui ne laiffent rien
à défirer. Si chaque Seigneur en faifoit
femer proportionnellement autant dans
fes Terres, l'énorme importation de Noix
qui fe fait en Bretagne, diminueroit in-
fenfiblement , & cefleroit même bien-
tôt. Il yauroit tout à gagner pour eux,
puifque le Noyer eft de tous les arbres
celui qui donne les plus grands profits.
_ Ces profits font annuels par les fruits
qu'il rapporte. On en confit uné partie.
- À la proximité des villes, il s’en confom-
me beaucoup en cerneaux. Les Noix frai-
ches quon mange en Automne , celles
qu'on conferve pour le temps du Caré-
me, enfin celles qu'on vend dans les
foires & dans les affemblées de baffle Bre-
tagne, font un objet immenfe. L'huile
qu on retire des Noix fert à peindre, à
brüler, & même à plufieurs autres ufa-
ges. Le brou des Noix, les racines &
les feuilles font employés par les Tein-
turiers ; & le brou ou l'écorce verte
Qi
244 AGRICULTURE.
pourrie dans l’eau, forme une teinture
dont fe fervent les Menuifiers pour don-
ner au bois blanc la couleur du bois de
Noyer. Enfin, lorfque l'arbre eft coupé,
il fe vend bien, parce que le Noyer eft
fans contredit un des meilleurs bois d'Eu-
rope pour la menuiferie, Tout doit donc
inviter à le cultiver.
Lorfqu'on veut femer des Noix, on
doit en Automne ranger par Lits avec du
fable dans des manequins , ou dans des
barriques, des Noix de l’année. On com-
mence par un lit de fable de deux doigts
d'épaifleur, fur lequel on met un lit de
Noix qui eft recouvert d'un lit de fable
pareil au premier, ce qui fe continue
jufqu'à ce que le manequin ou la barrique
foient pleins. Cette préparation a pour
but de faire germer les Noix avant de
les femer. On les conferve dans cet état
jufqu’au mois de Février ou au commen-
cement de Mars, dans quelqu’endroit qui
foit à l’abri de la gelée. 3
Lorfqu’on les tire du fable, on doit
couper ou cafler les germes ou radicules
qui ont pouflé pendant l’Hiver, afin que
les arbres n’ayent point cette groffe raci-
ne connue fous le nom de pzvor ou de
rie, qu'on eft forcé de couper lorfqu on
AGRICULTURE. 24€
#5
les trañfplante ; opération qui eft tou-
jours nuifible aux arbres. On sème en-
fuite les Noix à deux pieds & demi de
diftance lune de l’autre, dans de la terre
bien ameublie & bien nétoyée.
Il faut laiffer les Noyers dans la pépi-
nière jufqu’a ce qu'ils ayent un pouce de
diamètre, à cinq à fix pouces deterre. Plus
ils font jeunes lorfqu'on les tranfplante,
mieux ils réuffiffent. Ils doivent alors
être plantés à trente pieds lun de l’autre,
& garnis de tuteurs & de brouffailles
pour les mettre à l'abri du bétail. Il faut
porter au fond de chaque foffe dix-huit
ou vingt pouces de bonne terre.
Quoique le Noyer vienne dans toutes
fortes de terrains, il réuflit incompara-
blement mieux dans ceux qui font gras,
_& en général dans toutes les Terres qui
ont du fond. Il ne faut le planter ni en
maflifs, ni dans les Terres cultivées, par-
ce qu'il nuit aux végétaux. Mais on en
fait de très-belles avenues. Au refte, com-
me il demande à être ifolé, on ne pour-
roit mieux faire que d'en mettre dans des
péris, & même dans des landes. Ce feroit
le moyen de tirer un grand profit de ter-
rains qui font prefqu'entièrement perdus
pour le Propriétaire & pour le Public.
Q ii]
246 AGRICULTURE.
On prévoit que bien des perfonnes fe:
ront étonnées du confeil qu’on a donné
de couper la radicule des Noix qu’on a
mifes germer dans le fable. On fait que
la plupart de ceux qui font des femis
la confervent avec grande attention, &
rejettent même les femences dont Îa ra-
dicule a été caflée par quelqu’accident.
Cependant cette pratique eft expreffé-
ment recommandée par M, Duhamel (a),
non-feulement pour le Noyer, mais en-
core pour de Châtaigner & pour le Ché-
pe. M. Baudouin, Aflocié du Bureau de
Dol, qui a planté une très-grande quan-
tité de bois de toute efpèce, infifte parti-
culièrement, dans des obfervations qu’il
a données à la Société, fur le tort aw’on
fait aux arbres qu'on tranfplante, en leur
coupant le pc ou le pivor. Je ne fais nul
doute, dit-il, que ce ne foit ce qui fait
rougir & pourrir le bois par le cœur.
On ne peut éviter un mal fi confidéra-
ble, qu'en coupant ou caffant ce même
pivot, lorfqu'il n’eft encore qu'une radi-
cule molle, & pour ainfi dire laiteufe,
(a) Voyez le Traité des des Laboureurs, pag. r903
Arbres & Arbuftes, aux mots dit, en parlant des Novers,
Caftanea, Nux & Quercus. Plantez-les le Printemps , 6«
Bradley, dans le Calendrier #e les tranfplantez jamais.
AGRICULTURE. 247
Sa fuppreflion ne peut alors faire à l’ar-
bre une plaie fenfible.
La Société croit aufli devoir inviter OSERAIES.
les Propriétaires à une autre efpèce de
plantation qui n’eft que trop négligée,
quoiqu’elle donne de très-grands béné-
fices annuels, & qu'elle n'occupe que
des Terres qui ne font prefque pas fuf-
ceptibles d’un autre emploi.
On peut regarder l'Evêché de Nantes
comme le feul où la culture des Ofiers
{oit bien connue. C’eft de cet Evêché
que le refte de la Province tire la plu-
part de ceux qui s’y confomment. Cette
confommation eft très-confidérabie dans
toutes les villes de commerce, & dans
tous les cantons qui ont des vins ou des
cidres , c'eft--dire, prefque par-tout. La
ville de Nantes feule en emploie une fi
grande quantité, que les Oferaies du
Comté Nantois ne peuvent fufhire à
fa confommation & à fon commerce.
Auf en tire-t-elle beaucoup du haut de
la Loire.
Comme l'Ofier fe vend au marché, il
eft prefqu'impoflible de déterminer, mê-
me par approximation, Jufqu'où peut
aller la confommation annuelle. Mais ik
eit certain qu’elle eft immenfe en temps
Q w
248 AGRICULTURE.
de paix. La plupart des marchandifes quf
s'exportent par mer, font mifes ou dans
des füuts, ou dans des paniers d’écliffe, IE
en faut également beaucoup pour le ra-
batage des fucres, des cafés, des indiso,
& de prefque toutes les marchandifes qui
viennent des Colonies ou de l'Etranger,
On embarque à Nantes une très-grande
quantité d'Of£ers rouges pour FAmérique,
parce que les lianes de ces Colonies lient
très-mal. Les Négocians qui font ce
commerce, font obligés de les tirer d’Or-
léans. Il paroît qu'on a négligé la culture
de cette efpèce en Bretagne; elle eft ce-
pendant la plus fine & la plus fouple ;
elle fe prête par conféquent à un plus
grand nombre d'ufages.
Outre la confommation & les cargai-
fons d’Ofiers qui fe font a Nantes, on
fait combien:il en faut dans tout le Com-
té Nantois, pourles vins & pe les eaux-
de-vie du cru. Pour peu que les füts foient
reftés en magafin, on ne les expofe pas
au tranfport fans les réparer. La répara-
tion la plus ordinaire, celle qu’on épar-
gne le moins, c'eft de relier les cercles.
Il eft bien étonnant que la rareté &
l'utilité de cette denrée n’ayent pas ou-
vert les yeux fur les bénéfices qu’on trou-
AGRICULTURE. 249
veroit à la multiplier. Ces bénéfices fe-
roient d'autant plus grands, que les ter-
rains convenables aux Oferaies font ra-
rement propres à toute autre culture.
La Société croit fervir les Propriétaires
des terrains marécageux, en leur préfen-
tant le procédé qu’ils doivent fuivre pour
remplir leurs intérêts & ceux du Public,
en formant des Oferaies. De toutes les
cultures connues, c’eft une de celles qui
apportent le plus de profits, & qui exi-
gent le moins de dépenfes. On en ju-
Sera par un calcul qui terminera cet ar-
ticle.
On cultive dans le Comté Nantois plu
fieurs efpèces d'Ofier qui n’y font con-
nues que fous des noms vulgaires. Ces
noms, felon toute apparence, ne feroient
point entendus par-tout ailleurs. M. Bo-
namy, Doéteur en Médecine, qui s’eft
fort appliqué à la Botanique, & qui de-
puis vingt-cinq ans en donne des lecons
publiques & particulières avec un déf
intéreflement qui n’a pas d'exemple, a
bien voulu fe prêter à débrouiller ce
chaos. Ce travail étoit d'autant plus difh-
cile & d'autant plus rebutant, que les
Fermiers, les Tonneliers, & d’autres Ou-
vriers, donnent fouvent le même nom à
2$0 AGRICULTURE.
des efpèces d'Ofier différentes. On fe fer-
vira des noms vulgaires, pour faciliter les
moyens de tirer du Comté Nantois les
boutures des efpèces qu’on voudroit cul-
tiver. Les phrafes botaniques que leura
appliqué M. Bonamy, ferviront à démê-
ler ces efpéces dans les cantons trop éloi-
gnés de Nantes, pour en tirer des Ofiers.
Le Moulard, le Plomb rouge ou bru-
me, le Plomb jaune, le Plomb blanc ou
guédié, font les quatre efpèces qu'on
cultive le plus communément (2). Les
(a) Le Salix oblongo , in-
cano acutoque folio , C. B. P.
474, & le Salix foliis lon-
gifumis , crifpis , fubtus albi-
cantibus , J. B. 1. 212, eft
ce qu’on nomme ÂWoulard.
Le Piomb rouge, ou Ofier
rouge des vignes, eft le Sa-
lix vulgaris rubens , C. B. P.
A73 , & le Salix amerina
Lugd. 274. I] y a beaucoup
d'apparence que ce qu'on
nomme [a Brume , eft la
même chofe, & qu'on ne
Jui a donné un autre nom,
que parce que l’'Ofier de cet-
te efpèce eft moins rouge
dans certains terrains que
dans d’autres.
L’Ofier jaune, ou Plomb
jaune , eft le Salix fativa lu-
tea, folio crenato, C. B. P.
{
473 , & le Salix lutea te-
nuior viminea , J.B.1.214.
Le nom de Plomb blanc fe
donne au Saule ordinaire,
Salix vulgaris alba arboref- #
cens, C. B. P.473.Ilales «
feuilles blanches & velues
deffus & deffous. Le bois
n’en eft pas fort pliant. Mais :
on nomme aufli Plomb blanc «
ou Guédié , l’efpèce de Sau-«
le qui a les feuilles vertes, ,
ou noirâtres deflus & def- :
fous. Le bois en eft très-
pliant. C'eft le Salix vul-
garis nigricans , follo no
ferrato, C. B. P. 472. On
l’appelle vraifemblablement …
Plomb blanc , par oppofi-
tion aux efpèces qu’on nom-
me Plomb rouge & Plomb,
Jaune. 7%
AGRICULTURE. CT
terrains Vafeux & humides font les plus
avantageux pour faire ces plantations.
La pratique qu'on fuit dans l'Evêché de
Nantes eft très-fimple. Elle n'exige au-
cun labour, aucun engrais. Il fuit de
tracer des lignes droites fur toute la fur-
face du terrain, à trois pieds de diftance
les unes des autres, & d’enfoncer le plant
de trois en trois pieds fur chacune de
ces lignes. Cette difpofition résulière
eft abfolument néceffaire pour faciliter
le paffage dans l’'Oferaie. Sans cela on
ne pourroit l’exploiter & la farcler qu’a-
vec peine.
Le plant n’eft autre chofe que les plus
groffes tiges de l’année. Une feule tige
peut être coupée en deux, & fournir par
_ conféquent deux plants. Il fufit que cha-
| qué plant ait quatre pieds & demi de
| longueur, & environ fix lignes de dia-
|| mètre par la bafe. On le met en terre à
| deux pieds ou deux pieds & demi de
profondeur. La manière Îa plus ordinaire
de lintreduire dans la terre, eft de l’en-
foncer à force de bras, en appuyant for-
tement fur le bout extérieur. Mais cette
méthode nm'eft praticable que dans les
terrains fort humides. Lorfque le terrain
ne permettroit pas d’enfoncer la bouture
+
262 AGRICULTURE.
fans l’écorcher, on eft obligé de com-
mencer par faire un trou avec un piquet
de bois ou de fer. En ce cas, il faut avoir
foin de preffer la terre autour de la bou-
ture. La plantation fe fait dans le mois
de Novembre.
Il y a une autre méthode de former
des Oferaies dans les terrains maréca-
geux, plus difpendieufe à la vérité, mais
beaucoup plus frutueufe. On donne d’a-
bord un labour à la terre, & l’on brife
les mottes avec foin. On difpofe enfuite
le terrain en planches de quinze ou dix-
huit pieds ; on creufe un foffé entre cha-
que planche, & l’on jette la terre def-
fus. Ces foffés font plus ou moins larges,
plus ou moins profonds, fuivant qu'on
a plus ou moins de terre pour élever le .
terrain au- deflus de l'eau. Il feroit à
fouhaiter que fa furface fe tint toujours
à peu près à deux pieds & demi au-def-
fous de celle des planches. On peut lui
conferver cette élévation par le moyen
d’empellemens , ou fimplement de peti-
tes digues qu'on pratique dans la partie
la plus haute & à la partie la plus baffle
de FOferaie. Alors le fol eft fufifam-
ment humecté, les fouches ne font jamais
fubmergées, & les racines ont précifé-
AGRICULTURE. 25%
ment l'humidité qui leur convient. La
trop grande humidité eft plus nuifible à
lOfer qu'on ne fe J'imagine ordinaire-
ment. Une Oferaie perpétuellement inon-
dée feroit languiflante, & produiroit de
l'Ofier trop gras & trop fpongieux. La
manière de planter dans cette méthode
eft la même que dans l’autre. On divife
les planches en rayons qui font à trois
pieds de diftance les uns des autres, & on
enfonceen terre les boutures de deux ou
de deux pieds & demi. On donne à l'Ofe-
raie deux labours par an, l’un au mois de
Mai pour détruire les mauvaifes herbes,
& l’autre environ quinze jours après la
récolte. Pour peu que la terre foit bon-
ne, le labour du mois de Mai eft fuf-
fant. |
On coupe & l’on doit couper l’Ofe-
raie tous les ans. Mais ce n’eft qu’au bout
de trois ans qu’on fait la première coupe.
On fe contente les deux premières an-
nées d'émonder la fouche pour la forti-
fier, ou de couper les jets les plus avan-
cés. Ces premiers jets ne font pas ce-
pendant tout-à-fait inutiles ; ils font
employés par les Jardinieïs & par les
Vanniers.
_ La récolte fe fait au commencement
2$4 AGRICULTURE.
d'O&obre. L’Ofier coupé avant fa ma-
turité ne fe conferve pas. On fe fert d’une
ferpette. Chaque baguette doit être cou-
pée uneä une, & le plus près de la fou-
che qu'il eft poffible. Ces attentions font
néceffaires, fi l’on veut que les fouches
durent long-temps.
La durée d'une Oferaie eft de treize
Ou quatorze ans, & même davantage, fi
elle eft bien entretenue. Tout l’entre-
tient confifte à la couper régulièrement
tous les ans, à la farcler de temps en
temps , & à lui fournir fufhfamment
d'eau, fans permettre qu’elle foit entiè-
rement inondée. Après vingt ans Îles fou-
ches dépériffent, & les récoltes vont tou-
jours en diminuant. Il faut alors couper
& même arracher les fouches, & les re-
nouveler entièrement.
Toutes les efpèces d'Ofier ne fe pré- .
tent pas à toutes fortes d'ouvrages. Le
Moulard, par exemple , fert uniquement w
à faire de la préte. Il n’y a que le Plomb
rouge qui puifle être employé par les
Vaniers, par les Jardiniers, & par Îles
Tonneliers. C’eft un fi grand avantage,
qu'il feroit,a défirer qu’on en augmen-
tât la culture en Bretagne, & fur-rout
dans le Comté Nantois, puifque c'eft
AGRICULTURE, 2ç£
une brapche d'exportation, & qu'on eft
dans la néceflité d'en tirer beaucoup
d'Orléans.
On appelle préte à Nantes, les baguet-
tes d'Ofier refendues, telles que les Ton-
neliers les emploient pour relier les cer-
cles & cerceaux. Les plus groffes baguet-
tes font divifées en quatre ; celles de la
feconde groffeur en trois ; & celles de la
troifième en deux. Ces dernières forment
la meilleure préte.
Cette opération fe fait avec un mor-
ceau de bois, ou quarré, ou triangulaire
dans fa coupe, crenelé de quatre ou de’
trois angles rentrans comme une lame
d'épée. Par-touc où il y a des Tonneliers,
on connoît cet inftrument &t la manière
de s’en fervir. Ainfi il feroit inutile d’en
faire la defcription. Lorfqu’on ne veut
divifer la baguette qu'en deux, on fe
fert fimplement d'une lime de couteau
pour faire la première incifion. Ce font
les Laboureurs eux-mêmes qui font cette
petite main d'œuvre au-dedans de leurs
maifons pendant l’'Hiver. On doit refen-
dre l'Ofier peu de temps après la récolte,
autant qu'il eft poflible, ou le conferver
dans un lieu frais jufqu'au Printemps.
La féve fe ranimant alors, il devient aufli
256 AGRICULTURE.
{ouple qu’il l'étoit quand on l'a coupé.
Après un an l’Ofier eft tout-à-fait fec,
& n’eft plus propre à aucun ouvrage.
Lorfque l'Ofier eft refendu , on le lie
par petites bottes. Chaque botte contient
cent prétes. Le prix commun eft quatre
fols le cent. Sur ces élémens il eft facile
d'évaluer à peu près le produit d'une Ofe-
raie, en la fuppofant d’un journal.
Suppofant que chaque fouche produi-
fe douze baguettes affez groffes pour être
refendues en trois, & cette fuppofition
eft exceflivement foible, on en récolte
tous les ans foixante-un mille quatre
cens quarante. Il en faut un peu moins
de trente-quatre pour faire le cent de
prêtes. Ainfi les foixante-un mille quatre
cens quarante baguettes font cent quatre-
vingt-quatre mille trois cens vingt prêtes,
ou dix-huit cens quarante-trois bottes
de cent chacune. Ce qui fait à 4 fous
la botte, 368 livres 12 fous, ou 300 li-.
vres de profit net, en abandonnant pour
les frais les 68 livres 12 fous, & tous les
petits jets qui ne peuvent Être refendus.
Ce calcul n’eft applicable qu'aux Ofe-
raies formées fuivant la méthode du
Comté Nantois. Les Oferaies en plan-
ches font d’un produit bien fupérieur.
Les
AGRICULTURE. 85%
Les OQfers deftinés aux Vanniers & aux
Jardiniers, font mis en gerbes de trois
pieds de circonférence. Le prix de la
serbe varie depuis quinze jufqu'à vingt-
quatre fous. On a recueilli dans l'étendue
d'un journal de Bretagne , jufqu’à fept
cens gerbes; ce qui vaut dans les deux
prix extrèmes, cinq cens vingt-cinq li-
vres, ou huit cens quarante livres; &
dans un prix moyen, fix cens quatre-vingt-
deux livres dix fous. On ne connoit point
de journal de terre en Bretagne d’un
revenu fi confidérable, & dont la récolte
coure moins de rifques, |
C'eft à M. le Comte de la Bour- Rucxes
donnaye, Procureur général Syndic des Ne
Etats, que la Société doit une forme de
_ Ruches propres à faire ceffer l'abus d’é-
| touffer ou de noyer les abeilles , pour
avoir leur cire & leur miel (2). Cet abus,
* qui cependant n'eft pas univerfel, en fait
À détruire une quantité incroyable dans la
_ Province. Quoique les ruches dont la So-
ciété a publié la defcription, euflent été
| éprouvées par M. de Gélieu, qui en étoit
| l'inventeur, qu'elles euflent recu l'ap-
| probation de M. de Réaumur, qui s’étoit
(a) Voyez le Corps d’obfervarions des années 1757 &
2758, pag. 157 © fuir. | 757
258 AGRICULTURE,
occupé fi long-temps du gouvernemenr
des abeïlles (4), il s’en faut de beaucoup
que l'expérience n'ait juftifié l’idée qu’on
s'en étoit faite. M. de la Bourdonnaye
avoit cru ne devoir travailler qu’à les ren-
dre moins chères, afin que tout Le monde
püt en faire ufage. Il avoit fuivi d’ailleurs
ce qui conftituoit proprement l'inven-
tion de M. de Gélieu. Ainf c’eft l’inven-
tion en elle-même qui eft défe&ueufe.
M. de la Bourdonnaye fut un des pre-
miers à s’appercevoir des inconvéniens
auxquels ces Ruches étoient fujettes. Il
fe hâta d'en donner avis au Bureau de
Rennes, qui de fon côté avoit éprouvé
les mêmes inconvéniens. Ils font tels
que la Société croit ne pouvoir avertir
trop tôt le Public de n’en pas faire ufa-
ge. On fe bornera à en rapporter un feul,
parce qu'il eft décifif.
(a) » Il y auroït une autre
» manière de travailler à la
» multiplication des Abeil-
» les, beaucoup plus promp-
» te,que je ne fache pas avoir
» été pratiquée en France;
» mais elle la été, & l’eft
» apparemment encore en
» Suiffe, près de Neuf-Chä4-
» tel, où elle a été imaginée
>? par un Gentilkomme nom-
» mé Gélieu, qui avoit de-
» mandé à M. le Cardinal
» de Fleury un privilége ex-
» clufif pour l’établir en for-
» me en France, ou quelque
» autre récompenfe. ...«
Lettre de M. de Réaumur ,
du 29 Janvier 1757, écrite
à li. de la Bourdonnaye.
L’original eft au dépôt de la
Société.
ÂGRICULTURE, 255$
Lorfqu’on fépare la haufle fupérieure
des inférieures, le fil de fer qui fert à faire
cette féparation, coupe tranfverfalement
tous les gâteaux, & par conféquent beau-
coup d'alvéolesremplies de miel, Le miel
coule très-rapidement fur les gâteaux qui
rempliffent les haufles inférieures. En fe
répandant , il englue quantité de mou-
ches, qui en fe débattant en engluent
d'autres, en forte qu’il en périt un grand
nombre. |
Cet accident avoit échappé d’abord,
Mais d'autres difficultés de pratique ,
quoique moins confidérables, avoient
engagé M. de là Bourdonnaye à cher-
cher d'avance les moyens de perfeétion-
ner en général les Ruches connues, &
celle même qui avoit été propofée d’a-
près la lettre de M. de Réaumur. Lorf.
qu'il les eut trouvés, il en fit part à la
Société par une lettre très-détaillée (a);
à laquelle il joignit une Ruche qu’il nom-
moit Rache Ecofloife.
C'eft toujours en paille qu'il fait conf.
Li
(a) Sa lettre eft! du come qu’il a pris pour principe
imencément de Mars 1759, éelle qui eft décrire dans la
Le nom de Ruche Eco ffoife , Collethion Académique , tom
dont fe fert M. de la Bour- À de la partie ÉITANGETE à
#gonnaye ; eft fondé fur cé pag. 39,
és
R 1j
D 60 AGRICULTURE.
truire fes Ruches. Celle-ci eft compofée
de deux pièces qu’on place l’une fur l’au-
tre. Chacune de ces pièces a douze pou-
ces de diamètre intérièur, & onze pou-
ces de hauteur. Ainfi, lorfqw’elles font
réunies, elles forment une Ruche haute
de vingt-deux pouces. Elles ont chacune
un feul fond, auquel on ménage, ou plu-
tôt auquel on fait un trou de quinze ou
dix-huit lignes en quarré. Le côté qui
eft fans fond porte fur le tablier; la piè-
ce de deffus porte fur le fond de celle
d'en bas. Ces Ruches font d’une folidité
à toute épreuve.
Voici l'effet de ces Ruches. Les abeil-
les ayant rempli la pièce d'en haut, fe
trouvent arrêtées par le fond de celle
d'en bas, qui forme une efpèce de plan-
cher placé à peu près au milieu de la
hauteur de la Ruche. Pour continuer leur
travail, elles rempliffent la pièce de def-
fous. |
Ces deux pièces étant remplies, on
enlève celle de deffus pour profiter de
la cire & du miel fupérieur. Et lorf-
qu’elle ef vide, on la met fous la pièce
qui eft reftée fur le tablier. Par-là le cou-
vain eft confervé aufli-bien que les abeil-
les, & on ne court pas rifque. de les
AGRICULTURE. 261
laïfler @ns fubfftance pendant l'Hiver,
lorfque les Etés & les Automnes font
luvieux.
Ces Ruches ont été éprouvées par M. de
la Bourdonnaye à fa Ferre de Lauver-
snac, par M. de Montluc à fa Terre de
Laillé, par M. de la Chalotais à fa Terre
de Vern; elles ont eu le fucces qu’on en
attendoit.
Le moyen qu'on a employé pour en
faire ufage la première fois, a été de
placer une Ruche commune, qui n’étoit
pas tout-àa-fait pleine, fur une des piè-
ces des Ruches Ecoffoifes. Elle fut lutée
exatement, pour empêcher les abeilles
d'y entrer par l'ouverture ordinaire, &
les forcer de prendre leur route par le
bas de la pièce ajoutée à leur logement.
Elles continuèrent à travailler comme ff
l'entrée de leur Ruche avoit été la même.
Mais on fut quelque temps fans s’apper-
cevoir que leur travail fe portät dans
cette pièce, en forte qu'on craignit qu’el-
les ne la regardaffent comme une efpèce
d’antichambre qu’elles auroient toujours
laiffée vide. On étoit encore dans cette
incertitude , lorfque parut (a) le volume
(a) I parut à la mi-Novembre 1740. NE
| KR 11}
262 AGRICULTURE,
des Mémoires de l'Académie Royale
des Sciences, année 1754. M. Duhamel
rapporte que le Curé de Tillay-le-Pe-
lieux » plaça un fort panier fur le fond
>» d'uncuvier renverfé, auquel il avoit fait
» un trou; les mouches remplirent telle-
» ment le cuvier de gâteaux épais, dont
» les alvéoles profondes reffembloient à
>» des tuyaux de plume, que le fieur Def.
» bois qui l’acheta du Curé, retira de
» ce cuvier cinq à fix livres de cire, &
» quatre cens vingt livres de miel «,
Il feroit difhcile que les Ruches de
M. de la Bourdonnaye reçuffent une ap-
probation plus marquée, & moins fuf-
pete. On peut les confidérer comme
deux petits cuviers placés l’un fur l'au-
tre, & qui communiquent par un trou.
Tout ce que la Société pourroit dire
our accréditer ces Ruches, ne pourroit
qu'affoiblir l'impreflion que doit faire
le fait rapporté par M. Duhamel.
_ Ceux qui voudront faire ufage de Ru
ches de cette efpèce, fentiront bien,
fans doute, qu’ils doivent commencer
par mettre une Ruche ordinaire bien peu-
plée fur une des pièces des Ruches Ecof-
foifes, & l'y laiffer jufqu’a ce que cette
pièce foit remplie, Alors la Ruche ordi-
AGRICULTURE. 26%
naire doit être enlevée pour en retirer
le miel & la cire. On mettra une pièce
vide fous celle où les abeilles auront
travaillé, & cette manœuvre fera répé-
tée toutes les fois que la piéce fupérieure
étant remplie, les abeilles auront com-
mencé à travailler dans celle de deffous.
Au refte, on peut recevoir les effains dans
une des pièces, & lorfque leur travail eft
avancé , étendre leur logement par une
feconde pièce qui fert de Aauf]e à la pre-
mière. Les Ruches de cette forme fatif-
font à tout, puifqu’en fourniffant beau-
coup de cire & de miel, les abeilles font
confervées aufli-bien que leur couvain.
Les mulots caufent tant de défordres
dans les Ruches, qu’on croit devoir indi-
quer un moyen d'y remédier. [l ne s’agit
que d’ifoler les Ruches, en les éloignant
des murs, des haies, & en coupant Îles
grandes herbes qui croiffent autour du
tablier. Le tablier, qui doit être affez
élevé pour qu'un mulot ne puifle l'at-
teindre en fautant, étant porté fur deux
piquets auxquels il eft arrêté par de longs
clous, devient inacceflible à ces ani-
maux. Celui qu'on voit dans la figure,
donnera une idée fuffñifante de cette conf:
truéuion.
KR iv.
364 AGRICULTURE:
1
EXPLICATION DE LA FIGURE:
A. Deux pièces féparées. On voit dans
l'une le trou pratiqué pour la com-
munication d’une pièce à l’autre. L’au-
tre pièce eft vue par le côté qui n’a
. point de fond,
B. Ruche ordinaire, fous laquelle on 2
placé une des pièces des Ruches Ecof-
foifes.
C. Les deux pièces qui compofent la
Ruche Ecofloife, mifes en place,
D
x
Lg à og À up |
LIL IL.
717
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Corps d. Cbservalons 1-50 P25 zu
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4.
a —
4... dE - Ds 22
La
ns
D'OBSERVATIONS.
FR T'S
ORSQU'UN terrain labouré
eft en pente, quelque légère
qu’elle foit, les terres remuées
| ar les labours & détrempées
par les eaux “ele , font entraïnées
dans la partie la plus bafle. La charrue,
qui poufle toujours plus de terre en def-
cendant qu’en remontant, qui d'ailleurs
eft curée au bout de chaque fillon, appor-
te encore de nouvelles terres dans la par-
| tie inférieure du champ ; en forte qu'in-
fenfiblement cette portion inculte qui
encadre, pour ainf dire, les fillons, &
266 ARTS
qu'en Bretagne on nomme Foriére, fe
trouve trop élevée. Par-là les forières de-
viennent des efpèces de chauflées qui re-
tiennent les eaux dans les raies pendant
tout l’hiver. On fait combien les eaux
ftagnantes font nuifibles aux grains & fa-
vorables à l’ivraie. Il feroit donc avanta-
seux que les forières fuflent toujours
plus baïles que les raies qui féparent les
fillons.
Rien n’eft plus facile en apparence
que de remédier à cet inconvénient. I
fuMiroit de rapporter fur Îa partie Îa-
bourée la terre qu’elle a perdue peu à
peu. Ce feroit une amélioration. Mais
elle ne peut fe faire fans des tombereaux
& des brouettes. Il y a tel canton où l’on
ne trouveroit pas un feul tombereau dans
toute une Paroiffe : les brouettes ne font
pas expéditives ; il en coûteroit donc
fort cher pour remuer & tranfporter ces
terres. M. Baudouin, Affocié du Bu-
reau de Dol, a imaginé un moyen qui
applanit prefque toutes ces difhcultés,
& il en a fait ufage avec beaucoup de
fuccès. |
M. le Comte de Goyon-Beaufort lui
ayant dit qu’il avoit vu dans l'Tfle de Ru-
gen un traineau avec lequel on tranfpor-
ARTS. 267
toit les terres aifément & prompte-
ment, M. Baudouin s’eft attaché à com-
pofer un traineau qui püt remplir ces
deux conditions. Il en a imaginé jufqu’à
cinq, & il a mis au dépot de la Société
le deffein & la defcription de celui qui
réuflit le mieux. Quoique fon but füt
principalement de diminuer la hauteur
des forières, 1l s’eft fervi de fon traineau
dans d’autres circonftances où il avoit
des terres à tranfporter. Il a éprouvé
que par ce moyen il gagnoit du côté des
frais & de la célérité.
On doit commencer, fuivant les cir-
conftances, par ouvrir le terrain au pic;
ou à la tranche, & à la charrue, fi c’eft
une forière ; enfuite on fait ufage du
traineau.
Ce traineau ef tiré par deux chevaux,
à l2 force defquels on peut en propor-
tionner la grandeur. Celui qui É con-
duit, élève le manche attaché à la partie
poftérieure, afin que l’antérieure entre
dans la terre. Quelques fecouffes don-
nées à ce manche font que le traineau
fe charge de lui-même & très-prompte-
ment. Les chevaux marchent pendant
cette opération. Lorfqu’ils font arrivés
dans l'endroit où la terre doit être ver-
Figure I.
Figure IT.
Figure ITF.
263 ARTS.
fée, on doit élever le manche & le ra=
battre du côté de la croupe des chevaux.
Le traineau eft déchargé & relevé dans
un inftant. S'il s’agit de tourner au coin
d'un champ ou d’un chemin, on ne fait
que fuivre les chevaux en détournant le
traineau avec le manche. Pour peu que
le conduéteur ait d’adrefle, M. Bau-
douin affure que les mouvemens nécef
faires pour charger & pour tourner fans
s'arrêter, S'exécutent avec facilité, &
que par conféquent les tranfports de ter-
res qui coûtent ordinairement fi cher , fe
font à très-peu de frais.
.
E XYPLICATION DES FIGURES.
Le traineau vu dans fà fituation natu-
relle.
Le traîneau vu de profil.
Le traîneau vu par-deflous , lorfqu'il
eft rabattu du côté de la croupe des che-
vaux,
a. Le devant du traîneau, garni d'une
bande de fer qui eft attachée par-deflus
avec des pattes clouées, & par-deffous
avec trois bandes de fer.
b. Chevilles de fer ou de bois, auxquel-
les on attache les cordes pour tirer le
traineau,
PT LT.
ARTS. 269
£. Bar de bois, ou Palonnier, auquel
on attèle le cheval, ou les chevaux.
d.. Manche qui fert à celui qui dirige le
traineau pour le charger, en l'élévant
de e en f, & pour le décharger en le
rabattant du côté de la croupe du che-
val, pour prendre les tournans des che-
mins, &tC.
€, f,g,h. Ligne ponétuée, qui marque
la fituation où doit être le traineau,
lorfqu'on élève le manche pour le
charger,
1,1,1i. Bandes de fer clouées fous le traî-
neau, pour le garantir des frottemens,
& pour en fortifier l’afflemblage.
La culture des Lins & des Chanvres Teintuta
eft la plus intéreffante pour la Bretagne, des Fils de
À f Coton&de
après celle des grains. Le profit des Cuk Lin en row
tivateurs femble même devoir les porter ge.
a préférer les récoltes de Lin & de Chan-
vre, tant que l'exportation des grains fera
interdite. C’eft donc fervir la Province,
que.de publier des moyens de diverffer
les apprêts de nos Fils, & de leur donner
de nouvelles valeurs. La teinture eft de
tous.les Arts celui qui promet le plus de
_ diverfité dans ce genre. On ne peut donc:
trop s'attacher à perfectionner cet Art,
270 ARTS. |
La teinture la plus précieufe & 14
plus éclatante qu’on puiffe appliquer àux
Fils de Lin, de Coton, ou de Chanvre;
c’eft le beau rouge de l'Inde, ou d’An-
drinople. Quoique les moyens de péné-
trer le Coton de cette couleur ayent été
découverts d’abord en Hollande , & en-
fuite en France, on peut regarder en-
core les ingrédiens & le procédé comme
un fecret. Il y a même plus que de Fap-
parence que les ingrédiens & les procé-
dés de l'Inde ne font pas ceux d’Andri-
nople, & que ceux qu'ont fuivi les Hol-
landois & les François, en diffèrent beau-
coup; & peuvent même différer entr'eux,
malgré lefpèce de conformité qu’on y
pourra remarquer à quelques égards. Ce
fera donc un avantage pour le Public ;
que de connoitre en détail les différentes
routes qui ont conduit au même but.
L'Art en lui-même fera mieux Connu,
& ce peut être un pas de plus pour par-
venir à de nouvelles découvertes; par
exemple , à teindre aufli folidement &
avec le même fond de couléur, les Eins
& les Chanvres, que les Cotons.
Il paroïit que le premier guide qu'on
ait eu en France fur cette matièré , ft’
un recueil manufcrit des diverles façons:
| C d'Obserr . 2769 Lag . 270
-
|
1 |
| 1 1
1! | 1
Î
1 |
EISRLRER 1 è
y A
|
1
X !
TADISE.. 07/2
RP AL
++
\
PRE
on
ARTS. 274À
de teindie en rouge aux Indes Orientales:
M. l'Abbé de Rabec, Chanoine de la Ca
thédrale de S. Brieuc, Affocié du Bureau
de la même ville, a donné ce recueil à la
Société. On ne connoît l’Auteur ni du
recueil, ni des notes qui y font jointes.
Il ne laifferoic rien à défirer, s’il donnoit
une idée nette de la qualité des eaux
qu'on dit être fpécifiquement néceffaires
à cette teinture, & s’il indiquoit parmi
les produétions d'Europe les analogues
des drogues qu'emploient les Indiens.
Mais c’eft beaucoup que de connoître
leur procédé. Des recherches de Chimie
& de Botanique pourront nous apprendre
ce que nous ignorons aujourd'hui.
M. l'Abbé Mazéas, Chanoine de la
Cathédrale de Vannes (2), avoit travail-
lé fur cette teinture d’après les mémoi-
res que le Miniftère avoit fait venir des
Indes. Mais il ne réuflit qu'après être
parvenu à imaginer & une autre théorie,
& les procédés qu’il devoit fuivre dans
la pratique. Son travail fut fuivi des fuc-
cès qu’il défiroit. M. de la Chalotais, qui
(a) Il eft de la Société étoirécrit, lorfque les Etats
Royale de Londres, & Cor- font nommé de la Société.
refpondant de l’Académie Ileft Membre du Bureau de
Royale des Sciences. Ceci Vannes. Jets
572 ARTS.
avoit entendu parler de cette découverte;
écrivit à M. l'Abbé Mazéas, qui étoit
alors à Rome. Celui-ci envoya un mé-
moire, où fes principes & fon procédé
font expofés en détail. C’eft, dit-il dans
fa lettre, 4x prefent qu'il fair à [a pa-
trie, En effet, la Société regarda ce
mémoire comme un très-beau préfent.
Mais fon travail ne concernoit propre-
ment que la couleur rouge appliquée
aux Toiles peintes. C’eft ce qui la en-
gagé à y faire une addition qui a pour
objet la même teinture appliquée au Fil
en écheveaux.
La Société voyoit fon dépôt s’accroître
fur cette partie au-delà de fes efpérances ;
lorfqu'un de fes Membres lui apporta de
nouvelles richeffes. M. Hellot, de PAca-
démie Royale des Sciences, qui le pre-
mier a foumis lArt de la teinture à des
principes, voulut bien livrer à la Société
le fecret de teindre le Coton en rouge.
Il ne fe contenta pas de permettre de co+.
pier le procédé qu'il avoit écrit. Il donna
de vive voix, & dans le plus grand dé-
tail, tous les éclairciflemens qu'on lui
demanda fur la manipulation. On a mis
ces éclairciffemens en notes. Enfin, il joi-
gnit à ces excellens mémoires un échan=
tillon
D © à
De
ÆRTS. 273
tillon de Coton qu'il avoit teint lui-
même, & dont l'éclat l'emporte de beau-
coup fur ce qu'on connoît de plus beau
des Indes & d'Andrinople.
Tel eft l’ordre dans lequel la Société
a recu des inftruétions fur cette impor-
tante branche de teinture. On lui par-
donneroit, fans doute, de défirer que la
Bretagne en retirat les premiers fruits.
Mais elle noubliera jamais qu’elle doit
rapporter au Public tout ce qui peut être
d'une utilité générale. Ainfi elle n’a au-
cune répugnance à publier un fecret que
les Etats de Languedoc ont acheté dix
mille livres en 1758 , ou pour mieux
dire , un fecret pour lequel ils ont donné
cette fomme à l'inventeur (z), à condi-
tion que fon fecret ne fortiroit point de
leur Province.
Recueil de différentes façons de teindre
les Toiles de Coton aux Indes.
Les Teinturiers ont trois maximes dif-
férentes pour leurs teintures, que je vais
expliquer fuivant l’ordre de leur perfec-
tion. La première, beaucoup plus com-
(a) Voyez le Corps d’obfervations des années 1757 &
2755, pag. 204. S
274 ARTS.
pofée que les deux autres, eft auffi infini:
ment fupérieure en vivacité & en adhé=
rence. La troifième eft la moins parfaite,
Première façon.
Pour teindre en rouge deux aunes de
Toile de Coton fur une aune de large (a),
on prend d'abord la tige d'une Plante
nommée Véyourouvi, rameaux & feuil-
les, que lon fait bien fécher, puis brü-
ler, pour en avoir la cendre qu'on délaye -
dans un vafe de terre contenant environ
neuf pintes d’eau de-puits, dans laquelle
on laifle infufer cette cendre pendant
trois heures.
Les Indiens ont attention de choifir par
préférence les eaux les plus épres, ainfi
qu'ils s'expliquent. Il n'eft pas trop facile
de définir quelle eft cette äpreté (4).
(a) Les Teinturiers veu-
lent que la toile foit écrue;
ER , elle ne prendroit
pas fi bien la couleur.
(b) » Ces puits dont
» l’eau eft âpre ne font pas
» fort communs dans l'Inde ;
» quelquefois il ne s’en trou-
» ve qu'un feul dans toute
» une ville. J'ai goûté de
» cette eau, Je ne luiai point
» trouvé le goût qu'on lui
» attribue ; mais elle m'a pa-
» rü moins bonne que l’eau
» ordinaire. On fe fert de
» cette eau préférablement à
» toute autre, afin que le
» rouge foit beau, difne les
» uns ; & fuivant ce qu'en di-
» fent d’autres plus commu-
» nément , c’eft une néceflité
» de s’en fervir, parce qu’au+
» trement le rouge ne tien-
» droit pas «. Lettres édifian-
tes ; vingt-fixième recueil ;
pag: 203. , 4
st Dos Sd de
ZA RIT. 275$
Au refte, on fait qu’en France aufli bien
qu'aux Indes, les Teinturiers préfèrent
certaines eaux dans lefquelles fe trouvent
quelques qualités propres à leurs teintus
res. Par exemple, l’eau du ruifleau des
Gobelins pañle à Paris pour la meilleure
en ce genre.
L'eau de cendres étant infufée, enfui-
te pailée dans un linge, on en prend une
quantité fufhfante pour pouvoir mouiller
& bien imprégner les deux aunes de
Toile qu'on veut teindre ; on y délaye
à peu près la groffeur d'un œufde crot-
tes de cabri , auxquelles on joint la
valeur d’un verre ordinaire de levain, de
la compofition duquel je parlerai ci-après;
enfin on verfe fur le tout une ferre (a)
d'huile de Séfame-ou Jugioline (4): ayant
bien mêlé & délayé toutes ces drogues,
fi lès cendres font bonnes, l'huile ren-
dra l’eau blanchâtre, & ne furnagera pas.
Le contraire arriveroit, fi elles étoient
mélées avec celles d’autres bois que le
Wéyourouvi.
(a) La ferre dont on parle de faindoux liquéfñé & non
ici , éft une mefure cylindri- liquefñé.
que de 3 pouces dé diamètre, Cerre huile de Séfame ou
& autant de profondeur. Jugioline eft appelée aux
(b) Au defaut d'huile de Indes du mot Portugais,
Jugioline, on peut fe fervir - huile de Gergeln,
Si
276 ARTS.
Cette préparation faite, comme on
vient de le dire, on y trempe la Toile
qu'on pétrit bien dans le fond du vafe,
où on la laiffe enfuite ramaflée pendant
douze heures, c’eft-à-dire, du matin au
foir. Alors on verfe deflus un peu d’eau
de cendre toute fimple, afin d'y entre-
tenir l'humidité néceffaire pour pouvoir
en la pétriffant encore, la pénétrer dans
toutes fes parties. Après quoi on la laifle
encore ramaflée dans le fond du même
vafe jufqu'au lendemain matin.
Ce fecond jour on agite la Toile, on
la preffe & on la pétrit comme la veil-
le, de façon qu’elle fe trouve humeétée
également. Enfuite, l'ayant tordue à un
certain point & fecouée plufieurs fois,
on la met bien étendue fécher au Soleil
le plus chaud jufqu’au foir, qu’on la re-
plonge & l'agite dans la fufdite prépa-
ration qu'on a eu foin de réferver, &
dans laquelle on lui laiffe encore pañfer
la nuit : mais comme cette préparation
fe trouve diminuée , on remplace ce
qu'elle a perdu par de l’eau de cendre
fimple, qui en la rendant plus liquide,
la rend aufli plus propre à s'étendre & à
pénétrer toutes les parties de la Toile,
L'opération dont on vient de parles
ARTS. 277
doit fe répéter pendant huit jours & huic
nuits. Je vais maintenant expliquer ce
que c’eft que le levain qu'on met dans la
préparation ci-deffus.
Ce levain n’eft autre chofe que la mê-
me préparation dont les Peintres ou T'ein-
turiers Afiatiques ont foin de conferver
une portion dans des vafes de terre, pour
faire fermenter plus promptement une
nouvelle teinture , Lorfqu'ils veulent la
compofer. Mais s’ils avoient perdu leur
ancien levain , leur façon d’en faire de
nouveau, eft de prendre de l'eau äpre,
dans laquelle on aura fait infufer des
cendres de Véyourouvi; d'y délayer la
fiente de cabri, & d'y mêler l'huile de
Séfame ou Jugioline, comme on l'a ex-
pliqué ci-devant, & de laïffer fermenter
le tout pendant quarante-huit heures,
après lefquelles ce levain fera parfait.
La Toile ayant été préparée, comme
on l’a dit, pendant huit Jours & huit
nuits, on la lave dans de l’eau de cen-
dres fimples, pour en tirer l’huile, jufqu’à
ce qu'elle blanchiffe un peu, enfuite dans
de l’eau ordinaire, mais toujours âpre,;
après quoi on la fait fécher au Soleil.
Pendant les opérations dont je viens
de parler, on fait fécher & pulvérifer de
S iii
278 ÆrRS
la feuille de Cacka (a), dont on prend
une /erre qu'on délaye dans de l’eau âpre
toute fimple, & en quantité fuffifante
pour imprégner parfaitement la Toile
qu on y agite cinq ou fix fois, & qu’on
y laifle paffer la nuit: ceci ne fe fait
u une fois.
: Le lendemain matin on exprime à ur
certain point l'eau de Cacha, de la Toi:
le, après quoi on la met fécher au So-
leil jufqu’au foir. Cette préparation lui
donne un œil jaunâtre, après laquelle
on pañle à celle que je vais expliquer.
On prend une certaine quantité de
l'écorce des racines d’un arbre nommé
Nôna (B) par les Indiens, & à ce qu’on
ma dit, Mancoul, par les Portugais
en Afie. On fait bien pulvérifer cette
écorce, & on prend une ferre de cette
poudre qu'on délaye comme celle du
| (a) Le Cacha eft un grand ces & demi, & “ES de
ruit eft_
arbre communaux Indes, &
dont la feuille eft d’une coti-
fiftance affez femblable à
celle du Laurier, mais plus
moéleufe, plus courte, &
arrondie par le bout. Sa fleur
eft bieue.
(b) Le Nôna eft un grand
arbre dont les feuilles font
tongues d’'environtrois pou-
quinze lignes. Son:
à peu près de la. grofleur
d’une petite noix, &c couvert
d’une peau vérte, contenant
dans des cellules cinq à fix
pepins ou noyaux. Les In-
diens mangent ce fruit con-
fit au vinaigre, à la façon
de nos cornichons.
ARTS. 279
Cacha ? dans une même quantité d'eau
fimple , mais toujours âpre, dans laquelle
on plonge & agite pareillement la Foile
qu'on y laifle aufli pafler une nuit, pour
Fen retirer le lendemain, én exprimer
À un certain point l'eau de Wôra, & la
faire fécher jufqu’au foir qu'on la re-
plonge dans la même eau pour y paffer
äne feconde nuit, de laquelle on [a re-
tire le troifième jour, pour la faire en:
core fécher jufqu’au foir. Cette dernière
préparation lui communique une couleur
rougeâtre à laquelle le Chaïaver (a),
dont on va parler, donne la force, 1a
vivacité, & l’adhérence.
(a) Le Chaïa , ou Chaïa-
ver eft une Plante qui naît
d'elle-même, & on ne laifle
E d’en femer aufli pour le
efoin qu'on en a. Élle ne
groït hors de terre que d’en-
viron un demi-pied. Sa feuil-
le eft d'un verd clair, large
de près de deux lignes, &
longue de cinq à fix. La
fleur eft extrêmement petite
& bleuâtre. La graîne m'en
éft guere plus oroffe que
celle du tabac. Cette petite
Plante poufle en terre une
racine qui va quelquefois
jufqu’à près de quatre pieds,
-& ce n'eft pas la meilleure ;
on lui préfère celle qui n’a
qu’un pied ou un pied & de
mi de longueur. Cetteracine
eft fort menue ; & quoiqu’el-
le pouffe fi avant en terre &
tout droit, elle ne jette 4
droite & à gauche que fort
peu & de très-petits fila-
mens. Elle et jaune quand
elle eft fraîche, & devient
brune en fe féchant. Ce n’eft
que quand elle eft sèche,
qu’elle donne à l’eau la cou-
leur rouge ; fur quoi je re-
marquai une particularité
quinétonna. J'en avoismis
tremper dans de l’eau qui
étoit devenue rouge. Pen-
S 1
ARTE.
Pendant qu'on prépare la Toile, com£
me Je viens de le dire, on doit auffi pré.
parer la racine de Chaia, ou Chaïaver.
Ce qui fe fait en prenant de ces racines
que l’on émonde, & dont on jette les
extrémités du côté du gros bout, de la
longueur d’un pouce. On hache enfuite
ce qui en refte en petits bouts de fix à
huit lignes de long, pour les piler plus
facilement. On en prend une /érre me
furée avec toute lexatitude que peu
vent permettre tous ces petits bouts que
l’on fait pulvérifer dans un mortier de
ierre, en obfervant d'y Jeter de moment
à autre quelques gouttes d’eau âpre, tant
pour empêcher cette poudre de s’envo-
er, que pour en former une efpèce de
pate qui puifle fe piler plus aifément.
Le Chaïaver ainfi préparé, & enfuite
délayé dans environ neuf pintes d’eau
fimple, mais âpre, on y plonge & agite
la Toile qui y paffe la nuit, pour en être
280
dant la nuit, un accident fit
sépandre ja liqueur. Mais je
fus bien furpris de trouver le
Jendemain au fond du vafe
quelques gouttes d’une li-
queur jaune qui s’y étoit ra-
smañlée. Je foupçonnai que
quelque corps étranger tom-
bé dans le vafe, avoit caufé
ce changement de couleur.
J'en parlai à un Peintre. II
me répondit que cela ne
marquoit autre chofe, finon,
ue le Chaïa dont je m’étois
Érvi étoit de bonne efpèce,
&c. Le P. Cœurdoux , vingts
Jixième Recueil des Lettreg
édifantes ; pag.208.
ARTS. 281
retiréele lendemain matin; pour, après
en avoir un peu exprimé l'eau de Chaïa-
ver, la faire fécher au Soleil pendant
tout le jour: opération qu'on répète
endant huit jours confécutifs, en la
faifanc fécher le jour, & la laiffant la
nuit dans la teinture. Chacun de ces huit
jours charge de plus en plus cette Toile
de couleur, & elle parvient enfuite à un
rouge foncé.
Ces huit jours expirés, l’on prend
deux /êrres de la même poudre de Chaïa-
ver qu'on met dans un autre vafe de ter-
re, avec environ dix pintes d'eau qu’on
fait chauffer fur un feu modéré jufqu’à
ce que l'eau s'élève un peu; alors on y
plonge la Toile, & on augmente en-
fuite le feu jufqu'à ce qu'elle bouille
bien fort; après quoi on retire le bois
de deffous Le vafe qu’on laiffe fur la braife
fur laquelle la teinture refroidit à me-
fure que le feu fe confume. Dix-huit
heures après, on en retire la Toile pour
la laver dans de l’eau fimple & fraîche,
& enfuite la fufpendre & la faire fécher.
De cette façon, la Toile eft teinte en
rouge foncé de la première forte. |
Pendant toute cette cuiflon de la tein<
ture, l’on a grand foin d’agiter la Toile
te
32 ARTS.
avec le bout d'un bâton, afin que cette
même teinture en pénètre plus égale-
ment toutes les parties.
Une remarque très-effentielle à faire,
c'eft que quand on a commencé une tein-
ture avec une forte d’eau, il ne faut plus
fe fervir de celle d’un autre puits, füt-
elle âpre aufli; mais continuer avec la
même toutes les opérations jufqu’a la fin.
Une autre obfervation à faire encore,
c'eft que les plus fraiches racines du
Chaïaver font les meilleures, fuffent-
elles tirées de terre le jour même, pour-
vu qu’elles ayent eu le temps de fécher;
ce qui peut fe faire bien promptement ,
vu la fineffe de cette racine. Cependant
au bout d’un an elles font encore bon-
nes, & même elles peuvent fervir juf-
qu'a trois ans de vieilleffe, mais toujours
en déclinant de bonté.
J'ajouterai à ce que le Révérend Pere
Cœurdoux dit du Chaïaver, dont l’ex-
trait eft ci-deffus en note, le fentiment
de M. Lepoivre, ci-devant des Miffions
Etrangères, qui, pendant fon féjour à
Pondichery, s’eft fort attaché à péné-
trer les fecrets des Peintres, ayant peint
lui-même quelques effais, où l’on m'af-
fure qu'il a fort bien réufli. |
ARTS. 283
‘» Le Chaïaver eft la Plante que M.
» Tournefort appelle Ga/Zium album vu.
> gare. La defcription que ce favant Bo:
>» tanifte fait de fa Plante, eft abfolument
» la même que celle qu’on pourroit faire
s du Chaïaver. Au moins eft-il vrai que
» ces deux Plantes, fi elles font différen-
» tes, ont un même effet, qui eft de faire
» cailler le lait. C’eft une expérience que
» j'ai faite «. Le Charaver croit dans les
terres légères & fablonneufes.
Seconde facon de tendre les Toiles.
Pour teindre deux aunes de Toile de
Coton, on commence par la faire blan-
chir , après quoi lon prend des fruits
fecs nommés Cäédou (a), ou Cadoncaie,
_ {a) Le fruit Cadou ou Ca-
doucaïe fe trouve dans les
bois fur un arbre d’une mé-
diocre hauteur. Il fe trouve
prefque par tout, mais prin-
cipalement dans le Mulleïä-
Lam, pays montagneux, ainf
que le fignifie fon nom, qui
s'étend confidérablement le
Jong de la côte de Mala-
bar. Ce fruit fec , qui eft de
la groffeur d’une mufcade,
s’emploie ici par les Méde-
cins, & il entre fur-tout dans
les remèdes qu’on donne aux
femmes nouvellement ac-
LA
couchées. Il eft extrême-
ment àpre au goût ; cepen-
dant, quand on en garde un
morceau dans la bouche pen-
dant un certain temps, on
lui trouve, à ce que difent
quelques-uns, un petit goût
de régliffe. Si après en avoir
humeété médiocrement &
brifé un morceau dans la
bouche, on le prend en-
tre fes doigts, on le trouve
fort gluant. C’eft en bon-
ne partie à ces deux qualis
tés, je veux dire, à fon âpre-
té & à fon on@tuofité, qu'en
284 ARTE
au nombre de cinq par chaque aune de
Toile à teindre: par conféquent , pour
celle-ci on en prendra dix que l’on caf-
fera pour en tirer le noyau qui n’eft bo
à rien dans le cas préfent. On broyera
le refte en roulant un cylindre de pierre
fur une autre pierre plate & unie, ayant
attention de l'humeëter de temps en
temps avec de l’eau, (j'entends toujours
de l’eau äpre) de façon que le tout for-
me une efpèce de pâte plus sèche que
liquide, qu'on délaye dans de l’eau en
quantité fufhfante, pour bien humeëter
les deux aunes de Toile à teindre. Cette
Toile ayant été agitée pendant un quart
d'heure, & bien imprégnée de l'eau de
Cädou, on la tord fans cependant la def-
fécher trop; puis après l'avoir fecouée,
on l’étend & on la laiffe fécher à l’om-
bre. Cette préparation qui lui donne un
doit attribuer. l’adhérence
autre chofe que le Mirabo-
des couleurs dans les Toiles
lan dont nos Droguiftes con-
Indiennes, & fur-tout à fon
âpreté. C’eft au moins l’idée
des Peintres Indiens, &c.
Recueil vingt-fixième des
Lettres édifiantes , pag. 178.
M. Lepoivre, déjà cité
dans ce Mémoire, prétend
que le Cädou qu'emploient
les Peintres Indiens, n’eft
noiffent de cinq efpèces ; fa+
voir, le Citrin, l’Indien ou
Noir, le Chébule, l'Embli:
que & le Bellérique. Il ajou-
te que ces Peintres ne fe fer-
vent que du Citrin & du
Noir, qui ont beaucoup de
fel eflentiel & d'huile.
CT PRES. "AT , tons ll se "HS
RTE: 28
œil jaunâtre, la difpofe à recevoir &
s'attacher plus intimément la couleur du
Chaïaver, dont il fera parlé ci-après.
La Toile étant dans l’état qu'on vient
de dire, on prend un vafe de terre, dans
lequel on fait chauffer un peu environ
une pinte d'eau, dans laquelle on verfe
à peu près neuf gros d’alun pulvérifé
qui fond fur le champ, & aufli-tôt on
retire le vafe de deflus le feu, & on
verfe encore deux autres pintes d’eau
fraiche ; enfuite de quoi on étend les
deux aunes de Toile fur l'herbe, & lon
prend un chiffon de linge net que l’on
trempe dans cette eau, & que l’on pañfe
fur le côté apparent de cette Toile d’un
bout à l’autre, en retrempant d'inftant
en inftant le chiffon dans cette eau; &
quand ce côté de la Toile eft bien em-
reint & humeëté, on la retourne fur
l'autre, auquel on en fait autant. On la
laiffe fécher pour la porter enfuite dans
l'étang, où on l’agite trois ou quatre fois
pour enlever partie de l’alun, & étendre
plus également ce qui en refte. On l’é-
tend encore fur l'herbe, & on lui donne
une feconde couche de la même eau d'a-
Jun, comme il vient d’être expliqué, &
on la laiffe fécher, |
286 ARTS.
Nota, que cette dernière fois il ne
faut pas attendre que la Toile foit abfo:
lument sèche, pour lui donner la fecon:
de couche d’eau d’alun, fans doute pour
que celui-ci en pénètre plus facilement
& plus également tous les Fils.
Cette double opération étant faite,
& la Toile étant er sèche, on la re-
porte encore dans l'étang, où on la plon-
ge une vingtaine de fois, en la frappant
chaque fois une dixaine de coups fur des
pierres de taille unies ; ce qui fe fait en
fronçant & ramaflant cette Toile que
l'on tient par un de fes lés que l’on tourne
de côté fucceflivement. Il faut obferver
que la Toile foit également lavée &
battue dans toutes fes parties. |
Cette Toile ainfi lavée, on l’étendra
au Soleil, & on l'y laïiflera bien fécher.
Alors on prendra la quantité de cinq livres
& demie de racine de CAazaver, qu'on
prépare ainfi qu’il eft expliqué dans la pre-
mière façon, & qu’on jette dans un grand
vafe de terre contenant environ quinze
pintes d’eau plus que tiède, mais qui ne
bouillonne point encore. Ayant bien re-
mué cette eau pendant une demi-heure,
on y plonge la Toile; après quoi l’on
augmente le feu de façon à faire forte-
ARTS. 287
ment bouillir pendant cinq heures le
tout qu'on life encore trois heures fur
le feu , fans l’alimenter de nouveau bois,
On obfervera pendant cette opération,
de foulever & remuer la Toile avec un
bâton au moins de demi-heure en demi-
heure, afin quelle puiffe être plus éga-
lement pénétrée par la teinture.
Après les fufdites huit heures expirées;
on retire la Toile du Chazaver pour la
fecouer, la tordre, & la laiffer ramaflée
fur elle-même pendant une nuit. Le
lendemain matin l'ayant lavée dans l’é-
tang pour en détacher les brins ou par<
celles de Chazaver, & autres ordures qui
auront pu s'y attacher, on la fera fécher
au Soleil en l’étendant bien. En obfer-
vant routes ces opérations, elles ne pro-
duiront pas un rouge aufli parfait que
celui indiqué par la première maxime,
mais il fera néanmoins beau.
Troifième façon de teindre Les Toiles en
rouge avec le bois de S'APAN.
L'on prépare la même longueur de
Toile (a) que dans les précédentes fa-
(a) Il eft indifférent que cette Toile foit blanchie ou
écrue, DEL
|
288 ARTS.
çons, avec le Cädou broyé & détrempé
comme dans la feconde manière, & on
la fait fécher de même à l’ombre : après
que cette Toile eft bien sèche, on la
trempe dans la préparation fuivante.
On prend du bois de Sapan brifé ou
écrafé en plufieurs petits morceaux, que
l’on laiffe infufer pendant douze à quinze
heures dans neuf ou dix pintes d’eau
fraiche , & toujours âpre, que lon fait
chauffer jufqu’a ce qu’elle ait fait trois
ou quatre bouillons , après lefquels on la
retire du feu pour la féparer de fon fédi-
ment, en la verfant par inclination dans
un autre vafe de terre où on la laiffe re-
froidir ; après quoi on en prend une
partie dans laquelle on plonge la Toile
qu'on y agite un peu, & qu'on retire
aufli-tôt pour la faire fécher à l'ombre,
après en avoir exprimé l'eau à un cer-
tain point.
Aufli-tôt que cette Toile eft sèche, on
recommence cette opération qu'on ré-
pète trois fois & même quatre, fi l’on
remarque que la couleur ne foit pas affez
foncée. |
Cela-fait, on met dans un vafe de
terre environ une demi-pinte d’eau, dans
laquelle on jette quatre à cinq gros : li
un
L
HRTS, 289
lun pulivérifé, & l’on fait chauffer le
toit fêulement jufqu au point de voir
frémir l’eau que l'on verfe aufli-tôt dans
un autre vafe contenant une pinte d’eau
fraiche, Ayant bien agité le tout, on y
plonge la Toile, que, bien imbibée &
pénétrée de cette ’compofition , l'on tord
légèrement, de peur d'en détacher la
couleur ; après quoi on l’étend à ombre,
ce qui achève cette forte de teinture,
à la vérité, aflez imparfaite , puifqu FE
fe détache à à la leffive & s’affoiblit,
fe pale au Soleil & au grand air.
Cette dernière préparation d’alun occas
fionne un changement confidérable dans
la couleur de cette Toile, qui d’un rou-
ge orangé , pañle audiateno tes après
a un rouge affez foncé tirant fur la cou=
leur de fang de bœuf.
Expérience faite fur leau dont Les
Peintres & Teinturiers Aftatiques fe
fervent dans leurs teintures.
Comme Je crois que la qualité de l’eau
contribue efeétivement beaucouÿ à Fad-
hérence des couleurs qu’emploient les
Peintres & Teinturiers, il me paroi à
LON me
venu à ia connoiflance fur cette ima=
290 ARTS.
tière, pour aider aux recherches qu'on
pourroit faire des eaux les plus propres
aux opérations que Je viens d'expliquer.
Voici ce qu'un Chirurgien de Pondi-
chéry a répondu à un ami qui le queftion-
noit fur cette matière.
» Par lanalyfe que j'ai faite de l’eau
» fervant aux teintures des Toiles, j'ai
» trouvé qu'elle étoit plus légère que
» celle d' Oulgaret (a), dont on boit ici
» par préférencé à toute autre; favoir, fur
+ une livre quatorze onces poids de marc,
» de 28 -* grains ; & ayant aufli com-
» paré l’eau d'Oulgaret à celle d’un des
» puits de la ville le plus fréquenté par
» ceux qui n'ont pas la faculté de fe faire
» apporter de la première, j'ai trouvé
» que cette dernière (4) étoit pour une
> livre de feize onces, de quarante-huit
» grains plus pefante que celle d'Oul-
» garet. De-la réfulte, calcul fait, que
» l’eau qu'adoptent nos Teinturiers, eff
» de 6o + grains plus légère que celle
» de la ville, que lon boit cependant;
+au contraire de celle des T'einturiers,
(a) Puits fitué hors de la (a) Dont le puits eft fitué
ville de Pondichéry, à une aenviron centtoifes du bord
lieue environ du bord de la de la mer.
met,
ARTS. 291
# qu'ilwe feroit pas poflible de boire, à
» caufe de fon goût infipide, cependant
> point àcre, mais tirant un peu fur le
> goût minéral, quoique je n'y aye trou-
» vé aucun fel de cette dernière efpèce,
s après en avoir fait évaporer trente on-
# ces au bain de fable, lefquelles ne
# mont donné que onze grains d'un fel
» gemme très-blanc «, |
Je n'ai point dans ce petit recueil cité
d'exemple concernant la teinture du fil
de coton, parce que les opérations font
en tout égales à celles que l’on obferve
pour la Toile,
Methode de faire rénflir en France le
procede dont on fe fert aux Indes, pour
tmpriner da couleur rouge fur les Toiles
de Coton.
Il y a long-temps.que lon connoît
en France le procédé des Indes, foit.par
les Mémoires que le Minifière nous à
procurés de deffus les lieux, foit par les
obfervations que les Jéfuites Miffion-
naires Ont fait imprimer dans les Lettres
édifiantes, Malsré ces inftru&tions, le
rocédé ne réuilifloit jamais. Feu M. le
Qué. pendant fon miniftère, avoit fait
venir les drogues emploxéss spas ‘les
| | 1]
-
_ ———
292 MER É ?
Indiens, & travailla fur ce fujet aveë
M. Dufay, de l'Académie des Sciences ;
mais nous ne retirames d'autre fruit de
leurs travaux, qu’une connoiffance exaéte
des drogues néceffaires au procédé. S'ils
eurent quelque fuccès, ce fut en fuivant
une route différente de celle que fuivent
les Indiens, comme on le fait encore
en Angleterre, en Hollande, & dans
tous les pays où l’on imite les Indiens.
J'ai travaillé pendant long-temps d’a-
près les Mémoires que je viens de citer,
fans réuflir mieux que ceux quim'avoient
précédé. Je fus réduit à chercher par des
expériences, & à deviner en quelque fa-
çon ce que tant d'Obfervateurs pouvoient
n'avoir pas bien examiné fur les lieux.
Je me fervis de leurs doutes, de leurs
contradictions mêmes, pour remonter
aux principes. J'en découvris deux, qui
font la bafe & le fondement de cette tein-
ture : le premier eft la préparation du Co-
ton, qui eft fimplement indiquée dans
ces Mémoires.
Les Indiens fe fervent d’excrémens
d'animaux pour blanchir Les Toiles qu’ils
veulent peindre. jamais de favon. On
croyoit ce blanchiflage indifférent, & il
ne l'eft pas, J'ai vu que par cette opéra-
4
|
|
|
|
|
ARTS. 293
tion o® introduifoit dans les fibres du
Coton une fubftance que l'œil n'apper-
çcoit pas, & que les Indiens eux-mêmes
ignorent. Je ne l’aurois pas mieux apper-
cue qu'eux, fans une obfervation faite en
Angleterre. M. Belchier, de la Société
Royale, découvrit par hafard que les os
des animaux nourris avec des alimens
dans lefquels on fait entrer des racines de
Garance, fe teignent en un rouge incar-
nat au bout de dix à douze jours.
Ce phénomène m'engagea à examiner
plus attentivement l'effet des excrémens
des animaux fur le Coton. Je décou-
vris premièrement que par cette prépa-
ration, non-feulement les pores du Co-
ton s'ouvrent & fe dilatent, mais qu’il
s'y introduit de plus une fubftance qui
attire puiflamiment les atomes colorans
de la Garance, que le favon & les leffi-
ves n'effacent alors qu'avec peine.
En fecond lieu, que le temps qui fufft
aux Indes pour introduire dans le Coton
cette fubftance dont j'ignore la nature,ne
fuit pas dans les climats feptentrionaux.
Il faut en France dix, douze, & même
quinze jours, fuivant la chaleur de la fai-
fon, pour mettre les Toiles en état de
recevoir la couleur, Ces recherches m'ont
| Ti
294 ARTS.
encore donné des marques auxquelles on
peut reconnoitre que la Toile eft fuf-
famment préparée ; c'eft lorfqu’elle ne fe
falit plus par les excrémens qui ont pro-
duit fa blancheur.
Venons maintenant au fecond prin-
cipe fur lequel eft fondée Fopération des
Indes. Les os des animaux rougis par la-
liment qu'ils ont pris, fe déteignent,
lorfqu’on les réduit en poudre pour les
expofer à l'aétion des alcalis fixes. On
éprouve le même effet dans les Toiles.
Le favonnage & la leflive en détruiroient
peu à peu la couleur. Ce n’eft qu'en em-
ployant, outre les fubftances animales,
de l’alun difflous dans une eau d’une ef-
pèce particulière, que les Indiens réuf-
fiflent à rendre leur couleur inaltérable,
Ces eaux nous manquent en Europe. Jai
furmonté cet obftacle ;en compofant des
eaux de différente nature, & en obfer-
vant les effets qu’elles produifoient. Ces
effets n'ont prouvé que, lorfque lalun
eft joint à une terre très-fixe, foit que
cette terre fe trouve dans l’eau, foit qu'on
l’incorpore avec l’alun, alors la couleur
de la Garance n'abandonne plus la Foile,
quelque forte que foit la leffive.
_ Après avoir découvert les deux prin-
ARTS. 29$
cipes que je viens d'expofer, & éclairci
la théorie fur laquelle eft fondé le pro-
cédé des Indes, j'ai obfervé de point en
point ce que prefcrivent les Mémoires
faits fur les lieux, & j'ai eu une couleur
qui, comparée aux meilleures [ndiennes,
a réfifté comme elles aux mêmes épreu-
ves. L'air, le foleil, la rofée, le favon,
les leflives, loin de l’entamer, ne l'ont
rendue que plus vive. Je joins ici le pro-
cédé tel qu'il faut lobferver pour réuflir.
Preparation de la Toile.
Faites tremper votre Toile pendant la
nuit dans de l’eau où vous aurez délavé
des crottes de brebis, ou de la boufe de
vache. Le lendemain matin étendez-la fur
le gazon, dans un endroit expofé au So-
leil. Quand elle fera sèche, arrofez-la avec
de l’eau claire ; laiffez-la fécher enfuite,
& chaque fois qu’elle sèche, arrofez-la.
Lorfque le Soleil eft couché, remettez
la Toile dans le vafe où elle a déjà pañfé
la nuit. Recommencez le lendemain ma-
tin les mêmes opérations, c’eft-à-dire, à
faire fécher & à mouiller fucceflivement
la Toile.
L'opération eft finie, quand la Toile
ne fe laiffe plus falir par les excrémens
| T'iv
296 ARTS.
qui ont fervi à la blanchir, & que fa
blancheur approche de celle de la foie.
On ne peur fixer au jufte la durée de
cette préparation. Elle dépend de la cha-
leur de la faifon. J'ai trouvé qu’on pou-
voit fuppléer par le moyen des étuves,
à la chaleur du Soleil ; mais la blancheur
de la Toile n’eft pas alors fi parfaite, &
la couleur rouge dépend beaucoup de
cette blancheur. | |
Il arrive encore un phénomène affez
fingulier; c'eft que fi votre Toile n’eft
as d’une blancheur parfaite avant de
Pengaler & de lui donner le garançage,
l'opération finie, vous ne parviendrez ja-
mais à la blanchir parfaitement.
A rgalage de La Toile.
La Toile ayant été blanchie, lavez-la
pour en retirer les ordures, & faites-la
{écher. Prenez enfuite des »myrabolans ci-
trins, Ôtez-en l'écorce, & jettez le noyau
qui eft inutile, Réduifez ces écorces en
pâte, en les pilant dans un mortier de
marbre, & les arrofant avec un peu d’eau.
Il faut de ces écorces autant qu’il fau-
droit de noix de sale pour engaler votre
Toile. |
Mettez le coton & cette pâte dans un
ARE 297
vafe plein d'eau de rivière. L'eau doit
s'échauffer par degrés pendant une demi-
heure, & bouillir pendant une feconde
demi-heure. Retirez enfuite votre T'oi-
le, faites-la fécher, lavez-la dans de l’eau
froide, & frappez-la en tout fens avec un
battoir, à la manière des Bianchiffeufes.
Faites-la fécher une feconde fois. Elle
doit être alors d’un jaune foncé.
Prenez enfuite une quantité fufifante
de lait de vache nouvellement trait (a) ;
trempez-y la Toile, en la foulant & l’a-
gitant en tout fens. T'ordez-la, pour en
retirer le lait qui n'eft pas entré dans
les fibres, & faites-la fécher à l'ombre,
dans un endroit exempt d'humidité. Elle
doit être d'un jaune clair.
Pendant qu'on fait lengalage, il faut
en écarter foigneufement tout ce qui
peut contenir du fer. Il faut bien fe gar-
der de piler les myrabolans dans un mor-
tier de fer, ou avec un pilon de fer, ou
de les toucher avec le couteau. Il faut
(a) Le P. Cœurdoux dit paration, parce que le lait de
que dans l’Inde on préfère le vache y eft plus gras & plus
lait de buffie à celui de vache, onétueux que par tout ail-
. À NT ;
parce qu'il efE beaucoup plus leurs. Voyez le vingt-fixième
gras € plus onétueux. La Recueil des Lettres édifian-
Bretagne auroit donc quel- tes, pag. 181.
que avantage dans cette pré-
298 Æ RTE
auffi avoir attention, pendant que la
Toile engalée sèche, qu’elle ne touclie
ni fer, ni rien qui en contienne.
Mordant coloré pour deffiner [ur La Toile:
Prenez de la chaux vive, laiffez-la fe
fendre, fe gerfer, & s’éteindre à l'air.
Quand elle eft devenue bien blanche,
verfez deffus de l’eau de rivière, (une
inte fur chaque once de chaux } agitez
er le mélange, & laiflez-le repofer
vingt-quatre heures. Enfuite verfez par
inclination Îa partie la plus claire de
cette eau dans un vafe de verre, jetez-y
de l’alun puivérifé, & du bois de Bré-
fil concaflé, Expofez le tout au Soleil,
en agitant fouvent le mélange, au bout
de trois à quatre jours l’eau fera d'un
beau rouge. La dofe de l’alun eft à peu
près ce que la quantité d'eau peut en
diffoudre.
Lalun ainf diflous , donnera à la Toi-
le, quand elle aura fubi le garançage,
une couleur rouge foncée. Mais en affoi-
bliffant ce mordant, on aura desteintes
dégradées ; & pour laffoiblir, il n’y a
qu'à verfer une partie de ce mordant
dans différens gobelets qui contiendront
de l’eau de chaux fans alun.
ARTS. 299
Onxdefline les traits qui doivent être
d'un rouge foncé, avec Le mordant qui
contient le plus d’alun. On peut même, Rouge
pour Le rendre encore plus foncé, y ajou- ho
ter une petite quantité de Vitriol de
Zinc , appelé communément #itriol
blanc ; enfuite avec un pinceau trempé
dans les mordans affoiblis, on dégrade
les teintes.
Le bois de Bréfil qui eft d’un faux
teint, ne fert uniquement que pour co-
lorer le mordant, & guider le Deffina-
teur. Il ne faut pas juger par cette cou-
leur , quelque belle, ou quelque mau-
vaife qu'elle foit fur la Toile, de celle
qui réfultera au garançage, & qui en
era toute différente. C’eft une erreur
de plufieurs de ceux qui ont obfervé fur
les lieux le procédé des Indes. Ils ont
cru que le garançage ne fervoit qu’à
aflurer la couleur du Bréfil fur la Toile.
C’eft tout le contraire, elle en eft chaflée
par les atomes de la garance qui ont
plus d’afhnité qu’elle avec le mordant,
La raifon phyfique de la compofition
du mordant tel que je viens de le décri-
re, eft fondée fur ce que la chaux eft
une des fubftances les plus fixes que
nous ayons dans la nature. Quand une
300 ARTE
fois elle faifit un acide, rien ne peut
l'en féparer. C'eft de ce principe que je
tire la couleur fuivante, qui eft plus belle
encore que la précédente.
Prenez une partie de chaux éteinte à
l'air, & deux parties d'alun pulvérifé ;
mêlez le tout & mettez le mélange dans
un vaifleau de terre fur le feu, en re-
muant de temps en temps avec un tuyau
de pipe, pour faciliter l’incorporation
Rouge des deux matières. Quand l’alun ne je-
plus beat sera plus de flegme, & que le tout fera
que le pre- ; # ;
céder. durci, retirez le vaiffeau de deffus le feu,
laiflez-le refroidir, & verfez fur cet alun
une quantité fufhfante d'eau, en remuant
bien le tout, que vous laifferez repofer
enfuite pendant vingt-quatre heures ;
après quoi verfez la liqueur la plus claire
dans un vaiffeau de verre, pour la colo-
rer avec du bois de Bréfil.
Rouge On fait un rouge couleur de rofe, en
coeur de fubftituant à la chaux de la craie bien
blanche, ou du tripoli, ou du blanc de
plomb. |
On peut augmenter la dofe de l’alun,
& au lieu de deux parties, en mettre
trois & quatre, pourvu qu'on incorpore
bien le tout avec la chaux éteinte à
l'air, qui, dans ce dernier cas, doit être
?
ARTS. 301
tombéesen poudre fine, & bien blanche.
J'ai fait encore une couleur plus belle Rougeti-
Fa : \ rant fur le
que la dernière, en fubitituant à la chaux re.
des cendres d’étain calcinées au feu de
réverbère, jufqu’à ce qu’elles deviennent
blanches. Le rouge qui en réfulte eft le
plus beau de tous.
Au lieu de defliner avec la plume, on
pourroit avoir des gravures en bois que
l’on rougiroit avec le mordant ; enfuite
en étendant la Toile fur du cuir, & en
appliquant les moules fur la furface de
la Toile, on les comprimeroit par le
moyen d’une prefle ; ce qui accéléreroit
l'ouvrage. L'impreflion étant faite, on
appliqueroit les nuances & les couleurs
dégradées dans les endroits où il en faut:
mais je ne puis dire l’effet qui réfulteroit
de cette méthode, ne l'ayant point en-
core éprouvée.
Garançage de la Toile.
Le deffein étant tracé fur la Toile;
prenez un vafe d’étain affez grand pour
contenir votre Toile à l’aife, rempliflez
le vafe d'eau de rivière ou de pluie, .
mettez-le fur un feu modéré; & quand
l'eau fera tiède, jetez-y de la garance
grappe , la quantité prefcrite par les
302 ARES
Teinturiers pour teindre une Toile de
la grandeur de la vôtre. Remuez bien le
tout avec une baguette de bois. Lorfque
la garance commencera à former une
crème rougeatre fur la furface de l’eau,
abattez-y votre Toile. Il faut gouverner
le feu de façon que la chaleur augmente
par degrés, & ne parvienne qu’au bout
d'une heure au degré de l’eau bouillante,
Alors vous faites bouillir pendant une
demi-heure ; après quoi éteignez le feu,
laïffez refroidir le vafe, faites fécher la
Toile, & lavez-la pour en retirer les
ordures. |
Ayivage de la couleur.
Si l’opération a réufli, la furface de
la Toile doit être teinte en un rouge
fale , & le deffein doit paroitre noiratre
& foncé. Pour reblanchir la Foile, il
eft inutile d’avoir recours au favon &
aux leffives, ils n’y feroient rien : il faut
commencer l'opération avec les crottes
de brebis ou la boufe de vache, comme
on l’a fait en préparant la Toile. Ces
excrémens boiront au bout de cinq à fix
Jours tout le rouge qui eft fur la Toile’,
excepté celui qui eft retenu parle mor-
dant. Le Coton acquiert alors fa pre-
ARTS. 30%
mière blancheur, le deffein tracé fur la
Toile s'éclaircit & s’avive. On peut
fans crainte confier enfuite ces fortes
de Toiles aux-Blanchiffeufes. Leurs leffi-
ves les plus fortes détruiroient plutôt
le Coton que la couleur.
I! arrive quelquefois qu'en traçant le
deffein fur la Toile, on y met plus de
mordant que fes fibres n’en peuvent con-
tenir. Il en réfulte un inconvénient ;
ceft qu'en mettant la Toile au garan-
cage , l'excédent du mordant fe répand,
& forme des taches qui font ineffaça-
bles quand une fois la cuve a bouilli.
Pour prévenir cet accident, je n'ai rien
trouvé de mieux que ce qui eft prati-
qué par les Indiens. Quand le deffein
commence à fe colorer au garançage,
c'eft-à-dire, une ou deux minutes après
y avoir abaïflé la Toile, ils l’en retirent
pour la laver dans de l’eau fraîche LÉ
en Ôtent les taches avec du jus de ci-
tron. Mais pendant cette opération (qu’il
faut faire le plus promptement qu'il eft
… poñlible) on doit ménager le feu de façon
| que la chaleur de la cuve ne faffe pas -de
progrès, & après y avoir remis la Toile :
. cette chaleur par degrés infen-
ibles. |
304 ARTS.
Lorfque la chaleur de la cuve eft aw
point qu'on ne peut y tenir le doigr, il
faut agiter la Toile en tout fens, pour
qu'elle prenne la couleur d’une manière
égale fur toute fa furface.
Je finis par ‘une obfervation qui , dans
la fuite, pourra devenir très-utile à la
Province. J’ai éprouvé que les Toiles de
Chanvre & de Lin préparées par la mé-
thode que je viens de prefcrire, reçoi-
vent pareillement une couleur ineffaca-
ble. Mais le Chanvre & le Lin ayant
des fibres plus roides & beaucoup moins
poreufes que le Coton, il eft arrivé que
le rouge bu par ces Toiles étoit d'une
nuance de la moitié plus foible aue celle
du Coton ; mais auflil comme le Chanvre
& le Lin font en état de réfifter & de
fupporter des épreuves plus fortes, il
refte à éprouver fi des préparations plus
longues ne produiroient pas fur ces T'oi-
les le même effet que fur le Coton.
Quoi qu'il en foit, en fe bornant au
Coton, & à la feule couleur rouge, dont
on peut varier les efpèces, fans déroger
à la folidité, on auroir des Toiles pein-
tes qui, pour la beauté & la folidité de:
la couleur, feroient bien fupérieures à
celles que nous vendent les Anglois, les
Hoilandois
ARTS. 30$
Hollangois & les Suiffes, à un prix bien
au-deflus de leur valeur réelle (a).
J'ai ci-devant examiné quelle étoit ere
la caufe phyfique de ladhérence de la 5 Ep
couleur rouge aux Toiles peintes qui Mazéas.
nous viennent des côtes de Malabar & de
Coromandel. J'ai fait voir que ie prin-
cipe des manipulations des Indiens con-
fifte dans la préparation du fujet qu'ils
veulent teindre, c’eft-a-dire, dans l’appli-
cation de la fubftance animale fur le Co-
ton. Il me refte maintenant à développer
une feconde branche de ce nouvel art,
& à faire voir. que la même caufe influe
fur toutes les divifions & toutes les opé-
rations. |
Les écheveaux ne fe teignent pointaux
Indes par les mêmes manipulations que
les Toiles, comme on le voit par les Mé-
moires qui nous ont été envoyés de def-
fus les lieux, & par ceux que le P. Cœur
(a) Tout ce qui fuit eftune
addition faite par M. Abbé
Mazéas au Mémoire qu’on
vient de lire. On y trouve le
_ procédé de la teinture er
ñoir , qui n’eft peut-être pas
moins importante que la
teinture en rouge. Ce qu’il
dit fur le moyen de perfec-
tonner les couleurs appli-
quées aux laines, peut deve-
niraufli d’une grande utilité.
C’eft ce qui a déterminé à
faire imprimer cette addi-
tion telle que la Société Pa
reçue, quoique ces deux ar-
ticles n’ayeni qu'un rapport
indireé à j’efpèce de teintu-
re dont la Société publie les
procédés. 3
306 ARTS.
doux, Jéfuite , a fait inférer dans le Re« :
cueil des Lettres edifiantes. La raifon de
cette différence vient de ce que la prépa-
ration pour les Toiles qu’on veut pein-
dre, n’affeéte que la fuperficie du fujet;
au lieu que, pour teindre des écheveaux,
il faut que la préparation foit plus aétive,
& qu'elle pénètre une infinité de petits
cylindres, non-feulement dans leurs fu-
perficies, mais encore dans toute leur
folidité.
Pour y parvenir, les Indiens forment
une efpèce de favon animal, compofé à
froid d'huile de Gengely divifée par un
alcali fixe de la nature de la foude. Ils
délayent enfuite dans cette liqueur favon-
neufe une quantité fufhifante de crottes
de brebis. Ils laiffent tremper leurs éche-
veaux toute la nuit dans cette compofi-
tion, & les expofent aux rayons du So-
leil pendant le Jour. Cette opération dure
ordinairement huit jours, & on a foin de
verfer chaque jour dans la compofition un
peu de leflive d’alcali fixe, tant pour la
tenir dans le même état de liquidité, que
pour divifer de plus en plus la fubftance
animale qui doit entrer dans les pores
du Coton. Au bout de huit jours, les
Indiens retirent tout le favon de leurs
ARTS. 307
écheveaux, en iles lavant dans la leflive
qui a fervi à faire le favon animal; &
quand ils ne rendent plus de liqueur lai-
teufe, ils les lavent dans de l’eau cou-
rante, & les laiflent fécher.
Ce qu'il y a de furprenant, & ce qui
néanmoins eft bien conftaté par les Mé-
moires qui nous font venus de deffus les
lieux, c'eft que, fans autre apprêt, fans
aluner, comme dans le procédé d’Andri-
nople, & fans faire ufage d'aucun mor-
dant, les Indiens font pañler au bain de
garance (a) le Coton préparé comme je
viens de le dire, & il en fort teint de
cette belle couleur rouge que nous admi-
xons fur les mouchoirs des Indes,
J'ai fuivi bien exactement le procédé
tel qu'il fe trouve dans les Mémoires
cités ci-deffus, mais fans aucun fuccès.
Javois fubftitué le faindoux à l'huile de
Gengely, comme les Auteurs de ces Mé-
moires avertiflent de le faire, & la foude
(z) La Garance ou efpèce
de Rubia , dont on fait ufage
aux Indes , eft un Gallium à
fleurs bleues, fuivant le Mé-
moire du P. Cœurdoux. De
toutes les Garances, celle
de Turquie, ou plurôt de
Smyrne, approche le plus de
celle des Indes, fuivant M.
Hellot. Nos Gallium ne con-
tiennent prefque pas dé cou
leur, ou l’ont très-mauvaife.
Toutes ces Plantes ont la
propriété fingulière de tein-
dre en rouce les os des ani-
maux qui eñ mangent
1]
308 ARTS.
l’alcali des Indes; mais tout fut inutile:
Convaincu qu'il ne s’agifloit pas feule-
ment de faire entrer la fubftance animale
dans les pores du Coton, mais qu’il fal-
loit encore l'y retenir par quelque fubf-
tance très-fixe qui peut fe trouver dans les
eaux des Indes, comme les différens Mé--
moires paroiffent l’infinuer, je me fervis
encore d’une eau féléniteufe, femblable
à celle que j'avois employée pour diffou-
dre l’alun dans mon Mémoire fur les T'oi-
les peintes, c’eft-a-dire, une eau de chaux
lus ou moins affoiblie, fuivant la qua-
lité de la foude. Je l’employai pour faire
mon favon avec le faindoux purifié & les
crottes de brebis. Ce procédé me réuñlit.
Je parvins à teindre, fans faire ufage d’a-
lun, ni d'aucun autre mordant, & la tein-
ture réfifta parfaitement aux débouil-
lis (a).
On peut rendre l'opération encore plus
{üre, en aiguifant la foude avec de la
chaux vive, de la manière fuivante.
Saupoudrez votre foude de chaux; met-
tez le tout dans une cuve en y verfant un
peu d’eau; remuez fouvent ce mélange,
D LUy
(a) Cette épreuve fut par l’Académie des Scien-
faite en 1757 enpréfencede ces pour vérifier cette opé-
” . LA .
M. de Montigny , nommé ration.
ARTS. 309
& augmentez peu à peu la quantité d’eau
jufqu'a remplir la cuve. Elle doit être
percée par Le fond, & le trou bouché
d'une cheville qu’on ôte en dehors, pour
faire écouler de temps en temps dans un
baflin placé au-deffous, une partie de la
leflive, qu’on rejette immédiatement dans
la cuve, fi elle eft trouble. On y laiffe
repofer l’eau, en y rejetant toujours celle
qui tombe dans le baflin, jufqu’à ce qu'el-
le forte bien claire & bien limpide. Le
trou doit être entouré dans l’intérieur de
la cuve de morceaux de brique, qui empé-
chent le fédiment de s’écouler avec l’eau.
C’eft aux parties de la chaux, Fune
des fubftances les plus fixes que l’on con-
noifle dans la nature, que j'attribue, dans
cette opération, la propriété de retenir la
fubftance animale dans les pores du Co-
ton, ainfi qu'elle la retient jointe à la
terre blanche de l’alun, dans la manipu-
lation des Toiles peintres. Il eft vraifem-
blable que les eaux infipides auxquelles
les Ouvriers des Indes donnent la préfé-
rence, contiennent une félénite anz!ôgue
à celle de l’eau de chaux. Le P: Cœur-
doux croit que cette félénite eft du ni-
tre ; mais ce fel neutre ne m'a pas réufh.
Lorfque les écheveaux fortent du bain
V iij
310 ARTS.
de Garance, ils doivent être d'un rouge
foncé & noirâtre. Cette couleur s’avive
par le même procédé dont on s’eft fervi
pour préparer les écheveaux, ainfi qu'on
avive la couleur rouge des Toiles pein-
tes par les crottes de brebis dont on s’eft
fervi pour les préparer.
oici maintenant les indications que
je crois néceflaires aux Artiftes qui vou-
dront éprouver, perfectionner, ou tirer
quelque parti du procédé que je viens
d'expofer.
I.
On connoit que les écheveaux font
fuffifamment préparés, lorfqu’ils devien-
nent d'un blanc foyeux & éclatant, qu'ils
ne contraétent plus dans le favon animal,
cette teinture jaune & fale qu’ils avoient
les premiers Jours de leur expofition au
Soleil. Lavez alors vos écheveaux dans
une leflive de foude aiguifée par la chaux,
jufau'à ce qu’ils ne rendent plus de li-
queur laiteufe. Lavez-les enfuite dans de:
l'eau courante, & faites-les fécher. Si
vous trempez un bout de ces écheveaux
fecs dans de l’eau claire, l'eau montera
avec rapidité Jufqu'à l’autre extrémité ;
phénomène qui fait voir que la prépara-
ARTS. 311
tion des Indes non-feulement introduit
dans le Coton une fubftance animale très-
fenfble à l’odorat, mais qu'elle en dilate
encore prodigieufement les pores. On ne
doit pas rejeter la liqueur laiteufe qu'on
_ a retirée des écheveaux ; on doit la gar-
der pour la mêler avec de nouveau favon
qu'elle perfeétionne beaucoup.
FT
. Rien n'empêche qu’on n'applique un
mordant fur les écheveaux avant de les
teindre. La différence de ces mordans en
met aufli une dans la couleur de la Ga-
rance. Par exemple, lalun calciné avec
un peu de chaux ou de craie, ou de quel-
qu'autre terre abforbante, donne un rou-
ge plus vif que lorfque ce même alun
eft fimplement diffous dans de l'eau de
chaux.
CR?
Les étoffes de laine qu'on expofe à
Pair au fortir du moulin à foulon, pren-
droient un blanc plus éclatant, fe trou-
veroient bien mieux dégraiflées, & par
conféquent plus propres aux teintures,
fi avant de les expofer au Soleil, on les
trempoit dans une quantité fufhfante de
V iv
dif ARTS.
boufe de vache délayée dans de l'eau, &
qu'on les arrosit fréquemment pendant
le jour, comme on le pratique aux Indes
pour la Toile de Coton. Peut-être cette
méthode fuppléroit-elle à la terre à fou-
fon, qui entre pour beaucoup dans la fu-
périorité des écoffes Angloifes fur les nô-
tres, & dont l'exportation eft défendue,
par cette raifon, fous des peines très-ri-
goureufes. Peut-être auffi cette méthode,
én ouvrant davantage Îles pores de la lai-
ne, donneroit-elle à la teinture d’écarlate
un rouge plus durable : il eft für, par mes
épreuves, qu'elle le donne au rouge de Ga-
rance, & qu'elle le rend beaucoup plus vif.
RSA
La teinture noire du fil faifoit autre-
fois une branche confidérable de com-
merce en Bretagne, & fur-tout à Rennes.
Deux chofes ont principalement contri-
bué à fa décadence; 1°. la négligence
dans la filature; 2°. la perfection qu'on
a donnée ailleurs à cette teinture. Voici
un procédé qui me paroit avoir bien des
avantaces fur tous ceux que l’on pratique
aujourd'hui.
Préparez vos écheveaux, foit de Lin;
{oit de Coton, comme ilaété dit ci-deffus,
ie Rens
mis
mi
ARTS. 313
Prenez enfuite une quantité de vitriol de
Mars, ou cozperofe, relative à votre quan-
tité de Fil. Mettez votre minéral dans un
vafe de fer fur un feu ouvert, pour lui
faire jeter l'eau qu'il retient dans fa crif-
tallifation. Dès que vous n’appercevrez
plus de figne d'humidité, retirez votre
minéral, jaiflez-le refroidir, & jetez-le
dans une quantité fufhfante d’eau de
chaux. Remuez le tout de temps à autre,
pour faciliter la diffolution du vitriol,
qui doit toujours fe faire à froid. Trem-
pez vos écheveaux dans ce mordant, &
tordez-les pour en exprimer l’eau.
Prenez le fruit fec connu chez les Dro-
guiftes fous le nom de #yrabolans ci-
trins : c'eft un fruit des Indes très-aftrin-
gent, & qui a toutes les propriétés de la
noix de gale, mais qui lui eft infiniment
fupérieur, & pour la beauté, & pour la
durée de la teinture. Prenez l'écorce de
ce fruit, & toute fa fubftance juiqu’au
noyau, celui-ci eft inutile. Pilez bien
cette écorce dans un mortier de marbre,
en lhumeétant de temps en temps d'un
peu d’eau pour former une pâte, avec la-
quelle vous ferez bouillir vos écheveaux.
ls prendront un noir très-beau, très-du-
rable, & fur-tout celui du Coton ne le
314 ARTS.
cédera à aucune des teintures noires qui
nous viennent des Indes.
. On ne doit employer que les myrabo-
lans bien confervés, dont l’intérieur eft
une fubftance dure, luifante & gommeu-
fe. Ceux qui font rongés de vers, ou qui
deviennent friables entre les doigts, doi-
vent être rejetés.
V:
Pour faire le favon animal prefcrit ci-
deflus, il faut, avant d'y jeter les crottes
de brebis, examiner foigneufement fi la
leffive diflout le faindoux de façon à for-
mer avec cette graifle une liqueur conf-
tamment opaque & laiteufe ; car fi au
bout de quelque temps le faindoux fur-
nageoit, & venoit à perdre l'union inti-
me qu’il doit contraéter avec l’alcali, la
teinture ne réufliroit pas. Il faut dans ce.
cas placer la leflive dans un lieu modé-
rément chaud, en y ajoutant de nouvelle
foude aiguifée par la chaux. Il faut aufi
que le faindoux foit bien purifié & con-
verti en pommade.
VPT.
Quand l’Artifte trempera fes éche-
veaux dans la teinture, fur-tout dans celle
ARTE: 31$
de Garance, il doit avoir attention que le
mordant, s’il en emploie un, ne fe trou-
ve pas en trop grande quantité fur la fur-
face du fujet qu’il voudra teindre ; car il
arrive toujours que l'excédent des fels fe
répand dans le bain, & la teinture eft
alors perdue. Tout fel uni à la Garance
dans le bain, Ôôte à fes atomes colorans
la propriété de fe jeter fur l'étoffe. Les
Indiens obvient à ce défaut, en plon-
geant leurs Toiles immédiatement avant
de les teindre, dans une eau courante,
la laiffant enfuite fe fécher un peu, afin
que le fel humeëté contenu dans les po-
res, reprenne fa confiftance.
| MEL
Il eft à remarquer que les Indiens tei-
gnent leurs écheveaux à froid pendant
fept jours, en employant chaque fois de
nouvelle Garance cueillie dans l’année.
Ils laiffent le Coton féjourner dans la
teinture pendant la nuit, & l’expofent
au Soleil le lendemain ; ce n’eft que le
huitiéme & dernier jour qu’ils teignent
à chaud. Notre Garance produit le mè-
me effet lorfau’elle eft fraiche, & nou-
vellement mife en poudre. Mais lorfque
cette poudre vicillie, la couleur en de-
316 ARTS.
vient terne. La raifon de ce phénomène,
eft qu'il y a deux parties dans la Garan-
ce, dont l’une, qui eft l'écorce, acquiert
par la vétufté une couleur tirant fur le
marron , qui altère beaucoup le beau rou-
ge contenu dans l’intérieur de fa racine.
Les Aïrtiftes intelligens fauront fup-
pléer, par leurs lumières & leurs expé-
riences, au défaut des autres obferva-
tions moins importantes, que les bornes
d'un Mémoire ne me permettent pas de
détailler. Comme je n'ai eu en vue que
leur intérêt & le bien public, ils me
trouveront toujours difpoié, foit à re-
connoître les erreurs qui peuvent m'être
échappées, foit à leur procurer les éclair-
ciflemens qu’ils jugeront à propos de me
demander. |
Mémoire fur la teinture du Coton
1] .
en rouge d Andrinople.
Cent livres de Coton dans chaque cu-
vier. On les divife en trois cens ou quatre
cens pentes, fuivant la finefle du Coton.
La boucle qui tient ces pentes doit être
liroe, & de ficelle bouillie, battue &
lavée. Il faut aufli que les fantennes des
écheveaux foient bien lâches.
Mettez dans un cuvier de chätaisuierz
ARTS. 317
&’aulne ou de fapin, bien lavé auparavant
avec de l’eau bouillante, cent cinquante
livres de foude d’alicante enfermée dans
une toile aflez claire. Ce cuvier doit être
percé pour couler dans un autre cuvier,
comme on les arrange pour les leflives
ordinaires. Mettez dans chaque cuvier
environ fept quintaux deau, ou fept
cens livres, petit poids de quatorze on-
ces la livre. Les cent cinquante livres
de foude étant dans le cuvier, on les
couvre de fix cens livres d’eau de rivière
qu'on y jette avec des mefures ou feaux
de bois qui tiennent cinquante livres
chacun. C’eft donc douze de ces mefures
qu’il faut y verfer. Laiffez couler dans
le cuvier inférieur par un filet infenfi-
ble, afin que l’eau foit bien chargée de
fels alcali. Lorfque la leflive à pañlé, ce
qui dure une nuit, on en fait l'épreuve
avec l'huile. Si la leffive blanchit, & fi
l'huile fe mêle bien fans paroitre fe fépa-
rer à la furface, c’eft une marque qu’elle
eft aflez chargée de fels. On peut aufli
Feffayer par l'œuf frais qui doit y fur-
nager. On vide cette leflive forte dans
un cuvier de bois blanc bien net, &
Pon jette fix cens autres livres d’eau fur
les mêmes cent cinquante livres de foude.
#18
ARTS. é
Si après avoir pañlé une fois elle n'eft
pas aflez forte, on la fait pafler une fe-
conde fois, & on en fait l'épreuve com-
me ci-deflus. Ainfi cent cinquante livres
de foude doivent fourhir environ mille
livres de leflive préparée.
. On fait auf, fi l’on veut (2), une au-
(a) Il n’eft pas étroitement
néceffaire de faire ufage de
cette leflive de bois neuf,
mais 1] vaut mieux l’em-
player que de la négliger.
1 y a une obfervation tres-
importante à faire par rap-
port aux ceudres dont on fe
fert. Si elles font tirées de
cheminées dont le contre-
cœur foit défendu par une
plaque de fer, & qui foient
garnies de chenets aufli de
fer, il eft à craindre que la
violence du feu n’en ait déca-
ché quelques particules qui
foient reftées dans les cen-
dres. Dans ce cas , lorfqu’on
fait l’engalage, dont on par-
le ci-après, la noix de gale
& les parties ferrugineufes
donnentuneteinture noire,
qui met un obftacle invinci-
ble à la belle couleur rouge.
Il fe mêle auff rap 2
de petites parties de fer dans
la foude. Il eft donc eflen-
tiel d’éprouver la leflive de
foude & la leflive de cendres,
avant d’en faire ufage. Voi-
ci comment fe doit faire
cette épreuve. 3
Il faut remplir un verre
ou un gobelet bien tranfpa-
rent de l’une ou de l’autre
leflive. On coupe avec une
fcie fine d’Horloger une
tranche de noix de gale bien
déliée, qu'on met adroi-
tement à flotter fur la li-
queur dont lé vafe eft rem-
pli. On laiïfle le tout dans
cet état & fans agitation
pendant plufeurs heures, &
même pendant dix heures de
fuite. On porte de temps en
temps fon œil à la hauteur de
la fuiface de la liqueur ; &
fi l’on voit fe former au-def-
fous un petit nuage violetou
noirâtre, on peur être für que
la leflive contient du fer en
quantité nuifble , & que l’o-
pération de la teinture feroit
manquée, fi on en failoit
ufage. Si au contraire le pe-
tit nuage ne paroît point aw
bout de dix heures d’expé-
ARTE: 319
tre leffiye de cendres de bois neuf en mè-
me quantité, avec fix cens livres d’eau.
Il fufht qu’elle foit bien claire, & il eft
inutile de ia cohober, ou reverfer fur la
cendre.
L'eau de chaux fe fait feulement avec
foixante-quinze livres de chaux vive,
mais toujours fix cens livres d’eau. Elle
doit être pareillement tirée à clair.
Après que toutes ces trois eaux font Déc:
clarifiées, on place cent livres de Coton ment du
dans un cuvier bien net. On l'y arrange. “°°?
Enfuite on arrofe le Coton avec Îss trois
eaux (az) ci-deffus par portions égales,
jufqu'à ce qu'il en foit tout couvert.
Quatre femmes foulent le Coton avec
les pieds dans le cuvier, jufqu'à ce qu’il
en foit bien imbibé. Pendant cette pré-
paration qui dure une demi-heure, on
et de l’eau dans une chaudière (3),
laiffant aflez de vide pour recevoir le
rience, c’eft une preuveque teinture dont il s’agit.
l’on n’a rien à craindre des
parties ferrugineufes.
On dit qu'on n’a rien à
en ctaindre, car on fait qu’il
fe trouve du fer danses cen-
dres de tous les végétaux.
Mais il y eft en fi petite
quantité, qu'il ne produit
aucun effet fenfble dans la
(a) On fuppofe ici qu’on
emploie la leflive de cendres
de bois neuf. Voyez la note
récédente.
(b) Cette chaudière doit
être de cuivre jaune ou rou-
e. Il faut être très-attentif
à la tenir très-nette & exemp=
te de tout verd de gris.
Premier
apprèt.
520 ARTS.
Coton. Quand cette eau eft tiède, on
y plonge le Coton fans l'exprimer des
leilives. On le fait bouillir pendant trois
bonnes heures, le tenant toujours en-
foncé , afin qu’il fe décrue également.
Au bout de trois heures on le laiffe un
eu refroidir (a), & tout de fuite on
e lave en eau courante; on lexprime
bien, & on le fait fécher. Quand on le
lave, il faut le battre avec des battes de
bois, pour le bien nétoyer.
On met dans un cuvier bien net de
bois de fapin, environ cinq cens livres de
forte leflive de foude, où l’on a bien dé-
layé vingt-cinq livres de crotin de mou-
ton, & de la liqueur des inteftins, à l’aide
d'un pilon de bois, & de fufhfante quan-
tité de même leffive, paffant le tout par
un tamis de crin. Quand le mélange eft
bien fait, on y verfe douze livres & de-
mie de bonne huile d'olives. On remue
bien le tout enfemble, on y plonge les
cent livres de Coton, & on limbibe
bien de cet apprêt. Enfuite on l'expri-
me & on le tord fortement, puis on le
RE AE MT ne
(a) Le but qu’on fe pro- le Coton fans fe brüler les
pofe par le refroidiffement mains. Ainfi, dès qu’on peut
dont on parle, eft unique- le manier, lerefroidiflement
ment de pouvoir manier eft à fon point.
fait
ARTS. 321
fait fécher. On répète encore deux fois
cette manœuvre (en tout trois fois ) avec
attention, quand on exprime, que la li-
queur ne fe perde pas, & qu’elle retom-
be toujours dans le cuvier. C’eft ce qu’on
nomme le Sickiow |
On met dans un cuvier cinq cens li-
vres de nouvelle leflive de foude ; on
verfe douze livres & demie d'huile; on
remue bien Île cout, & on y plonge le
Coton, qu’il faut avoir bien fait fécher
auparavant fans le laver, On l'y laifle
douze heures ; on l'exprime & on le tord
fortement. On le replonge, on le tord;
ce qu'on répète trois fois, douze heu
res (az) a chaque fois. Il faut aufli con-
ferver cette liqueur. |
Le Coton bien fec, on le porte à la
rivière pour le laver. Il eft effentiel qu’il
n'y refte point d'huile, fans quoi l’en-
galage ne pourroit y mordre. On le bat
avec des maffes jufqu’àa ce que l’eau forte
claire. Le Coton après ce lavage doit
être aufli blanc que s’il avoit été mis fur
le pré.
(a) Pour lever toutes dif prêt, & qu’il refte plongé à
ficultés , on croit devoir chaque fois pendant douze
dire qu'on plonge trois fois heures. Ce qui fait en tout
Je Coton dans le fecond ap- trente-fix heures.
Second
apprêts
322 ARTS.
Engalage. Mettez dans une chaudière bien nette
fix cens livres d'eau. Quand elle eft tiède, |
on y jette vingt-cinq livres de galle épi-
neufe pulvérifée. On la fait bouillir pen-
dant demi-heure. On la laiffe refroidir
jufqu’au tiède. Pour donner l'engalage
également, on en prend dans un baquet;
on y trempe deux ou trois pentes à la
fois, qu’on y remue pour bien unir. On
met ces pentes dans un cuvier jufqu’a ce
que tout le Coton ait pañlé dans ce ba-
quet. On a foin de bien remuer toutes
les fois qu’on prend de l’engalage, afin
que le marc ne fe trouve pas tout en-
femble au fond. Quand tout le Coton
a paflé par l'engalage, on achève d'y ver-
fer l’eau qui refte dans la chaudière, &
on le laiffe bien enfoncé dans le bain
pendant vingt-quatre heures. On le tord
foiblement, & on le fait fécher.
Premier On fait difloudre vingt-cinq livres
SUB d’alun de Rome dansfix cens livres d’eau,
fans faire bouillir. Quand elle eft tiède,
on y verfe vingt-cinq livres de leflive
de foude. On remue bien le tout enfem-
ble, & l’on obferve d'y traiter le Coton
comme dans lengalage. |
Second Quand le Coton eft fec & a été con-
3e fervé trois jours us peu humide du pre-.
ARTS. 323
mier alunage, on en donne un fecond
areil au premier. On ne parvient jamais
a avoir un Coton d’un beau rouge, fans
ce fecond alunage ; mais on peut en di-
minuer la dofe, & il fait aufli bien.
Lorfque le Coton eft fec, on le porte
a un courant d'eau. On l’agite à diver=
fes reprifes, & on le laiffe toute une
nuit au courant, dans des facs d’une toile
claire, pour éviter que les ordures ne
s’attachent au Coton. On arrête les facs
à un piquet, afin qu'ils ne foient point
entrainés. |
Il ne faut teindre que vingt-cinq livres
de Coton à la fois; mais on peut répé-
ter quatre fois la teinture dans les beaux
jours. Il faut des chaudières aui tien-
nent douze à quatorze cens livres d’eau,
beaucoup plus larges à l'ouverture qu’au
fond. On les remplit aux deux tiers. On
y arrange (a) le Coton divifé en dix
(a) Le Coton doit être fond de la chaudière, lorf-
placé verticalement dans les
chaudières. C’eft pour ce-
la qu'il eft néceffaire que
ces chaudières foient plus
larges à l’ouveriure qu’au
fond. Les bâtons fr lefquels
les pentes font paffées, doi-
vent être d'une longueur à
ne pouvoir defcendre au
- qu'ils font pofés horifonta-
lement. 1 faut de plus que
les deux bouts foient coupés
un peu obliquement, afin
qu'ils reftent plus fürement
à la diftance du fond ou ils
ont été imis. Comme le bain
colorant parvient fucceffive-
ment à un degré de chaleur
X i]
Teinture,
324 ARTS.
parties égales: les pentes font paffées fur
des bâtons. Lorfque l’eau eft tiède, on
y verfe vingt à vingt-cinq livres de fang
liquide ; & quand le tout eft mêlé, on
y ajoute cinquante livres de lizari ou
garance de Smyrne (a), & non de Hol-
lande, moulue en poudre fine, les brouil-
lant pendant dix à douze minutes dans
l'eau. Quand Île bain eft un peu plus que
tiède, on plonge fucceflivement les bâ-
tons dans la chaudière, les agitant tour
à tour à force de bras, les tournant &
retournant pendant cinquante à foixante
minutes, afn que le Coton prenne cou-
leur fans être preflé par le feu. Lorfqu'il
paroït uni, & que la chaudière commen-
ce à jeter quelques bouillons , au lieu que
les pentes font alors paflées fur les bâ-
tons, on pafle ces bâtons dans les boucles
capable de briler les mains, de Smyrne eft choiïfie, on la
il eft prudent de paffer cha-
ue divifion de pentes fur
dns bâtons pareils, parce
qu’en prenant un de ces ba-
tons de chaque main, il eff
plus aifé de tourner & de re-
tourner le Coton, de faire
affer en bas ce qui éroit en
ee , que fi, n'ayant qu'un
bâton, il falloit y porter les
deux mains.
(a) Lorfque la Garance
nomme Hazala. Celle qu’on
tire de Zélande n’eft pas af-
fez bonne, aflez colorante
pour cette teinture. La Ga-
rance fauvage de France eft
auili bonne que l’Hazala de
Smyrne. On en à fait Pé-
preuve. On trouve de cette
Garance fauvage dans des
vignes du Poitou. Elle eft
excellente. Il eft effentiel
qu'elle féche à l’ombre.
ARTS. ETS
de ficelles, & on les enfonce dans le bain
pour les'faire bouillir pendant une bonne
demi-heure à gros bouillons. On retire
enfuite le Coton de la chaudière. On lui
donne quelques évents pour le faire re-
froidir plus vite. On Île tord & on le
lave jufqu'à ce que l’eau en forte bien:
claire, & on le fait fécher. Il faut que
le Coton aluné foit refté un peu humide
de fon lavage avant que de le teindre.
Faites bouillir cent cinquante livres
de cendres de bois neuf dans mille livres
d'eau pendant demi-heure; laiffez repo-
fer le bain, & retirez la leflive claire.
Mettez-la dans un cuvier jufqu'à ce
qu'elle ne foit.plus que tiède. Pendane
cette opération, on fait difloudre dans
fufifante quantité d’eau tiède cinq livres
de favon blanc de Marfeille ; on le mêle
avec la leffive. On trempe les cent livres
de Coton teint dans ce mélange, & on
ly pétrit Jufqu'a ce qu’il foit bien pé-
nétré. On met dans une autre chaudière
fix cens livres d'eau ; quand elle eft riè-
de, on y plonge le Coton, fans l’expri-
mer du mélange ci-deflus. On l'y fait
bouillir pendant trois, quatre, cinq ou
fix heures à très-petit feu, & le plus
égal qu’il eft poflible, étouffant le va-
| X in
Ufage du
Sickiou.
326 ARTS.
peur de l'eau, & ne lui laïffant qu'un
très-petit paflage (a). Quand on voit,
en exprimant des loquettes de ce Coton,
qu'il eft affez avivé , on retire le feu
de deffous le vaiffeau ; on y laïffle un
eu (6) refroidir le Coton; on le lave
à fond, & lincarnat eft parfait.
Ou bien, lorfque le Coton a féché
après le lavage qui a fuivi la teinture,
on le trempe pendant une heure dans le
Sickiou, dont il a été parlé ci-deffus. Il y
a dans ce Sickiou autant d'huile qu'il en
faut pour l’avivage. Enfuite on l'exprime
bien, & on le fait fécher. Lorfau'’il eft
fec, on fait diffoudre dans fuifante quan-
tité d’eau, pour couvrir les cent livres de
Coton, trois livres de favon blanc. Quand
cette eau de favon eft tiède, on y met
le Coton; & lorfqu’il eft bien imbibé,
on le met dans ia chaudière où l’on a
mis fix cens livres d’eau: on le fait bouil-
lir à très-petits bouillons pendant quatre
ou cinq heures , & à très-petit feu, te-
nant cette chaudière couverte pour étouf-
fer, comme ci-deflus, les vapeurs aqueu-
(a) Onfefert, pourformer Il faut qu'il ait cinq à fix
ce petit paflage, du rofeau lignes de diamètre intérieur.
ordinaire dont on fait des (b) Aupoint de pouvoix
cannes & des quenouilles, le manier fans fe brüler.
5 NE) 327
fes. Cette feconde méthode rend le rouge
beaucoup plus vif encore que le plus bel
incarnat d'Andrinople (a).
La Société fe devoit à elle-même,
d'éprouver au moins un des procédés
qu'on a bien voulu lui communiquer.
Elle à engagé M. de Livoys, Affocié
du Bureau de Rennes, à fe charger de
ce travail. Il s’y eft livré avec la plus
fcrupuleufe attention. C'eft au procédé
de M. Hellot qu’il s’eft attaché.
Il n'a rien négligé pour fe procurer
de la garance de Smyrne. Mais il n’a pu
en trouver. Les malheurs de la guerre fe
font étendus jufqu’aux drogues propres
à la teinture. Forcé à fe fervir de garan-
ce de Zélande, il a teint des Fils de
Coton & des Eils de Lin d’un affez beau
(a) Lorfqu'on veut faire
des expériences de cette
teinture en petit, ( & c’eft le
parti le plus fage, añn de ne
travailler en grand, que lorf-
qu’on fait joindre la prati-
que à la théorie ), toutes les
dofes qu’on à fixées, foit
pour les fels, foit pour les
corps colorans, doivent être
augmentées proportionnel-
Jement d’un tiers.
Le procédé, pour teindre
le Fil de Lin, au lieu du Co-
ton, eft exaétement le mé-
me, excepté qu'avant le dé-
crûment il faut le faire
bouillir dans de l’eau, où
lon met en même temps
que le Fil de Lin, vingt-cinq
livres d’ofeille hachée. Lorf-
qu'on a fait ufage de ce pio-
cédé ’eft fervi d’ofeill
cédé , on s’eft fervi d’ofeille
à feuille ronde. Selon toute
> . À .
apparence, l’ofeille à feuil-
le pointue produiroit le mé-
me effet; mais on n’enapas
encore fait l’effai.
X iv
Naïîtrifes
ane
des Teintu-
riers & des
Sergers.
328 ARTS,
rouge, mais très-inférieur pour la cou-
leur à l'échantillon de M. Hellot » qui
eft au dépôt de la Société. Ces Fils ont
été débouillis fans aucun ménagement,
& ont confervé leurteinture, Ainfi l’ob-
jet principal fe trouve rempli. Il s’agifloit
bien moins d'obtenir une couleur écla-
tante, que de s’affurer qu’elle feroit re-
tenue par un bon mordant. Les Cotons
ont pris beaucoup plus de couleur que
les Lins; ce qui s'accorde avec l'expé-
rience de M. l'Abbé Mazéas. Cependant
les Fils de Lin avoient recu avant le dé:
crüment la préparation à l’ofeille > que
recommande M. Hello. I! paroît donc
que c’eft encore une découverte à faire ,
que le moyen d’attacher folidement aux
Fils de Lin la même quantité de parties
colorantes qu'aux Fils de Coton. Elle fe.
toit d'autant plus précieufe, que le Royau-
me eft riche en Lins, & que malgré l’a-
bondance & la fupériorité des Cotons de
fes Colonies, il fera toujours infiniment
plus avantageux de porter à la plus gran.
de valeur poffible les productions immé-
diates de fon fol. | |
La Société croit, à cette occañon ,; de-
voir repréfenteraux Etats, que les Statuts
des Maïtres Teinturiers, & de quelques
ARTS. 329
autres Corps de Métiers, caufent un pré-
judice confidérable aux Fabriques éta-
blies, & empêchent qu’il ne s’en établiffe
de nouvelles. Le petit nombre d'Entre-
preneurs qui ont voulu jeter les fonde-
mens de Manufattures d'Etoffes de Laine
& de Coton, ou mélangées de Fil & de
Laine, de Coton & de Lin, ont eu des
procès à efluyer au fujet de la teinture;
& ceux qui s'étoient bornés à fabriquer
des Laines, ont efluyé de plus les oppofi-
tions des Sergers.
Si les Statuts de ces efpèces de Corps
forment des titres valides contre le Pu-
blic, linduftrie, que la nature a rendu
le patrimoine de la muirtitude, fe trou-
vera éternellement concentrée dans quel-
ques familles. Si au contraire le privilége
exclufif, qui fe gliffa dans ces Statuts
vers le milieu du dernier fiècle, eft un
titre borné dans fes effets ; qu’il foit aifé
de difcerner fes bornes; & que le droit
national doive l’emporter fur l’avidité
_ particulière ; on ne peut trop tôt refferrer
ces Statuts dans d’étroites limites. L'abus
qu'on en faitaujourd'hui, repouffe en dé-
tail toute efpèce d’induftrie.
Les Sergers & les Teinturiers de Ren-
nes & de Nantes, parexemple, paroiflent
330 ARTS.
autorifés à fabriquer & à teindre feuls
pour les habitans de ces deux villes.
Aïinfi, quiconque n'eft pas reçu dans ces
Corps, quelqu'habile qu’il puiffe être,
ne peut n1 fabriquer ni teindre pour la
confommation domeftique des habitans.
Mais quel titre ont les Sergers pour em-
pêcher un Fabriquant, qui ne travaille
que pour fon commerce, de faire des
étoffes de Laine, que fouvent les Ser-
gers ne favent pas faire ? Sur quoi Îles
Feinturiers peuvent-ils fonder le droit
d'empêcher ce Fabriquant de teindre les
matières nécefflaires à fa fabrication, ou
qu'il a fabriquées ? Expofera-t-il fa for-
tune, en livrant fes matières & fes mar-
chandifes à leur impéritie, & à leur mau-
vaife volonté? Le Manufaturier ne fa-
brique, ni pour Rennes, ni pour Nan-
tes. Il fabrique pour tout le Royaume,
& pour l'Etranger. Il n’y a donc ni mo-
tif ni prétexte pour aflervir fon travail
a des Statuts dont le privilége exclufif |
ne s'étend pas au-delà de l’enceinte des
villes,
La prétention des T'einturiers eft non-
feulement injufte, mais elle eft abfurde
à bien des égards. La teinture a fait des
progrès immenfes depuis la rédaétion de
Re. tit ait
ARTS. 33%
ces Stagurs. C’eft un Art nouveau. Indé-
pendamment des couleurs qu'on a trou-
vé le moyen d'appliquer à la Laine, &
dont le procédé eft inconnu à tous les
Ouvriers de Bretagne, la feule branche
des Fils & des Etoffes de Coton préfente
une multitude de couleurs en bon teint,
qui étoient ignorées lorfque ces Statuts
furent rédigés, & qu'ignorent aujour-
d’hui ces gens qui prennent le titre de
Maïtres T'einturiers. S'ils étoient auto-
rifés à empêcher l'exercice d'un Art qui
leur eft à peine connu, ce feroit anéantir
toutes les découvertes, & deffécher les
branches les plus précieufes de cet Art
qui s'affocie à tant d’autres Arts.
La Société citeles Teinturiers de Ren-
nes & de Nantes, parce qu’ils ont récem-
ment attaqué deux Manufa@turiers qui
n'ont jamais teint pour les particuliers,
dont les établiflemens ne pouvoient fe
foutenir fans la liberté de teindre leurs
matières & leurs étoffes, & dont la for-
tune a beaucoup fouffert des procès qu'ils
ont efluyés. L'un eft le S° Davy de Ren-
nes ; l’autre eft le Sieur Fontrobert de
Nantes. Le premier a obtenu un Arrêt
du Confeil le 24 Juin 1760, qui lui
accorde la permiflion de fabriquer &
332 ARTS.
de teindre, que lui difputoient les Mai.
tres Sergers & les Maitres Teinturiers,
Ses métiers avoient été démontés, & fon
attelier de teinture détruit (x). L'autre
a gagné à peu près dans le même temps,
au Parlement de Rennes, un procès que
les Teinturiers de Nantes lui avoient
fufcité, qui duroit depuis trois ans, &
qui fufpendoit toutes les opérations de
fa Manufatture. Ces décifions n’arrête-
ront pas l'inquiétude & lefprit litigreux
qui agite en général tous les Corps de
Métiers. Les conteftations dans lefquel-
les ils s'engagent, coûtent peu à cha-
que Membre du Corps, & ruinent pref-
que toujours ceux contre qui elles font
(a) Vu ladite Requête,
les Mémoires préfentés à ce
fujet par les Syndic & Pro-
cureur général des Etats de
Breragne,enfemble l’avisdu
Sieur Intendant & Commif-
faire départi dans la Provin-
ce de Bretagne. Our le rap-
port du Sieur Bertin, Con-
feiller Ordinaire au Confeil
Royal , Contrôleur Général
des Finances. LE ROI EN
SON CONSEIL , a permis
& permet au fieur Pierre Da-
vy, d'établir dans la ville de
Rennes & dans fes Faux-
bourgs, une manufacture,
pour y fabriquer & faire fa-
briquer, avec des laines du
pays, des Draps, Ras, Ra-.
tines, & autres étoftes, & de
les y teindre, apprêter, &
marquer de fon nom. Fait
SA Ma éeré défenfes à tou-
tes perfonnes , de quelque
qualité qu’elles foient, no- .
tamment aux deux Commu-
nautés des Maîtres Sergers
& Teinturiers de ladite vil-
le, de Le troubler, ni inquié-
ter dans la fabrication de fes
Draps & Etoffes, à peine de
tous dépens, dommages &
intérêts.
52
A'RTIS 333
dirigées, Leurs fonds font confommés
en frais de procédures avant qu'ils foient
fürs de leur état.
Il feroit digne de la bienfaifance des
Etats, de demander un Arrêt du Con-
feil & des Lettres patentes, qui déclaraf-
fent expreflément, que les Statuts des
Maiïtres ne pourront être objeétés aux
Manufa&uriers, qui ne fabriquent & ne
teignent que pour leur Commerce. C’eft
le feul moyen de prévenir une multitude
de procès nuifibles au bien public, &
aux progrès de l'induftrie (a).
Les inftrumens propres à la prépara-
Machine
tion des Lins & des Chanvres, font ceux à broyer le
qu'il feroit le plus avantageux de perfec-
tionner dans la Province. Le Mémoire
que M. le Duc de Choifeul a fait venir
de Livonie fur la culture du Lin (4),
étoit accompagné du modèle d’une 8;0ye
ou macque, & d'une efpade, qui font
au dépôt de la Société. Ces deux inftru-
des Maïtrifes ne pourront
(a) Par Délibération du
être objectés aux Manufac-
13 Novembre 1760, les
Etats ont chargé MM. les
CRE 4 = EN
Députés & Procureur géné-
ral Syndic a la Cour, de fol-
liciter un Arrêr du Confeil
revêtu de Lettres patentes,
portant que les privilèges
turiers qui ne fabriquent &
ne teignent que pour leur
commerce.
(b) Voyez le Mémoire
dont il s’agit a l’article
Agriculture, pag. 202.
Lin & le
Chanvre.
334 ARTS.
mens font connus en France, & on en fait
ufage dans la Province depuis fi long-
temps, qu'il feroit inutile d'en faire men-
tion, fi la broye de Livonie ne paroifloit
pas beaucoup plus parfaite que la nôtre.
T'out le monde fait que les deux mâ-
choires dont cet inftrument eft compo-
fé, s'engagent l’une dans l’autre dans
toute leur longueur. Les lames de la
mâchoire fupérieure & de l'inférieure
font féparées par des efpaces vides, de-
puis l’axe qui les réunit à l’une des ex-
trémités , jufqu’a la poignée qui eft à
l'extrémité oppofée. Au moyen de ces
vides, la chenevote brifée par les lames
de ces machoires, tombe fous la broye,
à quelque point de la longueur de Pinf-
trument qu'elle foit frappée par celui
qui le fait agir.
La broye de Livonie eft exaétement
femblable à la nôtre depuis l'axe, juf-
qu'au milieu de la longueur des machoi-
res. L'autre moitié de la longueur juf-
qu'au manche eft pleine & taillée en
gouttières correfpondantes; en forte que
la mâchoire de deffus s'applique fur celle
de deffous, & qu’elles fe touchent dans
toutes leurs parties, parce que les an-
gles faillans des gouttières d’une des ma-
ds. ne à
HÉTS. 33
choiïres, répondent aux angles rentrans
de l’autre. Ces angles font à peu près
de 60 degrés, & l'arrête en eft mouffe.
L’Auteur du Mémoire envoyé à M. le
Duc de Choifeul , eft fi accoutumé à
voir faire ufage de cet inftrument, qu'il
n’eft entré dans aucun détail fur les pré-
parations auxquelles il eft deftiné.
Pour y fuppléer, la Société a fait exa-
miner le modèle par une perfonne très-
exercée dans les préparations du Lin &
du Chanvre. Cette perfonne a cru péné-
trer le motif de la différence remarqua-
ble qui eft entre cette broye & la nôtre.
La partie des deux mâchoires qui eft vi-
de, paroît deftinée à broyer le Chanvre
ou le Lin, iorfqu'ils font encore char-
gés de leur chenevote. Cette opération
demande évidemment plus de force que
celles qui fuivent. Aufi la partie de l'inf-
trument qui y eft deftinée eft-elle du côté
de l’axe qui réunit les deux mâchoires,
C’eft là qu'avec un moindre effort la pref-
fion a infiniment plus de puiffance, &que
le coup qui pourroit détruire le filament,
en a infiniment moins. C’eft donc là qu'il
faut engager le Lin & le Chanvre, dans
le temps où l’on veut brifer la chenevote,
fans que le filament foit attaqué.
ARTS.
Lorfque la chenevote eft brifée, &
que la filafle en eft prefqu’entièrement
féparée, il refte à l'en purger tout-à-fait,
& à l’affouplir: préparation qui fe fait or-
dinairement au Pefjeau, & qu’on nom-
me PefJeler. Il paroit qu’en Livonie,
c'eft avec la broye même qu'on fait ce
travail. Pour cet effet, on engage la
filaffe entre les gouttières correfpondan-
tes des machoires inférieure & fupérieu-
re. Elle ne peut y éprouver qu’un frotte-
ment aflez léger , puifqu’alors elle eft
près du manche que tient l'Ouvrier, &
loin de laxe. Ainfi, en la faifant gliffer
entre les souttières, tandis que les mâ-
choires font un peu preflées l’une con-
tre l’autre, la filafle doit être affouplie
dans toute fa longueur, fans être expo-
fée à ces ruptures continuelles quelle
éprouve lorfqu’on l’affouplit au peffeau :
ruptures qui en altèrent la qualité (a).
Si l’expérience qu'on en doit faire
juftifie ces conjettures, ceux qui pré-
parent le Lin & le Chanvre, gagneront
beaucoup à fubftituer la broye de Livo-
nie à celle dont ils fe fervent. |
52
(a) Voyez la vignette de l’article Arts , où la broye de
Livonie eft reprefentée.
a
ARTS: 337
La Livonie eft d’une fi grande éten-
due, quil n'eft pas étonnant qu’on y em-
ploie des moyens différens pour la pré-
paration des Lins & des Chanvres. Nous
voyons en Bretagne, que d'un Evêché à
l’autre il y a des différences fenfibles en-
tre les procédés de ceux qui font les
préparations. Les recherches de la So-
ciété l’ont. conduite à découvrir que dans
une partie de la Livonie on fubftitue un
moulin à la broye. Par ce moyen on a
deux avantages, celui de diminuer pro-
digieufement le prix de la main-d'œuvre,
& celui de conferver le filament du Lin
& du Chanvre dans toute fa longueur.
M. Dubois de Donilac, dont on a
déjà parlé, a vu exécutèr en très-peu de
temps, & avec des machines, un travail
qui eft en France très-long & très-difpen-
dieux. Ce font des moulins qui broient
les Lins & les Chanvres. Il y a des Pay-
fans qui ont des moulins ; mais dans les
terres titrées , les moulins font bannaux.
Ceux qui enempruntent l’ufage, payent
en nature le prix de la préparation, com-
me ceux qui font moudre leurs grains
en Bretagne, en laiffent un feizième aux
Meuniers pour le falaire de leur mouture.
. On prétend que les Chanvres préparés
k .
333 ARTE
au moulin, fe vendent quinze & vingt
pour cent plus cher que ceux qui ont
été broyés ou tiilés.
Ces machines font conftruites en bois
ou en pierre, mais plus fouvent en pierre
qu’en bois. Elles font mues ou par l'eau, ow
par le vent, ou par un cheval. Aïnfi on peut
en faire ufage dans toutes fortes de pofi-
tions, Suivant l’idée qu'on en a prife d’a-
près la defcriptionqu’ena fait devivevoix
M. Dubois de Donilac, elles reffemblent
a celle dont l’eftampe fe trouve dans la
Maifon ruftique, tom. IE, pag. 492. C’eft
engénéraluneaire circulaireterminéepar
un rebord de dix-huit pouces de hauteur.
Cette aire eft un plan incliné d’environ
fix pouces du centre à la circonférence.
Une pierre un peu élevée & percée dans
fon milieu, occupe le centre. Elle eft
deftinée à recevoir une pièce de bois po-
fée verticalement. On afflemble à cette
pièce de bois une barre de fer qui tra-
verfe une pierre qui a la forme d’un cône
tronqué. Cette pierre doit être non-feu-
lement unie, mais adoucie, afin qu’en
brifant par fon poids la chenevote fur
aquelle on la fait rouler, la filafle ne
foit ni coupée , ni altérée par les angles
multipliés d'une furface raboteufe, Le
ARTS. 339
Chanvre eft étendu fur l'aire circulaire,
en plaçant le gros bout des tiges du côté
de la circonférence, & le petit bout du
côté du centre. Si c’eft du Lin qu'on veut
broyer, on en étend deux rangs l’un au
bout de l’autre, afin que toute la furface
de l'aire en foit couverte. Une épaifleur
de trois, quatre, ou cinq pouces fuffit
d'abord. On fait tourner la pierre qu’on
peut regarder ici comme la meule. Après
une douzaine de tours, la couche de
Chanvre ou de Lin s'affaifle fenfible-
ment. On arrête le moulin pour mettre
une feconde couche fur la première, &
enfin une troifième.
Pendant l’affaiflement qui fe fait à
chaque couche, un Ouvrier armé d’une
fourche à trois branches, fuit la meule,
& retourne les brins de Lin ou de Chan-
vre. Par ce moyen, la chenevote fe déta-
che des fibres filamenteufes. L'opération
de tourner & de retourner les Lins &
les Chanvres, fe continue jufqu'à ce que
toute la chenevote foit brifée, & que
les particules qui reftent foient peu ad-
hérentes au filament. On les retire alors
de deffus l'aire, & il fuit de les fecouer
par poignées d’une médiocre groffeur,
pour faire tomber toute la chenevote,
Yi
340 ARTS.
La filaffe dans cet état n’a plus befoin
que d'être peignée pour être portée à fa
perfection. Il eft d'ufage en Livonie de ja
faire un peu fécher dans le four, pour que
le travail du peigne n’en diminue pas la
longueur. Il eft effentiel de ne l'expofer
qu’à une chaleur très-douce. On arrange
la flaffe dans le four fur des claies de
bois, & à plat.
L'ufage des Livoniens eft de commen-
cer à broyer à cinq heures du matin, &
de finir à minuit. Pendant ce temps,
on broie ordinairement dans un mou-
lin qu'un cheval peut mouvoir, ce qu'on
nomme dans le pays quatre & cinq pzerres
de Chanvre ou de Lin (2). Ce travail ne
demande chaque jour que deux ou trois
chevaux qui font attelés fucceflivement.
Deux hommes fufifent pour gouverner
la machine. Ils s'emploient alternative-
ment à retourner le Chanvre, & à faire
marcher le cheval.
Il eft aifé de fentir quelle épargne on
feroit fur la main-d'œuvre avec ces mou- .
lins. Nos meilleures Ouvrières broient,
(a) On n’a pu découvrir de Donilac a dit qu’il ré-
ce que c’eft que le poids de pondoit à peu près à trois
Livonie qui eft défigné par cens livres de France poids
le mot Pierre. M. Dubois demarc
a
ARTS. 341
& broient mal, environ douze livres de
Chanvre par jour. Ainfi il faudroit en
occuper cent douze pour que teur tra-
vail fournit treize cens cinquante livres
de filaffe, qui font la quantité moyenne
entre douze & quinze cens livres pe-
fant que broient les moulins. Le prix
commun de leurs journées eft de dix
fous. Leur main-d'œuvre coûteroit donc
cinquante-fix livres. Si nous fuivions Îa
méthode de Livonie, deux hommes à
‘douze fous par jour, trois chevaux dont
le travail & la nourriture peuvent être
eftimés vingt-cinq fous, feroient le mé-
me ouvrage, & le feroient mieux. Nous
aurions pour quatre livres dix-neuf fous
ce quinous coûte cinquante-fix livres.
Ces moulins nous aflureroieat des bé-
néfices. plus confidérables encore. La
broye dont nous nous fervons hache le
filament, en forte que Le brin eft toujours
fort raccourci. Îl en réfulte qu'une partie
du filament de la première qualité pafle
dans la feconde, qui eft beaucoup moins
précieufe. C'eft fans doute par cette rai-
fon que les Lins & fes Chanvres de Livo-
nie qui n'ont pas été broyés au moulin,
valent quinze & vingt pour cent de moins.
Notre méthode diminue donc la valeur
| Yi
342 AÊTS
de nos filafles de quinze & vingt pouf
cent.
La Société a fait faire un modèle en
bois du moulin de Livonie, & elle a
fuivi exaétement les proportions diétées
par M. Dubois de Donilac. Comme cette
machine n’a pas été exécutée en grand;
qu'elle exigeroit une certaine dépenfe ;
& qu’une defcription faite de mémoire
peut s'éloigner de l'exaétitude dont on
auroit befoin pour l'exécution; on n'a
encore que l’efpérance de profiter un
jour de Finduftrie des Livoniens. La
Société ne négligera rien pour fe procu-
rer un modèle fait fur les lieux, de la ma-
chine dont il s’agit. Si des Citoyens plus
heureux qu’elle étoient à portée d'en
avoir des deffeins détaillés & correéts,
& qu'ils vouluffent bien les communi-
quer, elle trouveroit parmi fes Mem-
bres des perfonnes empreflées à donner
l'exemple au Public, en faifant conf-
truire un moulin de cette efpèce.
te
&
7 TX CR <=
- = e_ =
Demes ass
D'OBSERVATIONS.
; I — à
Abeille Fon C ù
ECM ERCE.:
== À Pêche forme la branche de
Commerce la plus utile pour
toute Nation. Indépendam-
===] ment des profits qu'elle affu-
re, l'abondance & le bas prix des expor-
tations en dépendent en grande partie,
puifque ce font les Pêches qui forment les
Matelots. La Société avoit donné la plus
grande attention à celle du Hareng, qui
promettoit beaucoup à Piriac, quoiqu’el-
le füt encore au berceau. Des événemens
irréfiftibles en ont arrêté les progrès pen-
dant l'Automne de 1759, en forte qu'elle
| iv
344 COMMERCE.
a été prefque bornée à l'approvifionne=
ment de la côte & des villes voifines. Selon
toute apparence, les mêmes événemens
écarteront entièrement les Pécheurscette
année { 1760). Il eft impoffible de moif-
fonner un champ devenu le théâtre de la
guerre. nn |
Le découragement étant le plus grand
de tous les maux, la Société n’a pas
Ceflé de regarder cette Pêche comme une
reflource pour des temps moins malheu-
reux. Elle avoit repréfenté à PAffemblée
des Etats de 1758, la néceflité de mettre
les Pécheurs à l'abri des périls auxquels
ils font expofés, faute d’avoir un Port où
leurs bateaux fuffent en füreté. M. Masin,
Ingénieur de la Marine, qui avoit exa-
miné celui de Piriac , rendit compte de
la poflibilité de le garantir de la violence
des vents & de la mer. Il affura que la dé-
enfe à y faire n’excéderoit pas dix mille
és MM. de la Commiflion du Com-
merce furent d'avis de faire fonds de cette
fomme, Plufieurs Membres des différens
Ordres des Etats croient fe rappeler que
ce fonds fut fait. Il n’en eft pas moins cer-
tain que cet article n’eft pas employé dans
le Regitre de la tenue de 1758. Cette por-
tion du bien pubiic demande donc que le
=
ea
Lt Pt. 2 Cie ns
_
COMMERCE. 34$
L L \ LL LA
rapportgfait par M. Magin foit remis fous
les yeux de la Province.
Ouvrages propofes.à faire au Port de Pi-
riac ; pour faciliter une retraite aux ba-
teaux qui vont à la Péche du Hareng.
» La Pêche du Hareng ayant été abon-
» dante aux environs de Piriac depuis
» quelques années, il a été fait des repré-
» fentations à M. le Ducd’Aiguillon, fur
» la néceflité qu’il yauroit de procurer un
» abri aux bateaux qui font cette Pêche,
» pour s'y retirer dans les mauvais temps.
» M. le Duc d’Aisuillon m'ayant don-
» né fes ordres pour examiner les moyens
» de fatisfaireaux intentions d'augmenter
» cette branche de Commerce, j'ai exa-
+ miné les moyens qu'on pourroit mettre
» en ufage pour donner un abri aux Vaif.
» feaux, & j'ai levé un plan des lieux pour
» mieux faire concevoir ce que je propofe.
» L'anfe de Piriac eft à Fabri des plus
» grands vents; il paroit que cet endroit
» a été autrefois plus confidérable qu’il
» n’eft aujourd'hui.
» Les Habitans avoient conftruit un
+ petit mole pour mettre à l'abri leurs ba-
# teaux ; mais il eft aftuellement détruit.
x L’efpace quece mole mettoit àlabri,
346 GOMMERCE.
» n'étant pas à beaucoup près affez fpa-
» cieux pour contenir la quantité de Vaif
» feaux qui font ordinairement à la Pêche,
» & qui viendroient s’y réfugier dans le
w mauvais temps , on propofe d’en conf-
» truire unautre. -
» Ce mole doit être conftruit en pierre
» sèche, comme la digue du Croific. Sa
» longueur doit être de 80 toifes cubes
» de moëlon pour le conftruire , & la dé-
> penfe montera à environ 10000 liv. Au
» moyen de cet ouvrage, on aura un aflez
» grand efpace pour contenir une grande
» quantité de bateaux, & on leur procu-
+ rera un afile commode pour fe réfugier
> dans les mauvais temps.
» [left certain que fi cette Pêche eft
+ fufceptible d'augmentation , l'ouvrage
» propofé peut beaucoup y contribuer.
Les motifs qui déterminèrent les Etats
en1758, femblent devoirles portera faire
aujourd'hui le fonds de 10000 liv. que M.
Magin croit néceffaire. Il devient de jour
en Jour plus intéreffant de favorifer les
Pêches. Les obftacles qu'a trouvé celle-ci,
font de nature à n’être pas de longue du-
réc, Ce feroit donc une perte pour la Pro-
vince, que de renvoyer le récabliffement
du Port de Piriac au temps de la Paix. L’ou-
COMMERCE. 347
vrage avoit été propofé pour retenir les
Pêcheurs ; aujourd'hui il devient nécef-
faire pour les rappeler, & pour en former
de nouveaux.
Les Etats avoient donné la même at-
tention à la Pêche du Maquereau, qui
pourroit fi aifément s'établir fur nos
côtes feptentrionales. Ils fentirent que
pour animer l’'émulation fur cet objet, la
voie des encouragemens étoit la feule qui
püt produire de prompts effets ; en confé-
quence ils promirent trente fous par bar-
rique de Maquereau falé, pèché fur nos
côtes, & par les Habitans de la Province.
La Société croit entrer dans l’efprit des
Etats, en repréfentant que cet encourage-
ment eft trop peu confidérable. M. le Ba-
ron de Pontual, qui s’eft occupé de cet
article , aflure , d’après les perfonnes qui
pourroient fonger à cette entreprife ,
quon ue doit efpérer de les y engager,
qu’en leur accordant cent fous par barri-
que de Maquereau falé.
La Pèche du Maquereau fe fait principa-
lement à la côte du Nord de la Province.
C’efta lIfle de Bas & aux environs que
ce poiflon donne le plus abondaminent,
Les Pêcheurs de Rofcofen tirent un meil:
leur parti queles autres. A Fégard de ceux
348 COMMERCE
de Saint Briac, de Saint Jagu, & du refte
de la côte, on peut dire qu'ils n’en ont
pas la plus légère idée. Pour en être con-
vaincu, il fufhit de favoir qu'ils n'y em-
ploient que des bateaux de trois ou qua-
tre tonneaux, & que ces bateaux font
chargés de quinze ou vingt hommes, qui
pêchentà la ligne.
Ce n’eft certainement pas cette Pêche
que les Etats ont vouluencourager. Ils ont
eu fans doute en vue une Pêche fembiable
à celle que font les Dieppois à l'Efle de
Bas. Ils arment ordinairement cinquante
à foixante bateaux du port de 90 ton-
neaux montés d'un équipage de 24 à 28
hommes, y compris les novices. Ileftvrai
que leur Pêche fe fait fur les côtes d'Ir-
lande dans la Manche, & enfin fur les
côtes de Bretagne à FIfle de Bas; & que
nos Pêcheurs étant hors d'état de faire de
fi grandes entreprifes, n'ont befoin ni de
bateaux fi confidérables, ni d'équipages
finombreux. Ainfi ils feroient vraifembla-
bl:ment fecourus par des Négocians, fi
l'encouragement étoit propôrtionné aux
avances indifpenfables pour leurs arme-
mens, quoique moins forts que ceux de
Dieppe. | | |
Un Auteur anonyme, qui a donné d'ex:
COMMERCE. 349
cellentes obfervations fur quelques arti-
cles de#Pêches du Royaume (4), fait men-
tion de deux obftacles qui s’oppofent aux
progrès de celles que font les Dieppois:
l'uneftle droit de brouage que le Fermier
fait payer fur le fel, & qui monte à 3 li-
vres $ fous par muid: l'autre eft un droit
de 5 livres 4 fous par muid de cidre
qu'onembarque pour les équipages. Ceux
qui feroient l’entreprife de la Pêche du
Maquereau en Bretagne , ne rencontre-
roient point ces obftacles. Ainfi ce foula-
gement étant accompagné de l’encoura- -
gement que leur donneroit la Province
par barrique de Maquereau falé, ilyatout
lieu de croire qu’ils faifiroienc cet objet
avec l’empreffement que donnent de juf-
tes efpérances de profit. Cette émulation
feroit d'autant plus défirable, qu’elle affu-
reroit à la Bretagne une Pêche d’un grand
produit à fa côte du Nord, comme elle en
aune à fa côte du Midi, celle de la Sardine.
Le petit Peuple, qui a toujours des be-
foins fi preffans, ne peut recevoir de fe-
cours plus abondans & plus fructueux à
Etat; car outre le poiffon frais & falé
(a) Remarques fur plufeurs branches de Commerce &
de Navigation, 1758.
550 COMMERCE:
qui lui fournit fa fubfftance & à bon
marché , la main-d'œuvre des falaifons
entretient un grand nombre de perfonnes
de tout fexe & de tout âge, qui, faute
de travail, languiffent dans la misère , &
deviennent un nouveau fardeau pour la
Nation, |
Huilcée La Société regarde comme une dé-
pole pendance des Pêches, & fur-tout de la
Pêche de la Sardine, le commerce des
huiles qu’on exprime de différens poif-
fons. Ces huiles font exemptes de droits
depuis 1716 : cependant ils ont été per-
cus jufqu’en 1760 fur ceiles qui pro-
venoient de poiflons pêchés à la côte,
& quiétoient tirées à terre. La Société
repréfenta aux Etats (a), combien ces
droits étoient nuifibles. La Province
chargez MM. les Députés & Procureur
Général Syndic à la Cour, d'en demander
la fuppreffion. Il eft intervenu en confé-
quence un Arrêt du Confeil du 12 Fé-
vrier 1760, qui exempte les huiles...
provenant de la Pêche françoife, qui [e-
ont tirees à terre ,; des droits impoñés par
les Edits des mois d'O&obre 1710 &
(a) Voyez le Corps d’obfervations des années 1757 &
1758, PAL. 224.
FA
COMMERCE.
353
Août 1714, & par la Déclaration du
21 Août 1716 , fur les huiles prove-
nant des baleines, morues & autres poif-
fons (z). L’Arrèêt fait dépendre cette
(a) Voici les termes de
cet Arrêt. » Le Roi s’étant
» fait repréfenter l’Arrét de
» fon Confeil du 18 O&o-
» bre 1757, par lequel Sa
» Majefté à ordonné que
» l’exemption accordée par
» celui dur18Mai:7s1,des
» droits impofés par les Edits
» des mois d'Oétobre 1710
p & Août 1714, & par la
» Déclaration du 21 Août
» 1716, {ur les huiles pro-
» venant des baleines, mo-
» rues, & autres poiflons pè-
» chés par fes Sujets, & ap-
» portées par des Vaiffeaux
» nc , & déclarées pour
» être confommées dans le
» Royaume, continuera d’a-
» voir lieu jufqu’a ce qu’ilen
» aitété autrement ordonné,
» & ce en obfervant les for-
» malités prefcrites par ledit
» Arrêt du 18 Mai1751; &
» Sa Majefté étant informée
» qu’il feroit avantageux à
» la pêche de fes Sujets, d’é-
Ȋendre cette exemption
» aux huiles des poiffons ti-
» rées à terre, & voulant y
» pourvoir. Vu fur celes re-
» préfentations des Députés
» & Procureur général Syn-
» dic des Etats de Bretagne,
» le Mémoire en réponie des
» Fermiers Généraux , Cau-
»tions de Pierre Henriet,
» Adjudicataire des Fermes
» générales unies, enfemble
» l’avis des Députés du Com-
» merce. Our le rapport
» du Sieur Bertin, Confeil-
» ler Ordinaire au Confeil
» Royal, Contrôleur Géné-
» ral des Finances. LE RO
» ETANTENSONCON-
» SEIL, a ordonné & or-
» donne, qu’à compter du
» jour du préfent Arrêt, &
» jufqu’à ce qu’il en foit au-
» trement ordonné, les hui-
» les de baleines, morues, &
» autres poiffons provenans
» de la Pêche Françoife, qui
» feront tirées à terre, & de-
» clarées pour être confom-
» mées dans le Royaume,
» jouiront comme celles ti-
» rées à bord des Vaiïfleaux,
» dans tous les Ports de
» France, de l’exemption
» des droits accordée par
» les Arrêts du Confeil des
» 18 Mai 1751 & 18 Oéto-
» bre 1757, en obfervantles
» formalités prefcrites par
vledit Arrêt du 18 Ma:
352 COMMERCE,
exemption de deux conditions: l’une, que
les huiles tirées à terre , ferons declarees
pour étre confomimnees dans le Roy aume :
l'autre, qu'on obfervera /es formalités
prefcrites par l Arrét du Confeil du 18
Mai 1751. Ces conditions, qui ont été
impofées , fans doute par de bonnes rai-
fons , à ceux qui font la Pêche des balei-
nes, des morues & autres poiffons dans des
Mers éloignées, ne fembloient pas de-
voir l'être à ceux qui pêchent à la côte.
En conféquence de la première con-
dition, les droits feroient düsau Fermier,
fi les huiles de Sardine, par exemple,
n'étoient pas declarees pour étre confon-
mées dans le Royaume. Xl eft donc fon-
dé à demander des déclarations aux Pref-
feurs. Toute déclaration fuppofe dans
celui à qui elle eft faite, le pouvoir d’en
vérifier la fincérité. Ce feroit un fardeau
pour les Prefleurs de Sardine, &'un far-
deau d'autant plus effrayant, qu’il eft im-
poilible de prévoir à quel point il feroit
» 1751. Enjoint Sa Majefté
» aux Siecurs Entendans &
» Commiflaires départis dans
» publié & affiché a tout
» où befoin fera. FarT au
» Confeil d'Etat du Roi, Sa
» les Provinces & Générali-
» tés du Royaume, de tenir
» la main à l'exécution du
/ A :
» préfent Arrêt, qui fera lu,
» Majefté y étant, tenu
» Verfailles le douze Fé-
» vrier mil fept cens foi-
D XAN(E G
appefanti
COMMERCE. 353
appefanti par le Fermier. Ce feroit d’ail-
leurs gêner fans objet leur induftrie,
puifque les huiles exprimées dans le
Royaume y font néceflairement con-
fommées, à moins qu'elles n’en fortent
ou par terre ou par mer. Or, dans lun
ou l’autre cas, leur deftination feroit con-
nue par lesregiftres des Bureaux de for-
tie. La déclaration anticipée de leur def:
tination eft donc abfolument fuperflue,
Il paroit difficile de pénétrer le motif
qui pourroit faire défirer que les huiles
tirées à terre fuflent confommées dans le
Royaume. L'intérêt de la Nation feroitau
contraire d'en vendre la plus grande quan-
tité poflible à l'Etranger. Cet intérêt eft
d'autant plus grand pour les huiles de Sar-
dine , que c’eft un poiflon de paffage ; que
par conféquent on n’en peut trop pêcher;
que le moyen le plus für d’en exciter la
Pêche, feroit d'exempter de droitstout ce
qu'elle produit, lorfqu’on le feroit paf-
fer à l'Etranger.
A l'égard de la feconde condition pref-
crite par l’Arrêt du 12 Février 1760 ,
& qui affujettit aux formalités ordonnées
par celui du 18 Mai 1751, il eft évi-
demment impoflible aux Pêcheurs de la
côte de Îles remplir, L’Arrêt de 1751
354 COMMERCE,
exige qu'au départ des navires des Ports
du Royaume, il foit fait une déclaration
au Bureau des Fermes & au Greffe de
l'Amirauté, de la deftination des navires
pour lefdites Pêches des Baleines, Mo-
rues & autres poiflons ; qu’au retour l’ex-
traic de cette déclaration foit repréfenté
au Receveur des Fermes, qui en délivre-
ra une ampliation (a).
(a) Extrait de l’ Arrêt du Confeil du 18 Mai 1757.
» Ordonne Sa Majeité,
» qu’au départ des Navires
» des Ports du Royaume
» pour lefdites Pêches des
» Baleines, Morues, & au-
» tres Poiflons , les Maîtres
» & Capitaines des Navires
» feront leur déclaration au
» Bureau des Fermes de Sa
» Majefté, & au Greffe de
» l’Amirauté, de la deftina-
» tion des Navires pour lef-
» dites Pêches, de laquelle
» déclaration il leur fera
» donné un extrait par le
» Receveur du Bureau des
» Fermes, fans frais, finon
» du papier timbré, & qu’au
» retour de leur Pêche, ar-
»rivant dans le Royaume ,*
» après leur déclaration faite
» au Bureau des Fermes de
» Sa Majefté, defdites huiles
» de Baleines, Morues, &
» autres Poiflons provenans
» de leurs Pêches, ils repré-
» fenteront l’extrait de la dé-
» claration qu'ils auront fai-
» te au Bureau du départ, la-
» quelle y fera retenue & en-
» liaflée par le Receveur,
» qui en fournira fon am-
» pliation aufli fans frais,
» laquelle ampliation fera
» repréfentée & gardée au
» Bureau des huiles, lors de
» la déclaration qui y fera
» faite , conformément à
» J’Edit du mois d'O&obre
» 1710, & à la Déclaration
» de Sa Majefté du 21 Mars
» 1716 ; au lieu de laquelle
» ampliation, il fera, par le
» Receveur du Bureau des
» huiles, donné un paffavant,
» aufli fans frais, pour le
» tranfport defdites huiles de
» Baleines, Morues , & au-
» tres poiflons aux lieux de
» leur deftination.
COMMERCE. 35$
Les Pêcheurs de la côte n’ont point
de navires. Ils fe fervent de très-petits ba-
teaux. Ilsn’ontpoint de déclaration à faire
.lorfaw’ils fortent. Il leur fufhit, aux termes
de l'Ordonnance (2), de prendre chaque
année un congé de Pêche. Ils ignorent
lorfqu’ils rentrent fi leur poiffon fera con-
fommé frais, ou s'il fera porté dans des
prefles pour en exprimer l'huile. Ils ne
font à la Mer que pendant 24 ou 36 heu-
res, & quelquefois beaucoup moins. Les
aflujettir jour par Jour, pour ainfi dire, à
faire une déclaration au Bureau des Fer-
mes, une autre au Greffe de l'Amirauté;
à les repréfenter à leur retour pour s’en
faire délivrer des ampliations ; ce feroit
leur impofer une gêne aufli rebutante que
nuifible aux progrès de la Pêche. Ils pré-
féreroient, fans balancer, l’entière liberté
dont ils ont joui jufqu’à préfent, parce
que l’exemption des droits accordée aux
huiles tirées à terre, ne leur apporte au-
cun profit, & n'intérefle que les Preffeurs,
Ainfi la grace accordée à la Province par
Sa Majefté, deviendroit purement illu-
foire. |
Comme les loix de cette efpèce ne peu-
(a) Art. 3. du vit. 1. Liv. 5. de l'Ordonnance de 1687,
Z i
TorLes,
Cas)
35 COMMERCE.
vent être trop claires, & que dans les
cas douteux elles ne s'exécutent prefque
jamais d’une manière avantageufe pour
ceux en faveur de qui elles ont été ren-
dues, il feroit digne des Etats de con-
fommer leur ouvrage, en demandant un
nouvel Arrêt, qui délivrât clairement le
Commerce des conteftations qu’il pour-
roit éprouver par rapport aux huiles de
poiflon. S. M. à fait dépendre lexemp-
tion de droits fur les huiles tirées des
Baleines & des Morues, de conditions re-
latives aux circonftances inféparables de
la Pêche de ces poiffons. Les circonftan-
ces des Pêches faites à la côte, & des hui-
lestiréesàterre, fontabfolument différen-
tes. Il n’eft donc pas étonnant que les for-
malités ne puiflent être les mêmes (a).
Le Commerce extérieur de la Pro-
vince n’a pas moins fouffert que fes Pé-
ches. Elle n’avoit peut-être jamais ref-
fenti les maux de la guerre d'une ma-
nière plus univerfelle.
Les Toiles forment une des principales
le Commerce des formalités
prefcrites par celui du 12 Fé-
(a) Délibération des Etats
du 13 Novembre 1760, qui
charge MM. les Députés &
Procureur général Syndic à
la Cour, de folliciterun Ar-
set du Confeii, qui difpenfe
vrier 1760, pour exempter
de droits les huiles prove-
nant des Poiflons pêchés à
la côte,
COMMERCE. 357
branches de fon Commerce propre. Cette
branchéeft d'autant plus précieufe que les
bénéfices en font plus partagés. La cultu-
re, la main-d'œuvre, la confommation in-
térieure, l'exportation & la vente à lE-
tranger ; tout eft un objet de profit.
Les fecouffes qu'avoit éprouvé ce Com-
merce avant la guerre, font devenues fi
violentes, qu'à peine fera-t-il reconnoiffa-
ble à la paix. Les Toiles étrangères, fur-
tout celles de Siléfie, ont pris un fi grand
crédit aCadix & dans lesIndesEfpagnoles,
que nous fommes menacés de voir les nô-
tres entièrement banmies deces marchés.
A quelque degré que le mal foit porté,
la Société ne le regarde pas comme ir-
rémédiable. Mais s’il eft poflible de le
réparer, ce ne peur être quen étu-
diant fcrupuleufement toutes les parties
de ce genre d'induftrie. Nos Concurrens
peuvent lemporter fur nous, ou par leur
culture, ou par leurs préparations, ou
par le bas prix de leur main-d'œuvre,
ê& peut-être par tous ces côtés à la fois.
Rien n'’eft plus important que de s’en
affurer , & que de bien mefurer la portée
de ce Commerce, afin que voyant le mal
d'un côté, & à quel point il peut être
préjudiciable à l'Etat , on redouble d’ap-
Zi
353 COMMERCE.
plication pour en trouver le remède:
M. l'Abbé Desfontaines , Affocié du
Bureau de Tréguier, a raffemblé fur cet
important objet, des obfervations que la
Société croit dignes de toute l'attention
des Etats. II a fenti la néceflité d'examiner
notre Manufacture dans le plus grand dé-
tail. Il l’a étudiée depuis l'achat des grai-
nes de Lin, jufqu’au moment où la Toile
eft vendue pour fortir de la Province.
Ii a cherché fur chaque préparation les
moyens de diminuer le prix de la main-
d'œuvre, & de multiplier la marchandife.
À l'égard du Commerce de la graine
de Lin, on n’en juge en Bretagne que
fur des conjectures. Les Bretons, com-
miflionnaires des Etrangers qui nous en-
voient ces graines, pourroient donner
les inftruétions les plus détaillées & les
plus füres. Ils le devroienc peut-être. Ils
ne l'ont pas encore fait. En attendant
que toutes les parties d'une opération fi
intéreffante pour la Province puiffent être
mifes fous les yeux du Public, la Société
va publier ce que lui ont appris les Mé-
moires adreflés à M. le Duc de Choi-
feul, fur les queftions que ce Miniftre a
bien voulu envoyer dans le Nord. On y
trouvera des faits peu connus, du moins
COMMERCE. 359
en Bretagne; & les factures fimulées de
la valeûr des graines, qu’on a cru devoir
faire imprimer, inviteront peut-être des
Négocians à faire fur cet article des ten-
tatives utiles (a).
Le Commerce de graines de Lin fe
fair principalement à Conigsberg, à Li-
bau, à Riga. Comme il y'a quelques
différences entre les ufages de ces places,
on parlera de chacune en particulier.
Les Payfans & les Juifs de Pologne
apportent dans des tonnes les graines
de Lin à Cozigsbers. Il ne leur eft per-
mis de les vendre qu'aux Bourgeois, ou
Négocians ayant droit de Bourgeoifie.
Ceux-ci les revendent aux Commif-
fionnaires étrangers, ou les expédient
eux-mêmes, lorfqu’ils reçoivent des or-
dres direéts. La graine de Lin propre à
fervir de femence, qu'on nomme {7 a
femer, ne peut être chargée dans des
Navires qu'après que la bonne qualité
en a été certifiée par un Praqueur, Ou
Expert juré, qui appofe une marqué fur
chaque tonne.
Les ventes commencent vers le mois de
Novembre, & continuent jufqu’en Mars.
(a) Voyez ci-deflus, pag: 100. |
Z iv
360 CoMMERCE.
Leur prix fut, l’année dernière (1750), de
«2 à 14 florins de Pruffe (a). Il arrive
d'une année à l’autre des variations fur
le prix de cette graine. Huit & feize
florins font les deux extrémités réful-
tantes de l'abondance ou de la médiocrité
des récoltes, des demandes plus ou moins
confidérables des Etrangers. La quantité
qu'on exporte va de 12 à 18 mille tonnes
Fe an, Comme il arrive quelquefois que
a graine de Lin ne peut être char-
gée immédiatement après l'achat, il eft
d'ufage de payer aux Vendeurs la plus
grande partie du prix de leurs ventes en
concluant le marché. Le refte leur eft
payé après la livraifon.
Quoique les graines de Lin foient
ordinairement bien purgées de toute ma-
tière étrangère , les Acheteurs les font
paffer une fois par un crible propre à les
débarraffer de la pouflière qui y refte.
Cette opération fe fait à la livraifon
& au mefurage. Le Vendeur fupporte le
déchet.
La multitude des Vendeurs empêche
{a) Le florin de Pruffeeft cens quarante deniers de
de trente gros. Trois cens gros de Hollande, dont cin-
quatre-vingt-dix gros valent uante-cing font trois livres
une livre de gros, ou deux de France.
COMMERCE. 361
qu'il n’y ait des intelligences, ou fi l’on
veut, un monopole réfuitant d’un con-
cert entre eux. Cet abus arrive cepen-
dant quelquefois, mais ce n’eft Jamais
qu'au mois de Février ou de Mars, par-
ce qu'alors la graine eft affez rare & en-
tre les mains de beaucoup moins de per-
fonnes. Cette manœuvre ne réuflit pas
même toujours.
Comme cette denrée a un prix réglé
pendant le temps que durent les ventes,
on ne doit point donner d'ordres limités
{ur le prix. Le parti le plus raifonnable
eft de s’en rapporter à l'intelligence & à
la probité du Commiflionnaire,
La tonne contient deux boiffeaux &
demi de Prufle. Soixante boiïifleaux de
Pruffe font environ dix-neuf fetiers de
Paris. Le fret de Conigfberg à Amfter-
dam eft de vingt à trente ftuyvers (a), ou
fous courans de Hollande pour chaque
tonne. Le compte fimulé de cent lafts de
graine de Lin, qu’on joint ici, donnera
une idée affez précife de ce que coûte-
roit une tonne de cette graine rendue en
France. |
(a)C'eft-à-dire,unflorin, rin vaut deuxlivrestrois fous
eu un florin & demi. Lefla- de notre monnoie.
362 COMMERCE.
Faüure fimulée de cent lafis de graine de Lin à
fèmer, chargée à Conigsberg pour la Bretagne.
Cent lafts, à $6 + boiffeaux de Conigfberg par laft, font
5650 boiffeaux ; & à 2 + boiffeaux par tonne, font 1260
à
tonnes, à 12 florins de Pruffe la tonne ,.. fl. 27120
Frais & Droits.
Pour dénonciation au Maï-
Bts: DS CORNE RAA SATA f. o1"6
Mefurage de 100 lafts, le
Jaft à 24 gros courans. . . . . SSL
Marque, id. 4 2 ditO 97 6) ob 12257 26
Port à bord, id. à 7o dito.. 233 10
Courtage, la tonne à = dito. 37 20
Droits de fortie, le laft à
cû Hotte ssAA Te se +0: 20e
29477 26
Provifion à z pourcent ......4.... 589 16
f. 30067 12
30067 fl. 12 gros courans de Pruffe,
à 390 gros courans pour 1 liv. de gros
de banque de Hollande, font 13877 f1.
s f. de banque, à 54 + d. de gros pour
un écu de 3 Liv. de France font . . . .30555 11843 d
Affurances de 305551.à4p.cent.. 1222 4
Droits du found & autres frais de
Hollande, florins courans .. 187 19
Fret, la tonne à 30 f. ou
Huyves 2 PS EME EE 3340
Âvaries ordinaires à $ pour
ENT NIENS CU d'ITENERTE 167
Chapeau... -:.). 4450 so
Florins courans ... 3744 10
Agio à 4 p. cent, fl. 3600 9 [. 8 d.
de banque à $4+den... . . . . .. 7917 13
Provifons & courtages des traites,
remifes & ports de lettres à 1 + p.53. 457 6 4
401621. 111.7 d.
PL RACE TT À 8
COMMERCE. 363
La tonne rendue en France, fans les
droits, reviendroit à 17 livres 1$ fous
$ deniers environ.
Les graines de Lin à femer viennent
à Riga de la Livonie & de la Courlande.
On les y apporte ordinairement dans des
tonnes de bois de chêne, & très-rarement
dans des tonnes de fapin. Les Bourgeois
de ia ville font les feuls à qui il foit per-
mis de les vendre. Les Négocians & les
Commiffionnaires étrangers les achètent
de ces Bourgeois. Les graines n'arrivent
jamais plutôt que le mois de Septembre,
& jamais plus tard que le mois d'Oéto-
bre. Ce Commerce dure à peu près juf-
qu’à la fin de Décembre. Alors la Na-
vigation fe trouve interrompue par les
glaces.
Les graines, quoique bien nétoyées &
dégagées de toute autre femence, font
pañlées par un crible fait exprès pour les
purger, non-feulement des corps étran-
gers qui pourroient s’y trouver mêlés,
mais de la pouflière même. On y apporte
la plus fcrupuleufe attention.
Le prix de cette marchandife eft de
huit à dix frenz-albert la tonne. Trois
frenz-albert valent une rixdale-albert,
dont cent valent, felon le cours aétuel,
364 COMMERCE.
cent trois & demie rixdales courantes
de Hollande (4). ,
La tonne, fuivant les dimenfions qu’on
en a données à Riga, a un pied cinq pou-
ces de diamètre aux fonds, & deux pieds
fix pouces de profondeur. La circonfé-
rence de ce vaiffeau à l’endroit du ven-
tre eft de cinq pieds fix pouces, le tout
mefure de Hollande (4).
On compte douze tonnes pour un
laft (c), dont le fret pour les côtes de
France fur l'Océan, coûte de vingt à
vingt-cinq florins courans de Hollande.
Au refte, il y a peu de différence entre
la manière dont ce Commerce fe fait à
Riga, & ce qu'on vient de rapporter fur
ce même Commerce à Conigfberg. On
va voir par une facture fimulée à com-
bien reviendroit en France une tonne de
graine de Lin.
(a) La rixdaie de Hol-
Jande vaut deux florins &
démi, ou cent deniers de
gros. C’eft environ cinq li-
vres huit fous de notre mon-
noie.
(b) Le pied n’eft pas une
mefure uniforme en Hol-
lande. Mais comme il y a
beaucoup d’apparence que
ceit le pied d'Amiterdam
qu’on a voulu défigner, on
croit qu’il fuffit de marquer
ici que cette mefure répond
à dix pouces cinq lignes,
trois dixièmes de ligne de
notre pied de Raï.
(c) Le laft équivaut à deux
tonneaux de mer. C’eft er-
viron quatre mille livres pe=
fant.
|
{
COMMERCE. 365$
Faëure fimulée d'un chargement de cent lafis de
graine de Lin pris a Riga pour la Bretagne.
Cent lafts de graine de Lin faifant 1200 tonnes, à
trois rixdales la tonne . . . . . .. ul 2600
Frais & Droits.
Droits de La tonne à 37 + gros
eue - 2, <R. 497 . 70
Agio à 7 pour cent .. . . . . 34 84
Pour mettre la graine dans les
tonnes, à 4 + gros Courans . . .. 60 659 4
Pour les bandes & clous des
tonnes, à 3 dito . .. . . - . . . 40
Courtage par tonne, à 1 dito. 17 30
Albert Rixd. 41250 4
Provifion à z pour cent . : : - + + + + - + 8s
RER,
4335
4335 rixdales 4 gros courans, à 3 + pour
cent, font 4486 rixdales 39 fous courans
de Hollande à so ftuyvers, 11214 florins
19 f courans. Agio à 4 pour cent, 10783
florins 12 fous de banque à 54 + deniers de
gros pour un écu de 3 livres de France ...23743 L 14,
Affurances de 2400 liv. à s pourcent.. 1494
Droits du found, & autres
fais =... 22 Mlor: courans. 99 IL
Fret à 25 florins le laft..... 2500
Avaries ordinaires à 10 pour
CE. + 5290
pes A. - +»: 59
EEE
Florins courans ... 2899 11
" Agio à 4 p. cent, florins 2788 of. 6 d.
à sa + pour 3 liv. de France. . .. .... 6138 1
Provifions, courtages des traites & re- Pi à
mifes, ports de lettres à 1 + pour éent.... 360
317361 11 f
RE
366 COMMERCE.
La tonne reviendroit à 26 liv. 9 f. (a).
Libau, ville de Courlande, fournitauffi
de la graine de Lin à femer. On regarde
comme la meilleure, celle qui s’expédie
dans les tonnes marquées à la Couronne
êrülee (b). Les Négocians de Lubeck,
qui en tirent les plus grandes parties, en
font des envois confidérables en France.
Ils en font pafler à Rofcof feul, dans
certaines années, huit à dix mille tonnes.
Les graines de Lin qui fe tirent de Libau,
font de vingt à vingt-cinq mille tonnes
par an (c). Les prix les plus ordinaires
{ont de onze à treize florins de Pologne
de trente gros. On l’y achète au plus
bas prix fix florins & demi. On n’a pu
obtenir de détails fur les frais jufqu’à
Vembarquement. IL y avoit vraifembla-
(a) Les graines de Lin de
Courlande & de Livonie va-
loient à Riga le 7 Novem-
bre 1760, {avoir;
La graine de Lin de Cour-
lande la tonne, frenz-al-
bert, 8 + à 9 ; c’eftenrixda-
les 2 + à 3 ; & en argent de
France, 15 liv. 18 {: 3 den.
à 16 livres 8 fous 6 den. la
tonne.
La graine de Lin de Li-
vonie, la tonne, frenz-al-
bert, g à 8 2, C’eft en rixda-
les, 2 +à 2 À; & en argent
de France, 14 liv. 10 fous à
15 liv. 10 f,3 den.
(b) On la nomme dans
quelques endroits de Breta-
gne, du Libau couronné à
Jeu.
(c) Rofcof eft un petit
Port de Bretagne. On voit
par ce détail, qu’il verfe
dans la Province le tiers &
quelquefois la moitié des
graines de Lin qui fe ven-
dent à Libau.
SE SR ES
COMMERCE. 367
blement des raifons qui empêchoient les
Négociäns de Libau qu’on a confultés,
de répondre fur cet article. Mais on affure
qu’il n’y a pas d'apparence que les frais
& les droits y foient plus grands qu’à
Riga. On peut même préfumer qu’ils y
font moindres.
Tel eft le précis des éclairciffemens
qui ont été envoyés à M. le Duc de
Choifeul. Mais la Société croit devoir
faire imprimer mot à mot ce qui re-
garde la manière dont la France fait le
Commerce de graines de Lin du Nord.
» On ne trouve à Riga aucune maifon
» Françoife de Commerce. Il feroit ce-
» pendant à fouhaiter qu'ilyeneüt, même
>» plufieurs, qui fuflent en état d'exécuter
» les Commiflions de laNation, dont l’in-
» térêt eft de faire fon commerce direéle-
» ment, & fans l’entremife des Etrangers.
» Les abus qu’on éprouve en France
» fur le Commerce des graines de Lin, &
» dont la Société d'Agriculture fe plaint,
# ne viennent point originairement des
» lieux d’où on les exporte. C’eft dans
» la manière dont les Etrangers & les
» Commerçans de France exploitent ce
» Commerce , qu'on en découvre la
» fource, |
368 COMMERCE.
» Le Commerce de la graine de Lin
» fe fait en Bretagne par des Marchands
» étrangers, & principalement par ceux
» de Lubeck. Ils font envoyer ces graines
>» en barils direétement au Port de Rof-
» kov ( c’eft Rofcof }. De-là ils les dif-
» tribuent dans les différens Ports en pro-
>» portion de ce qui leur arrive. Les Mar-
» chands détailleurs de chaque Port en
» reçoivent une certaine quantité, & à
» diverfes reprifes. Le prix ordinaire que
>» les Négocians Bretons payent aux Lu-
» beckois, eft de trente-trois livres le ba-
>» ril, & de trente- fix livres celui à la
» Couronne brülée. Ces Négocians ont
» un an de crédit dela part des Lubeckois,
» & renvoient les graines qu’ils n’ont pu
» vendre, & qui reftent pour le compte
» des Lubeckois, ou autres Etrangers
» faifant ce Commerce en France. Les
»> Marchands Bretons font feulement
» tenus de payer exaétement au bout de
» lan, fans pouvoir s'en difpenfer fous
» prétexte qu’ils n’ont pas été payés des
» Payfans.
» L'abus qui règne en Bretagne à cet
» égard, eft très-préjudiciable à la Na-
» tion. Le Marchand, ou plutôt le Com-
» miflionnaire Breton, qui paye la onne
>» dé
COMME R CE. 369
» de graine de Lin trente-trois livres, la
» vendquelquefois foixante - quinze liv.
» felon les circonfiances. S'il arrive que
» les vents contraires retardent les Vaif
» feaux , & les faffent arriver dans le
+ premier Port les uns après les autres,
> la diftribution s’en fait de même. C'’eft
» alors que les Marchands détailleurs ,
+ qui ne reçoivent que fix à dix tonnes
» à la fois, augmentent les prix d’une
x marée à l’autre au point que, par cette
» manœuvre, ils les portent exorbitam-
» ment haut, Les Payfans, qui font venus
>» de 4 à $ lieues, & qui ont féjourné piu-
» fieurs Jours, s'ennuyent; & craignant
» de n'avoir plus de graine, fe détermi-
>» nent à la prendre aux prix que les Mar-
» chands veulent. Les Ports principaux
» de la Bretagne où cette graine eft im-
» portée, font Morlaix, Tréguier, Pon-
» trieux & Saint Brieuc.
» Il réfulte de ce qui précède, que les
» abus qui rendent Île commerce des grai-
» nes de Lin fi défavantageux aux cul-
>» tivateurs & aux fabriques des Toiles
» de la Bretagne , ne font que les fuites
» néceffaires d'une exploitation vicieufe,
_» qui affure d’un coté des profits impor-
» tans aux Etrangers, &c de l'autre livrées
£ | À a ÿ
370 COMMERCE .
» Agriculteurs aux vendeurs, qui n’ont
» aucun rifque à courir fur les parties
>» des graines qu'ils n'auront pas vendues.
> On fent parfaitement que des étrangers
» ne peuvent fe réfoudre à fupporter un
» an de crédit, & le renvoi des graines
» invendues, fans des motifs trés-puiffans.
» Eh! quels autres motifs peuvent-ils
» avoir, que ceux d'un profit très-con-
» fidérable, qui, outre le bénéfice du
» Commerce, les dédommage abondam-
» ment des intérêts de leurs avances , des
» pertes, des frais redoublés, & du fret
>» des renvois des graines en Hollande,
>» toutes chofes inutiles à la France, &
» qu'elle paye très-chèrement.
» Pour parer à des préjudices aufl
» multipliés & aufli difpendieux, il faut
» prendre une route toute contraire, &
» traiter ce Commerce d’une facon di-
» recte & dégagée des mains tierces.
Ce qu'on vient de voir ne regardant
que les graines de Lin tirées du Nord,
donne une idée très -imparfaite de ce
qu’il en coûte chaque année à la Bre-
tagne pour cette denrée. L’Evêché de
Saint Malo & une partie de celui de
Rennes n’emploient que des graines de
Zélande, Ain il eft aifé de voirque lim-
ou
COMMERCE. 371
portation totale coûte des fommes im-
menfes aux cultivateurs. Dans d'autre
circonftances que celies où fe trouve le
Royaume, la Société ne balanceroit pas à
publier à quoi montentnosachatsannuels,
& d’en conclure la quantité de journaux
de Lin qui font enfemencés chaque an-
née. M. l'Abbé Desfontaines en a fait le
calcul avec beaucoup d’exaciitude. Mais
il paroït plus convenable de conferver
ces développemens pour dés témps moins
malheureux, & de fe borner aujourd'hui
au travail qu'il a fait pour apprécier le
préjudice qu'ils caufent à nos Manufac-
tures de Toiles, les vices des prépara-
tions, & l’inattention fur le Commerce
intérieur de la matière première.
M. l'Abbé Desfontaines infifte beau-
coup fur ce qu'on détériorele Lin en Îe
broyant. Cette opération en coupe une
grande partie, Ce qui en diminue [a force
& la longueur, en faifant pafier en étou-
pes, beaucoup de filaffe qui devroit former
le premier brin. Cette préparation n’eft
cependant pas également mauvaife par
tout. À Quintin, à Uzel & dans tout ce
canton de la Province, il fe trouve, les
étoupes.déduites, deux tiers de prenrier
& un tiers de fecond brin. Dans les
FR A ai;
37 COMMERCE.
Evêchés de Tréguier & de Léon, on ne
peutcompter que fur la moitié en premier
brin, encore refte-t-il mêlé avec une
affez grande quantité du fecond. Il feroit
donctrès-effentiel d'’accoutumer ceux qui
broient le Lin, à l’attaquer moins bruf
quement & avec moins de vigueur. L’o-
pération feroit un peu plus longue ; mais
les journées d'ouvriers qu’il faudroit de
plus, ne balanceroient pas, à beaucoup
près, le bénéfice qu'on trouveroit à aug-
menter la quantité du premier brin. Il eft
aifé de fentir combien cette augmenta-
tion contribueroirà multiplierles Toiles,
& à diminuer leur prix.
L'opération de peffeler la filafle, fuc-
cède à celle de la broyer. Elle a pour
but de détacher ce qui peut être refté
de chenevote à la filaffe, & de la rendre
en même temps plus fouple. Le moyen
qu’on emploie, eft de fixer au bout d'un
banc de bois, dans une fituation verti-
cale, un morceau de planche épais d’en-
viron un pouce, large de cinq ou fix ,
& haut de trois pieds. Cette planche eft
aiouifée en forme de lame par un de fes
bords : & fur toute fa longueur; mais
elle eft affez mouffe pour ne pas couper
Ja filaffe. Une ouvrière prend une poi-
COMMERCE. 373
gnée de filaffe , & tortille les extrémités
de cette poignée à chacune de fes mains.
Elle embrafle l'inftrument, en appli-
quant fur le côté aiguifé la partie de la
poignée de Lin qui remplit l'intervalle
entre fes deux mains. Alors elle tire à
foi, tantôt la main droite, en éloiïgnant
la gauche, tantôt la main gauche, en
éloignant la droite. Par ce moyen la
poignée de filaffe eft frottée à plufieurs
reprifes ; & comme elle gliffe fur le ref-
feau fous un angle très-aigu, elle acquiert
une grande foupleffe.
Dans l'Evêché de Tréguier, les ou-
rières font dans l’ufage de féparer la
poignée en deux, à chaque fois qu'elles
en pefJelent une partie ; en forte qu’elle
fe trouve partagée entre les deux mains.
Elles réuniflent enfuite toute la filaffe
pour la repafler fur le pefJeau, & la fé-
parer encore. Cette mauvaife méthode
raccourcit beaucoup de filamens , & par
conféquent diminue la quantité de pre-
mier brin. Les ouvrières de Quintin,
plus adroites & plus intelligentes, laiffent
toujours chaque poignée de Lin dans
toute fa longueur. IL feroit à fouhaiter
pour le bien du Commerce des Toiles,
que leur exemple fût généralement fuivi.
Aa
374 COMMERCE,
C'eft un bienfait que peut aifément re=
cevoir la Province de la part des Gen-
tilshommes, des Curés, & des princi-
paux habitans de la campagne. S'ils pre-
noient des Domeftiques à Quintin &
aux environs, les préparations du Lin
ne tarderoient pas à fe perfe@tionner. ©
Il en réfulteroit un autre avantage qui,
peut-être, ne feroit pas moins confidé-
rable, On tranfporte de l'Evêché de T'ré-
guier à Quintin une très-erande quanti-
té de Lin en bois, c’eft-à-dire, de Lin
chargé de fa chenevote , enfin tel qu’il
eft après lavoir féché au fortir du rou-
toir, On peut compter quinze lieues de
chemin, pour la diffance commune des
lieux d'où l’on tire ces Lins en bois.
En les préparant, ils perdent les neuf
dixièmes de leur poids. On gagneroit
donc neuf dixièmes fur les frais de tranf:
port, fi les préparations fe faifoienc dans
le lieu même de la culture. Par des cal-
cuis plutôt foibles qu'outrés, qu'a fait
M. l'Abbé Desfontaines , il trouve que
cette épargne fur les frais de voiture
monteroit au moins à cent quinze mille
deux cens livres par an.
Voici l’objet d'une épargne qui feroit
plus avantageufe encore, Ce feroit de
is. =,
COMMERCE. 37S
devider toujours le fil fur des devidoirs
qui euffent exaétement foixante pouces
de tour, & de faire tous les écheveaux de
treize cens tours. M. Digaultray des Lan-
des, Aflocié du Bureau de S. Brieuc,
confulté fur cet article, aflure que par
ce moyen. on procureroit à la Manufac-
ture un fou de bénéfice par aune de.
Toile. Cet Affocié doit, par toutes for-
tes de raifons, en juger mieux que qui
que ce foit. mére
Au refte, pour rendre quelqu’aétivité
à cette branche de Commerce, il feroit
très-eflentiel de ne pas fixer à un petit
nombre de Ports le privilége d'exporter
les Toiles de la Province, Ce privilége
a d'abord été borné aux Ports de Nantes,
deS. Malo, de Landerneau & de Morlaix,
On l'a étendu depuis à ceux de Breft,
de Lorient, de Vannes & de Quimper.
Mais Îa liberté d'exporter par où lon
veut, & fouvent par où l’on peut, de-
vroit être FA , Cette- gêne borne
le travail des Manufadtures aux demande
qui leur font faites dans les Ports privilé-
giés. Il arrive d'ailleurs, en temps de
guerre, qu'on ne peut profiter des Navires
neutres, lorfau’ils fe trouvent dans d'au-
tres Ports; en forte qu'on eft obligé de
+ | ARE
376 COMMERCE. EEE
garder des marchandifes qui trouveroient
un débouché favorable. di 71
L’infpettion des Toiles a férvi de pré-
téxte. à cette défenfe. On n’a permis de
fortir que par les Ports où il y avoit des
Prépafés pour infpeéterles balles de Toi-
les qui feroient énvoyées à l'Etranger.
Ne feroit-ilpas plus avantageux à l'Etat,
que le Commis à là marque-füt auto-
rifé à fäire linfpedion de fortie, & à
imprimer la marque ufitée en pareil cas ?
Ee Marchand profiteroit, après cette for-
malité, de toutes les occafions qu'iltrou-
veroit de. vendre. Si C’eft pour le bien
du. Commerce qué les Infpeéteurs ont.
été établis, toutes leurs fonctions doi-
vent tendre à le faciliter, & aucune à
y mettre obftacle.
Le falaire atraché aux places d'Inf-
peteurs, a fait établir un droit d'un fou
par pièce de Toiles qui feroient préfen-
tées aux Bureaux de Quintin, Uzel,
Eoudéac, Moncontour, Ce droit, qui
paroit peu de chofe en lui-même, de-
vient exorbitant pour, le Commerce des
Toiles, fur-tout pour la partie la plus
nombreufe des Habitans, & qui dévroit
être la plus ménagée .Comme ces Toiles
fe vendent par coupons de $ aunes, une
+ À
, COMMERCE. 377
multitude d'ouvriers les coupent chaque
femaine fur leur métier , pour avoir de
quoi fubfifter ; en forte que celui qui a
monté une chaine de $o aunes, & qui
n’eft pas en état d'attendre que fa Toile
foit achevée pour la vendre, paye dix
fous de droits de marque. IL n’eüt payé
qu'un fou, s’il eût été aflez à fon aife
pour faire marquer fa Toile entière.
Les deux Commis qui tiennent les
Bureaux dont on vient de parler, ont cha-
cun quatorze cens livres d'appointemens.
Il feroit d'autant plus avantageux que les
Etats fiflent un fonds de deux mille huit
cens livres pour éteindre ce droit, qu’il
rend infiniment plus, & quec'eftunnou-
veau fardeau pour une branche de Com-
merce qui eft déja plus que fatiguée.
Mais de tous les fardeaux, le plus oné-
reux, c’eft l'exécution des règles aux-
quelles nos Manufaétures font affervies.
L'infpection d’abord rigoureufe , a été
forcée d'abandonner la loi qui la diri-
geoit , parce que cette loi détruifoit ce
qu’elle paroiïfloit devoir conferver & mê-
me améliorer. Elle eût enfinanéanti l’ob-
jet fur lequel s’exercent les Infpetteurs.
Des Payfans, des Journaliers fe font vus
affuyettisà exécuter des réglemens de plus
378 COMMERCE.
de cinquante articles , au’ils n’étoient
as en état de lire. Quand ils les auroient
one étudiés, ils n’auroient pu les
exécuter, parce que tout y eft ordonné
jufqu’aux chofes les plus étrangères, &
quelquefois les plus contraires à une
bonne fabrication. Les fautes les moins
répréhenfibles, & celles qu'on a envi-
fagées comme Les plus graves, font punies
des mêmes peines , & ces peines font
toujours cumulées. Celui qui ne fe con-
forme pas au réglement dans les chofes
qui tiennent le moins à fa profeflion,
voit confifquer fa Toile ; elle doit être
coupée de deux en deux aunes, & il
doit. payer l'amende. Enfin on ne trouve
rien dans ces réglemens qui puifle encou-
rager, ou éclairer le Fabriquant ; chaque
article femble n’appartenir qu'a un code
pénal. Auffi y a-t-il beaucoup d'articles
qui ne s’exécutent plus; mais ils exiftent
encore. Aiïinfi linfpeétion eft devenue
d'un tribunal rigoureux, un tribunal ar-
bitraire. Rien n’eft plus digne des regards
& de la proteétion des Etats, qu'une mul-
titude laborieufe , qui a fait long-temps
la richeffe de la Province, & qui pour-
roit l’enrichirencore.La concurrence des
Toiles de Siléfie dans les marchés d'Ef-
SR.
COMMERCE. 379
pagne ne nous a pas été fi nuifible que
infpeëtion nationale ; où pour mieux
dire, fans l’infpection cette concurrence
n’exifleroit point. Il n’y à donc pas un
inftant à perdre pour empêcher qu'un
mal, dont les progrès ont été fi rapides &
fi marqués, n’atteigne fon dernier pé-
riode, & ne devienne abfolument irrémé-
diable.
Les grands objets de Commerce, tels
que celui des Toiles, font ceux qui mé-
ritent lé plus d'attention & de protec-
tion. Mais les Etats font trop éclairés
& trop vigilans, pour ne pas porter les
yeux fur des branches qui, quoique
moins étendues, font très - précieufes ,
parce qu'elles font fubfifter les Habitans
des cantons où elles fe font introduites.
On fabrique à Antrain & à Bazou-
ges des Toiles de Chanvre connues
fous le nom de Toiles 4e Halle. Elles,
ont trente-fept pouces & demi de largeur,
Elles fe confomment dans nos Colonies,
où elles fervent à habiller les Nègres.
Cette fabrique eft entièrement tombée
par l'interruption de notre Commerce
avec l'Amérique, Le canton efluye paï
la une perte qui fe partagé entre les Fabri-
quans , puifqu ils font defœuvrés , &tles
380 COMMERCE.
Cultivateurs du Chanvre, puifqu'ils né
trouvent plus à vendre leur denrée.
Il eft d'autant plus intéreffant de fonger
à ranimer cette branche de culture , de
fabrication & de commerce ,, que le
pays d’Antrain & de Bazouges, qui pro-
duit une très-grande quantité de Chan-
vre, n'eft nullement propre à la culture
du Lin. On s'en eft affuré par des expé-
riences réitérées & toutes infruttueufes.
D'ailleurs on voit par un état de fabri-
cation fur lequel on croit pouvoir comp-
ter, qu'en 1750 il fortit de cette Manu-
facture quatre mille quatre cens quatre-
vingt-huit pièces de Toiles de Halle, qui,
fuivantle prix courant, valoientdeuxcens
quatre-vingt-treize mille deux cens cin-
quante-fix liv. Toutes les Paroifles des en-
virons font également intérefléés à la pro-
tection que peut recevoir une fabrique
qui fait fubfifter tant de perfonnes, par la
culture, les préparations & la filature.
Les Toiles dont il s’agit font fort pe-
fantes ; ainfi il feroit très-avantageux de
pouvoir les voiturer toute l’année par
eau. La facilité du tranfport eft le plus
grand encouragement que puiflent rece-
voir l'Agriculture & l’Induftrie. On vend
beaucoup, lorfqu’on peut vendre à bon
CoMMERCE. 381
marché ; & l’on peut vendre à bon marché,
lorfque les frais de voiture par terre, qui
font toujours excelhis, ne renchériflent
pas la denrée ou la marchandife.
Une très-légère dépenfe fufhroit pour
procurer cet avantage à tout un canton
qui a un befoin extrême de ce fecours:
avantage que partageroit la ville de
S. Malo, comme on le dira bientot.
La rivière de Couafnon eft navigable
pendant fept & quelquefois huit mois
de l’année , depuis la mer, jufqu’au Port
de l’Angle qui joint la ville d'Antrain.
La navigation feroit poffible en tout
temps, fi quelques endroits du lit de cette
rivière n’étoient pas comblés, ou par des
éboulemens de terre, ou par des arbres
qui y font tombés. Un Gentilhomme du
pays, qui a examiné avec srande atten-
tion les obftacles qui s’oppofent à une
navigation continuelle , affure qu'ils
pourroient être levés pour moins de
quinze ou dix-huit cens livres. On
doit placer au nombre de ces obftacles,
un “as nombre d'arbres qui bordent
quelques endroits de la rivière, & qui
empêchent les Bateliers de haler à la
corde, lorfque le vent leur eft contraire.
Rivière de
Couafnon.
382 COMMERCE.
Les bateaux dont ils fe fervent fonc
du port de cinq tonneaux.
Il eft impoflible d’articuler en détail
les profits que retireroit tout le pays
d'une navigation facile, continuelle ,
& qui conduit à la mer, La Société fe
bornera donc à indiquer les principaux
“objets de Commerce dont il eft fufcep-
tible.
On eft dans lufage de voiturer au
Port de lPAngle une grande quantité de
bois de conftru@ion, qui de-là fe tranf-
portent à S. Malo par eau. On y amène
aufli de trois lieues à la ronde les cidres
néceflaires pour l'armement des Vaif-
feaux. Enfin c'eft par la rivière qu’on
envoie dans cette ville les Toiles de
Halle dont on a d’abord parlé. Voilà pour
un très-petit territoire trois articles affez
confidérables. Ils ne pourroient que fe
fortifier, fi la navigation étoit praticable
pendant toute l’année. or
A l'égard des importations qui fe fon
par la rivière de Couafnon , elles con-
fiftent principalement en vins & en eaux-
de-vie. Il en vient chaque année plus de
quatre cens barriques, qui fe partagent
entre Fougères, Bazouges, Antrain,
S. Aubin-du-Cormier , & les Paroiffes
COMMERCE. 383
circonyoifines. On tire par cette voie, &
en très-grande quantité, des pierres meu-
lières, ou du zzoulage. Plus ces pierres
font néceflaires, plus on fent que leur
poids demande qu'on en facilite le tranf-
port par eau. |
Ces objets font plus que fufhfans pour
mériter que la Province accorde un fe-
cours aufli modique que quinze ou dix-
huit cens livres , pour rendre en tout
temps la rivière de Couafnon navigable,
depuis le Port de l’'Angle jufqu'à la mer.
La Société ajoutera que le cara&tère Îa-
borieux & induftrieux des habitans du
pays, femble aflurer que ce bienfait au-
roit les plus heureufes fuites. Ces habi-
tans fe font appliqués d'eux-mêmes à
tirer parti de toutes les produétions du
fol; car outre les Toiles de Halle, ils
fabriquent des Etamines, des Serges fou-
lées, & diverfifient leurs Etofes en les
mêlant de Laine & de Fil. Ce ne font
à la vérité que de très-petites Etoffes,
maïs elles font à la portée du Peuple, &
fufifent à fa confommation. Ainfi cette
‘induftrie devient d’une grande utilité,
Les maux aëtuels de la Province font Droit
trop grands & trop connus, pour uen
les Etats foient étonnés du petit nom-
384 COMMERCE.
bre d'articles de Commerce dontla Socié-
té s'eft occupée. Elle n’a pu voir que des
objets généraux, & elle ne les a vus que
pour fentir plus vivement l’état de dépé-
riflement où la guerre les a jetés. Elle ne
s'y eft même attachée que pour avoir lieu
de revenir dans la fuite aux rameaux
qui y correfpondent. Ils reprendroient .
du reffort & de la vie, fi les troncs dont
ils dépendent venoient à fe ranimer. Les
Cultivateurs & les Fabriquans font à la
fois vendeurs & confommateurs. Toutes
les confommations ont diminué ; ainfi
les fources des richeffes & de la circu-
lation intérieure font prefque taries.
À peine s apperçoit-on qu'elles exiftent
encore. La Société n’eft pas dans le cas
de folliciter des encouragemens. On fe-
roit trop heureux, file Commerce n'étoit
que découragé. Il eft anéanti. Plus cette
pofition eft trifte, plus la Société fe croit
fondée à propofer aux Etats de folliciter
une loi qui peut avoir des fuites inef-
pérées pendant la guerre même, à plus
forte raifon pendant la paix. C’eft M. de
Montaudouin, Affocié du Bureau de
Nantes, qui a conçu ce projet...
Un Etat qui eft fufceptible de culture
& de commerce, n'a befoin que d'une
population
COMMERCE. 385$
population nombreufe & riche pour de-
venir floriflant. Le moyen le plus prompt
d'augmenter fes richefles & fa popula-
tion, c’eft d’y attirer les Etrangers. Deux
caufes principales les empêchent de s’éca-
blir en France, le droit d’'Aubaine, & les
taxes perfonnelles.
L'origine du droit d’Aubaine, comme
celle du droit de Bris, remonte à ces fiè-
cles barbares, où tout Etranger étoit re-
ardé comme un ennemi. Le droit de Bris
a été profcrit. Il feroic à défirer qu’on fup-
primat celui d'Aubaine. Les conféquen-
ces en font aufli pernicieufes, que Le pro-
duit en eft borné. Quelaues Ecrivains ont
penfé que la crainte de voir paffer les biens
du Royaume chez l'Etranger, avoit fait
envifager le droit d'Aubaine comme une
barrière néceffaire, & propre à y concen-
trer les richefles qui y auroient été amaf-
fées. L'expérience a prouvé combien ce
moyen étoit mal choifi. Il eft arrivé de
plus, & il étoit aifé de le prévoir, que ce
droit, en effrayant l'Etranger, l'éloigne
du Royaume, & empêche fes biens d'y
entrer. |
Par rapport aux taxes perfonnelles, la
répartition en eft néceffairement arbi-
traire ; & l'arbitraire dans ce genre eft
Bb
386 COMMERCE.
un mal d'autant plus grand, qu'avec les
intentions les plus droites, il eft im-
offible de fe garantir des méprifes fur
a fortune de ceux qu’on rend contri-
buables. Le nom feul de taxe fur lin-
duftrie , fema leffroi & le décourage-
ment, lorfqu’elle fut établie pour la pre-
mière fois. Elle arrêta dans leur pays
plufieurs Etrangers riches en fonds & en
induftrie, qui étoient fur le point de s’é-
tablir en France. Ceux qui y réfident fe
plaignent fans cefle qu'on Îles furcharge.
Il eft difficile de croire que ces plaintes
foient toujours mal fondées.
Cependant ces Etrangers, non-feule-
ment augmentent beaucoup la confom-
mation & le débouché de nos denrées,
mais ils font eux-mêmes de nouvelles
opérations de Commerce dont l'Etat pro-
fite. Pour nous convaincre de la néceflité
de les favorifer, & de les affranchir du
moins des taxes perfonnelles, fuppofons
que tout le Commerce de Bretagne fe
fit chaque année par le moyen d'un
certain nombre de Foires. Il eft évident
qu’il feroit avantageux d'y voir affluer
beaucoup d’Acheteurs, & que ce feroit
les écarter tous que de les taxer. Si ces
Acheteurs vouloient refter en Bretagne
COMMERCE. 387
dans l'intervalle des Foires, ce feroit un
nouvel vantage pour la Province, &
lon ne devroit pas les taxer à caufe de
leur féjour. Les Négocians étrangers font
exaétement dans le même cas. On doit
confidérer le Commerce qu’ils font en
France comme une Foire continuelle,
La bonne politique demande donc qu’on
ne les impofe point aux taxes perfon-
nelles. Si la Compagnie des Indes aflu-
jettifloit à un tribut les Etrangers qui
vont faire valoir fes ventes, elles feroient
bientôt défertes.
Les Etrangers qui viennent s'établir
dans les villes maritimes de France pour
faire le Commerce, apportent avec eux
deux efpèces de richefles, leur argent &
leur induftrie ; on pourroit en ajouter
une troifième, leur crédit. Lorfque leurs
opérations réufhiffentc, & qu'ils jouiflent
d'une fortune un peu confidérable, la
crainte de voir leurs biens enlevés par
droit d'Aubaine à leurs enfans ou à
leurs parens, les chafle du Royaume. Ils
vont porter dans leur Patrie le fruit de
leur travail & de leur intelligence. II
n'y a pas une feule place de Commerce
qui n'en fournifle quelque exemple, &
R bi]
388 COMMERCE.
on en connoît plufieurs dans la feule
ville de Nantes. Des païticuliers fort
riches, aflez jeunes pour avoir le temps
d'augmenter leur fortune par de nou-
velles entreprifes, ont emporté chez eux
des fonds qui feroient reftés en France,
& une induftrie dont la Nation eût pro-
fité, fi ces Etrangers avoient eu l’efpé-
rance de conferver leurs biens dans ieur
famille.
Si leur retraite doit être regardée com-
me une perte pour nous, c'eft l'intérêt
de l'Erat que d’anéantir un droit qui la
rend non-feulement excufable , mais né-
ceflaire, & qui par conféquent ne peut.
être que d’un foible produit. Il paroit
même inconcevable que le droit d’Au-
baine fubfifte encore , après Îles motifs
qui ont engagé nos Rois à le fupprimer
dans certaines circonftances.
Au milieu du feizième fiècle, il n'y avoit
proprement de Commerce qu'à Lyon,
fuppofé même qu'on puiffe donner le
nom de Commerce au trafic particulier
& borné qui s'y faifoit alors. Pour le
rendre plus floriffant, Henri II difpenfa
du droit d’Aubaine les Etrangers qui fe
rendoient aux Foires de Lyon. On k
COMMERCE 389
voit dans le préambule d'un Edit de
Charles IX du mois d'Aoùût 1569(z),
par lequel cette difpenfe eft renouvellée
& étendue à ceux qui s'établiroient à
Lyon fans prendre de Lettres de natura-
lité. Ainfi un fiècle avant que les princi-
es du Commerce fuflent connus, onne
dit pas en France, mais chez les Nations
qui font aujourd'hui les plus commer-
çantes, on avoit reconnu la vérité de
cette maxime, que les Etrangers rendent
le Commerce d’un Royaume plus florif-
fant. Elle doit être plus frappante dans
le dix-huitième fiècle que dans le fei-
zième.
M. Colbert ayant jeté les fondemens
de notre Commerce maritime, & la ville
de Marfeiile lui ayant paru propre à de-
venir en quelque forte le chef-lieu de
cette grande opération, le droit d’Au-
baine y fut éteint en faveur des Ktran-
gers qui y formeroient des établiffemens
durables. Aujourd'hui que les principes
& la pratique du Commierce font con-
nus dans toutes les villes du Royaume,
n'eft-il pas inconféquent d'en arrêter les
effets, en forçant les Etrangers à fe reti-
(a) Voyez cet Edit dans la Collection de Fontanor.
B bu
390 COMMERCE.
rer dès qu'ils approchent d'un âge à ne
pouvoir fe promettre de jouir long-temps
de leur fortune ? La fuppreflion du droit
d'Aubaine s’eft faite d'abord par degrés,
& en proportion des progrès & du Com-
merce & de l’efprit humain. Tout doit
inviter aujourd'hui à rendre cette fup-
reflion univerfelle.
Celle qui fut ordonnée par Charles IX
en faveur de ceux qui s établiroient à
Lyon, eft indéfinie. La Société ne doit
pas difimuler que cette fuppreflion n’eft
ue conditionnelle dans l'Edit accordé
à Marfeille fous le miniftère de M. Col-
bert. Il n’eft peut-être pas inutile d'en
rapporter les propres térmes. ;
» Voulons aufli que les Etrangers qui
>» prendront parti à Marfeille, & qui
» épouferont une fille du lieu, ou qui
>» acquerront une maifon dans l’enceinte
» du nouvel agrandiffement, du prix de
» dix mille livres & au-deflus, qu'ils
» auront habitée pendant trois ans, ou
» qui en auront acquis une du prix de
» cinq jufqu'à dix mille livres, & qui
» l’auront habitée pendant cinq années ;
# même ceux qui auront établi leur do-
# micile, & fait un commerce aflidu
> pendant le temps de douze années con-
x
COMMERCE: 391
» fécutives dans ladite ville de Marfeiile,
» quoiqu'ils n'y ayent acquis aucun bien
- ni maifons, foient cenfés naturels Fran-
» cois, réputés Bourgeois d'icelle, &
» rendus participans de tous leurs droits
>» priviléges & exemptions ; en rappor-
>» tant par eux les certificats & attefta-
stions de ce que deflus... ». (2) 7:
La Société n’ignore pas que le marc
d'argent étant à vingt-huit livres treize
fous huit deniers en 1669, & aujour-
d'hui à cinquante-quatre livres fix fous
fix deniers , il faudroit, pour fuivre exacte-
ment les difpofitions de cet Edit, augmen-
ter la valeur numéraire des acquifitions
à faire, pour jouir du bénéfice de la loi ;
mais elle croit que cette füreté ne feroit
pas néceffaire pour retenir dans le Royau-
me les fonds & l’induftrie des Etrangers
qui s'y font établis, ou qui viendroient
s’y établir. Ils n'ont befoin que d’être
affurés de la propriété de leurs biens,
pour regarder la France comme leur Pa-
trie. La douceur des mœurs & du cli-
mat, les moyens de s'enrichir, attireront
LE LU LES RE PS ETS
(a) Voyez le tome premier res. Edition in-4°. de l'Im-
du Recueil des Règlemens primerie Royale, p. 188.
concernant les Manufaétu-
Bb iv
_
ir
+
392 COMMERCE:
toujours les hommes, & leur feront per=
dre tout efprit de retour.
Les Etats jouiflent aujourd'hui des
produits du droit d’Aubaine. La Société !
perfuadée qu’ils en feroient le facrifice
fans regret, pour ranimer le Commerce
de la Province, croit devoir leur pro-
pofer de folliciter un Edit qui accorde
aux Commerçans étrangers qui viendront
s’y établir, le privilége de naturalité. Cet
Edit fera un monument de la politeffe &
des lumières de notre fiècle (4).
en GE Po 4 RS PAR Denis ee
(a) MM. les Députés & un Edit qui exempte les
rocureur général Syndic à Etrangers du droit d Aubai-
Ja Court, ont été chargés par ne, aux. mêmes conditions
une Délibération du 13 No- employées dans l'Edit accor+
vembre 1760, de folliciter dé à la ville de Marfeille:
FI.
TA B LE
DES MATIERES.
L Ettres patentes qui confirment l’établiflement
de la Société, page 1v.
AGRICULTURE.
PRAIRIES ARTIFICIELLES, 9. Celles de Trèfle
fe multiplient dans les Evêchés de Rennes &
de Nantes, 11. Profit qu’en retire une Fer-
mière des environs de Rennes, 14. Maniere
de recueillir la graine de Trèfle, 16. Quantité
qu’on en doit femer, 17. Comparaïfon de ces
graines tirées de Hollande & de Normandie,
19. Le Trefle donne plus de profit, lor{qw'il
eft femé feul, 25.
LuzerNE. Difficulté d'exécuter dans fa culture
ce que confeillent les Auteurs anciens & mo-
dernes, 27. Procédés qui ont été juftifiés par
l'expérience, 31. Avantages & défavantages
de la culture en rayons, 37. ”
FROMENT AL femé en Bretagne. Ce que c’eft que
cette Plante, 39. Sa fécondité, 41. Manière de
la cultiver, 43.
Ray-GRass. Diverfité d'opinions fur les quali-
tés de cette Plante, 47. Caufes des méprifes
qu'on a faites en Angleterre & en France, 48.
Phrafe fpécifique pour défigner le Ray-graf,
0. Sa culture, shid.
NOUVELLES PRAIRIES ARTIFICIELLES, 52.
. La Société entreprend le dénombrement des
- Plantes qui font dans les Prairies des environs
de Rennes, $4. Récolte de la graine des Pian-
tes qui réufliflent le mieux dans chaque efpèce
de Prairies naturelles, 59. Tableau conienant
les Phrafes botaniques &c les noms vulgaires
des Plantes des Prairies, le degré de hauteur
auquel elles parviennent, leur rareté, ou leur
abondance , leurs qualités, 66. Réfultat du dé-
nombrement, 70. Dénombrement des Plantes,
des Pâtures hautes & des Pätures bañles, 73.
Réfultat, 77. Dénombrement d’une bonne
Prairie de la Prévalaye, 79. Réfultat, 80.
Avantages & défavantages de la diftribution
gratuite de graines propres à former des Praï-
ries artificielles, 81. Moyen de ménager les
fourages verds & fecs , 89. Plan d'Agriculture
contenant la diftribution & l’emploi des Ter-
res, la quantité de bétail néceffaire pour avoir
des engrais, &c. exécuté par M. de la Chalo-
tais , 90 & Juiv.
TURNEPS, 100. Les Navets de l’Evêché de Léon:
paroïffent préférables, rot.
PATATES cultivées de différentes façons , leur
produit, 102. Leur ufage, 105. Mêlées avec
du Froment & avec du Seigle, font de bon
pain , chi,
ENGRAIS, 108. Mélange de différentes Terres,
111. Sel marin, 117. Vafes d’étang, chaux,
cendres lefivées, 119. Raïfons de préférer les
engrais volumineux à ceux qui ne le font pas,
& fur-tout les fumiers provenans des Prairies
artificielles, 122. / |
Nature Des TERRES. Nos connoiffances à cet
égard font très-bornées, 127. Elles peuvent
être portées plus loin, 132. Conjeétures fur
- le principe de la fécondité caufée par le mé-
lange des terres, 134. Ces mélanges font con-
nus en France depuis tres-lon: o TEMPS , & les
Anciens en faifoient ufage , 137.
OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES. Leur
utilité pour les progres de P Agriculture » 140.
Utilité particulière de celles qui fe feroient aux
extrémités & au centre de la Bretagne, 145.
Obfervations commencées par la Société , tbid.
Quantité d’eau de pluie qui tombe chaque mois
de l’année à Paris, 163. Conféquences qu’on
en peut tirer pour la Bretagne & pour d’autres
Provinces, 164.
EXPORTATION des grains. Moyen de ranimer
PAgriculture, 166. Inconvémiens des permif-
fions particulières, 173. Propofition d’effayer
en Bretagne les effets de la bre exportation,
194.
LIN, 196. La graine dégénère dans le Nord com-
me en France, 197. M. le Duc de Choifeul
procure des inftru€tions à la Société fur la cul-
ture du Lin, & fur le commerce des graines de
cette Plante, 200. Avis fur la cul lture le roui,
êt autres préparations du Lin, comparé aux
différentes méthodes qui font en ufage en Li-
vome, en Hollande, en Flandre, en Breta-
gne, 202.
CHANVRE. Il réuffit dans toute la Province, 220.
Moyen & motifs d’en rétablir la culture en
Bretagne, 221. Elle peut s’anéantir, fans re-
tour, en moins de dix ans, 226.
CouRTE durée des Fermes » 227: Combien elle
nuit à PAgriculture , lors même que la terre eft
cultivée par un bon Fermier, 228. Néceffité
d'une loi qui autorife à faire des baux de dix-
huit &c vingt ans, 230.
ÉCONOMIE RUSTIQUE.
BÉTAIL, 232. Moyens d'en perf:étionner les
races, 233.
Bois, 240. Noyers, intérêt qu'a la Bretagne de
les multiplier, 241. Profits qu’on en retire,
243. Leur culture, 244. Oferaies, 247. Efpè-
ces d’Ofier qui fe cultivent dans Le Comté Nan-
tois, 250. Différentes manières de les culti-
ver, 251. Produit qu’on peut retirer des Ofe-
raies ; 256.
Rucues ECossoises. Inconvéniens ‘auxquels
font fujettes les Ruches de M. de Gélieu, 257.
Conftru&tion & ufage des Ruches Ecofloifes,
259. Moyen d’en écarter les mulots, 263.
A KR TS.
TRAÎNEAU pour faciliter le tranfport des terres;
265.
T RRRE des Fils de Coton & de Lin en rou-
ge, 269. Recueil des différentes façons de tein-
dre le Coton aux Indes Orientales , 273. Mé-
thode pour faire réuflir cette teinture en Fran-
ce, par M. l'Abbé Mazéas, 291. Préparation
de la Toile, 295. Engalage, 296. Mordant
coloré pour deffiner fur la Toile, 208. Difié-
rens rouges, 299. Garançage, 301. Âvivage,
302. Addition au Mémoire de M. PAbbé Ma-
zéas, 303. Moyen de teindre le Fil en noir,
312. Mémoire fur la teinture du Coton en
rouge d’Andrinople , par M. Heilot, de l’Aca-
démie Royale des Sciences, 316. Décrüment
du Coton, 319. Premier apprèt, 310. Second
apprêt, 321. Engalage, 1hid. Premier &c {e-
cond alunage, 322. Teinture, 323. Avivage,
325. Ufage du Sickiou , 326.
MAÎTRISES des Teinturiers & des Sergers, 328.
Sontétrès-mufbles aux établiflemens de Ma-
nufaétures , 329.
MACHINE à broyer le Lin & le Chanvre dont
on fe fert en Livonie, 333. Moulins propres
au même effet, 337.
LC LMUL.E. RCE,
PÊcues. La guerre a arrêté les progrès de celle
du Hareng à Piriac, 343. Ouvrages à faire au
Port de Piriac, pour faciliter & augmenter
cette Pêche, 345. Pêche du Maquereau, en-
couragement dont elle a befoin, 347.
HUILE de poiflons , tirée à terre; exemption de
droits, 350.
ToiLes, 356. Commerce de la graine de Lin
dans le Nord, 358. Comment 1l fe fait à Co-
migsbere , 359. Fa@ure fimulée de 100 lafts qui
y feroient chargés pour la Bretagne , 3632.
Comment fe fait ce Commerce à Riga, 363.
Fa@ure fimulée, 365. Comment 1l fe fait à
Libau, 366. Défavantages de la France dans
ce Commerce, & leur caufe, 367. Prépara:
tions du Lin nuifibles au Commerce des Toïi-
les de Bretagne, 371. Infpeétion préjudiciable,
376. Toiles de Hulle, 370.
NAVIGATION de la rivière de Couafnon, 38r.
Droit d’Aubaine, 383. Il fait fortir du Royau-
me les Etrangers riches, 387. Il a êté fupprimé
à Lyon & à Marfeille pour favorifer le Com-
merce, 388. La Société propofe d’en follici-
ter la fuppreflion en Bretagne, 392.
FIN DE LA TABLE.
Fautes à corriger dans le volume des
annees 1757 & 1758.
Page vj, ligne 18, fouvént les perfonnes,
lifex fouvent même les perfonnes.
Page xiiy, Lg. 17,analyfé, Zfez analyfée.
Page x], ligne 1, de grands profits pour,
lifex de grands profits par. Ü
Page xxxiv, ligne 2, le motifs, Zfez les
motifs.
Page xxxv, ligne 4, ôtez le mot par.
Page 40, ligne 1, pierres de moulage, 4:
{ex pierres meulières ou de moulage.
Page 102, ligne 20, les apprécis, mettez
en note au bas de la page, On nomme
apprécis en Bretagne, le prix commun
des grains, formé des différentes va-
leurs qu’il a dans les principaux mar-
chés des quatre faifons de l’année.
Page 154, lg. 21, Maifons Religieufes,
fur-rout dans les petites villes qui ont
de grands enclos, Zfez Maifons Reli-
. gieufes qui ont de grands enclos, fur-
tout dans les petites villes. |
Page 175, Ligne 15, La Cure de Pannecé
- étant fituée, /f. Le Prefbytère de Pan-
necé étant fitué.
Fe 186, ligne 1, l'ont empêché , Zfex
‘a empêché.
FRIFILEGE DU ROL
Eerrre la grace de Dieu, Roi de France & de
Navarre : À nos amés & féaux Confeillers, les Gens
tenant nos Cours de Parlement, Maïtres des Requêtes or-
dinaires de notre Hôtel, Grand Confeil, Prévôt de Paris,
Baillifs, Sénéchaux , ieurs Lieutenans Civils, & autres nos
Jufticiers qu’il appartiendra, S a Lu r. Nos bien amés LES
MEMBRES DE LA SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE, DE Com-
MERCE ET DES ÂRTS DE BRETAGNE, Nous ont fait expo-
fer qu’ils auroient befoin de nos Lettres de Privilége pour
Pimpreflion des Ouvrages que la Société d’Agriculrure ,
de Commerce & des Arts de Bretagne voudra faire impri-
ner en fon nom. À cES CAUSES, voulant favorablement
traiter lefdits Expofans, Nous leur avons permis & per-
mettons par ces Préfentes, de faire imprimer par tel Im-
primeur qu’ils voudront choifir, tous les Ouvrages de ladite
Société, en tels volumes, forme, marge, caractères, con-
jointement ou féparément, & autant de fois que bon leur
femblera, & de les faire vendre & débiter par tout notre
Royaume, pendant le temps de vingt années confécutives,
à compter du jour de la date des Préfentes ; fans toutefois
qu'a l’occafion des Livres ci-deflus fpécifiés, il puiffle en être
Imprimé d’autres qui ne foient pas de ladite Société. Fai-
{ons défenfes à rous Imprimeurs, Libraires & autres per-
fonnes , de quelque qualité & condition qu’elles foienr,
d'en introduire d’impreflion étrangère dans aucun lieu de
notre obéiflance, comme aufli d’imprimer ou faire impri-
mer, vendre, faire vendre & débiter lefdits Ouvrages, en
tout ou en partie, ni d’en faire aucunes traduétions ou
extraits, fous quelque prétexte que ce puifle être, fans la
permiflion exprefle & par écrit defdits Expofans, ou de
ceux qui auront droit d'eux, à peine de confifcation des
exemplaires contrefaits, de trois mille livres d'amende
contre chacun des contrevenans, dont un tiers à Nous,
un tiers à l’'Hôtel-Dieu de Paris, & lautre tiers auxdits
Expofans, ou à ceux qui auront droit d'eux, & de tous
dépens, dommages & intérêts; À la charge que ces Pré-
fentes feront enregiftrées rour au long fur le Regiftre de
la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris, dans
/
trois mois de la date d’icelles; que limpteflion defdits
Ouvrages fera faite dans notre Royaume, & non ailleurs,
en bon papier & beaux carattires conformément aux
Règiemens de la Librairie ; qu'avant de les expofer en
vente, les Manufcrits qui auront fervi de copie à l’impref
fion defdits Ouvrages, feront remis ès mains de notre très-
cher & féal Chevalier, Chancelier de France, le Sieur de
Lamoignon, & qu’il en fera remis eufuite deux exemplai-
res de chacun dans notre Bibliothèque publique, un dans
celle de notre Chateau du Louvre, un dans celle de notre
erès-cher & féal Chevalier, Chancelier de France, le Sieur
de Lamoignon, & un dans celle de notre très-cher & féal
Chevalier, Garde des Sceaux de France, Le Sieur Berrier :
le tout à peine de nullité des Préfentes ; du contenu def-
quelles vous mandons & enjoignons de faire jouir lefdits
Expofans & leurs ayans caufe, pleinement & paifñblement,
fans fouffrir qu’il leur foi fait aucun trouble ou empêche-
ment. Voulons que la copie des Préfentes, qui fera impri-
mée tout au long au commencement ou à la fin defdits
Ouvrages, foit tenue pour duement fignifiée, & qu'aux
copies collationnées par l’un de nos amés & feaux Con-
{eillers-Secrétaires, foi foit ajoutée comme à l'original.
Commandons au premier notre Huiflier ou Sergent fur ce
requis, de faire pour l'exécution d’icelles tous actes requis
& néceffaires, fans demander autre permiflion, & nonobf-
tant clameur de Haro, Charte Normande, & Lettres à ce
contraires : CAR TEL EST NOTRE PLAISIR. DONNÉ à Paris,
le dix-feptième jour du mois de Maïs, l’an de grace mil
fept cens foixante-deux, & de notre Règne le quarante-
feptième. Par le Roi en fon Confeil. LE BEGUE.
En vertu de Délibération de la Société d'Agriculture,
de Commerce & des Arts de Bretagne, le préfent privilége
a été cédé à la veuve Brunet, Imprimeur-Libraire. En foi
de quoi j'ai figné. À Paris, ce 21 Mars 1762.
Signé Aprizre , Secrét. de la Soc. d'Agr.
Regiftré le préfent Privilége , enfemble la Cefion , fur le
Regiftre XV de la Chambre Royale &: Syndicale des Li-
braires & Imprimeurs de Paris, N°. 653, Fol. 279, con-
formément au Règlement de 1723. À Paris, ce 26 Mars
1702. Signé ViNGENT, Adjoint.
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